Lundi 26 mai 2008

Poète ! Je ne suis peut-être pas poète. Ce mot, plein d'ombre et de lumière, est si vaste, si lointain du genre humain enfermé dans l'étroitesse du carré de ses ambitions, si peu adapté aux compteurs de la bourse qui diversifient les dividendes, que je ne suis sûr de rien.
Poète, est un mot qui ne s'enferme pas dans une définition, qui ne réside pas dans un fait culturel. Personne ne nous apprend à rire, à regarder, à sentir, à aimer. Certains nous encouragent, ou nous découragent, voudraient faire de nous des soldats ou des littéraires, mais nul ne peut nous imposer d'être ce que nous ne sommes pas. On ne nous apprend pas à vibrer, à parler aux fleurs, aux couleurs ou aux nuages. Les dictionnaires de rimes sont, comme les précis grammaticaux, des outils pour nécessiteux. La règle et l'usage sont deux territoires étrangers. Il n'y a pas de dictionnaire de cœur, de courage, de syllabaire du sentiment, ou de cartographie des rêves. Il n'y a pas de mode d'emploi de la passion. La carte du tendre est enfermée dans le dernier soupir. La Poésie est un mot que les barreaux ne retiennent pas. Si parfois je marche à ses côtés, je reste et resterai ce que je suis, un hippie échevelé sur les routes du rêve. Un vieux rêveur qui cherche son Katmandou et le paradis des éphémères, toujours en quête de la vibration de la lumière, toujours émerveillé par les soleils intérieurs que cachent les yeux d'un chat. Si longtemps que je serai là, je chercherai des poissons qui chantent et des amis en hiver, des rires dégoupillés, des edelweiss en été. Dans les soirs embrumés de la mémoire, je chercherai à revoir Jeux Interdits, agrippé à une tendresse qui saigne. Encore, je chercherai demain dans le lit des rivières, et, si j'en suis enrhumé, soyez sans pitié : riez.


Jean-Michel Sananès

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Mercredi 16 avril 2008

Tu as pris tes yeux en rond, tu t'interroges. Qui es-tu, me demandes-tu ?
Ah ! ah ! je m'inquiète, ta question m'inquiète, elle pose problème...
Je ris, je galège comme on dit ici. Toi, tu te demandes, tu m'évalues.
C'est étrange, je suis le problème, et tu es la question.
Tu me toises. Dans ton regard une suspicion amusée, un éclat de curiosité insensée, et des étoiles. Je n'appartiens à aucune espèce référencée. Les vieux gamins n'existent pas, enfin tu le crois et tu demandes.
Autant me demander le poids du vent, la couleur de l'amour, la durée du jour, la densité de l'attente, ou comparer l'hélium et la tendresse.
Question folle, immense, démesurée comme la candeur de tes certitudes, de tes peurs. Je suis du royaume du loup et des fées, je connais l'arbre à bonbons, le pays des fourmis roses. Je suis le vieux gamin fou, celui qui sème du doute et du jeu dans tes certitudes. Que pourrais-je te dire d'autre, moi qui n'aime que le vin, l'amour et l'amitié. Moi qui crois que l'amour et l'amitié se jouent de la raison. Moi qui t'aime sans but, sans intention. Je suis un animal qui se nourrit d'instinct, moi qui aime sans raisons, moi qui crois, à tort et à raison, aux vérités instinctives.
Rien d'autre que la taille de tes yeux, la couleur de tes larmes, et ma douleur quand tu pleures. Tu es la frontière brisée, celle que je franchis par sourire et par cœur. Je suis le vieux gamin qui veut du pain, de l'amour et de l'amitié. Le vin n'est là que pour la musique des mots, pour la couleur de l'instant, mais je pourrais t'aimer sans vin, sans pain, sans rien, nu et infirme, comme cette mer de dunes, comme ce désert qui se souvient de l'eau et qui regarde encore le futur.
Tu ne sais rien toi, tu arrives. Tes yeux en rond m'interrogent et je voudrais te parler du goût de la vie, de l'amour, de l'amitié, des fées et des canards roses. Mais comment te dire que rien de ce qui est important ne s'explique, comment te dire que mon chat m'aime et que j'aime mon chat. Pourtant... pourtant, mon chat me préfère le soleil et donne ses ronrons au vautour d'en face, un tartuffe qui l'achète avec une ration de pâté...
Comment te dire que rien d'important n'est à hauteur de raison. Quand je coupe mon pain en quatre pour nourrir mon chat, ça ne l'empêche pas de rêver, d'avoir des mains griffues, ou d'avoir froid.
Comment te dire qu'on n'est riche que de ce qu'on aime. Je suis riche de toi, de mon chat, de l'amour et de l'amitié, du vent et du passé, de rien qui soit à hauteur de raison. L'amour et le bonheur sont des constructions imaginaires, bien plus réelles que le réel.
Tes yeux en rond m'interrogent. Et je ne sais que te dire sinon que je viens de loin. J'ai la tristesse et la joie consanguines, je ne suis pas un homme standardisé. Même quand il fait beau j'aime mes amis, les gâteaux et les épreuves.
J'ai fait ma route et tu arrives.
Dans mes lointains, Grand-mère disait "la pluie n'irrigue pas tous les champs, le désert n'est pas loin". C'était un temps de palmiers et d'enfance, j'avais du rouge dans mes cahiers et du bleu sur le cœur. Grand-mère disait aussi "le bon vent ne porte pas que l'odeur des roses". Et pourtant je ne peux vivre sans respirer, sans rire, sans partager.
Tu me demandes qui je suis, comment faire, comment vivre... mais je ne sais rien ! Les chats malades et les comment faire me persécutent. Chaque jour je vieillis et ma porte s'ouvre moins grand. Pourtant, aujourd'hui, je vois mieux mon étroitesse, mon ventre rond, mes cheveux de sel, j'ouvre plus grand les yeux. J'ouvre plus grand le cœur. Tes yeux en rond m'interrogent. J'ai fait tout ce chemin et je ne sais que te dire.
Moi qui t'aime sans but, sans intention, je suis un animal qui se nourrit d'instinct, un animal qui aime sans raisons et qui croit, à tort et à raison, aux vérités instinctives.

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Samedi 29 mars 2008
Je suis parti à la vie
comme un marin part à la mer
sans savoir
sans savoir si le retour
est au bout du voyage
sans peur
Le prof m'a tapé sur les doigts
sans cesse
j'ai franchi la frontière
celle qui va d'hier à demain
La nuit
beauté endiablée
est là
avec ses soleils papillons

qui frappe à nos carreaux
Je marche
comme un marin part à la mer
sans savoir si le retour
est au bout du voyage

En quête de lumière et de vérités
je vais de moi à moi
sans peur.

Jean-Michel Sananès
De moi à moi, Editions Chemins de plumes, poésie, 2008

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Dimanche 24 février 2008
J’ai traversé l’espace
d’un rire à un amour
d’un mot d’enfant jusqu’à l’hiver
 
J’ai eu
un cerf volant
un chèvrefeuille
du papier blanc
un crayon rouge
 
J’ai chanté
J’ai traversé la rue
J’étais qui je croyais
Je me regardais passer
Je caressais de grands dragons bleus
Je me parlais fort
 
 
Être fou
être libre
être plus beau que beau
être plus grand  que grand
savoir que les rêves changent le monde
savoir que la mer est bleue
savoir la distance entre l’être et le devenir
 
Entre hier et aujourd’hui
qu’ai-je oublié
 
Je ne joue plus
je suis sage
je suis pauvre
j’ai oublié
 
Je ne vais plus à moi
Je ne vais plus de moi en émois
je n’ai plus d’été
je sais le chemin entre être et avoir été

je sais la distance entre être libre et  adulte

 
Je suis sage
je suis pauvre
je ne suis plus fou
 

Entre goudron et désespoir les poissons trient la mer

entre moi et moi j’ai perdu le rêve
j’ai traversé la vie
ce soir je tailladerai la raison et ses barreaux
ce soir j’irai me voir
ce soir un oiseau chantera.
 

Jean-Michel Sananès

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Jeudi 31 janvier 2008

primev__res.jpg
Rez-de-chaussée - une terre de noir et de bronze, inconcevable dans son immensité, atome après atome des milliards de siècles pour la pétrir, la concevoir la dessiner – nécessité première la vie s’élève vers le ciel - Voila qu’elle enfante, c’est une couronne de vert qui gazouille, du rose fragile qui jaillit en son centre, et la vie qui court comme une rivière de rire caché.
Que de beauté saisie dans la simplicité d’une simple image qu’il fallait savoir trouver et offrir.

Jean-Michel Sananès
 
Photo : Ile Eniger
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Photomaton, collectif, En Ligne Éditions, 2006

Scribulations 0-1, collectif, Éditions La Madolière, 2008





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