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Manquablement

Publié le par la freniere

Manquablement le bonheur s'est perdu sur la route
manquablement l'espoir l'a précédé de peu
manquablement la vie s'est cachée dans le talus
l'épine dans le talon le feu dans le taillis
manquablement l'amour a fait la sourde oreille
manquablement la nuit s'est pendue dans les arbres
l'oiseau refuse de chanter dans une cage d'ascenseur
les pierres fatiguées contredisent la source
le bois se fend la neige fond
la mer se noie la terre se terre
manquablement le cœur s'arrêtera de battre
la forêt murmurante aura perdu la voix
manquablement la mort le tonnerre et l'éclair
manquablement le vent la poussière et la nuit
manquablement la peur la misère et l'ennui
manquablement la peau la paupière et la pluie
manquablement qu'il manque une phrase au poème


Publié dans Poésie

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Ouvrez les parenthèses

Publié le par la freniere

On a remplacé les vitraux d'église par des icones sur écran. Les mêmes ouailles adorent le clinquant des vitrines. Les snobs d'un côté se dépensent en niaiseries, de l'autre les quétaines en babioles japonaises. On ne gosse plus de cœur dans le bois des épaves. On naufrage à la pièce dans le puzzle du monde. On cote les pièces manquantes sur le parquet de la Bourse. On cot-cot. On coltine de grands paquets de vide. On coups de poing sur les murs. On coups d'épée dans l'eau. On coupe la parole et les cheveux en quatre. On cogne sur les doigts. Les hommes gesticulent, discutent, achètent et vendent mais ce n'est pas la vie. Elle est restée là-bas dans l'enfant que j'étais. Je la retrouve parfois dans les mots des rêveurs, les images des peintres. Je l'entends battre pour de vrai dans les notes de musique. Du band de garage à l'orchestre symphonique, il n'y a pas une note plus importante que l'autre. Tous les sons prennent racines dans le sol du silence. Un seul harmonica peut soulever le monde où un orchestre entier pousse à peine un soupir.

On parle dans le vide. Toutes les phrases sont un pont au-dessus de l'abîme. Quand les mots tombent sur la page, des images se dressent. Les idées naissent au hasard. Les fleuves qui coulent vers la mer continuent dans la tête. Quand les moutons s'enragent, les mailles cèdent dans le confort laineux. Je traîne de l'encre avec mes pieds, réparant les accrocs, ravaudant les trous noirs. Je fais battre le cœur dans les veines sémantiques. Soudain j'ai le vertige au milieu de la phrase. Je m'accroche à la vie. La ligne d'horizon est une barre d'équilibre. Mot à mot, je remonte la pente. Je glisse et me relève. J'ouvre les parenthèses d'un seul coup d'épaule. D'un coup de langue, je rafraîchis la page. J'attrape l'alphabet avec la peau des dents. Affalée sur le sol, la pomme vit dans ses pépins. La fleur en fanant prépare une autre fleur. Sur la portée des mots, chaque voyelle chevauche la ligne d'horizon. J'époussette le temps sans épouser les heures. Je lis entre les lignes sur une main de papier. Je dessine un oiseau et je le fais chanter.

Les téléphones portables infectent la parole. Les images virtuelles ont remplacé les yeux. Brinquebalante et sonore, la brouette des mots change de ton sous la patine de l'encre. Quand elle git renversée sur le sol, la roue du silence tourne à vide et fait grincer des dents. Je la redresse d'une pelletée d'images et la pousse au jardin. Il faut refaire le sol, amender les couleurs, planter d'immenses fleurs sonores entre les ondes hertziennes, couvrir d'images végétales le verre des écrans. Ça commence par un poil sur la langue, des racines dans la gorge, des bulles d'air dans une phrase. Une forêt entière envahit la parole. Des voyelles d'oiseau s'interpellent dans les branches. Des mots éclosent dans les nids, traçant des vols d'encre sur la page du ciel, de l'abc des cancres au v sonore des outardes. Devant l'état des routes sur la carte du monde, il importe moins de réparer le moteur que de rester sur place à essayer d'aimer. Les caresses vont plus loin que les avions de ligne. Elles traversent le temps. Elles soulèvent l'espace et la capote du ciel pour respirer plus large.

Publié dans Prose

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Ne crois pas qu'un jour tu en sauras plus

Publié le par la freniere

C'est comme
se perdre sur un chemin
minuscule
au milieu d'une forêt profonde

Observer le ciel, l'horizon bouché
par les arbres
ne sert
à rien

Il n'y a pas d'itinéraire
pas de plan
pas de repère
alors nos yeux s'accrochent
aux détails du sol
à la terre
aux cailloux
aux brindilles

Regarder les étoiles
est vain
lorsqu'on ne comprend
que le langage
de la poussière

Thomas Vinau

Publié dans Prose

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C'était un bon copain (France)

Publié le par la freniere

Il avait le cœur sur la main
Et la cervelle dans la lune
C'était un bon copain
Il avait l'estomac dans les talons
Et les yeux dans nos yeux
C'était un triste copain
Il avait la tête l'envers
Et le feu là où vous pensez
Mais non quoi il avait le feu au derrière
C'était un drôle de copain
Quand il prenait ses jambes à son cou
Il mettait son nez partout
C'était un charmant copain
Il avait une dent contre Étienne
À la tienne Étienne à la tienne mon vieux
C'était un amour de copain
Il n'avait pas la langue dans la poche
Ni la main dans la poche du voisin
Il ne pleurait jamais dans mon gilet
C'état un copain
C'était un bon copain.

Robert Desnos

Publié dans Poésie du monde

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Le rêve se cache

Publié le par la freniere

J'ai moins peur des loups que du jugement des hommes. On ne ravaude pas les trous de mémoire avec du fil de fer. On ne pend pas les mots avec le fil du téléphone. On n'attache pas les heures avec le fil du temps. On ne passe pas sa langue sur le fil du couteau. On ne ramasse pas le meilleur des mots. Il tombe seul sur l'humus du silence. Certains matins, je m'éveille avec les mains tachées de phrases. Ma bouche n'est qu'une coquille vide sans l'escargot des mots. Sous les doigts du potier, un petit homme de boue se retrouve debout à porter la lumière. J'offre le bol de mes paumes au grand chien du silence.

Je trébuche sur les mots les plus simples, confondant la cendre avec le sang, la barbe avec les poils de rhubarbe, le rouge de Soutine et le bleu de Van Gogh, les sonates de Mozart et les cantates de Bach. Je mélange la queue du poêle et l'accent du poème. Je lie mes phrases avec du roux et je mange mes mots. Mes consonnes volent à peine comme des oiseaux de basse-cour et laissent sur la page des coquilles d'imprimerie. Les images tombent dans les pommes et font de la compote. L'encre s'évapore dans le bruit des assiettes. Les idées noires mettent un visage de clown sur le deuil des choses.

Dans les nuages qui passent, certains voient des bêtes fabuleuses, des licornes ou le visage de Dieu. Je n'y vois que de l'eau mais j'entends l'univers dans le chant d'un oiseau. Sur la page encore blanche, je suis comme ce nain dessinant des géants, le galet d'une plage se prenant pour une île, le grain de sable accouchant d'une montagne. Il arrive que le grand vent se traîne à plat ventre sous les portes. Il se relève toujours et bourrasse les meubles en grognant de plus belle. Il faut se méfier lorsque l'espoir frappe à la porte. Ce n'est souvent qu'un vendeur d'assurances, un marchand d'illusions, un éboueur qui ramasse les larmes pour en faire un collier, un huissier de passage qui vient saisir l'âme.

L'index agenouillé sur un tapis de souris, passant d'une icône à l'autre, les hommes se cherchent un Dieu sur un écran plasma. Tendant leurs mains par les trous de mémoire, mes lapsus mendient un peu de ciel d'été, un souvenir d'étoile, une fraîcheur d'enfance. Il ne sert à rien de courir. On ne distance pas la mort en changeant de fuseau horaire. La jeune fille qui vient croise un vieillard qui va. Ils se parlent trop peu pour en faire un poème. Les messages des anges ne sont pas entendus ni les battements de paupières dans le vol des oiseaux. Leurs cœurs sont trop gros et leurs larmes trop lourdes. Le vent plié en quatre est une lettre sans timbre et sans destinataire. Elle se perd comme un mot dans la lecture des traces et la rumeur des livres.

Je laisse la porte ouverte aux quatre vents. Des orties poussent sur le bord des fenêtres. Le lierre grimpe aux pattes de chaise. Derrière la boite à pain, les souris grignotent les voyelles dans le semis des miettes. Le goutte à goutte du robinet marque son territoire. J'écris le marteau dans une main et le stylo dans l'autre. L'odeur de l'encre se mêle au chèvrefeuille. Sur la terre des pages, je plante les mots comme des fleurs. De grands légumes sémantiques dégorgent de rosée. Sous les lèvres du vent, des plantes en dents de scie mastiquent les consonnes. Je cultive les idées fixes comme d'autres les bleuets. D'une chaise vide à l'autre, les fantômes s'engueulent. Leurs voix tiennent tête à la tempête qui frappe sur le toit. Je fais du pain avec mes mots. Mon bouillon de soupe est un brouillon. Entre deux mots d'amour, quelques jurons fleurissent et courent d'une herbe à l'autre. Un fil invisible relie chaque parole. Avec la maladresse des tendres, je réveille le rêve dans la demeure des fatigues.

Publié dans Prose

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Comme un marin

Publié le par la freniere

Je suis parti à la vie
comme un marin part à la mer
sans savoir
sans savoir si le retour
est au bout du voyage
sans peur
Le prof m'a tapé sur les doigts
sans cesse
j'ai franchi la frontière
celle qui va d'hier à demain
La nuit
beauté endiablée
est là
avec ses soleils papillons

qui frappe à nos carreaux
Je marche
comme un marin part à la mer
sans savoir si le retour
est au bout du voyage

En quête de lumière et de vérités
je vais de moi à moi
sans peur.

Jean-Michel Sananès
De moi à moi, Editions Chemins de plumes, poésie, 2008

Pour commander : Éditions Chemins de plume

Publié dans Jean-Michel Sananès

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L'humus et le frimas

Publié le par la freniere

On a tué le rêve sans laisser de cadavre. Le cœur sous zéro ralentit sa cadence. Entre l'humus et le frimas, je traque des images sous le pergélisol. Chaque flocon a la forme d'une lettre. Sur la page encore blanche, je laisse fondre la neige pour faire du café. Des poissons d'encre flottent dans les tasses ébréchées comme de petits icebergs. Le soleil brille sur la glace en millier d'arcs-en-ciel. Dans mon oumiak littéraire, la voix est une rame. Je pêche les mots par un trou dans la glace, de vieux souvenirs dans un trou de mémoire. La pointe du stylo me sert de harpon. Sur les visages du froid, le vent remue les lèvres dans un extrême bouche à bouche. Quand les mots jappent sur la neige des pages, mon stylo sert de musher. Il transporte du rêve dans le traîneau des phrases. Peu importe le sens, dans la course des mots, le silence est toujours en avance.

Les perce-neige attendent un premier rendez-vous. Le visage des champs reparaît par endroits. Les fleurs s'habillent dans les germes avant d'ouvrir le bal. Le squelette d'hiver fondra sous le soleil. Son eau viendra gonfler la saveur des sèves. Orioles, carouges, fauvettes sont à portée de l'ouïe, les mésanges en émoi aux perches des clôtures. La lumière bave sous l'écorce. Les poils des lièvres retrouvent leurs couleurs. Un enfant tire un enfant par la main qui tire un autre enfant, c'est moi, du feu dans les yeux, de la neige dans l'âme. Je patine sans lame sur la glace trop mince.

Le soleil brille sur la buée des vitres et fait des trous dans le malheur. La terre change de peau. L'hiver enlève sa chemise de neige. Le deuil se change en danse. La grisaille des rues se transforme en chaleur. Les statues de givre se défont, corps et âme. Les arbres ne remontent plus leur écorce jusqu'au cou. Les gouttières pleurent aux épaules des maisons. Les écureuils ont faim dans le ventre des arbres. Ils sortiront tantôt saluer le soleil. La terre s'éveille sous ses guenilles végétales. Un vent plus chaud titille les aisselles des branches provoquant le fou rire des arbres. Dans le champ du voisin, le vieil épouvantail redresse son échine. Les pas rangés dans le placard se remettent à bouger. Les fantômes frileux recommencent à marcher, une valise invisible au bout de chaque bras.

Déjà le vert des bourgeons fait pâlir la neige. On ramasse les œufs de Pâques dans les nids de poule des villes. Les nœuds de l'espérance forment une échelle de corde. Des oiseaux s'y balancent avant de s'envoler. Les trous entre les silences se remplissent d'images. Sur les rampes des galeries, le vent s'apprête à battre les tapis, remplaçant la poussière par un pollen solaire. La sève monte dans le mercure des arbres. L'odeur des pivoines remplacera bientôt les senteurs de pauvre. La débâcle agrandit le grand corps du fleuve. Rognant les parenthèses de l'hiver, les maisons gesticulent de toutes leurs fenêtres. La langue fait claquer son langage d'avril. Je déplie une à une les pages de la vie. Dribblant avec les mots, je lance mon ballon dans les bras de la route.

Publié dans Prose

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Testament de Ravachol

Publié le par la freniere

«Si je prends la parole, ce n'est pas pour me défendre des actes dont on m'accuse, car seule la société, qui, par son organisation, met les hommes en lutte continuelle les uns contre les autres, est responsable. En effet, ne voit-on pas aujourd'hui dans toutes les classes et dans toutes les fonctions des personnes qui désirent, je ne dirai pas la mort, parce que cela sonne mal à l'oreille, mais le malheur de leurs semblables, si cela peut leur procurer des avantages.»

Ravachol


(...)

Nous n'habitons nulle part nous ne brisons de nos mains

rouges de ressentiment que des squelettes de vent

nous tournoyons dans un désert d'images diffusées par les

invisibles ingénieurs du monde de la séparation permanente

retranchés dans les organismes planétaires planificateurs

infatigables du spectacle

nous ne sommes rien nous ne sommes qu'absence

une brûlure qui ne cesse pas nous n'embrassons nulle bouche

vraie nous parlons une langue de cendres nous touchons

une réalité d'opérette

nous n'avons jamais rendez-vous avec nous-mêmes

nous nous tâtons encore et toujours

nous errons dans un magma de signes froids nous traversons

notre propre peau de fantôme

le soleil du mensonge ne se couche jamais sur l'empire de

notre néant vécu atrocement au carrefour des nerfs


nous n'avons ni visage ni nom nous n'avons ni le temps

ni l'espace des yeux pour pleurer trente-deux dents

totalement neuves pour mordre

mais mordre où mais mordre quoi

de fond en comble toutes les chaînes

autour desquelles s'articulent nos chairs nos pensées

d'aujourd'hui

jusqu'à ce qu'elles cassent dans un hourrah de lumières de

naissances multiples

décrétons le refus global

les jardins des délices tremblent et éclairent au-delà

la révolte met le feu aux poudres

taillez enfants aux yeux d'air et d'eau les belles allumettes

dans la forêt des légitimes soifs

taillez les belles allumettes pour que flambe le théâtre d'ombres universel.

(...)


André Laude (1936 - 1995)

voir  danger poésie, un site incournable

Publié dans André Laude

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Une échelle orpheline

Publié le par la freniere

Pour ceux qui s'aiment et osent le dire, y aura-t-il toujours des prisons qui attendent et les bras d'une chaise où se bercent les fous ? À peine les femmes torchent-elles un enfant, elles doivent déjà laver les habits d'un soldat. Aussi loin qu'on peut voir, la peur fait des siennes. La couleur de la peau sert encore de drapeau. Quand un enfant saute sur une mine, il n'y a pas de ralenti ni d'une pause sur arrêt. Le sang ne sèche pas dans les villes assiégées. Œil pour œil. Dent pour dent. On vient de partout adorer le dollar, laissant son cœur en pourcentage, son âme à la consigne. La haine rapporte plus que les poignées de main.

Je voudrais partager l'eau fraîche comme un fruit. Je cherche sous les masques un sourire d'enfant. Je ne vois qu'un rictus assoiffé de pétrole. De quelle chrysalide attendre un peu d'espoir quand les insecticides détruisent déjà les ailes ? Sous l'écorce des arbres, je ne vois plus vraiment que l'ombre d'un cercueil et le bois des matraques alourdissant les branches. Les hommes sont pressés. Ils traversent la mer sans apprendre à nager. La vérité se perd dans le fatras des lieux communs. Il n'y a plus de philosophes mais des porteurs d'affiches. Il n'y a plus de sages mais des vieillards séniles qui comptent leur monnaie. Les fleurs s'étiolent dans une serre envahie par le givre. Je rafistole avec des mots une échelle orpheline.

Il ne sert à rien d'exciter les couteaux. Le temps se charge des blessures du cœur. Le pain maigrit dans les assiettes. Les oiseaux fanent dans le vase d'un arbre, jonchant le sol humain de plumes et de pétales. Quand les mots se rencontrent, ils se battent parfois à coups de points et de virgules. Ils aboient dans ma voix et font peur au silence avec leur double sens. Ils se faufilent dans le bois mort des murs et picorent les clous. Ils peuvent à tout moment se pendre au pied de la lettre. Certains jaunissent entre mes dents et d'autres font du vent. Je porte leur valise dans la prose des jours. Je troque leur folie contre le bruit du monde. J'avance mot à mot sur une herbe invisible. Je titube entre le point du jour et le lit des rivières, la foudre de l'instant et la lenteur du sable, la colère des orties et la paix des jardins.

Je compose mes phrases avec l'herbe et le vent, la danse des samares, la musique des choses, la cendre qui témoigne du passage du feu, la chair du soleil dans un jardin mouillé. Je traverse, une lumière au poing, la cécité des murs. Je soulève d'un mot les hanches de la vie. J'apprends à rire au milieu des orages, à ramasser du foin dans un panier de neige. Les yeux agenouillés sur la page du ciel, je mêle mes images à la prière des étoiles. Je fais de chaque chose un paquet d'espérance.

Publié dans Prose

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Au volant

Publié le par la freniere


Au contact du crayon sur la page
les images clignotent.
Les mots ont le vertige
dans les virages de la phrase.

Les lignes font des rides
sur le visage de l'encre.
La voix des hommes s'arc-boute
au volant du silence
traversant l'inconnu
à la vitesse des voyelles.



Publié dans Poésie

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