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Si l’homme reste imperméable au chant, ouvre sur le ciel un parapluie d’oiseaux.
Si la fleur est la préface du miel, ne chante pas l’abeille mais le battement des ailes.
Si le sommeil est la préface du rêve, dors la tête du même côté que le cœur.
Si l’espace est la préface du voyage, ne sépare pas la route des enjambées du temps.
Bien avant les bourgeons, les fleurs et les fruits, dessine les racines sur la première page.
1
Il devait être 3 heures 74 quand l'hôtesse vint me réveiller. Elle avait dans les yeux d'autres yeux se répétant à l'infini. J'étais dans un avion dans un avion dans un avion. Je n'osais pas regarder les autres passagers. J'avais entre les mains une page blanche et la tête pleine de mots s'emboîtant les uns dans les autres.
Je devais préfacer une préface de préfaces. Un livre de préfaces. Toutes passionnantes. Un livre gigogne. On ouvre la petite page, toutes les autres grandissent de plus en plus. Des portes ouvrant sur d'autres portes. Des portes ouvertes. Uniquement des portes ouvertes. En fait, mon sommeil n'était qu'un réveil dans un monde étrangement pareil et différent. Prenant mon stylo, je me mis à préfacer des pages blanches.
Je ne cherchais plus le sens mais le bonheur des mots.
L’avion a atterri vers 3 heures 87. Je ne sais plus dans quelle ville ni même quel pays. On n’est jamais sûr de connaître le monde, de l’entendre, de le voir. Sans cette réalité, il n’y aurait pas de livre, pas de musique, pas de peinture. Il neigeait sur la piste. La masse des nuages titubait sur le ciel. Peu importe le livre, il y a tant d'espoir à préfacer.
Toute chose est une métaphore. La lune, quand elle se lève, est la préface de la nuit.
Entre le décollage et l'atterrissage, les mots flottaient entre des multitudes de pages. La préface d'une ébauche me comble. Elle reste dans l'enfance, l'esquisse et l'espérance. J'ai pris un taxi sans savoir où aller. Je n'habite plus une maison mais la porte, les pas sous les souliers, l'oiseau derrière la vitre.
D'un mot l'autre