
On peu tomber quelquefois sur anodin refuge au beau milieu du temps.
C’est une petite cabane, bric et broc d’instants qui garde la chaleur et se cache souvent sous broussailles d’inutiles et épineuses façons de gaspiller ses forces. Quand, trop épuisé de perdre sur le chemin croûteux où tout le monde s’échine, on s’assoie sur le bord, le cul dans le fossé, pour prendre enfin le temps d’essayer d’y voir clair, on l’imagine parfois à travers les épines.
Il faut traverser les buissons, mouiller ses pieds, souffrir un peu en escaladant les talus puis pénétrer dans la forêt.
Il faut choisir sa place entre deux rives, celle de l’eau et celle de l’encre, tisser les branches pour la construire, nuages en guise de matelas, un deux places ça va sans dire. Car il vaut mieux prévoir de ramener avec soi une bonne réserve de sourires et de grimaces, de grâce et de désirs, on en trouve certaines sur pattes avec des longs cheveux noirs et deux seins qui te regardent jusqu’à ce que tu te mettes à rire.
Dégottez vous un chien qui gobe les mouches et qui vous tient le pinceau quand vous enlevez l'échelle. Construisez minutieusement, par petits bouts de rien, rapiécez miettes et poutres et colmatez les fentes en mixture d’aubépines et de discrets frissons. Bricolez pluie et encre, ficelle et pieds de plantes, braises escargots et cendres, pour faire pousser les mots.
Vous pourrez vous aider de quelques bûches de livres et d’un peu de musique pour la langue des
flammes, d’un soupçon de peinture et de jouets en plastiques pour vous tenir au chaud. Veillez à cultiver les crépuscules qui laissent des gouttes sur la peau, à sentir le cul de l’automne, à surprendre les couples de moineaux. Veillez à cultiver les secondes, à les laisser crépiter pour voir la nuit s’étendre, à vous asseoir à leurs pieds le plus souvent possible et rester immobile jusqu’à voir danser la panse des chauve-souris.
Veillez à vous aménager des fenêtres, une sur le jour, l’autre sur la nuit, à caresser du bout des ongles la bedaine des rêves endormis, à faire germer des opossums entre dimanche et lundi, à lécher la goutte et à croquer la pomme, à toujours laisser prés du lit une montre sans aiguille, une chenille sans opium et un lapin sans a priori.
Une cabane au toit bien pointu pour y enfiler la lune, jouer au bilboquet dans les dunes et trouer le
ventre de la nuit. Une cabane aux couleurs criardes, comme une décharge de projets qui se débattent dans leurs nids. des trous partout pour les souris, une table basse qui croasse et attire les grenouilles en rut, une tortue qui se brosse le dos au fond d’une baignoire à bulle, un espace pour étudier la philosophie des corbeaux.
Tissez vous un hamac de plumes, flocons, neige et brindilles. Tissez vous un hamac de mots, d’humilité, de minuscule. Tissez les langes de votre cerveau autour d’un bon feu de chiffres et laissez faire les fuites d’eau qui transforment la pluie en musique pendant que l’hiver se dessine.
Thomas Vinau
D'un mot l'autre