Mercredi 29 mars 2006

Tout est caha-cahin. La mer est au-dessus des arbres. Le ciel est descendu visiter les racines. L’hôtel du cerveau a fermé ses neurones. Le vent surnage dans la pensée des pierres. Le soleil est si froid que les ombres grelottent. Le m de l’a our a pris le mors aux dents. On ne sait plus ce qui vient ou s’en va. Les vivants se promènent dans les habits des morts. La lumière du soleil se retire dans l’ombre. On écrit sur la peau. On feuillette les arbres. Des mots sans suite s’éparpillent des étoiles aux chardons. Je retrouve des chiffres au rayon poésie, des poèmes à la banque, des bielles sous la peau. Le chien de pique aboie dans son château de cartes. Tous les arbres s’habillent d’une écorce de laine. Je regarde à l’envers pour ne pas perdre pied. Où les hommes s’entretuent, une fleur pousse encore. Tout ce qu’ils veulent savoir ne m’intéresse pas. Je cherche l’absolu dans un simple sourire.

Toute la mer est à vendre à tant le grain de sel. Au fond des coquillages, on n’entend plus la mer mais la voix des marchands et le chant des sirènes. Quand j’habite les fleurs, je suis un pissenlit. Je voyage en tortue au bas des autoroutes. Une armée de nuages tire des balles d’eau. On ne craint plus la mort mais on a peur d’aimer. Une colombe accouche au milieu des vautours. Je pousse de mon pied un zéro sur la route. Tous les cailloux s’ennuient dans le ruisseau du cœur. L’horizon faute de mieux se déguise en cheval. La peau du monde saigne au profil du néant. Le temps est une apoplexie au moment de s’aimer. Le sang vivant se fige dans l’odeur des tortures. Les arbres échangent leurs oiseaux là où les hommes vendent leur âme. La colère des flammes se mélange à la mer.

Mes mots s’amusent entre deux portes comme des enfants rebelles, des moineaux sur un banc, des lignes de musique dans la paume du silence. Au milieu de la nuit, je dessine à l’aveugle. J’écris pour défoncer les portes qui se ferment, pour réparer les membres que les mines ont brisés. C’est trop peu, je le sais, mais je n’ai que mes mots pour répondre à la haine. Il y a ceux qui partent avec l’habit du mort continuer la vie. Il y a ceux qui restent à repriser ses bas. Des mains sont à la soupe et d’autres à la gâchette. C’est pourtant le même sang qui irrigue les doigts.

par la freniere publié dans : Prose
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Mercredi 29 mars 2006

Sur la balance de mes jours, les rêves pèsent plus lourds. Je n’ai aucun crédit au guichet du réel. Je porte un nez de clown, des larmes de rosée, des semelles de vent. Je ne sais rien des chiffres mais je connais par cœur tous les chemins de l’aube. Quand j’ai la tête grosse, je regarde l’abeille. Je cultive des oiseaux, des oignons, des étoiles. J’écris comme un aveugle qui se cogne au chambranle. Je ravaude le cœur avec le fil des mots. Je ne vieillirai pas en calculant mon âge mais les arbres qui meurent. La main du paysage ouvre ses doigts d’images. L’éclair est une aiguille dans une pelote de pluie.

Sur la balance de l’espoir, le poids des choses ne vaut rien. Je regarde le monde par les yeux des hiboux, par les œufs des frayères et les bras des poupées. Je m’écorche le cœur dans un buisson d’épines. Je sculpte dans la paille des étoiles qui brillent. À défaut d’une mer au devant de mes yeux, je marche dans la vie comme l’eau porte les poissons. À chaque atome qui frissonne, je rebondis vers le soleil. Un vol de mésange adoucit les tempêtes.

Sur la balance de mes nuits, je ne pèse que l’aube. Je trace dans le pain un cœur de bonté à offrir aux oiseaux. Je ne chante pas, je prie en gardant les mains libres. Sous le fracas des bombes, j’écoute le silence faire pousser des fleurs. J’arrose de voyelles les plates-bandes muettes. J’écris avec le sang, la sève, la neige dans la cendre, la perle dans la boue, la messe des cigales dans l’église du bois. Je réponds à la mer avec la voix du sable. Je caresse les arbres avec les bras du vent. L’espace entre les choses a soif de présence.

Sur la balance de mes mots, le plateau des images a le visage du cœur. Nous sommes un soleil captif de la pluie. Quand la neige est aveugle, je marche avec mes yeux. Sur les champs de bataille, les balles sont des larmes. On pleure trop souvent pour la folie d’un Dieu ou la soie d’un drapeau. Chaque caresse est un barreau sur l’échelle du ciel. Chaque note est une fleur sur l’échelle de Richter. J’ai besoin des racines pour comprendre les arbres.

Sur la balance de mes mains, une caresse vaut deux poings. Je tricote des bas pour ma chaise bancale, une petite laine en mots pour mes cahiers tondus. La terre montre ses veines sous sa dentelle de neige. Sous la glace qui fond, on voit son cœur en transparence. La beauté montre enfin son vrai visage d’homme. Ce que l’on dit ne change pas. Ce que l’on change ne se dit pas. Ce qu’on ignore nous enseigne. Chacun porte le germe qui engendre l’amour. Il suffit d’un peu d’eau dans le désert des présences.

par la freniere publié dans : Prose
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Lundi 27 mars 2006

Tu es comme la perle au creux de l’huitre, la note bleue des arbres, le cœur sous ma poitrine, le sens dans mes mots. Tu es comme le chant dans la gorge de l’oiseau, le rêve dans la tête, la houle au fond des hanches, le seul visage dans la foule. Tu es le dé chanceux dans la main du joueur, le mot qui me manquait pour continuer d’écrire. Mes désirs sont peuplés de toi. Mes os épèlent ta peau. Les muscles de mes mots se bandent pour t’écrire.

Tu es comme une graine au ventre de la terre, une île sur un fleuve que mes vagues retiennent, un trou dans le sablier pour agrandir le temps. Debout sur le sommeil, je te parle en rêvant. Je suis l’abeille qui butine les fleurs que tu sèmes, le souffle sur ta joue, l’épaule qui t’accueille. Nous cuisinons à deux des miracles dorés. Je suis la vague en feu dans l’eau que tu allumes, la main du troubadour sur la viole des jours. Tu es le fil à coudre qui reprise mon cœur, un arc-en-ciel au milieu des orages, la Princesse aux petits pois que je viens délivrée.

Peu importe la route, j’arrive toujours à toi. Tu échappes à la haine, à la mort et aux larmes. Les manches relevées jusqu’au coude, tu creuses dans ma vie un tunnel de lumière. Sur l’arbre où je m’appuie, tous les oiseaux chantent pour toi. Sur la terre où je marche, l’éclair de tes pas éclaire mon chemin. Les premières cerises n’attendent que ta bouche. Les étoiles ont tes yeux quand elles percent la nuit. Tu es une lucarne ouverte sur la vie. Je t’aime à chaque jour, chaque année, chaque siècle. Je te crois. Je t’aime. Je m’abandonne à toi.

Tu enflammes la nuit avec tes cheveux roux. Tu fais rire les pierres avec tes pas de deux. Tu enchantes les arbres avec tes mains d’oiseau. Tes traces sur le sable redessinent la mer. Je confonds la route avec tes jambes, le ciel avec ta joue, tes caresses avec l’eau. Je t’ai voulue. Je te veux. Seule au monde attendant mon appel. Ma femme à jamais. Tu prodigues l’amour avec la lumière. Tu donnes l’espérance au moindre des bourgeons. Quand je t’offre une rose, j’avale les épines qui pourraient te blesser, les cailloux qui dépassent, les vieux clous de cercueil.

Tu es comme une paix dans le bruit des batailles. Tu fais pleurer les armes dans les mains des soldats. Je te veux. Je te vois. Tu cours sur la mer comme une île un peu folle. Tu es la clef de voute, la porte, l’absolu. Je lèche ta rosée dans les cris de la terre, dans les œufs éblouis, dans le délire des fleuves, dans les poissons qui volent semblables à mes désirs. J’avance en funambule sur un fil de salive. Je te veux. Je te vois. Tu es comme une abeille dans le pollen solaire, un papillon d’étoiles dans le cocon de l’ombre.

Je t’aime. Je te crois. Je m’abandonne à toi. Tu es comme la luette dans la gorge des mots, le chant de l’alouette dans le nid des tempêtes, la girouette en feu sur la cime fendue. Mes deux mains sur tes hanches caressent la lumière. Je suis dans notre amour comme les muscles dans l’homme, la pupille dans l’œil. Il n’y a plus que toi recomposant le monde d’une seule caresse.

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Dimanche 26 mars 2006

Quand on encense les églises, ça sent la mort jusqu’aux derniers bancs de neige. Quand on arme un enfant, c’est le cœur qu’on dépouille. On n’a plus pour aimer que des caresses à blanc. Les larmes qu’on refoule obscurcissent les yeux. Partout où le veau d’or est une vache à lait, on traie jusqu’à la mort. L’argent est un bâillon qu’on recouvre de miel. Les statues de sel fondent à la première averse mais les bonhommes de neige se transforment en rêve. Entre la chair et l’os, je travaille au crayon. Je détache le cœur de la gangue du temps. J’avance en soulevant les lignes d’un poème.

J’ai longtemps marché dans un couloir sans même trouver le labyrinthe. J’étais debout derrière les portes sans trouver de maison. Maintenant je dessine la route au fond de chaque pas. J’ai trouvé un sourire parmi les mots qui pleurent. Le temps qu’on jette sur la route finit par faire des montagnes. Le plus petit caillou est une ancienne larme. Ce qui manque à la neige annonce le printemps. Le ciel tombe en eau. La terre monte en graines. Je repêche l’espoir avec la ligne de cœur.

Quand mon oreille se noie dans le bruit des paroles, j’écoute le silence. Pour donner à la soif un moment de répit, je dessine la source. La nuit qu’on met en mots devient lumière. Paradis ou néant, Dieu ou la mort, peu importe. Je ne connais que l’espoir.  Je ne veux que l’amour. C’est la confiance du fruit que transporte la sève. Le ciel pousse dans les bourgeons.

Je parcours les rides sur le visage du monde. Je dresse pour la haine des potences de roses. Le mot survit à l’encre comme l’homme à ses dieux et le ciel aux nuages.

26 mars 2006

par la freniere publié dans : Prose
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Vendredi 24 mars 2006

J’écris comme un enfant qui invente ses jeux. Le vent dessine sur les feuilles des images du temps. Tant de sang sur les plages indispose la mer. Il m’arrive d’entendre les insectes pleurer, les alvéoles en crise dans les structures du vide, les paupières descendre jusqu’au bord de l’abîme. Le blanc des yeux se cache derrière les couleurs. Les années passent tous les jours avec les nuages. J’y tiens debout par la colonne vertébrale du rêve.

J’écris avec des mots qui ne servent à rien. Je ne suis qu’un écho. Quand je quitte la foule, je me remets à vivre. Je ne suis qu’une fraction dans les livres comptables, le zéro pur des cancres, une rature de chair sur la peau du réel, le mauvais vitrier dont parle Baudelaire. Je traverse l’hiver en kabig de mots. Je préfère les hochets aux pioches du fossoyeur. La parole enfante, elle n’enterre jamais, sauf pour semer des fleurs. Je regarde l’oiseau faire voler son ombre, la mer cajoler ses vagues les plus jeunes. J’écoute la mère accueillir l’enfant. Le bouquet sur la table est un pain pour les yeux. Le musicien rassemble les notes qui se cherchent.

J’écris en paresseux dans la magie verbale, dans le hamac du doute, comme on patine sans connaître la glace, comme on patine un meuble en caressant le bois. Je prends le temps de lire les paraphes de l’herbe, la saveur d’un mot, le murmure du cœur cognant contre le mur. La sève s’allume dans la nuit. Elle met du feu sous les écorces. Dans le récit du paysage, les oiseaux sont des mots. Chaque phrase en volant nous mène vers la vie.

J’écris comme je marche sans connaître la route. Je cherche dans les mots un écureuil en fuite, une abeille brodant une robe de miel, une vague de soleil sur la plage du ciel. J’ajoute une virgule au macramé du sens, un petit fil de paille, une clochette à vache au bout de chaque ligne, un tintement de cuillère dans la soupe du monde. J’arrache au quotidien quelques poils de rêve. Ma tête joue des hanches au bal des étoiles.

 

23 mars 2006

par la freniere publié dans : Prose
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Pour en finir avec la mort, Légitime démence, 1990

La nuit des gueux, collectif, La Plume libre, 2006

Photomaton, collectif, En Ligne Éditions, 2006

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