Mardi 26 décembre 2006

L'été hésite
Une fleur qui ne veut pas mourir, imagine la pluie
Déjà les matins ont l'odeur de l'automne
Quand les mouches rêvent de la pourriture des fruits

Le temps essaie ses robes
Dans la tige des plantes
Bientôt il sera nu

Corps conciliants des arbres
Nudité de l'épine, de la peau, de la graine
Frisson plat de la pierre

L'automne est le festin de la terre
L'hiver sa digestion
Sieste froide de silence
Le printemps un éveil
L'été une friction

Les saisons ne sont belles que dans leur succession
Lorsque le ciel reste indécis

Thomas Vinau
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Mardi 19 décembre 2006
Longtemps j’ai rêvé d’être noir
pour avoir ma révolte tatouée sur la peau
pour être des justes et des bannis
comme si mère mélanine restait par définition subversive
Ce que j’aurais voulu c’est une raison valable
de me plaindre, de souffrir,
de crier, hurler, me révolter,
de nier l’ordre injuste
Ce que j’aurais voulu c’est un ennemi légitime
moi
fils de colon blanc comme fesses
héritier du passé complexé et coupable
comme si la souffrance avait une couleur
Mais elle en eut bien une, de couleur, la souffrance,
Des siècles, elle se conjugua à mesurer l’obscurité
Des siècles, plus tu es noir moins tu es homme
Des siècles, Ashantis, Peuls, Dogons, Bambara,
Des siècles, Berbères, Indigènes, Sauvages,
Sous les fers de nos sciences
toutes les différences aplaties aux marteaux
Puis créoles, indiens, esquimaux,
par la main froide et blanche du billet vert
Elle était bien blanche cette main!
Puis le goût des révoltes, sa culture, son art
Senghors, Césaire, Lumumba, Diop, Fanon,
J’ai mangé leur histoire, leur souffrance, leur révolte
Je suis l’héritier de ces cendres
Blanc comme cendres...

Thomas Vinau
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Vendredi 15 décembre 2006

Dans cette aube

le rire gras des nuages se moque de tout le monde.

Il n'y a pas de profit, de gain ou de raison

qui vaille la tendresse.

 

Le ciel a les dents blanches, je le vois ricaner

A chaque fois qu'un homme confond perdre et gagner

A chaque fois qu'il choisi

entre donner et vendre,

entre aimer et prendre,

De la canine à la molaire, je vois l'infini se moquer

 

Il y a dans cette aube assez d'eau et de lumière pour

nettoyer le monde. D'une main blanche et diaphane,

elle cède ses frissons à la chair du ciel. Sur sa peau

fine et pâle courent les profondeurs.

 

Il y a dans cette aube assez de peine et de chaleur

pour lui inventer un prénom. Le ciel a des couleurs

humaines, des couleurs de sentiments. le ciel a

l'éclat légèrement triste du regard d'un enfant perdu

dans un supermarché.

 

Il y a dans cette aube assez de possibles pour se

moquer d'hier, de la nuit, de la perte. Pour chanter

dans le froid une chanson de glace. Pour sourire aux

absents.

 

Thomas Vinau

 

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Dimanche 10 décembre 2006

                                            

            Mon père avait une moustache
Il est mort quand j’avais trois ans
          Je ne me souviens pas de ses yeux
          Je ne me souviens pas de son odeur
          Je ne me souviens pas de son rire
          Je ne me souviens pas de sa voix grave
          Je me souviens de sa moustache
Brun châtain clair, poils abondants

A la Patrick Dewaere
          Dans la grisaille de septembre
          J’imagine la moustache de mon père.
 
          Mon père jouait à nous faire peur
Il se cachait derrière une porte

Avec une arme de pirate

Et quand nous passions près de lui

Il sortait de l’ombre en grognant

Les mains tendues pour nous faire peur

Puis il nous serrait dans ses bras
          Pour nous rassurer
          Pour nous rassurer
Dans le froid humide de septembre

Je creuse le souvenir de mon père tapi derrière la porte
          Pour jouer à nous faire peur.
 

          Quand je cherche d’autres souvenirs de mon père
Il y a quelques photos
De sa moustache
De son mariage
De ses vacances

Mais ce ne sont pas des souvenirs

Ce ne sont pas mes souvenirs
Il y a bien cette scène d’hôpital

On nous explique qu’il monte au ciel

Nous demandons quand il redescendra

On nous dit qu’il ne redescendra pas.

         
           J’ai beau creuser dans ma mémoire
Je ne trouve rien d’autre que ces trois souvenirs
          Dans la grisaille de septembre
          Pour me remémorer mon père.

Thomas Vinau
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Mercredi 6 décembre 2006
Redresse carcasse
Tire la nuque, craque vertèbres
Ecarte bien tes billes noires
Peigne l’épis de ta cervelle

Ecarte rêves, écarte peine, écarte flemme

Redresse carcasse
Les bras aux ciel, les pieds sur terre
Reconnaît l’odeur de la boue
Reconnaît l’endroit de l’envers
Reconnaît ce qui fait la route
Et ce qui devient le fossé
Reconnaît l’erreur d’hier
Redresse carcasse
Reprend la lumière et le vent
Et recommence d’essayer
Recommence
...

Thomas Vinau
 
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autres publications:
Pour en finir avec la mort, Légitime démence, 1990

La nuit des gueux, collectif, La Plume libre, 2006

Photomaton, collectif, En Ligne Éditions, 2006

Scribulations 0-1, collectif, Éditions La Madolière, 2008





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