Jeudi 23 novembre 2006

Chaque jour un jardinier vient semer la lumière sur le dos rond des choses.

Il souffle sur les braises insatisfaites des montagnes, puis balaie les nuages sous le tapis blanc de la

forêt profonde.

Il est méticuleux comme un oiseau qui tresse une cathédrale avec l’aiguille de son bec.

Il est patient mais laisse parfois traîner quelques restes de nuit dans la poussière du ciel.

Il brosse la cime des arbres, déroule le brouillard sur la route de l’eau, et s’applique à faire naître

chaque germe de lumière.

Il cultive l’éclat comme un sculpteur de glace qui sait pertinemment que la beauté a déjà commencée à fondre dans le brasier du temps.

En nettoyant le lustre de la lune, il se balance doucement pour faire naître le vent.

Il siffle toujours une musique qui dit que hier n’existe pas et qu’aujourd’hui tout est possible...

Et tout ce qui existe finit par le croire.

 
                                                                             Thomas Vinau
par la freniere publié dans : Thomas Vinau
ajouter un commentaire commentaires (2)    créer un trackback recommander
Mardi 7 novembre 2006

Il est bien pâle, l’homme cerné, sous les lueurs du crépuscule. Il grelotte en rentrant chez lui, le dos courbé de s’être trop vendu et le regard qu’il jette devant ses pieds n’éclaire plus personne. Son échine pue l’absence de rêve. Son ventre brûle et sa peau blanche est un papier sur lequel s’imprime le vide. Il marche sur un chemin comme s’il marchait en lui même et les pierres qu’il piétine le piétinent également.

Mais le soleil qui lèche l’horizon en diluant ses flammes dans les couleurs du ciel ne veut pas le laisser disparaître. Il est bien pâle, l’homme cerné, sous les lueurs du crépuscule. Il est bien seul à attendre que la nuit se glisse sous les noeuds des nuages. Mais l’infini du ciel que tous les rouges lèchent lui pose sa question, l’imbibe de sa question, l’écrase de sa question. Le paysage prend l’homme pâle dans ses immenses mains et lui chuchote doucement sa question. Il lui demande à quoi il a renoncé aujourd’hui...

Et c’est un peu de vie qui redresse l’homme pâle à travers l’incision froide d’un fantôme de larme sur sa joue lorsqu’il lève les yeux au ciel pour répondre en lui même “A aujourd’hui...justement..

 
Thomas Vinau
 
par la freniere publié dans : Thomas Vinau
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Mardi 31 octobre 2006
Les cris des oiseaux
sont des éclats de verre
dans les éclairs des gouttes

Le matin est femme
qui sort de la douche
et l'infini du ciel
fait scintiller sa peau

Toute la terre brille
du doux répit des hommes
les milles ocres colorent
les ombres sous leurs ailes
et le ciel rond immense
est couronne sur tête
de n'importe quel insecte

C'est une heure perdue
entre les changements de cadran
C'est une heure sans homme

paysage épargné

Thomas Vinau
par la freniere publié dans : Thomas Vinau
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Lundi 16 octobre 2006
au bord du commencement
c’est tout au creux du monde
 
sur un tapis de mousses, de pousses, de feuilles mortes
 
dans les vestiges des branches
tout au creux de sa paume et tout au pied des arbres
au bord du commencement
 
 
C’est un petit vallon de terre humide et brune
courbé entre les ruines d’une forêt profonde
au nombril des bois
dans le berceau des chênes et des genévriers
dans la tendresse de l’humus qui fume sous les rayons
tout au creux du monde
entre traces de bêtes et toiles d’araignées
entre épines et écorces
au bord du commencement
 
 
c’est là
les cuisses imbibées de boues
les feuilles imbibées de vent
dans l’application du minuscule qui grouille
dans l’éclat courbe du prisme d’une goutte
traversée par le soleil
là où l’on entend tomber les glands
comme des fruits de l’ombre
là où la tête gluante des champignons murmure
en déchirant la peau épaisse de la terre
C’est là
la tête contre un tronc
que je laisse mes yeux se perdre
tout au bout d’une branche
main dans la main
contre la chair chaude de l’écorce
comme le premier matin du monde
au bord du commencement

Thomas Vinau
 
 

 
par la freniere publié dans : Thomas Vinau
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Vendredi 6 octobre 2006


On peu tomber quelquefois sur anodin refuge au beau milieu du temps.


C’est une petite cabane, bric et broc d’instants qui garde la chaleur et se cache souvent sous broussailles d’inutiles et épineuses façons de gaspiller ses forces. Quand, trop épuisé de perdre sur le chemin croûteux où tout le monde s’échine, on s’assoie sur le bord, le cul dans le fossé, pour prendre enfin le temps d’essayer d’y voir clair, on l’imagine parfois à travers les épines.

Il faut traverser les buissons, mouiller ses pieds, souffrir un peu en escaladant les talus puis pénétrer dans la forêt.

Il faut choisir sa place entre deux rives, celle de l’eau et celle de l’encre, tisser les branches pour la construire, nuages en guise de matelas, un deux places ça va sans dire. Car il vaut mieux prévoir de ramener avec soi une bonne réserve de sourires et de grimaces, de grâce et de désirs, on en trouve certaines sur pattes avec des longs cheveux noirs et deux seins qui te regardent jusqu’à ce que tu te mettes à rire.

Dégottez vous un chien qui gobe les mouches et qui vous tient le pinceau quand vous enlevez l'échelle. Construisez minutieusement, par petits bouts de rien, rapiécez miettes et poutres et colmatez les fentes en mixture d’aubépines et de discrets frissons. Bricolez pluie et encre, ficelle et pieds de plantes, braises escargots et cendres, pour faire pousser les mots.

Vous pourrez vous aider de quelques bûches de livres et d’un peu de musique pour la langue des
flammes, d’un soupçon de peinture et de jouets en plastiques pour vous tenir au chaud. Veillez à cultiver les crépuscules qui laissent des gouttes sur la peau, à sentir le cul de l’automne, à surprendre les couples de moineaux. Veillez à cultiver les secondes, à les laisser crépiter pour voir la nuit s’étendre, à vous asseoir à leurs pieds le plus souvent possible et rester immobile jusqu’à voir danser la panse des chauve-souris.

Veillez à vous aménager des fenêtres, une sur le jour, l’autre sur la nuit, à caresser du bout des ongles la bedaine des rêves endormis, à faire germer des opossums entre dimanche et lundi, à lécher la goutte et à croquer la pomme, à toujours laisser prés du lit une montre sans aiguille, une chenille sans opium et un lapin sans a priori.

Une cabane au toit bien pointu pour y enfiler la lune, jouer au bilboquet dans les dunes et trouer le
ventre de la nuit. Une cabane aux couleurs criardes, comme une décharge de projets qui se débattent dans leurs nids. des trous partout pour les souris, une table basse qui croasse et attire les grenouilles en rut, une tortue qui se brosse le dos au fond d’une baignoire à bulle, un espace pour étudier la philosophie des corbeaux.

Tissez vous un hamac de plumes, flocons, neige et brindilles. Tissez vous un hamac de mots, d’humilité, de minuscule. Tissez les langes de votre cerveau autour d’un bon feu de chiffres et laissez faire les fuites d’eau qui transforment la pluie en musique pendant que l’hiver se dessine.

Thomas Vinau

 

 
par la freniere publié dans : Thomas Vinau
ajouter un commentaire commentaires (4)    créer un trackback recommander

D'un mot l'autre

Scribulations est parue


pour commander
Éditions La Madolière

des mêmes auteurs
pour commander:
en.ligne.editions@hotmail.fr

Parutions

Aux éditions Chemins de plume:

L'Autre versant, 2006


Parce que, 2007

pour commander:

au Québec:

Jean- Marc La Frenière – 344 rang 6 Saint-Ferdinand Québec G0N1N0

en France:

Ed.Chemins de Plume 156, Corniche des Oliviers-V 30 - 06000 Nice


autres publications:
Pour en finir avec la mort, Légitime démence, 1990

La nuit des gueux, collectif, La Plume libre, 2006

Photomaton, collectif, En Ligne Éditions, 2006

Scribulations 0-1, collectif, Éditions La Madolière, 2008





Recherche

RSS

  • Flux RSS des articles
Blog : Sport sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus