Mercredi 17 janvier 2007
Émerveillons-nous d’être à la fois guetteur et proie, quand la parole prend sa source dans nos oreilles ! Le langage ne suffit pas à faire de nous les miroirs du monde. Nous ne parlons jamais qu’à nous-mêmes.
 
Est-ce l’arbre ou le vent
Qui prête à l’autre sa voix ?
J’ouvre un livre et bien souvent
C’est lui qui me lit.
 
A la barre des miroirs, on demande de dire le mensonge, rien que le mensonge, et tout le mensonge. Ils sont les coryphées du faux-semblant. Pourtant leur mensonge est celui de la lumière, c’est-à-dire d’une entité incapable de dissimuler quoi que ce soit. Les miroirs sont donc des poètes, des menteurs condamnés à dire la vérité, cygne toujours plumé au sortir de la bouche d’ombre. Comme les mirages, reflets de l’imaginaire qui chatoie, projections de nos soifs sur l’aridité du désert, ils ne sont qu’une allégorie, celle de notre propension à nous laisser leurrer par les fables.                                                   
                                         Jean DIF
          
Masques de givre vient d’être publié à ENCRES VIVES
                  
 
 
 
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Vendredi 12 janvier 2007

La revue de poésie Sources, publiée pas la maison de poésie de Namur ( Belgique ), consacre un numéro spécial à la poésie mauricienne.

 
A découvrir et à faire découvrir :
 
 

Umar Timol, Vinod Rughoonundun, Emmanuel Richon, Gillian Geneviève, Khal Torabully, Yusuf Kadel, Michel Ducasse, Irfaan Manjoo, Anil Rajendra Gopal et Shawkat M. Toorawa.

Pour février (l'ordre ici n'a pas encore été établi): Rishy Bukoree, Vinod Rughoonundun, Jocelyn Siou, Alex Ning, Sylvestre Le Bon, Yoonos Peerbocus, Rattan Gujadhur
 
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Jeudi 21 décembre 2006


Et maintenant, comme je l’ai dit au début, nous pressions le pas sous la Grande Ourse. Dissipée notre frayeur nous avancions, résolus, comme aspirés par l’horrible trou borgne de la nuit, en direction de cette interminable agonie. En somme on marchait à la recherche d’un cri. L’essentiel n’était-il pas de trouver d’où cela venait ? Après, nous verrions bien...

Une nuit d’hiver, les habitants d’une ferme partent dans les bois pour découvrir l’origine d’une inquiétante plainte, « du côté des collines ». Accompagnés de l’éclat d’une lune « étrangement écarlate », de lanternes, de chiens, et du souvenir du « crime des Granges Rouges », les hommes s’enfoncent dans l’obscurité. « Il se passe, en décembre, des faits bien étranges à l’écart de nos bourgs »... Le cri devient grognement, ricanement ; malgré la nuit et l’inextricable maquis, les bruits de bête et les craquements d’arbres, le curieux cortège ne cèdera pas à la panique, et sera bientôt à deux doigts de percer le mystère... La première parution d’Un cri, dans le recueil de nouvelles L’Ange au gilet rouge (aux éditions Syros) a marqué un tournant dans l’œuvre de Pierre Autin-Grenier : l’auteur de poésie « noire » nous a offert, depuis, des récits où se côtoient le fantastique et le surréalisme (Toute un vie bien ratée, L’Éternité est inutile). Le rythme des scènes entretient merveilleusement le suspense, jusqu’au tableau final d’une beauté rare, une « vision d’apocalypse » dévoilée dans la toute dernière phrase.

Un cri, Pierre Autin-Grenier, préface de Dominique Fabre, illustration couverture et vignettes intérieures de Laurent Dierick, 36p., collection Texte au carré, 14x14 cm, nouvelle, 2006, ISBN : 2.913388.59.0 9 €

Extrait :

On en avait mis du temps, avant de se décider... Trop, peut-être. Nous étions sortis sur le pas de la porte. Ausculter l’ombre. Un froid de chacal nous avait mordus jusqu’aux entrailles. Immobiles telles des statues de marbre, nous avions attendu. Anxieux, et comme impatients qu’il ne se passe rien. Oui, on espérait alors le silence, l’absolu silence, pour tout dire...

Les éditions Cadex - 334, Devois du château - 30 700 Saint-Siffret - cadex@cadex-editions.net

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Lundi 11 décembre 2006


Un personnage entre dans un photomaton. Ses photos sortent blanches. À partir de cette situation, dix auteurs réunis sur Internet ont écrit cent quarante nouvelles. En.lignes.éditions vient de publier Photomaton, le recueil réunissant les meilleurs des textes écrits par :

Jean-Marie Dutey
Armel Bazin
Catherine Savournin
Céline Comte
Marie-Blanche Leblanc
Aline Fernandez-Reboul
Jean-Marc La Frenière
Michèle Menesclou
Michel Henric-Coll
Laïla Cherrat

Ouvrage de 280 pages sur papier laser 80g. Couverture : Pierre Antoine Thierry. Illustrations Gaïa.
 
Prix de vente : 15€, 20$US, 20$Can, ces prix tiennent comptent des frais d'expédition. Chèques à adresser à :
 
Pour l’Europe :

Jean-Marie Dutey
291 rue Montesquieu
69400 Villefranche
France

Pour le Canada :

Jean-Marc La Frenière
344 rang 6
Saint-Ferdinand
Québec G0N1N0


C'est arrivé. Cette histoire de photos blanches sortant d'un photomaton est au départ une histoire vraie. Elle m'a été racontée par un collègue un peu stupéfait, revenant de la gare, où il venait d'accompagner un gamin dont il s'occupait afin d'obtenir des photos d'identité pour je ne sais plus quelle démarche administrative. Dans cette histoire, c'est l'identité d'A.D. qui pose problème, puisqu'il était issu d'une relation incestueuse entre son grand-père et sa mère. Ce grand-père ayant ensuite demandé à son fils d'endosser cette paternité fictive, A.D. se trouvait doté par la malédiction du même mensonge d'un père-grand-père et d'un père-frère, tous ses autres liens de filiation se trouvant par là même troublés. Troublée, il faut croire que la machine le fut aussi qui déclarait forfait et ne put rendre que des photos blanches à l'intéressé. Il m'a semblé que cette histoire pouvait servir de point de départ, ou d'arrivée à d'autres histoires. J'ai contacté d'autres auteurs et leur ai proposé le sujet : Un personnage entre dans un photomaton. Ses photos sortent blanches. Assez vite, le nombre et la qualité des textes proposés nous ont fait penser qu'on pourrait en tirer un recueil.


La plupart des auteurs de ce recueil ne se connaissent pas et ne se sont jamais rencontrés. Une grosse moitié vit en Europe et l'autre sur le continent nord-américain. Ils se sont pourtant retrouvés régulièrement en se connectant sur Internet à un atelier d'écriture en ligne créé pour ce seul projet. Un lieu qui, pour être virtuel, était pourtant chez eux. Un atelier habité de leurs présences successives ou concomitantes. Un endroit ouvert jour et nuit, accessible de la maison ou du bureau. Un lieu en dehors de l'espace et du temps, ce qui est une condition propice à l'écriture. Puis la magie a opéré. La magie, on le sait, est une chose fragile. On réunit des ingrédients, on lance une formule et on se retrouve avec une tisane amère à la place du philtre d'amour, un bouillon insipide à la place de l'élixir espéré. Mais parfois, peut-être juste parce qu'on y croit et qu'on n'est pas le seul, le charme opère.

Pour Photomaton, il a opéré. Nous avons expérimenté que le tout que nous formions était plus que la simple addition de chacun. Ce recueil qui va vers ses dernières pages n'est qu'une petite partie de ce que nous avons fait. Tous les textes que nous avons écrits n'y sont pas. Nous avons ensemble choisi les meilleurs. Ce qu'on ne voit pas non plus, c'est à quel point les textes des uns doivent aux autres. On ne voit pas non plus l'immense volume des commentaires, des encouragements, des critiques, des suggestions, des corrections que nous avons échangés en marge des textes, soit près de 2500 messages depuis le 24 février 2005, date à laquelle nous avons débuté ce projet qui allait nous tenir ensemble dix-huit mois.


À sa façon, ce recueil est beaucoup plus qu'une simple réunion de textes. Il atteste de notre aventure, dont il est à la fois le souvenir et la promesse tenue. Il parle entre ses lignes de ce qu'est l'écriture. Pour chacun, pour tous. Dans ce lieu en dehors de l'espace et du temps qu'est aussi le livre, chacune des nouvelles témoigne d'un ici imaginé, d'un maintenant de fiction et c'est peut-être la seule chose qui aura importé au lecteur. Mais pour les auteurs du recueil, dont je suis, les pages ne se fermeront jamais tout à fait. Elles seront pleines pour toujours de nos rires et de nos larmes, de légèreté et de pesanteur, d'accélérations brusques et de temps morts. De tout ça, merci.

 

Dutey J.
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Lundi 6 novembre 2006

Je viens de finir le livre. Ouf. Un mois. Un monument. 900 pages écrites serrées, sans paragraphes. Une pyramide en granit pur, charançonnée de souterrains de passages secrets dans l’histoire de cette putain de guerre qui n’en finit pas de nous harceler.
J’avais acheté ce livre dans un aéroport, comme ça, en passant, parce qu’il était là, à portée de la main, seulement attiré par le sujet ; la dernière guerre, mais vue par un SS cette fois.

Une ordure ce SS. Une vraie. Qui a lu Kant, Péguy, les classiques de la littérature française… Qui, convoqué par Kaltenbrunner (chef de la police SS),  lit L’Education sentimentale dans le couloir d’attente, contrarié parce qu’il doit interrompre la lecture à un moment crucial du récit… Un grand poète des forêts de Poméranie, des peuples du Caucase, des éléphants blessés du zoo de Berlin bombardé. D’un défilé de fourmis qui se perd derrière le crématoire d’un camp.
Un grand conteur de la géographie intérieure de l’être ; pulsions, désirs, frustrations, compassion. Les souvenirs, dit-il, sont des petites bulles de verre enfouies au fond de nous et qui remontent éclater à la surface.

Un personnage de roman au milieu d’une vraie guerre, louvoyant entre Himmler, Müller, Heydrich, Höss, Eichman, Globocnik…la campagne de Russie, les Einsatzkommandos, Stalingrad, les camps, la gestion de l’extermination, le calcul des rations à donner aux prisonniers pour en tirer du travail, l’apocalypse de la défaite, un livre de Flaubert dans la poche…

Homosexuel, amoureux de sa sœur jusqu’au délire d’inceste, meurtrier de sa mère, frustré de ne jamais avoir appris à jouer de la musique. Un personnage parfaitement amoral, sevré de tout sentiment, qui traverse le chaos de sa vie en gardant une distance froide, la distance qu’il y a entre nous et un miroir, entre le je et il. Un personnage qui parle à la première personne, comme nous.

L’auteur est américain le livre est écrit en français. La langue est superbe. Changeante, elle s’adapte au récit comme un caméléon. Minutieuse pour la reconstitution historique ou géographique, très descrïptive jusqu’au détail insignifiant, devient lyrique ou analytique ou poétique selon les moments. Que ce soit dans les délires de pornographie intérieure, dans l’analyse philogique des langues caucasiennes, ou la musique de Rameau.

De ce livre il m’en reste un million d’images. Chacun y trouvera son million. Un jeune juif d’Ukraine jouant Bach pour les officiers SS… les bottes qui s’enfoncent dans les corps mous des fosses communes… les petites culottes de soie en dentelles fines qui sèchent dans le jardin de Mme Höss (femme du commandant d’Auschwitz) prises bien sûr des femmes juives… la conversations sur Kant au cours d’une soirée chez Eichmann… Flaubert mouillé dans la poche… les abricotiers en fleurs dans les villages du Caucase…les crises  de diarrhées du Dr Aue...

Dès la première on est pris dans l’engrenage du récit. On s’en va dans ce chaos parfaitement rationnel. On va jusqu’au bout. Hypnotisé. Comme on irait jusqu'au fond de l'escalier de soi-même. Jusqu’à la dernière ligne… qui nous donne l’explication de qui sont les bienveillantes.

« Il n’y a rien d’inhumain, nous dit le Dr Aue, rien que de l’humain »

Aar


Aar, le sujet que tu soulèves à partir de ta lecture des "Bienveillantes" est très intéressant parce qu'il touche à l'Humain en profondeur. Pas l'humain orienté par le dicktat des morales sociétisées, mais celui de l'individu seul devant ses chemins à prendre. Ce livre parle d'un état de faits dont l'horreur a déjà été révélée en littérature ou ailleurs et c'est tant mieux, mais au delà de ça, il interpelle directement le lecteur, par une manière quasi neutre d'écriture, dans ce qui est la part de chacun la plus inexplorée, celle du libre-arbitre. En effet, cette part-là que la Société s'entraîne à juguler par maints artifices, arguties de modes ou autres lavages de cerveau, existe bel et bien en chacun avec ses anges et ses démons qui ne dépendent de rien d'autre que de soi. Le livre des "Bienveillantes" soulève ce coin-là, le lecteur reste seul face à lui-même pour décider de ce qu'il pense vraiment et de ce qu'il choisit. Il est confronté à la toute puissance du Soi qui n'a plus rien à voir avec la petite morale avec laquelle il a l'habitude de fonctionner et de se rassurer, mais bien avec le gouffre de toutes les décisions possibles, de tous les ressentis possibles qu'il porte en lui et qui sont parfois altruistes, et parfois terrifiants. Il est aussi confronté au "rien", cet état où il peut ne rien ressentir et s'accomoder comme un robot de ce qui se passe autour de lui ou de ce qu'il peut lui même induire sans états d'âme. C'est un livre décapant dans ce sens-là qui permet de "décider", sans que quiconque n'intervienne, sans la bonne conscience de la carotte devant l'âme, mais dans la dimension réelle que l'on veut instaurer entre soi et soi. Il y a quelque chose de quasi philosophique qui est induit par la lecture de ce livre, c'est peut-être en ce sens que Semprun parle de "livre du siècle", quelque chose qui va au delà du bien et du mal mais qui touche à la liberté individuelle de choisir le meilleur ou le pire, sans normes, sans récompense ni bâton, mais dans la nudité du libre-arbitre de chacun. C'est un livre dérangeant, qui met mal à l'aise et qui interpelle le plus secret de chacun pour finir sur la question suivante : et moi, dans le fond le plus fond, j'en pense vraiment quoi ?

Ile Eniger

Glanés sur le forum de Francopolis
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