Tout est caha-cahin. La mer est au-dessus des arbres. Le ciel est descendu visiter les racines. L’hôtel du cerveau a fermé ses neurones. Le vent surnage dans la pensée des pierres. Le soleil est si froid que les ombres grelottent. Le m de l’a our a pris le mors aux dents. On ne sait plus ce qui vient ou s’en va. Les vivants se promènent dans les habits des morts. La lumière du soleil se retire dans l’ombre. On écrit sur la peau. On feuillette les arbres. Des mots sans suite s’éparpillent des étoiles aux chardons. Je retrouve des chiffres au rayon poésie, des poèmes à la banque, des bielles sous la peau. Le chien de pique aboie dans son château de cartes. Tous les arbres s’habillent d’une écorce de laine. Je regarde à l’envers pour ne pas perdre pied. Où les hommes s’entretuent, une fleur pousse encore. Tout ce qu’ils veulent savoir ne m’intéresse pas. Je cherche l’absolu dans un simple sourire.
Toute la mer est à vendre à tant le grain de sel. Au fond des coquillages, on n’entend plus la mer mais la voix des marchands et le chant des sirènes. Quand j’habite les fleurs, je suis un pissenlit. Je voyage en tortue au bas des autoroutes. Une armée de nuages tire des balles d’eau. On ne craint plus la mort mais on a peur d’aimer. Une colombe accouche au milieu des vautours. Je pousse de mon pied un zéro sur la route. Tous les cailloux s’ennuient dans le ruisseau du cœur. L’horizon faute de mieux se déguise en cheval. La peau du monde saigne au profil du néant. Le temps est une apoplexie au moment de s’aimer. Le sang vivant se fige dans l’odeur des tortures. Les arbres échangent leurs oiseaux là où les hommes vendent leur âme. La colère des flammes se mélange à la mer.
Mes mots s’amusent entre deux portes comme des enfants rebelles, des moineaux sur un banc, des lignes de musique dans la paume du silence. Au milieu de la nuit, je dessine à l’aveugle. J’écris pour défoncer les portes qui se ferment, pour réparer les membres que les mines ont brisés. C’est trop peu, je le sais, mais je n’ai que mes mots pour répondre à la haine. Il y a ceux qui partent avec l’habit du mort continuer la vie. Il y a ceux qui restent à repriser ses bas. Des mains sont à la soupe et d’autres à la gâchette. C’est pourtant le même sang qui irrigue les doigts.
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