Dimanche 2 novembre 2008

Née dans le Var en juin 1970, une jeunesse difficile la jette très tôt dans la vie sans autre guide qu'un désir de survivre et de vivre ses idéaux. La poète écorchée trouve refuge à 21 ans au sein d'une compagnie de théâtre de rue, Les Plasticiens Volants, avec qui elle reste une dizaine d'années et où elle multiplie ses domaines d'action : chant, pyrotechnie, responsable de communication, fabrication et manipulation de créatures gonflables volantes, comédienne de rue... Nombreuses tournées en France et à l'étranger, au cours desquelles elle écrira ses Calepins voyageurs. En automne 2001, elle part vivre dans le Quercy, tout en continuant à travailler et à voyager pour les spectacles. Un an après, elle doit cesser toutes ses activités incompatibles avec sa grossesse. Elle en profite pour se remettre à l'écriture de façon plus intense.
En juillet 2003, elle créé Nouveaux délits, une revue bimestrielle de poésie vive et dérivés éditée sur papier recyclé. Elle y publie des auteurs de tous horizons et en plusieurs langues et met sa pratique courante de l'anglais au service de la traduction de poètes et auteurs anglophones, (Angleterre, Usa, Canada, Australie) et tout particulièrement d'auteurs amérindiens.
Ses propres écrits ont été traduits en arabe, en catalan et en anglais.

Bibliographie

Pandemonium 1 (poèmes), éditions Clapàs, 2001.
Fragments de tout et de rien, éditions Clapàs, 2001.
Papillon de nuit, éditions Clapàs, 2001.
Gris Feu (recueil de 13 poèmes), Ambition Chocolatée et Déconfiture, 2003.
Le septième sens figure, poème, dans l'anthologie Nouveaux Poètes français et francophones, JP Huguet éditeur, 2003.
Larges extraits de Calepins voyageurs. Journal intime en tournée 1997-2002, plus quelques poèmes, sur cd-rom L'Exorcisme du sable, éd. Profana Bellica, 2003.
La nouvelle histoire de Monsieur Seguin, dans le recueil Nouvelles Story n°2, éd. Alpa, 2004.
Le poème sans complaisance, dans le recueil La rumeur des choses, DESS éditions, 2004.
Jardin du Causse, éditions À tire d'ailes, 2004.
Les années chiennes, éd. À tire d'ailes, 2007.
Salines, éd. À tire d'ailes, 2007.
Ombromanie, Encres Vives n°307, Collections Encres Blanches, décembre 2007.
Chroniques du hamac, éd. À tire d'ailes, 2008


Pourriez-vous nous parler de votre engagement et du choix du support ?

Mon engagement ? Il est vrai que souvent ce mot revient à mon propos. En fait dès que l'on s'intéresse un tant soit peu aux autres, et tout particulièrement à ceux qui en ont besoin, aux opprimés, aux exclus, aux personnes en souffrance, c'est-à-dire à une bonne partie finalement des habitants de cette planète, on se retrouve dans la catégorie « engagé ».
Or pour moi, être un être humain implique tout naturellement une responsabilité vis-à-vis de l'autre, de l'autre humain mais aussi de l'autre animal, de l'autre végétal, de notre environnement donc... Tout est lié.
Je ne peux concevoir de vivre sur cette planète sans me sentir concernée par ce qui m'entoure, ceux qui m'entourent, d'une façon très large car nous savons aujourd'hui que le monde est petit, très petit. Viscéralement, je ne supporte pas la misère, la violence, l'oppression, à laquelle sont soumis tant de communautés, d'individus partout dans le monde et qui loin d'être une fatalité comme on voudrait nous le faire croire, sont bien la conséquence de politiques de magouilles, de mensonges, d'abus de pouvoir, de vénalité, d'arrogance et de mépris de certaines élites totalement déconnectée de ce que devrait être la conscience humaine.
Si donc mon « engagement » transparaît dans mon écriture, dans les articles, les infos que je relaie sur mes blogs, dans le choix des auteurs que je publie dans ma revue, il me semble que mon réel engagement consiste surtout à me dégager au maximum et au quotidien de pensées, d'objets, d'habitudes, de modes relationnels qui non seulement ne me conviennent pas mais en fait ne m'appartiennent pas. Il s'agit d'une remise en question permanente de ce qui nous est proposé ou imposé comme évident, comme étant la « norme ».
Mon engagement s'il en est, se trouve dans ma façon de consommer ou plutôt de non-consommer, dans mes choix de vie, sobriété volontaire : du temps plutôt que de l'argent, être disponible pour mon enfant plutôt que « faire carrière », vivre au présent, ne pas perdre ma vie à la gagner mais retrouver et redonner du sens à ce que je fais.
Des choix à contre-courant mais qui donnent une cohérence à tout le reste, à ce que je pense, ce que j'écris, ce que je dis. « Walk your talk » disent les Amérindiens.
J'ai entendu récemment parler de « bio-consommateurs éthiques », et encore avant ça de « créatifs culturels » et je suppose que je fais partie de ces catégories, mais je n'aime pas les catégories. Cette manie, cette obsession de la catégorisation, de vouloir à tout prix faire rentrer les gens dans des cases. Ce qui m'intéresse c'est le hors-case, le hors-norme, l'inclassable, l'indisciplinaire.     extrait d'un entretien pour la revue Dialogue

Poésie juste, disais-je... Poésie d'un sens total, pourrais-je dire aussi
bien, qui n'envisage pas le « moi » sans le « toi », sans le « lui » ni le
« elle »... Ni les hommes sans le monde, sans les formes du monde... Ni l'inhumain
sans le souhait de l'humain... Y aurait-il, s'il en était autrement, cette
conscience d'un « ordre antédiluvien », ce désir du retour à « un immense
jardin », tout ce que je lis comme haute cohérence du Poème.

Ce Poème qu'entreprend d'écrire Cathy Garcia n'est ni de contingence,
ni de circonstance. Il est grand comme sa vie. Il va comme elle marche, il
avance dans ses pas.   Michel Host


VA !

Va fouler la poussière
les sentiers d'exil
boire à la source

la fontaine étrange
qui jamais ne tarit

à
nos folies
nos errances
nos inéquations

à l'amour
sans boiter
sans chuter
sans dépendance

va et veille
la seule étoile
qui vaille
dans son berceau
de paupières

la flamme qui ne meurt pas
qui ne ment pas non plus

moi je cherche une ivresse
qui baigne
et ne cogne pas
n'enferme pas le sang
dans une cage d'acier

alors je me dénude
et laisse le vent filer

*
Je n'irais même pas cracher sur vos tombes

cracher
la blessure qui ne guérit pas
ne peut guérir

juste vivre avec
et ainsi soit-il alléluia
marcher dans les rangs
port obligatoire
du masque social

qu'est ce qui me retient donc de m'en défaire ?

décliner une identité
comme on décline
une invitation

oui nos vies
ne sont que romans de gare
qui n'ont jamais obtenu de prix

pas de prix la vie
pourtant elle se vend s'achète
à tous les coins de rue

peut-on marcher sur des corps
sous prétexte qu'on ne les sent pas
sous ses semelles ?

et sinon à part ça ?
parler de choses plus gaies
plus intéressantes
se faire des politesses

sur des corps piétinés tellement oubliés
qu'ils en deviennent invisibles
inexistants

anonymes

jusqu'au jour où ces corps là se relèvent
pour devenir combattants de la déveine

jusqu'au jour où ces corps
reprennent consistance
par la violence
pulvérisent le sens
jusqu'au non sens

alors ON a peur.
alors ON s'indigne
ON proteste

balbutiements d'intérêt.
la violence n'a jamais été une cause
seulement un résultat

noyer diluer sous des flots de paroles
qui ne communiquent rien
seulement du bruit
du vent du paraître
de la culture vaine
puisque rien ne se fait
rien ne change

l'érudition étalée comme une pâte
trop grasse
sur la tranche maigre des jours

prétentieuse omniscience
rien ne sert de savoir la leçon
si elle demeure non appliquée

tout ça
ne sert à rien
sans le cour sans l'humilité
sans véritable soif de justice
pour TOUS

tout ça ne sert à rien si on ne sait pas
toucher à mains nues les plaies du monde
boire au même goulot que les parias
s'immerger dans la merde

moi non plus je ne veux pas !
je ne veux plus.

la merde aussi est un résultat
c'est l'hiver
des gens vont geler dans la rue

vous les férus d'Histoire
de quelle histoire
faites-vous donc partie ?
de celle qui a enfanté
la sale gueule du monde
d'aujourd'hui ?

celle qui ferme les yeux
s'entête jusqu'à l'absurde
enrobe la lâcheté
de discours prétentieux
déguise la peur
sous des airs de raison ?

chèques de désinfection
soupirs de circonstance
à la grande messe médiatique
c'est important de se tenir
informés.

et pendant ce temps les enfants des enfants
deviennent cruels
ce n'est plus un fossé mais un abîme de néant
qui nous sépare

le mépris n'est qu'un faible rempart
l'orgueil isole
la souffrance nous rattrape toujours
et dans le miroir qui m'est tendu
je ne peux grandir

je ne peux faire que fuir
et me cogner dans les angles..

cracher
cracher sans cesse
pour ne pas étouffer
de rage de haine
cette immense peine
sortie sanglante et nue
d'un ventre froid

était-ce le tien
ou bien celui du monde ?

*

Sans complaisance

Mannequins de cire au regard débile,
Poupées de chiffons à la moue désappointée,
Vieux mouchoirs tachés d'encre indélébile.
Ours en peluche aux oreilles arrachées,
Abandonné dans un coin du grenier...
Plus personne ne lui confie ses secrets,
Les paupières humides et la morve au nez.
Soldats de plomb, ridicules, démodés,
Poignée de dominos éparpillés,
Et sept jeux des sept familles dispersées.
Jeu de l'oie, le jour des rois,
Une fève, une pièce de monnaie.
Les livres moisis,
Les photos jaunies.
L'encre dissoute des manuscrits du passé.
Le fond des placards et des boîtes à chaussures,
Les papiers crépon et les papiers buvard,
Les bouts de chiffons à carreaux ou à rayures,
Des boutons nacrés, des bouts de laine colorée,
De précieux coquillages,
Des trésors, des images
Et quelques désaccords...
Un cygne de verre, un chat de porcelaine,
Une poupée d'osier et quelques fleurs séchées.
Un coffret poussiéreux, des souvenirs qui traînent,
Un parfum de rose depuis longtemps fané.
Quelques fioles teintées, un livre refermé,
Des crayons de couleurs, des pages inachevées,
Un silence ponctué de chutes et d'automne,
Le manège éraillé d'un tourne-disque aphone.

Cathy Garcia



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Samedi 25 octobre 2008

Le poète Luc Perrier, disparu en 2008, était un homme discret mais non moins attentif «au moindre vent» et à tout ce qui pouvait contredire l'humanisme des relations entre les êtres. Ce poète, né en 1931 à Sainte-Famille de l'île d'Orléans, avait fait ses études principalement en philosophie à Toronto et en comptabilité à l'université Concordia de Montréal.

En 1954, Luc Perrier fut un des premiers poètes à publier aux Éditions de l'Hexagone. Son recueil intitulé Des jours et des jours introduit le thème de la tendresse dans la nouvelle poésie d'un Québec moderne. Poète plus exigeant que prolifique, il ne fera paraître qu'en 1963 un deuxième recueil, sous le beau titre Du temps que j'aime. Le critique Gilles Marcotte avait accueilli chaleureusement la voix du poète dès le premier livre: «Il faudrait dire la transparence des poèmes de Luc Perrier, leurs images simples et hardies, des images de tous les jours et, en même temps, étonnamment neuves.»

Citoyen engagé, il s'est souvent exprimé dans des lettres au Devoir sur les questions culturelles et politiques de l'actualité de ces dernières décennies. Le poète, lui, se remettra à publier en 1994 à l'enseigne du Noroît. La poésie de sa maturité a pris de l'ampleur, dans une perspective sociale autant qu'individuelle. On a lu de lui Champ libre, Faites le nécessaire et De toute manière. En 2006, Luc Perrier faisait paraître un recueil fort, intitulé Le moindre vent. Traversée par une écriture à la fois tendre et fébrile, précise et emportée, la voix fraternelle du poète nous convie au «Cirque des heures», à une exploration de l'existence pour traverser le visible et abolir les frontières, pour «aller plus loin que le regard». Avec son oeuvre d'une poésie franche et lumineuse, mais sans esbroufe, Luc Perrier comptera parmi les poètes marquants de cette génération de L'Hexagone à qui nous devons notre maturité poétique.

Jean Royer


Bibliographie :

Des jours et des jours, Montréal, Les Editions de l'Hexagone, 1954
Du temps que j'aime, Montréal, Les Éditions de l'Hexagone, 1963.
Champ libre, Montréal, Les Éditions du Noroît, 1994
Faites le nécessaire, Montréal, Les Éditions du Noroît, 1998
De toute manière, Montréal : Les Éditions du Noroît, 2002
Le moindre vent, Montréal : Les Éditions du Noroît, 2006



Guerre

Quel jour s'est levé
à la pointe de leurs armes
quel matin de gloire
commencé par la mort

Leurs mitraillettes
déchargeaient leur coeur
leur coeur du dimanche
leur coeur du lundi
leur coeur à mettre en pièces

Ils tuaient tuaient
tout ce que nous avions
d'impossible en rêve
de plus que la vie

Ils tuaient tuaient
au lieu de manger
au lieu de dormir
au lieu d'aimer

Ils s'élevaient
à la hauteur de leur cri
et tombaient
comme des mouches

*

À ce prix

Fallait-il que le sang coule
quand il y avait encore de l'herbe à faucher
des écoles de géographie de géologie de savoir
quand les chaises les tables reposaient en paix
fallait-il au fort de la drave
le temps des chrysalides des enfantements
fermer les livres des jardins
s'enfermer avec tant d'ignorance.

Regarde-moi dans les yeux
dans les yeux ruisselle la lumière
y traversent les bêtes
l'obscurité s'y fait jour
regarde-moi sans brandir tes couteaux
homme d'effrayantes machinations
faillait-il que le sang coule à tout prix
sur sa robe de neige et d'enfance ?

Sur la chaussée fallait-il perdre patience
sans nous expliquer sans nous reconnaître
malgré nos ressemblances malgré l'été.
Nous aimions-nous sans compter nos pas ?
La parole n'allumait plus les regards.
Fallait-il mon Dieu dans les champs de seigle
dans le miel de nos voix dans les bosquets
que les uns se dressent contre les autres ?

Fallait-il clôturer la parole tourner le dos
disparaître avant la fin des récoltes
et laisser la terre mourir de sa belle mort ?
J'ai beau relire les saisons
repasser la leçon des plantes des insectes
savoir l'amour sur le bout des doigts
le sang n'arrête pas de couler
quand ruisselle la lumière dans nos yeux.

Fallait-il que le sang coule encore
pendant que ronronnaient les chats les vivants
pendant que la couturière habillait le temps
sauvait les heures d'une mort certaine ?
Fallait-il sacrifier les cigales
se résigner à l'ennui derrière nos portes
cordés comme du bois mort
sans s'attendre aux vents de folie.

Fallait-il museler notre amour
s'endormir sur nos chaises
rassir comme du pain oublié
éteindre les lampes
se cacher sous les lits
quand l'un de nos semblables
frappait à notre fenêtre
demandait son chemin ?

*
Tout ce temps buissonneuse mémoire
laissons la parole à d'autres
qu'ils se présentent au soleil tapant
la parole à main levée
ils en auront besoin s'ils veulent
écrire l'infaillible rose
tuer la mort dans l'épine

*
Luc Perrier


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Samedi 25 octobre 2008
30 août 1931 - 22 août 1994 Montréal, Québec


«N'y aurait-il que le doute régénérateur et les exigences révélatrices de l'inhabituel qui puissent délivrer l'homme de sa subordination au délire imaginaire, pour le restituer à sa réalité première et à l'œuvre d'art? Quel film aimerais-je faire? J'aimerais faire un film de vérité.»

«Un cinéaste est un journaliste : il doit informer et commenter. Ce qui compte, pour moi, dans un film, c'est la morale, c'est ce que l'auteur exprime. La technique n'a aucune valeur en soi. "L'histoire" aussi n'a pas de valeur, c'est le prétexte au film, c'est comme le modèle pour un peintre impressionniste.»

«Que chacun passe sa vie à s'occuper de sa vie, que chacun de nos films en soit un rappel. Un film, c'est la critique de la vie quotidienne.»

«Décider si on luttera avec les autres ou si on se laissera abattre seul.»

«Si mes films défendent la liberté des peuples, comme créateur je me dois de lutter pour ma propre liberté.»

«Il faut pouvoir participer à ce que font les gens si l'on veut que les gens que l'on filme participent au film.»

«Au fond de toute cette lutte idéologique que mènent les individus avec une société de domination, une idéologie de domination, il y a le fait d'avoir droit à sa propre créativité. C'est comme ça que je le vois. Si tu renonces à ta créativité, tu es aussi mieux de t'en remettre à un autre. Mais quand on te force à y renoncer parce qu'un autre a le moyen de le faire pour toi, tu te rebelles, tu dis non. J'ai le droit à ma créativité. En définitive, dans mon credo politique, la créativité est la seule forme de survivance possible. L'homme, je crois, s'il est de passage sur terre, c'est pour accomplir sa créativité. Il n'a pas d'autre but. Le reste est moins important. La créativité est le summum de la formation de l'individu.»

«Je ne considère pas le cinéma comme un spectacle, pour moi c'est un moyen de réflexion.»

Gilles Groulx

Issu d'une famille de quatorze enfants d'un milieu modeste, Gilles Groulx devient un collet blanc après un cours commercial. Étouffant dans ce milieu-là, il prend le parti de devenir un intellectuel. Il fréquente quelque temps les Beaux Arts, plus particulièrement l'École du meuble, et adhère au mouvement automatiste de Borduas. Il fait également du cinéma amateur 8 mm. Ses films lui ouvrent la porte de la Société Radio-Canada, où il devient monteur d'actualités. Il tourne trois courts films personnels qui confirment son talent, et entre à l'ONF juste au moment de la révolution du candid eye, en 1956.

Il réalise d'abord avec Michel Brault le film Les Raquetteurs (1958), un film marquant dans l'histoire de l'ONF. Avec Golden Gloves (1961), Groulx passe de la foule à l'individu mais sans l'isoler de son milieu.

Voir Miami (1962) nous fait découvrir la dimension poétique du cinéaste. Si le film est un commentaire sur l'Amérique c'est dans un style poétique, presque lyrique, qu'il le développe.

En 1964, Groulx aborde un cinéma éminemment social et politique, qu'il fera sien jusqu'à son dernier film. Le Chat dans le sac, son premier long métrage de fiction, est un film de passage : passage de l'adolescence à l'âge adulte pour les protagonistes qui font face à des choix politiques, et passage possible à l'âge adulte pour un peuple. Groulx en signe le scénario, la réalisation et le montage. Dans ses films de fiction, Groulx met en scène des interprètes qui sont les personnages mêmes de l'histoire ou qui sont très près de ces personnages et peuvent improviser à partir d'une situation donnée.

Entre deux longs métrages, Groulx revient au documentaire avec Un jeu si simple (1965), une tentative de description dramatique de ce qu'est le hockey, sport national, pour le Québécois.

À la fine pointe de la modernité, le travail de Gilles Groulx s'inscrit dans un combat politique qui l'amène à mettre en cause les formes traditionnelles d'expression cinématographique et à construire une œuvre sous le signe du film-essai, c'est-à-dire en marge du documentaire et de la fiction tels que les définissent les règles de l'industrie.
Interrompue brutalement par un grave accident en 1980, la trajectoire de Groulx est rectiligne ; ses films, dans leur éclatement, demeurent tous fidèles au projet de départ de l'artiste, celui de faire du cinéma un outil de science et de conscience, celui de dénoncer l'aliénation moderne et la répression politique sans être dupe des formes et des structures économiques du cinéma. Ainsi, après Le Chat dans le sac (1964), dont la facture libre l'inscrit dans la même mouvance que ses contemporains Godard et Bertolucci, Groulx signe des « films collages » dans lesquels il approfondit sa réflexion sur la condition québécoise. C'est d'abord Où êtes-vous donc ? (1968), qualifié par certains d'oratorio lyrique, puis Entre tu et vous (1969), où l'incommunicabilité entre les êtres a pour origine le flot médiatique et publicitaire. C'est ensuite 24 heures ou plus... (1976), un essai sur l'état politique du Québec, puis Au pays de Zom (1982), splendide opéra distancié formant une critique incisive de la bourgeoisie.

À ce corpus central majeur s'ajoutent quantité de courts métrages réalisés au moment où Groulx joue un rôle prépondérant dans l'éclosion du cinéma direct. Il est en 1958 de l'aventure des Raquetteurs, son œil aiguisé lui permettant d'assembler les images de Michel Brault et les sons de Marcel Carrière. Car c'est dans la salle de montage que Groulx prend toute sa dimension, c'est là que s'expriment sa rigueur intellectuelle et sa poétique. Golden Gloves (1961) et Voir Miami... (1963) sont les premiers exemples de la façon dont Groulx parvient à concilier, dans son cinéma, la spontanéité du jazzman et une dialectique implacable. Dans son texte intitulé Propos sur la scénarisation, Gilles Groulx se réfère au russe Dziga Vertov et à son concept de « documentaire poétique » pour fustiger l'usage que l'industrie fait du scénario : « On ne voit plus le cinéma comme une aventure, comme une exposition de la vie, comme un moyen encore tout nouveau d'exploration de la pensée, comme une interrogation constante. » Pour lui, le film « tient davantage de l'intuition de l'inventeur qui s'accroche à quelques signes perçus [...] ». Son œuvre entière en est l'illustration.

Puis, en 1967, Groulx nous donne une oeuvre imposante, Où êtes-vous donc?, qui relève plus du discours que de la parole. Il met en scène l'homme d'ici dans un contexte planétaire, au moyen d'un collage géant et osé. Ce film est un cri contre la société de consommation, une dénonciation des mécanismes déshumanisants que l'homme crée et utilise contre l'homme. Pour poser son questionnement, le cinéaste élabore un langage cinématographique non conventionnel et accorde au son une importance rare. Il plonge le spectateur dans un amalgame de voix chantantes, de citations, de panneaux ou d'images publicitaires, dans l'environnement des mass médias.

Dans cette lancée pamphlétaire, Groulx enchaîne avec 24 heures ou plus , véritable incitation à la révolution. Ce film sera censuré. Tourné à la fin de 1971, le film ne sera présenté officiellement au public qu'en 1977. Entretemps, il aura tout de même été vu par voies détournées, par des milliers de gens. En réponse à cette censure, il quitte l'ONF, n'y revenant qu'en 1977 pour participer à une série de coproductions entre le Canada et le Mexique.
En 1977, Groulx réalise un long métrage documentaire co-produit par le Mexique et le Canada. Première question sur le bonheur, reprend le questionnement sur l'exploitation de l'homme par l'homme, mais dans le milieu rural mexicain.

En 1980, un très grave accident interrompt la carrière du cinéaste. Toutefois, il reviendra, en 1982, avec un dernier long métrage : Au Pays de Zom. Dans ce film, Groulx s'attaque au milieu des gens d'affaires dans un pamphlet à l'humour cinglant. Pour ne pas faillir à sa propre tradition d'aborder tous les sujets de facons différentes, Groulx fait appel, cette fois, à l'opéra. Mais ce n'est pas un prince charmant qui chante. Le chanteur Joseph Rouleau, que Groulx admire beaucoup, endosse l'habit d'un financier dans ce film musical.

Ajoutons que Gilles Groulx assumait le montage de chacun de ses films. Son cinéma est un cinéma d'homme inquiet, en perpétuel questionnement devant la vie et le monde. À travers ses films il explore plusieurs facettes du Québec et opte pour la diversité et l'éclectisme stylistiques. Il fut parmi les premiers cinéastes québécois à signer des films d'auteur, aussi bien documentaires que de fiction. On peut dire que, de facon globale, ses films se réclament du marxisme quant à la pensée et de Brecht, pour ce qui est de l'esthétique. Après ce film, il ne retourne plus dans le milieu du cinéma et s'adonne plutôt à la peinture. Il reçoit une marque de reconnaissance en 1985 en devenant récipiendaire du prix Albert-Tessier, mais meurt tout de même dans l'oubli et la solitude.


Filmographie

comme Monteur
1958 : Les Raquetteurs
1958 : Les Mains nettes
1959 : Il était une guerre
1959 : Les 90 Jours
1961 : Golden Gloves
1962 : Seul ou avec d'autres
1962 : Voir Miami
1963 : Un jeu si simple
1964 : Fabienne sans son Jules
1964 : Le Chat dans le sac
1969 : Entre tu et vous
1970 : Où êtes-vous donc ?
1973 : 24 heures ou plus
1978 : Santa Gertrudis, la première question sur le bonheur
1983 : Au pays de Zom

comme Réalisateur
1958 : Les Raquetteurs
1960 : Normetal
1961 : Golden Gloves
1962 : Voir Miami
1963 : Un jeu si simple
1964 : Le Chat dans le sac
1970 : Où êtes-vous donc ?
1970 : Entre tu et vous
1973 : 24 heures ou plus
1978 : Santa Gertrudis, la première question sur le bonheur
1983 : Au pays de Zom

comme Scénariste
1960 : Normetal
1964 : Le Chat dans le sac
1970 : Où êtes-vous donc ?
1970 : Entre tu et vous
1973 : 24 heures ou plus
1983 : Au pays de Zom

comme Acteur
1964 : Jusqu'au cou

Propos sur la scénarisation

*
J'achine un joujou joyeux
                                             qui commande
       un fiasque à pois
       un ombilic
       un qui scintille
             qui fais braire
             qui sautille dans l'ombre
       allié de l'herbe
       nerveusement amical
                                               de ça qui se joint à l'aube
                                  qui dandine un suporifique

                                                         un antipode hippo
                                                         une alchimie
                                                         un qui aboie
                                                               qui centrifuge
                                   celui qui abat-bert
                                             qui jinconde
                                                                    il s'entre-chien
                                                                    il hue
le proverbe
                     moi je le chache
un roi

Gilles Groulx        Poèmes, Éditions d'Orphée, 1957


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Jeudi 23 octobre 2008
Armand Vaillancourt, sculpteur citoyen,
entre la vie et l'œuvre.


Délicatesse et démesure. La vie et l'oeuvre d'Armand Vaillancourt, inextricablement mêlées, s'inscrivent entre ces deux extrêmes. L'engagement, la création et l'existence quotidienne de l'artiste forment un tout indivisible, même si au premier abord, l'abstraction des œuvres, gravures minimalistes ou sculptures monumentales, paraissent éloignées de toute démarche politique.

Armand Vaillancourt dévore la vie et sa générosité exigeante, son intégrité sans compromis, se déploient dans ses œuvres plastiques, sculptures souvent gigantesques qui s'affirment entre la matière brute et l'envol lyrique, comme dans ses performances publiques qui expriment un engagement social et politique jamais tari.

Fougue d'un homme qui a fait de sa vie une œuvre, et de son œuvre un combat inlassable contre toutes les injustices. Comme il aime à le dire lui-même, il est un « guerrier » qui a fait de son « je » depuis longtemps un « nous ».

Vaillancourt utile les matériaux, le bois, le bronze ou l'acier coulés, le polystyrène, le béton, la pierre, comme des objets à explorer et conquérir, de la performance publique de l'arbre de la rue Durocher (1953) - où il s'approprie un arbre de la ville de Montréal pour le transformer et lui donner une existence nouvelle, évoquant dans le même temps une relation intime entre l'art et l'écologie -, à la sculpture monumentale en béton, fontaine immense aux formes éclatées qu'il dédie au « Québec libre », lors d'une intervention musclée à l'occasion du vernissage, à l'Embarcadero plazza de San Francisco (1968), en passant par les bronzes et l'acier coulés, qui deviennent parfois performances publiques, et où l'intervention sur la matière brute rappelle en trois dimensions et à une grande échelle, par l'impression de mouvement et d'énergie qui en émanent, la peinture gestuelle d'un Pollock, l' « automatisme » de Riopelle ou de Borduas.

Les formes organiques et celles créées par l'homme, évoquant notre monde industrialisé, sont mêlées dans les sculptures, évoquant les liens intrinsèques de l'homme avec la nature.

De même, Vaillancourt refuse de séparer l'art et la politique. En témoignent les titres de ses œuvres : « Justice aux Indiens d'Amérique » (1957 : sculpture totémique en bois), « Paix, Justice et Liberté » (1989 : événement participatif), « Hommage aux Amérindiens » (1991-2 : assemblages de bois traités par l'industrie qui ressemblent à des tipis), « Le Chant des peuples » (1996 : forêt d'arbres colorés suspendus), « El Clamor » (1985 : sculpture-fontaine évoquant la répression dans les pays latino-américains)...

Tous ces titres révèlent la multitude des engagements d'Armand Vaillancourt, qui ne doivent pas faire oublier la force, l'originalité et la diversité de son œuvre, qui intègre la sculpture, minimaliste ou monumentale, la peinture, la gravure, les happenings, le théâtre, mais également la musique, qu'il lie intimement à son œuvre plastique : «... avant de voir mes sculptures dans ma tête, je les entends. ». Ses performances de musique concrète, ses sons électroacoustiques créés pour des spectacles de danse ont suscité l'admiration d'un John Cage.

Entre Christ et Chamane, Armand Vaillancourt promène sa révolte et sa joie, ses revendications jamais tues, sa naïveté, portée par l'énergie de celui qui toujours s'étonne, s'écoeure ou s'émerveille. Il fait de sa vie une œuvre d'art, sans jamais cesser de créer, inlassablement, sculptures, peintures, installations, gravures par milliers, dessins griffonnés sur des carnets d'esquisses, toujours bouillonnant, écartelé entre la vie et l'œuvre, trépignant de bonheur devant le « beau monde » qu'il rencontre.

Si les artistes sont « les fleurs de la société », comme l'affirme Armand Vaillancourt, il est la fleur épanouie à la vitalité persistante, revendiquant toujours ce qui « grince » avec la langue chatoyante d'un sage qui a su garder en lui mes étincelles brutes d'une enfance obstinée.

Anguéliki Garidis


Vaillancourt «on the rocks»

«J'ai des projets pour mille ans», annonce le sculpteur venu réaligner son dolmen de pierres de calcite.
Le mardi 27 août, vers 15 h, les passants qui déambulaient aux abords des pavillons Maurice-Pollack et Alphonse-Desjardins ont pu assister à un véritable «happening». Lisez plutôt: au sol, un homme, le front ceint d'un bandeau blanc, le regard tourné vers le ciel, indique de la voix et du geste au conducteur d'une immense grue à quel endroit précis déposer de grosses pierres, qu'il se hâte de libérer de leur enchevêtrement de cordes.

En fait, chacune des treize pierres qui seront transportées par la grue forment une sculpture et l'homme, qui dirige de main de maître les opérations, en est l'auteur. Sculpteur montréalais de réputation internationale, Armand Vaillancourt tenait à venir en personne recréer en quelque sorte cette «sculpture environnementale» conçue à l'été 1987 dans le cadre d'un événement artistique organisé par le Service des activités socioculturelles, et disparue du paysage depuis deux ans en raison de la construction des pavillons Alphonse-Desjardins et Maurice-Pollack. Les membres de la communauté universitaire peuvent donc apprécier à nouveau cette sculpture érigée sur la pelouse jouxtant le pavillon Maurice-Pollack.

«Je voudrais que ce lieu en soit un de rassemblement, explique Armand Vaillancourt qui, à 65 ans bien sonnés, garde une allure juvénile. J'ai passé ma vie à passer des messages; la sculpture constitue mon arme de combat, un outil de conscientisation et de revendication.» Et de raconter que toutes les pierres (du calcite) ayant servi à la réalisation de la sculpture proviennent d'une carrière de Mistassini, au Lac Saint-Jean. La pièce la plus imposante de cet ensemble monumental reste le dolmen formé de trois grosses pierres, sur lequel on peut lire une lettre de Félix Leclerc datée du 29 avril 1985 et qui est dédiée à la jeunesse. Figurent notamment le célèbre poème de Gaston Miron, L'Octobre («Nous te ferons Terre de Québec...»), et un poème du roumain Petru Romosan.

La mémoire des pierres

Voulant rendre hommage aux autochtones, Armand Vaillancourt a disposé le reste des pierres en forme de pointe de flèche. Toutes les préoccupations de ce contestataire dans l'âme y sont illustrées: la dégradation de l'environnement, le racisme, l'antimilitarisme mais aussi le désir d'être éternel, de continuer à vivre dans la mémoire des êtres aimés. Bonne nouvelle: le chêne qui se dressait à côté de la pierre sur laquelle est gravée la chanson de Gilles Vigneault J'ai planté un chêne et qui avait été coupé à cause de la construction des nouveaux pavillons sera remplacé.

«Je ne crois pas au bonheur mais au devoir accompli, se plaît à dire ce pionnier de l'art monumental au Québec. Pour moi, créer, dire la vérité, demeure essentiel. Je suis dérangeant et c'est ce que je veux être: dérangeant.» Suscitant la controverse partout où il passe, Armand Vaillancourt avoue ne pas porter les politiciens dans son coeur. Récipiendaire du Prix du Québec en 1993, il affirme ne pas vouloir la gloire ni la reconnaissance, l'important étant de faire ce qu'il doit faire. «Si j'arrive à toucher les gens avec mon art, j'aurai atteint mon but..

Indépendantiste de la première heure, Armand Vaillancourt a participé en juillet à une exposition ayant pour thème «Vision du Québec», au Centre des arts de la Confédération de Charlottetown, à l'île du Prince-Édouard. Prenant la parole - et fidèle à lui-même - l'homme a réalisé une oeuvre gigantesque constituée de quelque 300 arbres suspendus dont il a enlevé et peint l'écorce. Un peu en retrait, un arbre peint aux couleurs du Québec attend son heure... Intitulée «Pour le droit inaliénable des peuples à l'autodétermination», l'oeuvre est dédiée à Alexis, son fils de quatre ans et demi, ainsi qu'à tous les enfants du monde. Comme par hasard, les responsables du musée ont noté une hausse de 50 % des visiteurs cet été...

«J'ai des projets pour mille ans», lance ce guérillero artistique, pour qui toute vérité est bonne à dire. En attendant, il fait sien ce poème hindou qu'on peut lire en face du pavillon Maurice-Pollack: «Parfois nus, parfois fous /Érudits ici, ignorants là /Ainsi apparaissent-ils /Sur terre les hommes libres».

Renée Larochelle


Œuvres 


1953: L'arbre de la rue Durocher (Montréal)
Véritable performance publique, la première du genre pour Armand Vaillancourt. Durant deux ans, il sculptera, à même la rue, cet arbre, situé sur la rue Durocher, à Montréal. Très controversée, cette sculpture fit plusieurs curieux parmi les passants, ne sachant comment la qualifier. Symbolisant le rapport entre l'art et la nature, elle demeura en place plusieurs années durant, pour finalement être transportée au Musée national des beaux-arts du Québec. Cette œuvre éveilla la conscience de plusieurs artistes concernés par l'écologie et est maintenant considérée par plusieurs comme fondatrice de la sculpture moderne québécoise.
1967: Je me souviens (Toronto, esquisse)
1967: Écran d'acier (Ottawa, York courtyard, )
Acier coulé, 366 x 183 cm; Interpretation: Permettre de voir l'environnement urbain d'une manière différente. (source Commission de la Capitale nationale du Canada)


1971: Québec libre ! (San Francisco, États-Unis)
L'une de ses sculptures les plus connues, Québec libre ! (localement appelée Vaillancourt Fountain, ou Fontaine Vaillancourt) à San Francisco, représente bien le lien qu'effectue Vaillancourt entre ses convictions politiques et sociales et ses œuvres. Il s'agit en fait d'une énorme fontaine de béton, de 61 mètres de long, 43 mètres de large et 11 mètres de haut installée à l'Embarcadero plaza, en plein cœur du quartier financier de la ville. La nuit précédant son inauguration, Vaillancourt y inscrivit un retentissant Québec libre! en lettres rouges, signifiant son appui indéfectible à la liberté du peuple québécois et plus largement, son appui à l'émancipation de tous les peuples. Voyant, le lendemain, que les employés de la ville avaient effacé l'inscription, il sauta sur la sculpture et y réinscrivit plusieurs fois la phrase. Cette œuvre fut l'objet, quelques années plus tard, d'une polémique très médiatisée. En effet, lors d'un concert gratuit de U2, Bono, le chanteur du groupe, présenté à même la sculpture, monta au haut de l'œuvre et y inscrivit Rock & Roll stops the traffic, en référence à la puissance du rock. 20 000 personnes assistaient en effet au spectacle et bloquaient une partie des rues avoisinantes.
Réagissant par la suite à cet acte, la mairesse de la ville déclara alors qu'elle déplorait le vandalisme de l'œuvre, que ce genre de délit était punissable d'une amende et/ou d'emprisonnement. Vaillancourt fut par la suite contacté pour lui demander s'il appuyait le geste, ce qu'il fit immédiatement en se rendant le lendemain au concert de U2 au colisée d'Oakland, où il écrivit Stop the madness en direct sur la scène, devant 70 000 spectateurs. Il défendit le geste de Bono, après un discours critique sur les injustices de plusieurs peuples, en déclarant « Les graffitis sont un mal nécessaire. Les jeunes n'ont pas accès aux premières pages des journaux comme les politiciens ».
1980: Intemporel (Chicoutimi)
Vaillancourt créa, en 1980, un véritable champ de pierre blanches entourées de "cages", lors du symposium de sculpture environnementale, à Chicoutimi. 1 500 tonnes de roches furent utilisées pour cette œuvre monumentale. La pierre blanche, seul matériel utilisé représentant la nature, fut enfermé dans des cages de métal alignées sur la roche, symbolisant les structures crées par l'homme pour tout encadrer, tout contrôler.
1983: Justice


1985: El clamor (Santo Domingo, République dominicaine)
Qualifiée par Vaillancourt de « symbole de l'énergie vitale de tous les peuples opprimés [...], de la vraie liberté, celle qui est à l'intérieur, celle qu'on ne peut pas emprisonner », cette sculpture monumentale de sept mètres de long, deux mètres de largeur et trois mètres de hauteur est faite de pierre sculptée, entourées de barbelés et surmontée de 92 mains d'acier, symbolisant la lutte des peuples contre la répression et l'emprisonnement. Une colombe d'un mètre et demi surplombe le tout. L'œuvre fut construite à Saint-Domingue, en République Dominicaine à l'occasion du 500e anniversaire de l'arrivée de Christophe Colomb.



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Jeudi 23 octobre 2008

Peintre québécois à la salle de garde
de l'Hopital Bichat 1964




1964-2008
44 ans après, de passage à Paris, Germain Perron revient à l'hôpital Bichat.
Interviewé à cette occasion, son témoignage sera présenté lors de l'exposition sur les salles de garde et dans un prochain ouvrage de Patrick Balloul.


                                                                                                                                          

 

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