C'est un chemin de moi à moi, j'ai cru longtemps qu'il fallait quelqu'un d'autre.
C'est un printemps derrière
Des saisons d'usinage et des mains de fabrique
Des ablais pour le pain
L'abée qui porte l'eau vers sa dernière crue
Des mots qui suent, sifflotent
Buissonniers et solides
C'est le centre des joies sur les trois-quarts du fil
L'errance d'un temps qui sait prendre le sien
Une histoire d'hier encore aujourd'hui
La seconde séduite
La montagne vieille recouverte de ciel
Les pas de jeune chèvre
La veilleuse d'étoiles
Un pays
La plus petite terre y chante
Ile Eniger Poivre bleu
C'est d'un cahier ouvert sur le coin de la table que je ne dirai rien. Les jeux, les séductions, les germes d'artifices, j'y pense quelquefois mais le rien
quotidien porte tant et encore que mes pensées se taisent, que mes mains se dénouent. Se pousse l'illusion. Le simple me rattrape. L'éternuement d'un chat, le sang d'un géranium, une jacinthe
pâle accouchée de la nuit, la mer à ma fenêtre. Toute chose accoudée à la table du jour. La grâce de ce peu décape l'inutile, épingle des fous rires sur la pince des lèvres. Et nettoie les
outils. La soupe dans le bol, le repos de la terre, écrivent mieux que moi une lettre d'amour. L'hiver est un cadeau quand les gestes s'épuisent. La pointe du crayon a troué mon papier, la
lumière s'engouffre dans le moindre interstice. Dans cette odeur dressée, je renifle la matière et son bruit de sonnailles. C'est un temps de très près. Paysanne penchée sur la vigne des mots,
j'écoute la patience dans les lignes du bois, je touche le présent et ce qui dit je t'aime.*
Ile Eniger
* Ce texte a été mis en musique et chanté par Robert Cuffi.
D'un mot l'autre