Lundi 21 juillet 2008

(...)
Purgatoire
abattoir que ton monde,
ô déesse
des échanges véreux et de l'extermination programmée,
où des milliards de personnes humaines ( ou encore officiellement tenues pour telles) sont chaque jour passées au presssoir.
Les mêmes, depuis la nuit des temps, que le travail laminait, les mêmes, désormais, son exponentielle absence les jette hors
champ, hors course, hors monde : à quand leur annulation ? À quand la flexibilité complète, jusqu'à disparition ?

C'est dans les commencements de la terreur, de la terreur mondiale,
quand les sans-emplois, les sans-logis, les sans-papiers, les sans-droits, les sans-rien, s'amoncelleront par vagues et par
vagues dans des zones jusque-là protégées de la misère concrète, de celle qui ne s'évite plus du regard,
c'est quand ces moins que moins
c'est quand ces inutiles
- inutiles à ton système, pour produire comme pour consommer-
c'est quand ces pis que pauvres, donc, deviendront globalement nuisibles
que tu vas nous montrer ce que vraiment tu sais faire,
ce que vraiment tu es,
O Monstrueuse et les chers Quelques-Uns que tu auras servis
et la cour de ceux à leur solde, qui t'auront acclamée en les servant : économistes, journalistes ad hoc, funambules
politiques,
ces beaux esprits se révéleront
pour ce qu'ils sont déjà : des laquais de la plus-values
- des vautours.
Le statut de charognard n'est pas fameux sur le plan moral.
En haute finance, il est parfait.

Où l'abruti qui osera encore te célébrer, toi, Économie ?
Où l'abruti qui ira voir en toi l'image de la grandeur de l'homme ?
Où l'abruti qui établira que tu te confonds avec le réel, que tu incarnes le principe de réalité, que tu l'actives même ?
Il aura devant lui, il a déjà devant lui des monceaux de cadavres pour lui rappeler ou lui apprendre ce que fait l'argent,
le sacré, le juste, le généreux argent !
(...)

Serge Sautreau       
Le Sel de l'Éden, Le Passe-Montagne


 

par la freniere publié dans : Poésie du monde
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Lundi 21 juillet 2008

Un brin d'herbe tressaille et s'entortille dans mes mots. Se mêlant aux virgules, sa fragile apparence forme déjà la phrase. On peut entendre les pas furtifs de la pluie sur le papier, le crissement des cigales quand on tourne la page, le vent dresser le point sur la tête d'un i. Écorché par les ronces, je cherche les mots doux, cela qui n'a pas de nom, la légèreté du silence, l'envers invisible des choses. Je quête la lumière dans le violet des ombres, un monde ouvert au jeu, à l'invention, au rire. Pourquoi sommes-nous là ? L'eau pensive médite la question du soleil. La sève lui répond à chaque nouvelle feuille. Toutes les vieilles odeurs couronnent le poème. Le miasme des sons se mélange à l'humus, le sel de mer aux jambages des lettres. L'iode et le varech épicent l'encrier. La boue lourde aux souliers s'allège dans les mots. Le sang tâtonne maladroit d'une amibe perdu au cou vert d'un colvert, du berceau d'un bosquet au vol d'un oiseau. La vie avec le temps digère ce qui meurt. Les bras chargés de sens, les deux pieds dans la marge, le front collé au vent, j'habite l'émotion. Chaque chose que je nomme alimente un feu de paille. Courant entre les lignes, je soulève à grand peine le rêve d'un enfant. Ignorant les guérites, je pousse ma brouette jusqu'au péage final. Où certains paient leur vie d'une poignée de cartouches, je n'aurai à offrir qu'un espoir d'eau fraîche, le filet d'une source que l'on croyait tarie.


par la freniere publié dans : Prose
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Lundi 21 juillet 2008

L'argent va à l'argent comme la vache au taureau quand il paît tranquille dans son pré cachant bien ses glandes et son faux air d'inséminateur artificiel.
L'argent va à l'argent dans la ligne directe des notaires actifs de droits imprescriptibles des descendants de la grande descente en droite ligne au travers.
L'argent va à l'argent dans les mille replis de l'injuste connivence des vagues de nantis qui s'accrochent aux digues en béton armé.
L'argent va à l'argent en avançant les lèvres pour des baisers mortels emplis de boutons plus blancs que les poisons phalloïdes.
L'argent va à l'argent sans calculer le poids de pudeur requise par les tables de vaisselles d'or ou bivouaquent les requins du banquet partageur.
L'argent va à l'argent sans mettre sur ses fesses le slip de la décence ni cacher les perles de conscience qui partent une aune.
L'argent va à l'argent, en fûts, en pots, en barres, en tonneaux, en billets, en bas de laine, en coffres, en cassettes, en titres, en boucles, en colliers, en désespoir de cause, en pavillons, en immeubles, en hôtels, en champs, en prés, en paille, en cheptel, en maisons closes, en voiture, à pied, à cheval de course, en manade, en étalon, en carats, en ballon libre.
L'argent va à l'argent tous les moyens sont bons.


Jean-Pierre Lesieur


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autres publications:
Pour en finir avec la mort, Légitime démence, 1990

La nuit des gueux, collectif, La Plume libre, 2006

Photomaton, collectif, En Ligne Éditions, 2006

Scribulations 0-1, collectif, Éditions La Madolière, 2008





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