Jeudi 8 mai 2008

Ce fut un papillon qui s'est brûlé les ailes
de s'être approché bien trop près de la lampe allumée
à cause d'un démon le poussant pas à pas
comme un double assassin qui fit déchoir les anges

Il vola bien trop haut le soleil s'est vengé
et maintenant tombé il ne reste de lui
qu'un tas de cendrillons qui sentent le roussi

Il ne saura jamais le pouvoir de lumière
de ce feu qu'on a fait pour réchauffer son sang

Gaston Gouin

par la freniere publié dans : Poésie du monde
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Jeudi 8 mai 2008

Je laisse toute la place aux choses inexistantes, la parole aux muets. Dans les dessins d'enfant, je ne cherche pas la couleur de l'exactitude mais les teintes imprévues. Le seul chemin qui soit est devant même si l'on ne sait jamais où appuyer le pied. On s'y retrouve toujours comme au bord de l'abîme. Depuis le premier mot, j'ai pris la chance d'exister sans être sûr de rien. Je ne regarde plus, j'invente avec mes yeux. L'endroit d'où l'on part ne disparaît pas en route. Celui qui ne sait pas partir garde la même incertitude à l'arrivée. Entre le visible et l'invisible, il n'y a pas d'écart. Ils occupent le même lieu. Les pièces manquantes d'un puzzle lui confèrent une plus grande vérité. Il reste au monde tant de choses à découvrir. L'absence occupe aussi l'espace. Pour les yeux qui ne les voient pas, l'absence des choses est leur présence. Le geste que l'on fait n'efface pas le précédant. Il prépare le prochain. Les battements du cœur ne laissent pas de cendre.

Il faut parler à partir des autres pour être sûr qu'ils nous écoutent. Pour la suite du monde, je recueille des images, des musiques, des mots. Il faut défaire la pelote de laine pour comprendre le tricot, nourrir les moutons. Il faut semer du blé pour écrire le pain. Quand le courant du sommeil m'emporte, je me réveille toujours au même endroit, légèrement différent. Je tutoie l'inconnu sans connaître sa langue. L'eau qui coule et la pierre qui reste, le sous-sol des herbes et le grenier des arbres, le plancher de la terre et le toit des nuages sont unis pour la vie. On n'arrête pas le vent. Lui seul déjoue les pièges de l'araignée, l'aiguillon de la guêpe, le fer des barbelés, le tranchant du couteau. Les poules sont jalouses du vol des oiseaux. Leur caquetage de basse-cour invective le rêve.


Dans la chambre endormie, j'entends la voix des meubles. Ils répondent au silence mieux que les mots des hommes. On y entend des cris, des pleurs, des soupirs. Ils se battent contre les ombres de la nuit. Les plus timides se taisent à la moindre lueur. Les tricots dans l'armoire comptent les brins de laine comme on compte les moutons. J'écoute respirer les étoiles au travers du plafond. La lumière est comme la musique. L'eau circule dans l'air comme de l'encre sur la page. Penché sur un livre, je sens les yeux du monde lire avec moi. Avec un seul crayon, riche en lettres et en contes, on peut écrire des montagnes, des mers, des pays, dessiner l'invisible, faire fuir le malheur, consoler les nuages.


Tout est vivant, même les choses qu'on croit mortes. Les pattes de table en bois cherchent leurs racines. L'évier rêve à mer. Le carreau cassé d'une fenêtre est amoureux du vent. L'abat-jour fait la gueule au cendrier trop plein. Des milliers de regards habitent les couleurs. Des courbes oniriques s'échappent des lignes droites. Le désert est plein de verdure latente. Quand je me penche pour écrire, la page du monde se soulève. Les pieds surpris d'être vivants sous la peau morte des souliers, je marche avec l'espoir des survivants. J'avance entre les mots comme un loup sur la neige invente son chemin.

par la freniere publié dans : Prose
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autres publications:
Pour en finir avec la mort, Légitime démence, 1990

La nuit des gueux, collectif, La Plume libre, 2006

Photomaton, collectif, En Ligne Éditions, 2006

 

 

 

 

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