Tous les autres gens donnent dans le surplus.
J'essais simplement d'acquérir le minimum.
Je suis le démuni, le nécessiteux,
Je suis le sans-foyer
à la recherche d'un gîte et d'un lit.
Je les vois, avec leur argent en surplus,
leurs voitures en surplus, leurs femmes en surplus.
Ils ont plus qu'il ne leur en faut
et c'est là l'essentiel de leur vie.
J'ai moins qu'il ne m'en faut
Et c'est là l'essentiel de la mienne.
Ken Norris
Traduit par Pierre Des Ruisseaux
Dernière lagune
Sous les eaux
Se trouvent les mots
Federico Garcia Lorca
Aujourd'hui est un jour chocolat
Pluie
Bourrasques
Branches affolées contre les vitres
Feuilles orange collées aux semelles de cuir
Aujourd'hui est un jour chocolat
Vrai
Noir
Tatoué du désir incompressible de cette voix tout près
Contre l'oreille à me parler de l'intérieur
Alors je veux
Ce chocolat fort pour saturer l'instant
Pour la route aussi
A la santé de la douceur qui manque à tout chocolat
Après un carré « rituel plaisir » couplé à l'expresso
Il faut rentrer seule à travers la tempête
Et son tango avec les frênes d'eau
Les oliviers chargés de duende, de fruits pour le moulin.
Derrière le mur de lianes vertes et grenat
Des enfants sous un préau répètent pour la fête de demain
Nuit de Samain
Alors je veux
De mes yeux couleur chocolat chaud
boire cette voix
réchauffer le dedans du dehors.
Mireille Disdero
L'heure de la beauté froide et raide
Quand la cloche sonne
les hommes rentrent ivres
dans leurs maisons tranquilles
à caresser leurs chiens dormeurs
Sous les couvertures
une femme rêve et s'inquiète
Difficile de ne pas céder
aux sirènes de minuit
brillantes comme l'épée
Et quitter ce qu'on aime
pour rejoindre ceux qu'on aime
Ludovic Kaspar
Ludo Kaspar est mort! C'était un poète très actif sur le net. Il s'est suicidé il y a environ deux semaines. Il avait perdu un ami, mort suite à un infarctus. Ça l'a énormément touché. Lui
aussi était alcoolique, comme Ludo. Ludo était endetté et sans ressource, et harcelé. Isolé aussi. Il ne voyait plus d'issue.
Vendredi 14 novembre 2008
Il y a, aujourd'hui, vingt ans que de la terre
est parti vers la lune Apollo 11
Ce jour-là, mon père avait acheté une casquette
Nous avions enterré un jeune soldat
(On l'avait transporté de la frontière au village dans un camion)
Je n'avais pas vu ses blessures, mais seulement ses médailles.
Ah, ce soir-là ! Nous étions allé dîner chez ma sœur
Dans un village des Mirdites, moi et mon père
On avait fêté la casquette
Et la nièce toute petite
Et les chevaliers de la lune
Et le vaisseau cosmique...
Mais moi, je pensais toujours au jeune soldat :
Mon Dieu, il est mort sans rien savoir.
Maintenant ma sœur est séparée de son premier mari
Mon père a finalement jeté sa vieille visière
De mois d'août en mois d'août, la mère pleure son fils au cimetière.
Et mon destin... En revanche mon destin...
En tête-à-tête avec la pleine lune
Participe aux anniversaires
Des événements du monde.
Preç Zogaj
Mercredi 12 novembre 2008
Le poids du monde
est amour.
Sous le fardeau
de solitude,
sous le fardeau
d'insatisfaction
le poids,
le poids que nous portons
est amour.
Qui peut nier ?
Rêvé
il touche
le corps,
pensé
construit
un miracle,
imaginé
angoisse
jusqu'à naissance
dans l'humain -
regarde par le cœur
brûlant de pureté -
car le fardeau de vie
est amour,
mais nous portons le poids
avec lassitude
et devons ainsi reposer
dans les bras de l'amour
à la fin,
reposer dans les bras
de l'amour
Nul repos
sans amour,
nul sommeil
sans rêves
d'amour -
soyez fou ou glacé
obsédé d'anges
ou de machines,
le vœu dernier
est amour
- ne peut être aigri
ne peut dénier
ne peut s'abstenir
si dénié : (...)
Allan Ginsberg
D'un mot l'autre