Dimanche 16 novembre 2008

Le ciel est à la neige. La terre est à la pluie. Notre amour est au monde. Nous sommes au soleil. Tu déposes tous les jours ton souffle dans mon souffle. Ton corps émerge dans mon fleuve. D'aussi loin que la faim, d'aussi loin que la soif, j'arrive à toi le cœur près du miracle. Je viens à l'école de toi apprendre l'infini. Tu es le ciel où s'étoile ma vie. Le merveilleux témoigne du sommet de l'amour. Du premier mot à la dernière page, nous signons le même livre. Je n'en finirai pas de relire tes yeux. Je te sais de toujours comme je suis de toi.

Chaque seconde avec toi accueille l'espérance. Ton sourire en chaussons redresse le matin. Ta tendresse en robe de gitane parfume les jardins. Bras sous bras, cœur à cœur, nous saluons l'orage sous le même parapluie. Ta musique descend le long de mon échine et me fait frissonner. Je monte vers ta vie par l'échelle du dedans. Ca tourne en rond dans ma tête. Tous mes neurones dansent avec toi. Toutes mes idées voltigent comme des papillons. Aujourd'hui, 10 novembre 2008, à 6 heures du soir, je t'aime. Demain, en l'an 2208, à 8 heures du matin, je t'aime encore. Je ne doute plus d'être vivant. Je suis debout, de la base au sommet. La flamme qu'on allume n'annonce plus la cendre mais la chaleur à venir.

Je consens à toi, à notre distance, à notre différence. Je deviens nous par toi. C'est pour toi que je travaille à être. J'ai fait une cabane avec nos mots. Un poème grandit à l'intérieur. Nous refaisons la lumière qui manque. Nous rattrapons la route et l'horizon qui fuit. Sa ligne se dresse verticale pour nous faire monter. Le poids de ta vie sur mon épaule allège mon fardeau. Tu époussètes la parole avec le linge d'un baiser. Tu ranges les souliers dans le désordre de mes pas. J'entasse tes caresses dans le vieux sac du cœur. Nos bras chargés d'incertitudes n'ont plus peur du noir. Ils s'avancent de concert dans la mémoire du monde. Mes yeux s'éveillent dans les tiens. Mes pas commencent dans tes pas. Je ne sais pas où tu finis. Je t'imagine sans limites. Nos souffles se confondent sur la buée de l'âme. Une même lumière traverse nos regards.

Tu es venue. L'éternité sans crier gare a pris la place des secondes. L'espace s'est ouvert bien plus grand que la vie. La musique remplace la mémoire des choses. Nous ne possédons rien que la soif d'aimer. La distance entre nous est un fil de lumière. La moindre des caresses élève le chemin. Penché sur ta poitrine, je respire le ciel. Nous unissons nos vies au lieu exact de nous. Je t'aime comme s'allume un feu qui ne s'éteint jamais.

Ton visage a deux yeux, deux matins pour une journée si belle. Ton visage a deux joues, deux pommes pour mes baisers gourmands. Dans tes pas d'amoureuse toute la terre est en marche. Le monde recommence à chaque fois que tu ris. Au bord de n'être plus, tu as rempli ma vie. Je prononce ton nom comme celui de l'air. Ma rivière t'accueille. Tu règnes sur mes eaux.

De toutes les branches de mon corps, même les plus enneigées, tu as su faire un feu. C'est ta robe en volant qui fait tourner le monde. C'est ta voix que j'écoute dans le murmure cosmique. Depuis toi, depuis nous, j'ai toujours un sourire au fond des poches, du soleil dans les yeux, du sent-bon dans la tête. Au bord de l'abîme, nous gardons l'équilibre à force de caresses.

Ton livre contient toute ma vie. Je le lis page à page, une à une. Chaque mot est une caresse. Que la tendresse est large quand tu la portes sur l'épaule. Que la beauté est douce quand tu la poses sur ma bouche. Que la douceur est belle quand tu m'apportes ta présence. C'est ma vie d'homme d'être avec toi.


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Mercredi 12 novembre 2008

Je viens de loin. Je viens de rien. Je viens de tout. Je viens de nous. Je viens de la part des tilleuls, de la part des chevreuils, de la part des pins, de la part du pain. «Où sont passés nos rêves ? Où sont passés les vrais rebelles ?» Je viens déposer la forêt sur le bord des vitrines, une portée d'oiseaux sur un lit d'hôpital, un ruisseau dans la rue. Je viens de la mauvaise graine, du côté fou des choses, des pas sur le côté. Je viens de la part des parias, des insensés, des quêteurs d'absolu, des ramoneurs de cœur, des faiseux de rêve, des ramasseurs d'épaves. Je viens de la part des anges cognant leurs ailes au chambranle du monde, de la part des fées, des raconteux, des rabouteux, des gigueux et des voleurs de pommes.

Je reviens de loin, de partout et d'ailleurs, sauvé par un furieux amour. Je viens de ma propre salive, d'un énorme séisme, d'un granit râpeux, du foin des nébuleuses, d'une graine éclatée sous la terre du cœur, d'une goutte de mercure cassant les thermomètres, de la racine des fleurs dans l'empire des roches. Je viens du fond des temps, d'une ébauche de l'être, d'une simple semence, d'un globule en folie dans le sang des ancêtres. Je viens de la vase d'un marais, de la bouche d'un volcan, de la peau d'un lézard. Je viens d'après, d'aujourd'hui, de toujours. Je viens porter la paix dans le ventre du pire. Je viens porter le feu sous l'armure du gel. Je viens porter le pain sur la table bancale.

Je viens de la part des fleurs, des gazelles aux sabots si fragiles, des Antigone enceintes. Je viens de la part des loups, du fifre aigu des fées, des ailes du rêveur cassant l'œuf de marbre, des voyelles enlisées dans le marais des chiffres, du gargouillement des mousses qui digèrent le temps. Je rapporte des mots que je ne connais pas, des jappements d'étoiles, des images invisibles, des couleurs inconnues. Qui peut dire où je vais ? Je siffle dans les bois pour écarter la peur. Un peu de vent dans un tube d'écorce m'est une symphonie. Je ne suis qu'une goutte dans le grand tout du monde.

Enfant, je voulais être un livre. Restera-t-il de moi une page cornée, une syllabe ou deux ? À grands coups de tête je passe outre au malheur. Je soulève une trace sous la peau grise des ans, une éraflure de lumière. Il me faudrait la terre au lieu d'un lit, le cœur d'un oiseau-mouche, la paresse de l'iguane, la ferveur d'une abeille. Mes mots et moi bringuebalons de concert. Nous venons du même ventre. Les enfants savent ce qu'on leur cache. Ils savent même ce qu'on ignore. Je cherche un mot de pierre dans ces fétus de papier qu'on arrache à la terre. Le soleil fait de l'ombre pour vivre. Il ouvre les bourgeons. Il caresse la pluie. Je froisse et défroisse ma vie à chaque mouvement. N'ayant pu être pierre, je collectionne les agates, les quartzs, les galets. C'est une forme de communion. Ils me relient au minéral.

Je viens du feu, du sang, des mouvements de l'air. Je viens d'un conte de fou, d'une étoile lointaine éteinte depuis longtemps et qui brille encore, du trou béant d'une porte, d'une poussière éclatée. Gagner sa vie ce n'est pas faire de l'argent. Je suis la part du rêve dans le bruit des sous noirs. Je réinvente chaque instant. J'écris avec le son, le modelé des nuages, la saveur de l'eau, le crissement des insectes, les roses du corail, le concert des clarines dans le cou des sous-bois. Je demande à la pluie une dernière goutte, à la fougère son salut. Je décroise les mots en attendant Godot. Ce que l'on ne peut voir n'étonne pas les aveugles. Ce sont les mots qui changent l'homme en homme et le tiennent debout, assis ou à genoux. Toute douceur a sa part d'épines, toute main ses lignes de douleur. L'encre ne coule pas sans une goutte de sang.

Je ne baisse pas les bras devant l'échec. Je me tiens debout dans la douleur. Je tiens la porte ouverte entre les vents contraires. J'avance en funambule sur le fil du vivant portant le rêve à bout de bras. Au pire du cœur humain, je cherche encore le mot frère, la main qui manque à l'appel, la première caresse. Je cherche du regard la première lueur, le cri natal, le premier mot d'amour. J'allume un feu dans la maison de l'être. Écrire est un pas entre l'indifférence et le partage. J'avance dans mes rides sans trahir l'enfance. J'invente ma propre liberté dans les rets du réel.


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Lundi 10 novembre 2008

C'est l'automne. La lampe des feuillages allume ses oiseaux avant leur grand départ. Des nuées de corneilles font la danse des pluies. En deuil des bourgeons, les chevreuils se préparent à jeûner. Les écureuils coursent d'un noisetier à l'autre. Je n'écris plus, j'écoute. Le tapage du monde vient noircir les pages. La couleur de l'espoir a pâli sans même qu'elle mûrisse. Mon âme sur la corde raide ne cherche pas la ligne droite, elle cherche l'équilibre. La feuille quand elle tombe ne meurt pas vraiment. Elle se délivre de sa pesanteur. Elle prépare sa résurrection. Le fruit revit dans son noyau. Je creuse dans la boue avec le bout du cœur. Je cherche du crayon ce qui habite l'invisible. Deux triangles ne sont jamais égaux ni deux flocons pareils. Les fractales quand elles dansent n'ont pas le même pas. Deux tonnes de brique ne pèsent pas le même poids. Deux chevreuils identiques n'ont pas le même poil. Ce que l'on ne voit pas sert de toile aux images.

C'est l'automne et c'est déjà l'hiver. Le blizzard se lève. On ne voit plus le temps. Le regard se pose sur l'espace en clignant des yeux. Les couleurs sont froides. Les saveurs sont blanches. Dans la neige, il faut marcher pour se sentir vivant et faire dresser le poil de notre âme animale. Il faut dresser l'échine de son cœur en jachère. Ombre et lumière s'épousent dans les congères des images. L'hiver, il ne faut pas manquer d'épaules ni de bois. Il n'y a plus que le soleil pour transfuser du cœur au ventre. D'infatigables chutes de neige emportent le chemin. À la saison du froid, la chaleur est intime. La lumière compense l'absence des couleurs. Le feu est une provision plus rare que le pain. Il faut le partager sans séparer les cendres. Les mésanges sont de petites moniales dans un carmel de neige. Elles prient contre le froid en gonflant leur poitrine. Elles picorent l'espoir dans un jardin de glace. Leurs pattes signent sur la neige les plus beaux des poèmes.

Je fais le tour du monde assis sur une branche. J'émigre dans ma tête vers des pays plus chauds mais je reviens toujours à l'odeur des chevreuils, à la morue sur les vigneaux, à la friture d'éperlans et aux scirpes crissants. Je ranime les braises dans la maison de bois. Les plantes ont le champ libre au milieu des érables. Elles auront tout l'hiver pour tricoter l'été. La buée dessine des oiseaux sur le givre mais le froid les efface comme un tableau après la classe. Le vent n'a plus de feuilles. Il sile sous les galeries et renchausse les pierres avec la nouvelle neige. Les mouches à feu s'éteignent dans un rire de glace. Le brame d'un chevreuil réveille la forêt. Les torrents de la montagne font gonfler leurs biceps et les grands corps de chaux s'étirent sous le vent. Les gammes s'amalgament aux ultrasons du froid. Toutes les couleurs sont possibles lorsque la neige pique les yeux.


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Mercredi 5 novembre 2008

On commence en pleurant. Avec le temps, on finit par comprendre pourquoi. Les hommes et les machines grandissent côte à côte et finissent par s'unir. On ne sait plus où est passé le cœur. On a trouvé des rêves au milieu d'un champ de mines. Ils avaient tous des mots tatoués sur la langue, des poils de pinceau collés sur la poitrine, des images dans les yeux. Les bêtes ne savent plus où donner de la tête. Les mots, quand on pense parler, nous taisent quelquefois. Les uns marchandent ou bien se vendent. Les autres font semblant de comprendre le monde en l'habillant de chiffres, de sondages, de slogans. La liberté n'est plus qu'une marque de fabrique. L'enfance n'est plus utile qu'aux marchands de jouets. Le plus encore nous mène à rien. Nous n'avons plus le droit de marcher sans visa. Parmi tant de vacarme, je m'arrête longtemps pour écouter la lune. Je redeviens de boue, de labour et de bois. Courbé sur un cahier comme une plante qui fléchit, je réfléchis l'espoir. J'essaie de boire un peu dans le grand bol de l'aube.

Tout a une âme, disent les Amérindiens, des crapaudines de bronze jusqu'au bruit des insectes. Les vertus cachées gagnent à rester cachées. Elles deviennent fausses sous les projecteurs. Toutes les auréoles finissent par ternir. Il y a longtemps que Dieu ne bénit que les riches. On embourgeoise même les humbles. Les gros doigts de l'argent troussent les jupes de l'âme. Les blessures des plantes se transforment en forêts. Je ne suis pas de mon temps. Les seuls jours qui finissent sont les calendriers. Je joue aux billes avec les fleurs. Je philosophe avec un arbre. Je demande aux oiseaux la direction à suivre. Je compte les pétales sur la rose des vents. À la source des livres, il pousse des fougères entre chaque virgule. Les gouttes qui font la pluie font les points sur les i. Je rafraîchis mes yeux dans le ruisseau des mots.

Comment pourrait-on être libre si on a peur de l'être ? Les grammairiens ont situé le bonheur dans le plus-que-parfait et ils ont fait d'aimer un verbe défectif. C'est au présent que je veux conjuguer. S'il n'y avait pas d'éternité ferions-nous mieux la vie ? J'écris ce que je ne sais pas comme d'autres dessinent ce qu'ils pensent. L'enfant meurt dans les retailles des vieillards. Le chaînon manquant n'est qu'une chaîne de plus. Un robot s'est pendu sur une ligne de montage. Un enfant tire la langue sur une photo de famille. Les dieux ont déserté les églises des hommes. Le s du mot cosmique se perd dans les rires. Les poissons cherchent l'eau dans une vague de mazout. Les hommes cherchent l'air. Je cherche un air de Mozart dans les klaxons des villes, une poussière d'étoile sous les rayons laser, une maison dont le toit penche vers la vie, un ver de lumière dans la pomme de l'ombre, un brin d'herbe rouillant les cimetières d'autos, un oiseau qui piaille dans le trou d'un érable. J'écris comme je peux sur tout ce que je vois, avec des larmes sur la joue, des signes de cambouis sur la tôle des chars, des raquettes en babiche dans la neige des bois, des pas de funambule sur la corde raide, des rêves dans la nuit, des vagues sur la mer.

Je n'habite pas une maison mais le vent et la pluie, le moindre atome d'homme, la queue d'un chat, l'enfantement de l'arbre. J'ai le visage du pardon sur le corps d'un orage. Je mets des balles à blanc dans la culasse du malheur. Même leur bruit n'effarouche personne. Mes veines dessinent un cœur au milieu des blessures. Le sentier de montagne ressemble au dos d'un vieillard. J'y grimpe comme un enfant avec le pied léger. Sans train sans gare sans papier je déraille de ma vie. Je fais de mes jours des semaines de mots. André Laude fraternise avec Néruda. Sananès et Darwich échangent leur exil. La semaine Guillevic précède la semaine Bobin. Les grottes de Lascaux envahissent mes rêves, sans compter les nuits blanches d'Artaud qui s'immiscent partout, les comètes de Velter, les smigrovig de Gauvreau, les vieilles lignes de Grack, l'eau de la Sorgue dans les grands pas de Char, la voix grognonne de Cioran se moquant de l'espoir, les pages tachées de vin de Pierre Autin-Grenier. J'ai pendu mon dégoût au cintre du suicide pour refaire ma vie. J'en fait des tas de bois, des stères de voyelles. Je soupçonne deux vieux arbres d'avoir caché ma scie à chaîne. Ils complotent dans mon dos et se moquent de moi. Ils me surnomment «le castor», me lancent des feuilles, me crient des noms, me font des croc-en-jambe avec leurs racines. Je n'ai pas retrouvé ma scie mais j'ai trouvé ma hache. Ce doit être l'esprit des ancêtres qui reveut sa terre, cette terre qui nous tend les mains et qu'on souille de pétrole et d'argent.

Avec des mots de terre, je deviens plante ou bien caillou. Avec des mots de ciel, je deviens un oiseau. Avec des mots de pluie, je deviens un orage. Avec des mots de neige, je fais un feu de bois. Avec des mots de sable, je dessine la mer. Avec des mots d'amour, je redresse la tente. Je bivouaque à l'orée d'un tipi. Les saisons défilent sous mes yeux comme autant de bernaches. Elles forment un grand V qui laboure l'espace. La poussière des étoiles se remémore sa naissance. J'assiste au cours de la vie en élève distrait. Le théorème d'une fleur explique son odeur sans compter les pétales. Le vent grave son nom sur chaque pierre des champs. La sève sous l'écorce murmure son plaisir. Les oiseaux jouent à la marelle et sautent à cloche-pied sur les fils électriques. Dans la géométrie de la soif, trop de pays s'écorchent aux angles et saignent sur le sable. Pour des millions d'enfants, l'espoir est un grain de riz. Les mots non-ouïs sont inouïs. Ma bouche fait tourner la langue du langage et sème ses phonèmes parmi les mots courants. Sur la chambre noire d'une page, les mots des morts se révèlent comme des négatifs dans l'acide. Le capitaine Amour fait sortir les bateaux des bouteilles. Il transforme les avions de papier en caresses de chair, les charrettes fantômes en bottes de sept lieues, la parole en plaisir.

J'en ai marre pour ceux qui meurent un drapeau à la main, un slogan à la bouche, une prière qui tue en bandoulière du néant, ceux qui meurent à l'ouvrage pour engraisser les banques, ceux qui perdent une jambe en sautant sur une mine, ceux qui ne rêvent plus qu'une seringue à la main et ceux qui se suicident en désespoir de cause. J'en ai marre qu'on achète, qu'on vende, qu'on marchande, qu'on n'offre qu'une chaîne à tous les bras tendus, une chaîne de télé ou une chaîne de montre. Je préfère que les violons fassent la chaîne, les enfants la ronde et les hommes l'amour. Il ne faut pas attendre d'être sourd pour dire la tendresse, d'être aveugle pour pleurer, d'être mort pour se mettre à aimer. Il ne faut plus compter le temps en monnaies de singe, en barils de brut, en carnets de chèque, en balles perdues. Il faut remettre dans le sable la chlorophylle de l'espoir, remplir de soleil les yeux tristes des fleurs, marcher dans les arpèges, du Bach dans les oreilles et du vent dans les voiles, mettre le feu dans les viscères du texte, danser, courir s'il le faut. Il faut vivre simplement en redressant l'échine, aimer à cœur ouvert.


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Lundi 3 novembre 2008

Ceux qui manquent de temps se rattrapent sur l'espace. De portable à portable, ils croient tenir le monde dans le creux d'une oreille. D'un tarmac à l'autre, ils poursuivent leur ombre et se perdent en route. Leur âme traîne dans une valise et ne sert plus à rien. J'ai vu trop de mains dessiner des croix à coup de règle et de compas, trop de doigts signer des chèques avec le sang des autres, trop de trompettes bouchées fausser la gamme, trop de souliers ferrés mordre la peau des routes, trop de seringues souiller les veines, trop de riches fouiller le trésor des pauvres. Le temps a replié le coin des souvenirs comme on corne une page qu'on ne relira pas. L'hiver cache sous ses mitaines les mains nues de la misère. Les hommes se cherchent sans se voir. Le reflet des écrans est un miroir faussé. Leurs images sont aveugles. Leurs paroles sont sourdes. Ils zappent d'une frontière du vide à l'autre. La fleur du rêve se fane sur leurs têtes courbées. Les cris des enfants meurent dans le poil des caniches. Pour entrer dans ce monde, il semble qu'une porte basse nous oblige à courber l'échine. Tout se nivèle vers le bas. La haine se porte bien. Elle s'habille de lois, de prières, de jeux. On ne brûle pas encore les livres mais les machines à broyer du papier ont déjà les dents longues. Si j'écris des mots durs, c'est par besoin d'amour.

La lune est seule ce soir. Je lui tiens compagnie. Malgré le bruit des hommes, nous écoutons le vent, ce silence sonore. Nous regardons la neige. Les flocons quand ils tombent se blottissent l'un sur l'autre. Ils ne forment qu'un corps quand ils touchent le sol. Je cherche l'infini mais je ne peux l'écrire. La lumière me brûle tout autant qu'elle m'éclaire. Je parcours un sentier sans savoir s'il existe : la vie derrière les mots, l'autre côté des choses, la voix derrière le mur. La lune est seule ce soir et je hurle avec elle en souvenir d'un loup. La neige peu à peu se transforme en grésil et fait briller les ombres. J'écoute et je reçois des appels de toutes parts, les confidences des chats, le murmure des pierres, le bavardage des étoiles, la matière en fusion, les étincelles du silex préparant l'avenir, les vieilles cicatrices qui recouvrent les larmes, les splendeurs qui naissent, les pensées de la mer et la harpe du vent cherchant les cordes qui lui manquent. À chaque nouveau pas, l'origine commence. L'invisible s'étoile en milliard de routes. Je touche l'infini du bout de mon crayon.


À l'école du temps, la terre fait son devoir. Les eaux vont à la ligne sur la page des rives. Sur le cahier du vent, les fleurs épèlent chaque lettre, pétale par pétale. Les perles de rosée peaufinent leurs détails. Les nuages, un à un, redressent leur capuche. Des silhouettes grises se flairent dans la brume. J'écoute respirer ce que je ne vois pas. J'en dessine la forme avec l'alphabet. La beauté bouge constamment. L'air et l'eau se mélangent. Les fleurs quand elles retiennent leur parfum deviennent plus intimes. Avant même de naître, nous étions déjà là. L'éternité est aussi bien derrière que devant. La vie n'a pas de limites. C'est l'homme qui lui dresse des murs.



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