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Quand je serai parti

Publié le par la freniere

Quand je serai parti
je ne veux pas que le soleil se colore de sang
je ne veux pas que meurent les arbres de Judée
 
mais que le chant des louves
veille sur les hommes seuls
 
mais qu'on demande à ceux qui restent
s'ils savent
où la douceur s'est réfugiée
 
qu'on refuse d'abjurer
et que partout la liberté insiste !...
 
d'où je ne serai plus
il faudra bien qu'il neige
 
je serai dans l'odeur des oeillets
dans la douleur des arbres
 
je serai dans les chemins habilleuses des morts
et sur tous les chemins d'un Peuple de Beauté
 
et je dirai des mots qui sentent encore les pommes
et je dirai des mots
qui me rendront les jours perdus
et je dirai des mots de feu
des mots de violoncelle
et de miséricorde...


Tristan Cabral

Publié dans Tristan Cabral

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L'accolade

Publié le par la freniere


J’ai serré tant de mains.

Je ne sais plus quels doigts

appartiennent à la mienne.

J’ai volé tant de mots

aux lèvres qui passaient.

Je ne signe plus mon nom

qu’au bas du paysage,

sur les vieux pots d’émail

et les chaises de bois.

J’ai caressé la mer

avec les bras d’un fleuve

sans effacer des vagues

le sel bleu des larmes.

J’étais né pour l’amour,

les flocons de l’enfance,

les pelouses de chair,

les clapotis du cœur

et me voilà debout

recousant les trous de balles

                    avec l’encre des mots.




Publié dans Poésie

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La mer à boire (Québec)

Publié le par la freniere

J’étais l’enfant d’un siècle fou
J’avais la tête pleine d’oiseaux
Je construisais de beaux châteaux
Je vidais la mer dans un trou

La mer était belle à mourir
J’étais une fleur à cueillir
La vie était un jeu d’enfant
Je prenais vraiment tout mon temps

J’avais pour moi l’éternité
Pour vider la mer dans un trou
Je me saoulais de liberté
Et je réinventais la roue

J’étais l’enfant d’un siècle chaud
Dans ma petite tête il faisait beau
Mes châteaux se tenaient debout
Et mon royaume était partout

Et je suis devenu un homme
Les mots sont mes plus beaux châteaux
Mais comme une image vaut mille mots
Mes beaux châteaux vont prendre l’eau

Les mots deviennent des numéros
Un plus un égalent zéro
Plus on a de zéros plus on vaut
Quand on signe son nom à l’endos


Je suis l’enfant d’un siècle de fous
Les riches creusent aux pauvres un trou noir
Donnez-moi donc un peu à boire
Et tant qu’à y être : versez-moi la mer

Et je rêve encore de boire l’eau de la rivière
Quand j’étais petit je m’y baignais dans la lumière
Ah mais aujourd’hui les rivières prennent l’eau
Et je rêve encore au jour où dans les dictionnaires
On ne trouvera plus le mot guerre qui crée la misère
Et qu’enfin les mots ne prendront plus l’eau


Il reste encore quelques oiseaux
Qui ne chantent pas encore faux
Je vide la mer dans mon verre


Raoul Duguay

 

Publié dans Poésie du monde

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