Vendredi 17 octobre 2008


Je la regarde chaque soir, penchée sur son chevalet. Elle garde plusieurs pinceaux dans chaque main et parfois un entre les dents, comme un pirate les mâchoires serrées sur son poignard à l'assaut d'un navire. Elle met de la peinture partout, sur ses vêtements, sur les miens, sur la table, l'étagère, le chevalet, il lui en reste toujours un peu quelque part, sur les joues ou sur les bras, sur les mains ou sur le front, dans le cou ou au bout du nez. Je la regarde chaque soir crouler gentiment sous le poids de la fatigue et des heures de concentration, dévouée à sa petite magie merveilleuse, prête à ne pas entendre le bruit du temps qui nous rattrape, en échange d'une pression favorable du pouce ou d'un mélange harmonieux de plusieurs beiges.

Thomas Vinau

Dessin : Emilie Alenda


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Jeudi 2 octobre 2008
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Lundi 16 juin 2008

Vos discours m'ennuient. Vos cris me font peur. Vos mots n'ont pas de sens pour moi. Pour vous, la parole est une arme, un couteau de cuisine, une calculatrice. Pour vous, parler c'est payer ou réclamer des comptes, acheter des sourires ou des larmes comme des fruits chauds dans un stand au bord de la route. Ce voyage est interminable. Comme si les vacances refusaient de commencer. Vous êtes en train de vous engueuler à l'avant, de vous dévorer sous prétexte de combler la chaleur immobile. Vos mots n'ont que des dents. Lucie est à côté de moi, sa cuisse contre la mienne, le casque sur les oreilles. Elle écoute une chanson de suicidaire en regardant au fond du ciel, derrière le paysage de la route qui défile. Elle a trouvé sa technique. Elle n'écoute plus depuis longtemps. Elle bouche par des couches de musique l'espace entre elle et vous. Moi, je crois que je vais tenter autre chose, je vais offrir mon âme au silence. A partir d'aujourd'hui, je me tais.

Thomas Vinau
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Lundi 19 mai 2008

Je cause au caillou dans ma chaussure
au chien qui bave sur les coussins
je cause aux ridules et aux rhizomes
je cause à la suie et à la sciure
je cause au découvert de ma banque
aux champignons sur le tas de compost
à mon tartre et mes poils de barbe
aux traces sur ses petites culottes
je cause au moucheron dans mon verre
aux moineaux qui boulottent les cerises
à l'écureuil près des poubelles
au vieux bousier qui pousse sa bouse
je cause au pollen dans mes narines
à l'odeur de son oreiller
au tas de linge sale dans le garage
aux fourmis dans une carcasse
à la corde à linge détendue
au bois qui blanchit sous la pluie
aux têtards et aux arachnides
aux dessins près du téléphone
aux vieux livres que je ne lis plus
je cause aux fils blancs dans le ciel
aux matins de pluie sans lumière
aux essuie-glaces de ma voiture
aux enfants qui te font des doigts
aux vieux qui sentent la friture
aux poules aux carpes aux crapauds
aux boules de pétanques rouillées
aux vieux mégot qui se consument
aux pissenlits dans les pavés
aux gouttières aux moustiques
aux amibes aux nuisibles
aux bouteilles dans les ruisseaux
aux vieilles chaussures abandonnées
aux cantonniers aux boulangères
aux pieds de tomates et aux caissières
aux nuits sans étoiles et sans lune
à l'haleine chaude du brouillard
à la mousse des bords de fleuve
aux lombrics et au bois pourri
aux bouquets de fleurs
attachés aux platanes sur le bord des routes
à ma mère à ta soeur
au plombier au facteur
à la cuvette tiède de mes chiottes
mais paraît-il je suis misanthrope
...


Thomas Vinau

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Dimanche 18 mai 2008

Nous marcherons sans but
mais nous aurons des rêves
et les fossés seront des ruisseaux
de jour et de lumière
qui aveugleront
les rats


Thomas Vinau
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autres publications:
Pour en finir avec la mort, Légitime démence, 1990

La nuit des gueux, collectif, La Plume libre, 2006

Photomaton, collectif, En Ligne Éditions, 2006

Scribulations 0-1, collectif, Éditions La Madolière, 2008





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