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Gerioù disurzh (Bretagne)

Publié le par la freniere

Ne blij ket din kaozeal
Diaes al lavar ganin
Padal, pep ger skrivet
A zigor ur bed.
Deus ar simud krin
Betek ar c’homzoù fonnus
Aze ema an hent.
Anaoud a rez hent-bann ar gerioù
War speur a-serzh ar prezeg ?
Ur veilhadeg eo ar vuhez
Ha mezvin a reer ar gerioù
Evit respont da betra ?
D’an noz a gouezh
D’an didrouz a zeu
D’ar marv a c’hourdrouz ?

 

Je n’aime pas parler
J’ai la parole difficile
Pourtant, chaque mot écrit
Ouvre tout un monde.
Du mutisme aride
À la luxuriance verbale
Le chemin est là.
Connais-tu la trajectoire des mots
Sur la paroi à pic du langage ?
La vie est une veille.
Et l’on se saoûle de paroles
Pour tenir le change à quoi ?
À la nuit qui se fait
Au silence qui tombe
À la mort qui menace ?

Daniel Morvan

Publié dans Poésie du monde

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Pattes de mouche

Publié le par la freniere

Je fabrique un radeau de papier avec des lettres et des images. Ça flotte comme ça peut au gré des courants sémantiques. Il suffit d’un non-sens pour que la mer s’y noie. Je couds les phrases au fil du temps. Je préfère le simple ridicule aux précieuses ridicules. Je bâtis une maison de mots à la merci de l’encre et des stylos baveux. L’escalier des questions n’y sert qu’à monter. Une chaise de silence attend les voyageurs et les conteurs de pipes. Un pain est sur la table avec l’amour et l’amitié. Les couteaux font la sieste. Le rêve dort en cuillère sur le drap de la table. Les fourchettes en folie font reluire leurs dents. Le ciel se réfugie sur le bleu des assiettes. Le chat en lèche les nuages. Des abeilles invisibles chuchotent dans le miel. (...)

à paraître dans le numéro de septembre 2007 de Nouveaux Délits

Publié dans Prose

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La beauté de Le Clézio

Publié le par la freniere

Un livre de Le Clezio c'est comme découvrir un univers, un univers étrange mais en même temps qui ressemble au nôtre, un univers qui nous parle de choses simples, d'un enfant qui aime la mer, de la beauté d'une femme, de la beauté des étoiles, de la beauté du silence, du langage devenu musique, de nuages qui dansent dans le ciel, d'une coquille égarée sur le sable, un univers si lointain et pourtant si proche et qui nous réapprend le plus important, qui nous réapprend à respirer, à prendre le temps d'être et, surtout, à voir, il nous apprend à forger un nouveau regard qui éclaire autrement la réalité, ainsi dénouer les apparences et les illusions, comprendre que la beauté est partout, partout, qu'elle se manifeste dans le moindre des éléments, qu'elle est inscrite dans une matière qu'elle ne cesse de renouveler, ainsi que la mer a tous les visages, de la nuit et du jour, de la douleur et de la joie, que la mer se métamorphose au gré de nos désirs, de nos lâchetés, de nos vindictes, ainsi que dans le regard d'un enfant il y a les commencements et les fins, la sagesse des temps oubliés et celle qui reste encore à inventer, la beauté indéfectible des innocents, celle qui surgit quand la haine ne résout plus son emprise, ainsi que dans les mots il y a les vertiges et le calme céleste de la musique, ce bal incessant des sens qui éveille la douceur et la générosité, ainsi que dans la parole des démunis il y a des espaces qui étendent indéfiniment la liberté, qui la fait jaillir aux coins les plus reculés de nos prévisibles cupidités, ainsi que dans la diversité des âmes, dans la pluralité de nos couleurs, dans le mélange assoiffé des corps et des destins résident l'amour et la vérité, le plein amour de l'humain, le plein amour de la vérité, ainsi que la simplicité, le dépouillement perpétuel de nos vanités, le refus des possessions inutiles gît un possible devenir pour taire nos violences, ainsi que dans l'instant saisi, capturé se multiplie toutes les extases, que ce bonheur tant cherché, indicible, se situe entre ces deux temps, temps du fini et du possible, et que c'est dans ce temps infini, mais temps de l'instant, qu'il se love, ainsi que la lumière a le pouvoir d'inciser les entrailles des atomes afin de resplendir les incandescences de ses mille soleils, ainsi qu'il faut toujours bêcher son cœur pour l'éveiller à l'essentiel, à ce qui accorde vraiment sens à toute vie, la beauté, les yeux de l'enfance, le sourire éclatant de ceux qui ont compris le dérisoire de nos conquêtes matérielles, ainsi un livre de Le Clezio c'est comme entrer dans un univers, un univers sans fin, un univers proche, connu mais toujours réinventé, un univers qui nous rappelle que la liberté est admissible, que le rêve est un défi à la société mercantile, que le rêve subvertit les matraquages de l'imaginaire, un univers qui nous dit la primauté de la liberté sur toutes les formes d'enchaînements, un univers qui nous apprend, tout simplement et très modestement, à vivre.

 
 Umar Timol 
Ile Maurice
www.umartimol.netfirms.com/
 
Texte inspiré par l'Inconnu sur la terre ( Gallimard )

Publié dans Glanures

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L'essence de la vie

Publié le par la freniere

Inestimable don du ciel, l’eau est l’essence de la vie, le principe vital qui rend possible la vie sur Terre. Et ce, à un point tel, que si l’homme veut conquérir l’univers, émigrer en d’autres lieux habitables dans la Voie lactée, il devra y trouver de l’eau. Car aucun organisme vivant ne peut se passer d’eau sous l’une ou l’autre de ses formes. Les organismes vivants sont composés d’eau puisqu’il y a de l’eau à l’intérieur et à l’extérieur des cellules. Privé d’eau pendant 10 jours, l’être humain meurt.

C’est en cherchant les causes premières ou les essences de tout ce qui est que Thalès de Milet qu’on dit le père de la philosophie, trouva que l’essence du monde matériel, c’est l’eau. C’est donc en 624 av. J. C. qu’un être humain déclara que l’eau est essentielle à la vie. Bien sûr, tout le monde le savait déjà. Mais ce que l’histoire a retenu c’est que c’était la première fois que quelqu’un philosophait sur l’eau. Chose curieuse, Thalès de Milet découvrit que si l’eau est l’essence de  la vie matérielle, la pensée est l’essence de la vie spirituelle. La pensée définit l’être humain et rend possible la culture et l’histoire.

 

Malraux disait : « Le XXIe siècle sera spirituel ou bien il ne sera pas ». Mais les premières années du troisième millénaire sont visiblement matérialistes. Les transnationales de l’eau carburent au profit au détriment des plus petits. Cette course effrénée vers l’uniformisation, la conquête et l’avoir au détriment de l’être, de la liberté et de la différence est ce qu’on a appelé le « choc des civilisations ». Ce choc se répercute jusque dans les conceptions fondamentales de la nature et de la culture.

 

Devenue la plus inestimable de nos richesses naturelles, l’eau douce est aussi un bien culturel dont la gestion responsable concerne la co-évolution des formes vivantes et des habitats, voire la survie de l’humanité. Comme les rapports de l’homme avec la nature ont des implications sociopolitiques et économiques, la durabilité de notre environnement commence par une écologie de l’esprit. Et comme les scientifiques nous prédisent que le premier siècle du troisième millénaire devra être définitivement écologique, sans quoi, il n’y aura plus d’humanité, il nous faut, en tant que citoyen, repenser notre rapport à l’eau, repenser les rapports que notre culture et notre économie entretiennent avec la nature.

 

À travers l’histoire des cultures, trois conceptions majeures de la nature s’affrontent. D’une part, le tenant d’un libéralisme économique à outrance considère la nature comme une ressource, et la ressource comme une marchandise. C’est pourquoi  il veut à tout prix la dominer, l’exploiter, la transformer en autant de produits possibles. L’exploiteur industriel qui regarde une splendide chute d’eau, un banc de poissons ou une forêt, pense combien il faudra dépenser pour en faire un produit de consommation rentable. Il ne regardera pas à la dépense s’il peut s’enrichir à partir de ces ressources naturelles, de ces richesses naturelles. Donc le conquérant se sent séparé de la nature. C’est ce qui explique son comportement avide. Mais, ne faut-il pas faire émerger de l’économie un nouvel humanisme qui donnera un sens à la vie. Car c’est à cause d’eux, les conquistadors de l’or bleu et de l’or vert, que l’espèce la plus menacée sur Terre, c’est l’espèce humaine.

 

D’autre part, le citoyen sensible a le net sentiment qu’il fait partie de la nature, que la Terre ne lui appartient pas, mais qu’il appartient à la Terre. C’est pourquoi il respecte la nature et s’efforce d’être en harmonie avec tout ce qui vit sur Terre. C’est le cœur palpitant qu’il s’approche d’une fleur, d’un arbre, d’un oiseau. Lorsqu’il arrive près de la chute, il se tait pour écouter la plénitude de sa voix. Il se tait pour boire en son âme la force vitale de sa beauté ineffable. Le simple fait d’être en présence de cette force de la nature le remplit de joie et de paix. Jouir de la beauté de la nature contribue à la santé physique, mentale et culturelle d’un peuple. La dimension symbolique et esthétique de l’eau devrait être considérée comme un palliatif majeur au stress qui dévore les sociétés.

 

Qu’est-ce qui est le plus logique : un citoyen qui ingère des tranquillisants pour gérer son stress bien assis devant le petit écran et regardant un film sur la nature sauvage, ou bien un citoyen qui respire l’air pur en marchant quelques kilomètres pour aller la contempler. Faut-il attendre qu’il ne reste plus une seule chute vierge, une seule forêt vierge au Québec, pour comprendre enfin qu’elles n’ont pas de prix? La sauvegarde d’une chute, d’une forêt, ne vaut-elle pas le sacrifice de quelques emplois? Ne faut-il pas économiser le futur de la nature? Il n’est pas nécessaire d’être un artiste pour jouir des beautés de la nature, en reconnaître et en défendre la valeur. Il suffit d’être un citoyen sensible à son environnement.

 

La durabilité de notre environnement commence par une écologie de l’esprit. N’oublions pas que les termes écologie et économie ont la même étymologie : le terme eikos qui signifie habitat, maison. L’écologie, c’est le discours et la science qui président à la gouvernance de son habitat. Comme l’écologie consiste dans l’intégration de plusieurs sciences qui étudient les interactions des êtres vivants et de leur environnement, protéger une rivière, une forêt, un oiseau, un poisson, une berge, c’est protéger un écosystème, c’est protéger la vie. Et comme le disait le philosophe Jacques Dufresne, porteur d’eau à EAU SECOURS! et qui parle beaucoup d’écologie sur son site l’Agora : L’éthique est l’esthétique de l’âme, tandis que l’esthétique est l’éthique de l’environnement. 

 

Il existe encore un troisième type de rencontre avec la nature. C’est celle du parfait romantique qui la considère comme une force extérieure, une force sacrée qu’il faut vénérer, voire adorer. Ce troisième type, prétextant que seul est naturel ce qui n’est pas encore dénaturé par l’homme, peut facilement tomber dans l’écoterrorisme et vouloir faire sauter tous les méchants profiteurs qui profanent la nature nourricière.

 

Ces trois différentes perceptions des rapports entre la nature et la culture concernent directement l’éthique sociale, la dignité humaine et la démocratie. L’eau transcende les affaires et la politique. L’enjeu du Sommet de Johannesburg était de taille : « Mettre le secteur privé au service de la protection de l’environnement.»

(Louis-Gilles Francoeur,  L’actualité, sept. 2002).

 

Ce ne sont pas les gouvernements qui auront le dernier mot, c’est la nature. Il appartient aux citoyens de dire à leurs élus ce qu’ils pensent de cet enjeu vital. Selon l’éminent écologiste Pierre Dansereau, l’un des porteurs d’eau à EAU SECOURS, la Coalition québécoise pour une gestion responsable de l’eau qui rejoint déjà plus de 1.2 million de personnes: « La privatisation va à l’encontre de la pensée écologique laquelle exige connaissance, planification et partage, les trois défis qu’il assigne aux sociétés et gouvernements du troisième millénaire».

 

Les grands dossiers de l’eau concernent directement chaque citoyenne et chaque citoyen et leurs enjeux mettent en péril la démocratie. Voici quelques thèmes majeurs qui doivent activer notre vigilance : l’embouteillage, l’exploitation commerciale et l’exportation en vrac de l’eau; la privatisation du service de l’eau; la tarification des infrastructures de l’eau; l’installation de compteurs d’eau dans les résidences privées, les institutions, les commerces et les industries; la contamination des eaux souterraines; la pollution agroalimentaire, la pollution industrielle, la pollution des herbiers marins, des lacs, des rivières, du fleuve et des côtes; les programmes d’économie d’eau; la qualité des eaux potables; la propriété de l’eau et la marchandisation de l’eau; les traités commerciaux internationaux traitant de l’eau; l’eau et santé publique; le gaspillage de l’eau.

 

Parlant de démocratie, n’est-il pas outrageant de constater que sur cette planète, ce sont les pays analphabètes, les pays les plus pauvres, qui sont le plus souvent en manque d’eau potable? Comme l’or bleu est appelé à devenir la source de l’économie mondiale, les tenants de la privatisation, dont l’alphabet n’est fait que de chiffres, veulent en profiter en faisant fi de la démocratie. Si l’eau est l’alphabet de la vie matérielle, l’alphabétisation est la source vive de la vie intellectuelle et spirituelle.

              

Et comme on peut déjà le constater dans les rapports internationaux entre plusieurs pays, l’eau est un enjeu d’une telle importance qu’elle peut être la source de guerres. « L’eau ne devrait pas couler trop longtemps sous les ponts avant de se retrouver au cœur de conflits armés un peu partout sur la planète, estime aujourd’hui l’ONU ».

 

 L’appropriation de l’eau par des intérêts privés menace la paix  dans le monde et fragilise le développement des pays économiquement faibles. L’organisation mondiale de la santé estime que « toutes les 8 secondes, un enfant meurt d’une maladie liée à la pénurie d’eau potable et de services sanitaires ».

 

Mais à qui appartient l’eau ?

 

Sur le plan philosophique, l’eau est un bien collectif. Sur le plan politique, l’eau appartient à la Couronne (aux terres gérées par les gouvernements national, provincial et municipal). Sur le plan pratique, c’est-à-dire économique, l’eau appartient à ceux qui ont les moyens de la produire et la considèrent comme une marchandise : les grandes compagnies privées, les transnationales qui veulent la privatiser. C’est pourquoi la Coalition Eau Secours demande aux gouvernements du Canada et du Québec, qu’ils se retirent des traités commerciaux (Article 11 de l’ALENA-ZLEA).

 

Car, demander à qui appartient l’eau, c’est demander aussi à qui appartiennent les étoiles, le ciel,  la lumière, l’air et la terre. L’eau, l’air, la terre ne nous appartiennent pas. Nous appartenons à l’eau, à l’air, à la terre, au Soleil, car sans ces éléments, aucune vie ne peut exister. L’eau appartient à l’eau, à la source, au ruisseau, à la rivière, au lac, au fleuve, à la mer à l’océan et finalement, au ciel. Si l’eau appartient à quelqu’un, c’est à l’humanité toute entière. Mais elle n’appartient pas seulement au règne humain. Les règnes minéral, végétal et animal en sont aussi d’essentiels héritiers sans qui le règne humain ne pourrait subsister. La conquête de l’eau est devenue l’enjeu le plus important de la planète Terre.

 

En conclusion, si nous voulons la paix sur Terre, il faut donner à tous ses habitants sans exception, de qualité potable en quantité suffisante. Sinon, c’est toute une civilisation qui finira par devenir un désert.

 
 
Raôul Duguay

Représentant des Porteuses et Porteurs d’eau à EAU SECOURS!
Coalition québécoise pour une gestion responsable de l’eau

 

Publié dans Glanures

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Pinson (Norvège)

Publié le par la freniere

Enlève le visage.
Enlève l'écriture.
Enlève le corps.
Enlève

le souvenir
du corps. Brûle
les mots.
Un

pinson
est resté. Perché dans un arbre
à chanter.


Jan Erik Vold
traduit par Jacques Outin

Publié dans Poésie du monde

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Ils ont dit

Publié le par la freniere

Il était de ces gens
qui, revenus de tout,
n'étaient jamais allés
ailleurs que nulle part.

Jehan Despert

Publié dans Ils ont dit

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Sous ta robe de joie

Publié le par la freniere

Je te tiens par la taille. Tes seins pointent sous ta robe de joie. Je ne cesserai pas de te parler d'amour. La tendresse nous mène où nous voulons aller, le reste importe peu. Où la parole va s'éteindre, nous ranimons le feu. Tout comme le soleil du matin, la pluie sur le jardin, les poils sur la peau, les vagues sur la mer, les mots sont un miracle. Il n'y a rien à comprendre. L'amour est sans cesse à refaire.

 

Je suis toujours étonné par la puissance des mots mais je crois que les mots sont avant tout ceux qui les disent. Il s'agit de s'aimer là où la parole semble morte, de retrouver les rêves de l'enfance sans renier les ans ni compter sur le temps. Notre rencontre m'a rendu à la vie. Entre nos bras unis, l'inconnu et le connu se côtoient. Chaque mot, chaque geste font partie d'un grand tout sensible.

 

Tu es venue à moi comme une paume qui masse, une bouche officiante, une orante en prière. Est-ce que mes mains te ceignent bien la taille ? Est-ce que mes mots t'écoutent avec assez d'espoir ? J'ajuste mon accent aux fleurs de tes robes, mes pas à tes souliers, mon langage à ta chair et mes ombres au soleil. Je suis un tournesol qui pivote vers toi, une pierre à l'écoute. Chaque livre qu'on lit est une porte qui s'ouvre. Chaque page est une vague qui s'ouvre sur la mer. Tu allumes le rêve sous mes cheveux défaits, l'oeil magique dans l'âme, les fleurs sous la neige. Je réveille pour toi les animaux qui dorment dans leur livre d'images.

 

Je pense à toi depuis toujours, tes yeux comme des balises, tes mains comme des rames dans les courants marins, ton ventre comme une île qu'agiteront mes vagues. Nous sommes les fils entrecroisés d'un tissu d'infini, un pain mis en ménage sur la table du coeur. Je n'aurais jamais cru aimer autant. Tes robes de coton ont brisé mon armure. Je me lève chaque nuit pour t'écrire un poème. Je me réveille pour t'aimer.

 

L'hôtel de mes paumes n'a qu'une chambre pour toi, un lit de romarin, une armoire de fleurs, des phrases d'herbe tendre sur un tapis volant, des mains de pluie sur le désert du temps. Mon rêve a déserté les rails du réel. Mon coeur est au foyer comme une lunette d'approche. Je te regarde sans un flou. C'est beau ce que je vois. C'est doux ce que je touche avec mes lignes de vie.

 

Je m'accroche à tes hanches pour retenir la vie, pour écarter le malheur, pour contredire la mort. Je descelle un à un les murs de la raison et j'arrondis les angles sur les cubes du réel. Le miel de ma voix prend des couleurs d'abeille. Mes yeux sortis de la tête ont des ailes d'oiseau. Ma langue est un pinceau sur la toile de ton corps. Mon rêve se fait beau pour danser avec toi.

 

Je me croyais muet, je passe des heures à te parler de rien mais de tout. Une main dans ma tête ouvre les doigts du sens. Les arbres sont aux oiseaux et les vergers chantent la pomme. Tout l'horizon se dresse sur ses pattes de derrière pour embrasser le ciel. Des nuages de pluie donnent la becquée aux fleurs. Le soleil donne la tétée aux fruits. Lorsque tu prends la mer, je me noie pour devenir poisson. Quand ta peau blanche fait la lune dans les humeurs du lit, je fais la vague moi aussi. Les yeux dans la douceur, tu dors en me tenant la main. Nous sommes l'un et l'autre à la fois l'un pour l'autre. Il y a toujours en nous quelque chose qui dépasse, nous dépasse, nous survit.

 

Parmi les nombres qui s'annulent, mes mots avancent avec leurs lettres sur le dos. L'amour, l'amour, je ne connais rien d'autre qui soit plus proche des sources. Mon feuillage s'abreuve à tes racines devenues miennes. Si je meurs loin de toi, je mourrai deux fois. Le mot désert dans ta bouche retrouve la mémoire de l'eau. Je suis avec toi quand tu dors. Mes mots sont comme un peu de terre, des vagues caressant ton sommeil.

 

Pour endormir la peur, je berce tes caresses dans le hamac des mains. Pour entendre ta voix, j'écoute la prière du vent dans l'église des arbres. Derrière tes épaules, le soleil dessine une ombre de fillette sur les marches des livres. Il y a tant de baisers sur l'étagère de ta voix, la confiture du coeur, un miel de rosée. J'ignore pour le reste, mais des pieds à la tête je ne suis qu'un frisson. Les aveugles qui ne voient pas le ciel ont des étoiles dans les yeux.

 

Belle comme des milliers d'étoiles, tu ne laisses pas d'ombre sur le seuil des portes. Tu laisses les enfants se barbouiller de soleil, les chats griffer l'azur et le chiendent rougir sous la caresse du vent. Il suffit d'une seule main dans la mienne pour soulever le monde, la tienne mon amour, celle de ma fille ou de mon fils, un seul doigt de bonheur sur la paume du temps. Quand je t'ai rencontrée, les aiguilles des montres se sont mises à danser. Elles tournent encore comme des broches de bécique. Malgré tant de barreaux, de blessures et de balles, je suis heureux de vivre. Le monde malgré tout est un berceau d'enfant.

 

Je t'aime à cent pour cent. Je compte comme je peux. Un, deux, trois, beaucoup. Infiniment beaucoup. Plus chaud que le soleil, plus ciel que nuage, plus loin que les mots ne le disent. Je t'aime à mille pour cent. Plus neige que flocon, plus miel qu'une abeille. Je t'aime avec mon coeur, ma peau, et même avec ma tête. Je suis resté l'enfant qui découvre la mer. Le monde est un livre d'images. J'ajoute des virgules au corsage des fées, des moustaches au soleil, des ailes aux éléphants, des sornettes aux serpents, des sonates à la lune, des sonnettes aux sonnets, des sansonnets, des chansonnettes. Les branches du sommeil ont des feuilles de rêve. Les branches de lunettes soutiennent l'horizon. Les branchies des poissons réveillent l'eau qui dort.

 

Tu es comme une pluie qui scintille au soleil. un arc-en-ciel dans la brume, une île d'apaisement sur la mer déchaînée, le wagon du rêve parmi le train des choses. L'espoir est cette gare invisible dans les yeux des vaches, le cerf-volant sans fil que tirent les oiseaux, le phare qui s'allume dans les yeux des noyés, le murmure des sourds qu'entendent les muets, les dessins noirs des aveugles sur la lumière du jour, les battements de l'amour dans la nuit rouge du coeur.

 
 

Ton corps porte ton âme comme une amande intacte. Tes pas sur le sable lui donnent sa couleur comme tes mots sur la page redonnent la chaleur à la langue endormie et libèrent l'abeille enfermée dans la fleur. Quand tu dors, je suis comme l'oiseau qui vole en refermant ses ailes pour ne pas t'éveiller. J'ai trouvé dans tes pas mes racines perdues. Laisse mes doigts de neige récolter l'origan. L'homme grandit de ce qui le grandit. Tu m'élèves si haut, je touche l'horizon avec mes doigts de pied.

 

Pour que naisse la fleur, j'emmêle mon pistil à tes propres pétales. Pour éviter l'ornière, je pédale à l'envers sur un vélo d'espoir. Je compte les étoiles sur les doigts de ta main. Pour conjurer l'hiver, je te fabrique un châle avec des brins d'août, un chapeau de muguet, un collier de cerises. Je t'envoie par la poste des mots à la framboise, des poèmes de miel et des tartes d'images. Avec les bras de l'encre, je nage vers ton île sur la mer des mots. Je sème notre amour sur le globe terrestre. Je navigue à l'estime sur les chemins de l'eau. Ta lumière traverse le verre de mes yeux.

 
 

Publié dans Prose

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Derrière la porte

Publié le par la freniere


J’ai cessé de boire.

J’avais un verre de trop

dans mes larmes,

un poing sous mes caresses,

un goulot d’amertume

tailladant l’espérance.

 

Je marche tête nue

sans même de cheveux

et je porte mes rides

comme on porte un sourire

dans le visage de ses pas.

J’ai la bouche pleine de fleurs

pour la faim des abeilles.

 

J’entends des pas derrière la porte

dans la colère des chiens,

les mots qu’on n’a pas dits,

le silence insupportable des oiseaux

quand ils sentent la mort.

 

J’entends rêver dans l’arbre

les sèves endormies.

J’entends le bruit des yeux

dans la chambre des larmes

sans que personne ne pleure.

J’entends la vie qui bat.

 

J’entends rire le vent

dans un rictus d’orage

et les éclairs autour

dessiner leurs fissures

dans les briques du ciel.

 
 
                                                                                                Quand je disparaîtrai

en planche, en bois de grange,

en cidre, en eau d’érable

je reviendrai sans doute

en flûte ou en guitare.

Je ne reviendrai pas

en porte ou en matraque.

À la fois île et mer

j’aurai des algues dans les yeux.

La mort dépouille toute chose

des épluchures inutiles.

Je reviendrai comme un oiseau d’hiver

qui se prend pour un fruit,

le vent qui sait nommer

la différence des feuillages.

 

Vous qui m’avez vu vivre

ne soyez pas surpris

qu’une pierre vous parle.

Les morts sont à l’écoute

et donnent des conseils.

Encore gonflés de gestes

les souvenirs s’agitent

au passage des phares.

Ceux qu’on a revêtus

avec sa propre peau

par les soirs froids d’hiver

viennent partager le pain

de nos voyages dos à dos.


Le soleil brille

derrière les portes

que l’on n’a pas ouvertes.




 

Publié dans Poésie

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La clef des champs

Publié le par la freniere

En hommage à Monsieur Hulot
 
 (À chaque nouvelle odeur, il prend la clef des champs, la poudre d’escampette, la folle épouvante, une allée pour la lune, un aller simple pour l’asile)

 

  Au rayon des poissons, dans l’odeur de la mer, il quitte le plancher des vaches pour celui des murènes avec des algues à la traîne, des huitres à la douzaine, un drapeau de misaine. La voix des haut-parleurs est une corne de brume. Le caddie se transforme en bateau. Les vagues roulent, roulent et roulent. L’odeur du sel plein les narines, il tangue sur le sol. Un souffle au cœur gonfle les voiles. Quand la mer s’ababouine, il dérive comme il peut. Il en profite pour calfater son cœur qui prend l’eau. Il fait la chasse aux rats dans la cale des images. 

 

  Juste à côté d’un bac à sable, le caddie se met à blatérer. Il n’y a plus de mirages dans le désert mais des Mirages dans le ciel, des champs de mines, des moulins à vent, des derricks à pétrole, des carcasses de tanks. Ce client change de pays à chaque nouvelle odeur. C’est terrible. Tous les vendeurs en perdent leurs cheveux. Quand il touche une table, il y pousse des racines jusqu’au sol, des feuilles jusqu’au toit. On entend des oiseaux dans les haut-parleurs. Tout ce qu’il touche devient gratuit. La cafetière joue aux cartes avec un vaisselier. Tous les écrous enfilent les boulons. Les marteaux caressent les ciseaux. Les fourchettes dansent comme les petits pains dans la Ruée vers l’Or.

 

  Cet étrange client émoustille les fleurs. Elles se déshabillent quand elles le voient passer, les pétales grands ouverts. Tous les pots font craquer leurs vertèbres. Un peu plus de lumière s’allume dans les plantes. Toutes les aiguilles s’affolent sur le cadran des montres. Les moteurs électriques jouent du Bach à l’envers. Les fers à repasser laissent des vagues de laine. Les bouches d’aération sont remplies d’écureuils. Ils ont caché tant d’arachides qu’ils ne les trouvent plus. Quand il a remplacé les chiffres par des fleurs, les caissières ont failli s’étouffer de rire. On entend les violons dans les crosses de fougère, l’oasis chanter dans les cœurs de palmier, les piments faire la gueule dans les olives farcies.

 

  Dans ce lieu sans colonne, sans pelure, sans goût, un petit vent d'espoir court-circuite la musak. Son souffle a ranimé le petit bois des mots. L'humour fait du plat, sa trompette à la bouche. Les idées font trempette dans la marée des songes. La machine verbale hoquète sans répit. Les cordes vocales s’accordent aux battements du cœur. Il n'y a plus d'heure. Les secondes tombent comme la pluie. Les escaliers roulants se transforment en cascades. Les allées sont le Styx, l'Adriatique, le Danube. Toutes les barrières sautent. Le cheval de manège enlève ses œillères. Des chats dérivent entre les jambes des clients.

 

  Clop, clop, clop ! Les nains de jardin se tiennent par la main et dansent la farandole. Toutes les bêtes de l'animalerie s'échappent de leur cage et rejoignent la fanfare des lapins à batterie. Les vrais caniches font la cour aux caniches de peluche. Les poupées pleurent au milieu des oiseaux. Les oursons jouent à la marelle. Les Petit Poucet lancent des bonbons aux enfants perdus, des billes multicolores, des galets d'aquarium et même des boites de Maïzena dans la purée des choses. Le gérant lance un regard de dégoût et les caissières lui jettent un mauvais œil.

 

  La lumière se déhanche comme une chatte agile. C'est la pagaille au rayon des outils. Les marteaux font la tête. Les ciseaux font la fête. Les pinceaux changent de poil. Les pinces-monseigneurs se prennent pour le pape. Il pleut des clous, des vis, des écrous. Les sportifs jouent aux quilles au milieu des allées. Ils lancent des boulons sous les pieds des vigiles. Colosses aux pieds d'argile, ces derniers tombent l'un sur l'autre. Tous les pauvres en profitent pour faire leur marché. Les vieillards boivent à l'œil la fontaine de jouvence. Les doigts sur les claviers jouent Ragtime de Tatum. On se croirait vraiment dans un film de Tati, Playtime ou bien Trafic. On voit Monsieur Hulot renverser les conserves avec son bout de canne, un poisson dans le dos et le chapeau de travers.


extrait de Carrefour

www.tativille.com/

Publié dans Prose

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Chaque pas

Publié le par la freniere

 

Même les anges ont perdu leur chemin dans les files d’attente. Ils ont troqué leurs ailes pour une carte de crédit. Ils lisent Coehlo en attendant la pluie, Harlequin dans une poche et de l’encens dans l’autre. Je ne vois plus de roses dans la blessure des jardins. Leurs épines affaiblies ont décousu l’espoir. Le squelette du cœur s’appuie sur des prières sans regarder le ciel. La cendre a dévoré le feu sans réchauffer le corps. Les arbres étaient des livres mais les oiseaux désertent l’abécédaire de l’homme. Ils volent en silence dans les fumées d’usine. Je m’appuie pour marcher sur le bâton de l’air. Je m’habille de mots trop larges pour ma voix. Je vole son parfum à la rose des vents.

On voit des gens tirés par leurs habits, des enfants qui ne savent plus à quoi sert un ballon, des fillettes de douze ans enceintes par dépit. Peut-être que les hommes ne sont plus faits pour vivre. La nuit ne ferme pas les yeux. Elle colore les blancs sur les mémoires aveugles. Les mots à l’encre sur la page attendent la marée. Le temps s’avance sur ses pieds brisés. La pluie fait des ronds de jambe à la devanture des déserts. Je suis ce que je vois, ce que je dis, ce que je fais. Je suis comme une pierre au milieu du chemin, le caillou d’un ruisseau, la bille d’un enfant, une voyelle rêveuse dans un bosquet de mots.

On a caché des armes dans le berceau du cœur. On a chargé de poudre le landau des poupées. On a rempli de pierres la besace du rêve. Les concierges de Dieu ont noyé l’infini avec de l’eau bénite. La mort guette partout mais une seule miette de pain nous invite à la vie. Je suis un pain de mots à la recherche d’une table, une goutte de mercure échappée de la neige. Il y a des oiseaux qui refusent de voler, des arbres qui bâillonnent leurs fruits, des étoiles qui meurent sans laisser de lumière. On étouffe le feu sous la cendre des choses.

Ceux qui n’ont pas de rides ont des fossés dans le cœur. Le ciel n’ose plus lire les ornières du sol. On perfectionne les armes mais qu’en est-il des âmes et des larmes qu’on tue ? Les yeux sont la lumière du visage. Quand ils s’éteignent, on ne voit plus son âme. Qu’une goutte d’eau m’enivre, qu’une montre s’arrête, qu’un enfant me sourit et je parle d’espoir. J’apprends à rire devant les murs et les portes fermées. Des oiseaux font leur nid sur le toit des prisons. Les fleurs dansent encore dans le bal du vent. Les feuilles chantent sur la portée des branches. Une eau pourrait jaillir quand je nomme la source.

Je n’ai pas peur des mots mais des chiffres, des zéros qu’on ajoute au chèque du malheur. Aujourd’hui, tous les mots sonnent faux, sauf argent, profit et gloire. Le mot Dieu fait des morts dans les endroits publics. Si l’espérance avait des yeux, ils refuseraient de voir. Sur les nappes de pétrole, on sert la vie avec la mort dans une même assiette. Toutes mes valises sont vides. Ce que la vie me donne, je le redonne à l’encre. Je sème des images dans la terre des mots. Il se peut qu’une phrase ait l’odeur des pivoines, qu’une source jaillisse entre deux parenthèses, qu’un oiseau fasse un nid au milieu des voyelles. Chaque mot a l’air d’un papillon transportant ses couleurs.

Chaque branche d’un arbre apporte son message. Je suis les pas de la poussière jusqu’à trouver la source. Devant chaque réponse, je cherche la question, le geste dans les choses, les images invisibles, la flamme dans le froid. Seule la femme sait lire avec son corps entier. Il manque toujours à l’homme ce qu’elle peut lui donner. Je ne cesse de marcher. La poésie voyage des étoiles aux racines. Chaque goutte de pluie me sert de boussole. Chaque mot est un pas. Chaque pas devient route. Chaque route se cherche à côté de ses pas. Jour après jour, la vie récapitule notre mort. Je me perds dans la page. Je me soumets aux mots, excepté les mots d’ordre. Je m’évade par la porte des images. Je m’habille de mots. Je me penche sur le bord du silence. Ma peau sent l’encre vive. Depuis le premier mot, je marche au bord du vide. Je reviens où mes pas ne sont jamais allés.

Publié dans Prose

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