Samedi 19 janvier 2008

 

Je n’entends pas le chant du coq.
J’écoute le vol d’un papillon.
Je ne sais pas lire la Bible.
J’apprends la langue des fougères.
Je donne à boire ce dont j’ai soif.
Je donne à voir ce que je cherche.
Je confonds dans une phrase
le ressac bleu des vagues
et l’herbe verte au bord de l’eau.
Je donne au pain une accolade.
Je donne à lire au blanc des yeux
un arc-en-ciel de musique.
Je donne l’encre au blanc des pages
et ma chair vive à chaque mot.

Je donne à lire ce que j’ignore.


 
 

 

 

 

 

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Mercredi 9 janvier 2008


Il fait un temps de balles perdues,

de ballons morts, d'enfants punis.
J'ai des trous noirs dans mes mots,
des accrocs sur le cœur où saigne la tendresse,
des cicatrices sur la page,
les yeux brûlés par les images,
les tatouages du destin sur mes biceps endoloris.
Il fait un temps de balles perdues,
de brins d'herbe brûlés,
de marguerites mal effeuillées.
J'ai des trous dans mes bas où se perd la vie,
des blessures dans la voix,
des cordes de pendu au manche des guitares.
Le museau du soleil ne lèche plus mes vitres.
Une maison de papier ne protège de rien.
Je ne suis qu'un enfant et j'ai peur la nuit
quand passent les avions.




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Samedi 5 janvier 2008

Rivés devant l'écran
nous ne savons plus si nous vivons.
Nous respirons par une antenne,
par un acteur interposé,
par un voyant électronique.
Nous ne savons plus aimer
sans suivre un générique,
sans playback, sans montage.
Nous ne savons plus ouvrir les yeux
sans scénario, sans prise de vue.
Nous ne savons plus rire
sans un punch à la fin,
sans un clown de service.
Nous ne savons plus lire
que les livres d'images
et les modes d'emploi.
Nous ne savons plus crever
en crachant sur les tombes.
Engoncé dans nos corps comme des étrangers
nous vivons par procuration.
À défaut d'être libres nous zappons le réel
comme ces chiens qui mordent
dans un os en plastique.
Nous n'allons plus pisser
sans une pause commerciale.
Nous mangeons du voisin
sans cracher les pépins.
Nous ne savons de lui
que sa marque d'auto.
Nous ne savons du monde
que les bulletins de nouvelles
et l'horaire des films.
Nous ne savons plus compter
sans dollars à la main.
Nous ne savons plus brouter
sans les bêlements télégéniques.
Nous ne savons plus voir
sans photos numériques.
Nous n'allons plus au bois
sans portable ni raison.
Il n'y a plus d'enfants
qui coursent dans la cour
ni de voleurs de pommes
dans le verger du cœur.
Les enfants du Sahel
ne sautent plus à la corde,
ils sautent sur des mines.
Les fillettes ne jouent plus à la mère
sans une seringue dans le bras.
Les garçons jouent aux hommes
Avec un vrai fusil.
La liberté n'est plus qu'une marque de yogourt.*
La dignité n'est plus qu'une couche à vieillard.

*Pierre Falardeau




 

 

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Dimanche 30 décembre 2007

Avec un linge pour essorer le cœur,
des images pour réchauffer le froid où se figent les yeux,
avec des voyelles pour effacer le bruit,
des consonnes qui fleurissent en bouche,
des lèvres pour aimer,
des mains qui s'ouvrent pour donner,
avec des bras pour enlacer,
des yeux aux quatre coins des vitres,
deux ou trois pff en guise de prière,
l'œil jaune des abat-jours sur la page encore blanche,
avec l'encre et la sève, avec l'ange et la bête,
la braise dans les cendres,
avec des baisers sur la bouche du vent,
des caresses sur la peau de la vie,
la chair des galets qui rêvent dans un lac,
je m'accroche à la rampe des mots
et grimpe dans ma voix
jusqu'à toucher le ciel.





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Mercredi 26 décembre 2007


Il ne faut pas pleurer sur l'homme
mais lui apprendre l'espérance.
Il ne faut pas craindre la mort
mais apprendre à aimer.
Il ne faut pas désespérer
mais relire Bobin et le gitan Kerwich.
Il ne faut pas prier dans une église
mais à la messe des cigales.
Il ne faut pas vêtir l'enfant dans un habit de cendre
mais redonner aux vieux leurs billes et leur ballon.
La tendresse n'est pas dans les mots que l'on dit
mais les gestes qu'on pose en façonnant les choses.
Il ne faut plus compter les heures
mais boire l'eau des contes
et relever les fleurs piétinées par la horde.
Ne pleure plus maman.
Je veux t'embrasser dans la distance
De la vie à la mort,
Te tricoter des mots comme des bas d'hiver,
Des kilomètres de laine protégeant de la haine.
Je veux te dire je t'aime
Pour toutes les fois où je ne l'ai pas dit.


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autres publications:
Pour en finir avec la mort, Légitime démence, 1990

La nuit des gueux, collectif, La Plume libre, 2006

Photomaton, collectif, En Ligne Éditions, 2006

Scribulations 0-1, collectif, Éditions La Madolière, 2008





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