Vendredi 13 janvier 2012 5 13 /01 /Jan /2012 23:27

 

 

Prends le sentier
derrière les jalousies des villageois
Le vent d'une seule main
y secoue la forêt.
À la montagne, mets des ailes
Au mur, pense à elle.
Le diable fera claquer ses doigts
et quand tu entendras le hurlement
du loup tranchant la gorge du chien,
tu verras alors les étoiles précises
des feux sur l'autre rive.
La lune arrêtera sa course.
C'est le signal. Traverse.
La voie est libre comme toi.
Je t'envoie l'escorte de vierges.
Le mot de passe :
" Né pour aimer. "

Ils versent un pauvre miel
sur leurs mots pourris.
Ils te parlent de pénurie
et sur ta faim, sur tes amis,
ils aiguisent leur appétit.

Leur haleine brûle l'air
comme la chaux
sur le pain.

La beauté que tu oses ,
ils la saluent encore
d'un grognement de porc
fouillant dans l'auge.
Ils ont raison
comme des cadavres
et la vie les a coulés.

Ils ont tout
mais ne sont
que le ciment du havre.

Toi qui marches sur les tessons
du concret,
viens boire cette bouteille
pleine de clarté,
coulant comme un secret
sur les lèvres des amants.
Sous l'aile du huard
Le lac a calé.
C'est le moment.

Ce que tu trouves,
tu le gardes pour toi.
" Ce qui n'est pas donné est perdu. "
N'entends-tu pas battre ton cœur
dans le sourd tambour de la terre ?

Nous sommes les bêtes noires de l'ennui.
C'est toi mon pain béni.
Nous sommes la prairie,
le feu, le vent.
Nous sommes vivants.

Il est temps d'apaiser
cette fleur de la peur
qu'on appelle le monde.
Nous sommes cueilleurs,
le fruit est la Loi.
C'est nous le roi
et tout est là.

Le reste meurt ailleurs
au fond des voûtes carsidérales.

Un chant millénaire monte dans l'air.
La lampe, le lit, la nuit t'attendent.
Viens voir jusqu'où
le ciel peut couler
quand la terre est une offrande.

Et sur la nappe de toile
tendue comme une voile,
un navire de paix.

La maison est ouverte.
Les femmes-corsaires
ont mis le feu
aux galères de la nuit,
l'armateur aux enfers,
le capitaine aux fers.
j'éteins le phare,
la fanfare dort.
On peut parler

 

Michel X Côté  et Richard Desjardins (texte)

Richard Desjardins (musique)


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Vendredi 13 janvier 2012 5 13 /01 /Jan /2012 23:22

Malgré ma grammaire bancale, mes vers de mirliton, mes phrases inachevées, mes cris à quatre pattes, ma douleur debout, j’écris mieux que je suis. Au bord d’exister, j’essaie d’en approcher. Je vis à pas de loup, l’œil aux aguets, les oreilles dans le crin, une patte blessée par le piège des hommes. Je piste l’absolu sur la trace des mots. Au bord de ne plus dire, je retourne à la source. Les mains en porte-voix, je hèle mes ancêtres. Je marche dans l’urgence du pas lourd des bœufs. La lenteur voit plus loin que les lunettes d’approche. Il n’y avait pas de livres à la maison mais ma mère chantait. J’ai croisé l’écriture dans un marché aux puces. Elle s’appelait Rimbaud. J’en suis resté marqué d’un feu indélébile. Dans ce monde d’idées, il manque à la conscience l’intimité profonde, l’enchantement lucide. De l’être et du néant, je n’ai gardé que l’âme, ce petit mot fragile plus secret que chacun. Je dessine en français un arc-en-ciel de nuit, un orage de soleil, un nuage de fleurs.
   

Du compliqué au simple, les mots tracent une route. Feuilletant l’horizon, je marche dans ma voix. Il y a tant de vie à saisir par la bouche. Je ne veux pas d’une rhétorique vaine, qu’on tue pour une idée, qu’on écrase l’amour entre les mains de la bombe, qu’on sacrifie le cœur pour une carte de crédit. À défaut de sens, les mots portent parfois de lourds sacs de sang. Je ne pose pas de question à celui qui sait tout. Je demande ma route à celui qui s’égare. Certaines paroles ont la franchise de la mort. Je vois des mots dans les gestes du peintre, des formes dans les notes, des phrases dans la danse. Avec une boule au ventre, j’écris contre la loi des hommes. Je garde de l’enfance tout un butin d’images. Quand on m’accuse de vivre, je plaide l’espérance. Je signe chaque page avec une main qui saigne.
   

Le bonheur s’est sauvé avec la queue entre les jambes, la tête d’un homme oubliée dans son rêve, le ventre d’un fossé où gargouille la vie, la marque d’un baiser passé inaperçu. Campé devant les arbres, les deux pieds plantés dans une terre sémantique, la tête dans les nuages, l’horizon me traverse. Je prends le fleuve dans mes mots, la montagne, la plaine.  Ce n’est pas la faute au soleil si les arbres se meurent. Ce n’est pas la faute aux éboueurs si les oranges sont toxiques. Ce n’est pas la faute au temps si les horaires nous emprisonnent. Ce n’est pas la faute aux choses si les hommes s’agenouillent devant le strass des vitrines. Ce n’est pas la faute aux pommes si les vergers s’étiolent. Ce n’est pas la faute au ciel si les oiseaux perdent la mémoire. Je vérifie à chaque phrase les battements du cœur.
 

 

Vaudrait mieux être sourd que d’entendre tinter toutes les machines à sous, les sirènes, les bombes, les sermons, les serments. Au bord du souvenir, la belle voix de ma mère est un ruisseau qui chante. Une voyelle faseille au milieu de la phrase. L’amour manque de mots. Étreinte, éternité : les mêmes lettres se conjuguent pour aimer. Je bricole des mots pour que la cendre garde le souvenir du feu et qu’une brassée de pluie dessine l’arc-en-ciel. Je griffe de mon ongle la peau des apparences. Il suffit d’un baiser pour émousser l’écharde. Sur la branche nue d’un arbre, je dessine un oiseau. Mieux voir est un devoir de beauté. Mieux vivre est un savoir de bonté.


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Vendredi 13 janvier 2012 5 13 /01 /Jan /2012 19:25

Je suis de plus en plus étonné par le nombre de choses que je ne comprends pas. Je m'inquiète un peu : après tout, serais-je un imbécile ?

J.M.G. Le Clézio


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Vendredi 13 janvier 2012 5 13 /01 /Jan /2012 19:17

A Jean-Luc Maxence, fraternellement
 
 
Ecouter la lecture de ce texte sur  http://guyallix.vox.com  



Mon Dieu mon Dieu
Je viens à toi
Le pied enflé de terre le pied terre déjà
Moi qui ne t’ai jamais su
Moi qui n’ai jusqu’alors jamais su me faire à l’idée de toi
Je viens ce soir vers ton silence

Je ne suis que le peu et je suis si seul
Je t’ai nommé je t’ai créé à mon image
Je viens à toi démuni
Les mains vides et le cœur fatigué

Toute ma vie mon Dieu
J’ai lâché l’ombre pour la proie
Toute ma vie j’ai couru comme un fou au lointain
Vers ce rêve qui était à ma porte

Toute ma vie j’ai gâché ta vie
Même si je me suis battu comme un beau diable mon Dieu
Pour accroître le temps encore et malgré tout

Et toute ma vie j’ose le dire
J’ai été un homme sans Dieu
Sans cette orgueilleuse certitude de ton nom sur l’existence

Mais pourtant si je n’ai pas vécu
J’avoue que j’ai aimé tes pauvres créatures
Comme un fou comme un homme comme un dieu même mon Dieu
Même si cela ne me fut pas toujours rendu loin s’en faut
J’ai aimé jusqu’à perdre haleine jusqu’à perdre vie

J’ai aimé humblement parfois jusqu’à l’orgueil d’écrire

Oui je t’assure que j’ai brûlé et cela me suffit
Et me donne encore ce courage de marcher vers toi aujourd’hui
A l’heure où je n’ai plus trop de jour plus trop de voix
Où j’ai besoin de ton nom comme d’un rêve ultime

Je ne te donnerai presque rien
Un simple caillou dans la paume d’un enfant
Quelques mots un poème cette prière
Comme un dernier souffle jeté sur ma cendre
Mais je ne te demande pas la lune non plus
Et tu ne le sais que trop l’éternité serait un fardeau bien lourd
Pour mes épaules de pauvre pécheur

Non mon Dieu
Donne-moi juste encore un peu de temps pour survivre
Un peu de temps pour aimer
Un peu de temps pour la révolte

Donne-moi juste encore mon Dieu
Un peu de temps pour mourir

Guy Allix


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Vendredi 13 janvier 2012 5 13 /01 /Jan /2012 15:26

C'est un pays qui m'a touchée. De ses accents de terres à ses voix de poètes. Des eaux du St Laurent à ses montagnes rondes. De ses cordes de bois à ses maisons ouvertes. De sa simplicité à sa grandeur sereine. C'est un pays qui m'a marquée. De ses longues routes longues à ses forêts à sucre. De ses bras de neige à ses pattes d'ours. De ses vieilles histoires à ses jeunes rêves. De ses rouges voix à ses airs anciens. Sa musique partout. Un pays de longs froids, de grandes résistances. Un pays de lumières d'herbes. Un pays qui m'a gardée.

 

Ile Eniger - Le raisin des ours (à paraître)


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Vendredi 13 janvier 2012 5 13 /01 /Jan /2012 02:54

humberto2.jpg

 

Dans les voix
des vieux arbres
je reconnais celles de mes ancêtres.
Veilleurs séculaires,
leur rêve est dans leurs racines.

La brume,
haleine des arbres,
s’alanguit
entre les branches de l’aube.

Nuit
Nuit obscure,
noire,
orageuse.
Dans une telle nuit
on ne sait plus
où finit la terre
ni où commence le ciel.
 
Humberto Ah’Abal
poète maya


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Jeudi 12 janvier 2012 4 12 /01 /Jan /2012 18:50

J’emporterai du pays des vivants le viatique des ombres
qui s’allongent vers le soir,
des aboiements de chiens
dans le lointain,
tout ce banal entraperçu
qui leste les passagers du quotidien :
des cabanes à lapins dans les jardins triangulaires
des garde-barrières,
un gosse penché sur une écluse,
deux vélos emmêlés sur un talus.
J’emporterai venus d’un temps de lenteur,
de rareté des choses,
des images pauvres comme lichen de vieux ciments,
des roses trémières poussant au secret
d’une arrière-cour de ville,
les pavés disjoints d’une venelle s’offrant
aux herbes rebelles,
et le rafraichissant discours matinal
des caniveaux de Paris transformés en torrents.
 
J’emporterai des notes de graminées dans le soleil,
et l’étonnement des vaches ruminant leur candeur
près du ruisseau content de sa prairie,
un viaduc abandonné dans un pays reculé
où les trains ne vont plus,
les pierres chaudes de la garigue et la sarriette
parfumant nos écuelles de randonneurs,
le gouffre de l’œil doux sous le bleu sans fond
d’un été ressuscité dans une odeur de pin.
J’emporterai des fruits d’autres saisons,
une lumière de neige sur les eaux grises d’un lac,
des clapotis de berges dentelées de gel
quand les canards gardent la tête sous l’aile,
une joggeuse embuée sur un chemin de halage,
sous la treille déplumée, le banc vide des absents,
la nostalgie et ses mascarets alors même
qu’il ne sera plus temps de la récuser.
J’emporterai un peu de ce que j’aurai tenté
d’approcher sans savoir toujours ce que je cherchais,
en foulant le sable des matins du monde
dans l’ivresse et la solitude de l’estran,
en croyant reconnaitre l’enfance
dans le vent qui tourmente
quand on ne sait comment répondre à son chant.
 

 

juillet 2011
 

 

Michel Baglin


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Jeudi 12 janvier 2012 4 12 /01 /Jan /2012 17:01

On prépare au nom de la rentabilité un consensus d’ignorants. À force de se faire faire la peau, on n’a plus que les os. On n’a plus que les mots pour goûter à la vie. Lorsqu’ils deviennent des sous, les hommes des tirelires, ils ne disent plus rien. Bientôt, la chair des enfants, la sueur et les larmes serviront de carburant pour les autos mortelles. Le rendement a remplacé l’éthique, la loi du marché la morale, le sens des affaires la vérité des sens. Les commandites nous servent de savoir. Le savoir des écoles est devenu une leçon de honte. Déjà le cours de la Bourse change le cours des choses et celui des rivières. Les faux prophètes et les gurus ont transformé le voyage intérieur en fantasme à rabais. On ne prie plus les dieux du vent mais les gérants de banque, les dieux du stade et les idoles. On n’écoute plus les chamans. On va au cimetière d’autos chérir la tôle des carcasses, au cinéma pour vivre en différé, à la mer par affaires, au monde par hasard.

 

M’asseoir au bord du lac me ramène à la vie. Je préfère la brûlure du gel à la froideur des statues. Je parle aux pissenlits, ces petites sœurs des pauvres, à la menthe, à la sauge, à la mousse des pierres. La terre donne à manger à ceux qui la respectent. Les autres le lui volent. Les mots sont là. Ils s’agglutinent comme la limaille autour de l’aimant, le sang qui coule à travers la blessure, une parole exsangue, la lumière des choses. Ils surgissent à l’insu du silence, à l’instar des vagues, à l’instant de sombrer, quand tout l’espoir fait sa quête de sa main virtuelle. C’est comme un lâcher prise, un bal de lucioles au milieu des flocons. La neige virevolte dans la lumière des phares. La terre retient son souffle sous le poids de la neige. Je tends l’oreille sans rien entendre. Je tends la main sans rien attendre que la blancheur du froid, le ciel blanc qui tombe, interminablement. Les mots sont là. Ils inventent la mer au milieu des prisons, bouchent les trous dans les calendriers et dessinent un visage sous le nom de personne. Ils donnent un nom de fleur au moindre des atomes, un peu d’encre au papier, un peu d’eau pour la soif. Debout entre deux portes qui donnent sur le vide, ils chahutent ou se taisent. Cela vient comme un feu, une larme, une fleur fissurant le béton, un éclair dans un livre. On ne peut empêcher l’homme d’aimer ni de lire ni d’écrire. On n’empêche pas la pluie ni l’orage ni la neige, pas plus qu’on ne retient la mer. L’eau qu’on emprisonne fait sa route et finit par jaillir tôt ou tard.

 

On signe de son sang pour traverser la vie. Le temps estampille le corps. Il y a tant de livres dans un arbre, tant de lectures dans un bois, tant de musique dans le vent. Il y a toujours une réponse aux questions de la terre, soit le soleil, soit la pluie. Les choses à dire, les choses à voir, les choses à faire nous tiennent en laisse. Je m’en libère par les mots. Je prends le rêve à bras le corps, le réel en défaut. Le corps assume l’âme. L’infini rôde entre les os. J’écris ceci de la neige et du froid, une flamme à la main, une étincelle au cœur. Des choses les plus pauvres, je cueille la lumière. Que restera-t-il des actions en bourse, des médailles, des diplômes ? On s’affaire, on s’active, sans voir que l’argent détruit le monde. Il suffit d’écouter le chant de l’univers, d’accueillir sa beauté, de voir sa lumière. Un peu d’encre suffit, le bras de mon amour, le rire d’un enfant. Pour celui qui avance hors des coutumes marchandes, des horaires, des rôles et des fonctions sociales, pour celui qui marche, dans sa tête où ailleurs, sur le sable du désert ou le pergélisol, entre les herbes fraîches et les flancs de montagne, toute la vie est un pèlerinage, une quête de lumière. Le sol tout entier est une table d’écriture, l’écorce du bouleau, les ailes des oiseaux, la surface des grottes. Tout prend un sens différent dans le courage du regard.


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Mercredi 11 janvier 2012 3 11 /01 /Jan /2012 05:28

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Mardi 10 janvier 2012 2 10 /01 /Jan /2012 16:47

 

 


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D'un mot l'autre

À voir et à entendre

 

 Présence à Nice

 

3 poèmes lus à Brouillon de culture et une émision à la télé niçoise.

Parutions


Éditions Trois-Pistoles
La langue est mon pays, Trois-Pistoles, 2010
1105200-gf.jpg
 
Éditions d'art Le Sabord
Un feu me hante, 2009, Trois-Rivières
avec des illustrations de Lino

t_unfeumehante.jpg

Prix Voix nouvelle au Salon du livre de Trois-Rivières 2010
Éditions Chemins de plume
 
L'Autre versant, 2006, Nice




















 
Parce que, 2007, Nice













Manquablement, 2009, Nice















pour commander les livres parus aux Editins Chemins de Plume

 

au Québec:

Jean- Marc La Frenière – 305 rue Principale, app. 4,  Saint-Ferdinand, Québec G0N1N0

jmlafreniere@bell.net

 

en France:

Ed.Chemins de Plume 156, Corniche des Oliviers-V 30 - 06000 Nice

 

à paraître:

 

J'écris avec la terre, Éditions Chemins de plume, Nice, 2011

La matière du monde, Éditions Trois-Pistoles, Trois-Pistoles, 2012

   

 


 

 

 

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