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Aphorisme du jour

Publié le par la freniere


Elle a beau se nourrir de l'innocence des enfants, de femmes traquées et d'hommes détraqués, la guerre a toujours l'estomac vide. L'appétit du profit est un ver solitaire.

Publié dans Aphorisme du jour

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La censure

Publié le par la freniere


La censure? La censure! La censure, c'est la gargouille qui vomit
hideusement son plomb liquide sur la
chair vive de la poésie!

La censure, c'est l'hydre acéphale aux mille bras aveugles qui abat comme un
sacrifice sans défense
chaque érection de sensibilité délicate au moyen de ses moulinets vandales!

La censure, c'est le rasoir gigantesque rasant au niveau du médiocre toute
tête qui ose dépasser!

La censure, c'est la camisole de force imposée au vital!

La censure, c'est la défiguration imposée sur la grâce au moyen d'un sourcil
froncé saugrenu!

La censure, c'est le saccage du rythme!

La censure, c'est le crime à l'état pur!

La censure, c'est l'enfoncement du cerveau dans un moulin à viande dont il
surgit effilochement!

La censure, c'est la castration de tout ce qu'il y a de viril!

La censure, c'est la chasse obtuse à la fantaisie et à l'audace
illuminatrice!

La censure, c'est la ceinture de chasteté appliquée à tout con florissant!

La censure, c'est l'interdiction de la joie à poivre!

La censure, c'est le morose enlaidissant tout!

La censure, c'est l'abdication du rare et du fin!

La censure, c'est la maculation et le hachage en persil de l'unique toujours
gaillard!

La censure, c'est l'abdication de la liberté!

La censure, c'est le règne ignorantiste du totalitarisme intolérant envers
tout objet qui n'est pas
monstruosité rétractile!

La censure, c'est l'injure homicide à la loyauté des sens!

La censure, c'est le pet par dessus l'encens!

La censure, c'est la barbarie arrogante!

La censure, c'est le broiement du coeur palpitant dans un gros étau brutal!

Oui, mille fois oui, la censure c'est la négation de la pensée.


Claude Gauvreau


Écrit il y a 38 ans. Deux ans avant le Refus global.


 

Publié dans Glanures

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Il n'est pas rare

Publié le par la freniere


Il est rare que le temps coïncide à l'espace
il est rare que les yeux correspondent à l'image
il est rare que l'espoir trouve sa raison d'être
il est rare que l'amour se conjugue au futur
il est rare que l'on vive à la mesure du rêve
il est rare que le dire survive au réel
que jamais et toujours échangent leurs voyelles
il est rare que l'on donne plus qu'on peut recevoir
il n'est pas rare qu'une main cherche son autre main
il est rare qu'un arbre ne fasse pas de l'ombre
il est rare qu'une bête se construise une cage
que le vol d'un oiseau ouvre le cœur de l'arbre
il est rare que les poings remplacent les caresses
il est rare qu'un oiseau s'envole dans la pluie
il est rare que l'on marche à la hauteur du ciel
même en imaginant les autres galaxies
il est rare que la vie vaille la peine qu'on en meure
il n'est pas rare qu'on meure sans savoir où l'on va


Publié dans Poésie

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Dans la splendeur du monde

Publié le par la freniere


Les doigts des musiciens touchent la musique comme les mots touchent les yeux. L'amour tient debout ceux qui se tiennent la main. Assis sur la colline dans la lenteur des érables, je n'envie pas la voile des voiliers ni la queue des sirènes. Tout l'horizon se courbe dans mes yeux sous la caresse des images. Entre chien et loup, l'ombre et la lumière s'unissent pour chanter. Le soleil et la pluie fécondent les vasières. Le vent pliant ses jambes fait des sauts de chevreuil. Les fleurs dans les champs dressent leur tête d'enfant. Une chorale de grillons entame un opéra. Tout m'est force et présence. Je regarde le monde pour la première fois. Je renais avec chaque bourgeon qui ouvre son corsage. Les plantes dressent leur sexe et la sève sent bon au prépuce des arbres. Mes pas mangent la route comme un pain de campagne. Les mots écrits dehors ont un parfum d'humus, la liberté du vent, l'imprévu des orages. Je me saoule de pollen, de soleil et de vie. Il n'est que de céder au vertige des bêtes.

La journée sera douce comme un thème de Bach. Je plonge ma mémoire dans l'intime de l'eau. Je retrouve les airs que fredonnait ma mère. La rosée fait chanter la corolle des robes, le calicot des fleurs, les toiles d'araignée. La tôle des toits s'allume. Une pincée d'oiseaux assaisonne le ciel. La journée sera belle. Je transporte au jardin la pioche de mes mots, une brouette de rêves, un arrosoir d'arc-en-ciel. Sur le bord du ruisseau, la sagesse a pris la forme des galets. J'attends que les arbres portent leurs feuilles comme des ombelles, que les barbots réveillent la barbe des vieux murs et les plantes à siliques. Les petits suisses ont les bajoues qui gonflent dans le creux des mâchoires. La terre est en sueurs. Mes pas s'enfoncent dans le sol comme on laisse une trace à l'endroit des aisselles. Le monde n'est pas plus vieux que le dernier bourgeon. Tout est salé. Tout est sucré. Des milliards d'insectes mastiquent le silence. Les nids comme des paumes renversées tiennent les œufs au chaud.


L'oiseau se berce dans ses plumes. Le vase des paupières arrondit les images. Je mets les mains aux choses de la terre. Je grimpe sur les épaules d'un arbre pour que mon regard fasse l'accolade au fleuve, le grand Saint-Laurent fou libéré des embâcles. Je mène paître mes yeux dans un parc à images. Le soleil brille entre les branches. Comme une grande fille folle, la balancine fait la fête au passage du vent. Une dernière flaque de neige se traîne encore les pieds. Les dents croches d'un râteau esquissent un sourire. Des aigrettes voltigent, je ne sais d'où venues, des papillons de paille, des bulles de saveur. Des pissenlits renaissent dans l'odeur de la neige qui imprègne le sol. La journée sera belle. Les flammes ont délaissé les cendres de l'hiver pour rallumer les yeux. Tous les chemins du monde agrandissent mon pas et les rigoles rient en gonflant leurs biceps.


Le caleçon d'or des semences se remet à briller. En jouant de la hanche, la ligne d'horizon remet de l'ordre dans sa jupe. La journée sera chaude. Le printemps distribue l'azyme du beau temps. J'apprends beaucoup du monde en épiant le parfum, en caressant l'écorce, en cueillant des échardes dans le panier des ronces. Ma table d'écriture a fait peau neuve. J'écris dehors sous un érable à sucre. Je mets du bleu sur les pages à venir. L'herbe se lève entre les phrases. Les consonnes stridulent comme de psylles romantiques. Les voyelles ovulent entre les parenthèses. La terre au goût de femme soulève ses collines. Ses ruisseaux poussent leur rengaine jusqu'aux crêtes du langage. Je découvre mes mains tout au bout de mes bras, la route sous mes pas, mes traces de pieds nus sur le sable du temps, la fourche de l'éclair soulevant l'horizon, la simple chose d'être là, tout le corps à l'affût dans la splendeur du monde.


Publié dans Prose

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La logique du pourrissement (Martinique)

Publié le par la freniere


La logique du pourrissement
c'est le fruit mûr tombé foutu de n'avoir pas été cueilli
parce que l'homme n'avait pas prévu
voulu ou pu
connu ou su
parce que l'homme a trop attendu
ou peut-être tout bonnement
parce qu'il l'a parfaitement voulu et eu
si tant est que c'est l'homme qui veut.

La logique du pourrissement
c'est l'écorchure qui s'infecte
et le microbe qui se délecte
quand se rengorge le furoncle.
c'est la fissure qui rigole
et la rigole qui s'fend la gueule
c'est la chaussure qui prend l'eau
c'est la peinture qui s'écaille
la moisissure prend ses aises.

La logique du pourrissement

La logique du pourrissement
c'est la chemise qui se fait la malle
la redingote qui est en crise
d'avoir été par trop portée
souillée lavée et empesée
et la couture n'en peut plus
la crise se rit de la reprise
un petit point de chaîne à droite
un petit point de croix à gauche
un petit point arrière devant
un petit point devant derrière

La logique du pourrissement

La logique du pourrissement
C'est la centrale qui pisse la mort
et la rivière qui a mal au foie
c'est la crevette qui rend l'âme
et l'arbre à pain qui a le blues
c'est l'eau de coco en berlingot
c'est pour bientôt je vous le dis !
c'est la corde de la mère igname
qui étrangle la mère igname même.

La logique du pourrissement

La logique du pourrissement
c'est quand débarquent les maquereaux
avec leurs mines de sex-shops
qu'on vend du sable au marché blanc
pour peaux en mal de mélanine
et quand nos plages font le trottoir
sous leurs licences de maisons closes
nos enfants nus ne peuvent plus leur faire l'amour
au grand soleil

La logique du pourrissement

La logique du pourrissement
Ce sont les arbres qui s'emmurent
dans une névrose de béton
les oiseaux glissent à la dérive
les flics engraissent leurs papillons
les p.-v. jouent aux feuilles mortes
les voitures valsent à la pelle
la fourrière rêve de cimetières
la chaussée souffre de cors aux pieds
la ville a mal aux entournures

La logique du pourrissement

La logique du pourrissement
C'est le bébé qu'on s'est payé
dans la boutique du père crédit
il fait la loi dans la maison
il fait caca où bon lui chante
même dans le crâne des petits
on ne se parle plus quand il jacasse
on ne s'entend plus quand on se parle
avec sa tête rectangulaire
c'est le portrait de son papa
il a la bouche en sucre d'orge
il fait risette et c'est tout rose
il a les yeux bardés de guerres
et injectés d'apocalypse
il passe pourtant de temps en temps
un oiseau bleu en son iris.

La logique du pourrissement

La logique du pourrissement
C'est quand s'encombre le sinus
que la conserve en a ras-l'bol
le fer blanc gonfle
et puis se mouche et les décombres qui s'amoncellent
ont des dégaines de gratte-ciel
tel un grand rire au bord d'un gouffre
un matouba d'éclats de gorges
et comme un cormoran blessé
le rire s'élance en vol plané
et fouille une gueule de volcan
pour assouvir sa démesure.

La logique du pourrissement

La logique du pourrissement
C'est un destin que l'on marchande
dans un pays qui marche à l'os
une terre du sud qui perd son or
un chant d'amour qu'on hypothèque
ce sont deux sœurs qui se déchirent
dans un asile à ciel ouvert
l'espoir trimbale un goût de poisse
la lune rumine ses angoisses
les mots ont l'éléphantiasis
la rhétorique traîne la jambe
et la psy se fait son beurre
quand les neurones se font de la bile.
on vend de la foi à tour de bras
et les gourous ont le bras long
on brade la joie à coups de banque
on paie des gangs pour tuer le temps
dans les agences du Nirvana
le Père Noël s'informatise
et la culture se macoutise
les jeunes chevauchent dans leurs ghettos
le paradis de la défonce
le Diable solde ses miroirs,
Vaval refuse de mourir
et la folie pétrit ses jours
tandis qu'elle siffle un air de cendres.

La logique du pourris...

C'est dans le swing de cette logique
qu'un soir de mercredi des Cendres justement
un chien chauve travaillant du chapeau
au milieu d'un macadam vague
près d'un amas d'âmes paumées
et de dépouilles de sacs volés
me confia qu'il avait conçu
entre deux ulcères d'estomac :
la prodigieuse problématique de
la tactique du pourrissement
la logistique du pourrissement
la dialectique du pourrissement
la statistique du pourrissement
la balistique du pourrissement.
et dès l'école maternelle
l'instruction civique du pourrissement
toute une éthique du pourrissement
une poétique du pourrissement
celle d'une fleur inconnue ou presque
sidéralement transparente
aux confins de l'absurde
éclose.

Joby Bernabé         slammeur martiniquais

 

Publié dans Poésie du monde

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Tête à tête

Publié le par la freniere


Me voilà de nouveau en tête à tête avec la terre. Les deux mains dans la boue, j'écris avec mes doigts. Une fauvette me regarde façonner une source. L'arbre ne cesse de protéger les hommes avec sa générosité. Saurais-je assez aimer la terre, le frémissement de la vie, le silence des semences ? Saurais-je pétrir cette vie, appareiller ses plantes, écouter les insectes, accommoder la source avec la soif, le pollen et le vent, la légèreté de l'aube et le fer des outils ? Un jardin se crée avec amour. Une fleur suffit à supporter le temps comme le sang dans les veines anime chaque geste. Le pays des géants est celui des enfants. Celui des choses est le pays des hommes. Je mets des bottes de sept lieues à chaque graine. Le bout du monde est dans le vent qui passe, sa valise pleine d'odeurs.

La porte sort de ses gonds. Le fleuve sort de son lit. L'eau retenue fissure les barrages. La fourrure se tanne sur la peau des rombières. Que font les bêtes après la mort, préparent-elles une table pour qui les a mangées ? Que font les fleurs quand elles fanent, préparent-elles une route pour ceux qui les piétinent ? Que font les mots dans le silence, préparent-ils une page pour ceux qui les raturent ? Sans amour les hommes comptent leurs sous, les femmes comptent leurs rides et les enfants se content des histoires de monstres, des fables sans légende, des îles sans trésor, des tours sans princesse. Il n'y a plus de rêve. Cendrillon rentre à l'heure recharger son portable.
Entre la mort et moi, j'apprivoise les mots pour que le temps déborde la ligne d'horizon. Je cherche la lumière sur le visage de l'homme. Le haut de l'arbre ne voit pas son destin mais ses racines l'imaginent. Je nomme chaque pierre, chaque arbre, chaque plante. Je remplis mon carnet de prénoms végétaux, de patronymes inconnus, d'adresses minérales. J'aménage des nids dans les failles des murs, des plages de musique dans le bruit des moteurs, des clairières de soleil dans la brume des chiffres. Contre la mort dans l'âme, la douleur au fond des yeux, les acouphènes du cœur, je cherche des remèdes, des images, des mots.

La terre tourne encore même si l'homme à rebours entrave les saisons. Coincé dans les ornières verticales d'un ascenseur, il devra bien descendre sur le plancher des vaches. Il devra bien un jour sortir de son automobile et apprendre à marcher. Ça y est. Le lac est calé. Plus un ilot de glace ne déplace ses pions sur l'échiquier de l'eau. La nuit a déposé les gants. On sent battre son pouls sous la peau de la lune. Les papiers vides se remplissent de mots. Les fantômes amaigris retrouvent la chaleur des fruits. Les bourgeons ouvrent leurs yeux de feuilles. Assis avec les mots, je les tourne en tout sens comme une pelote de laine. Quand je tire sur le fil, une phrase apparaît. J'en ferai un tricot pour habiller le silence, un pull-over de peine, un pansement d'espérance. Quel bonheur ce serait si nous voulions aimer au lieu de posséder. Je ne veux plus crier ce qui fait mal. Je veux chanter ce qui fait vivre. Je crois à l'infini mais j'aime justement.

Publié dans Prose

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Il y a des barbaries qu'on tait et d'autres qu'on claironne

Publié le par la freniere


Maryam, victime d'une offensive israélienne, comme 58 enfants depuis janvier à Gaza


Maryam Maarouf avait 14 ans. C'était une écolière comme il y en tant à Beit Lahiya, au nord de la bande de Gaza, avec son foulard et sa blouse stricte. Comme ses parents, ses cinq frères et ses quatre soeurs, elle a été réveillée, samedi 26 avril, vers 1 heure du matin par le bruit assourdissant des chars, des blindés, des bulldozers et des hélicoptères. Les Israéliens avaient franchi en force la frontière située à deux kilomètres.

Une incursion comme il y en a tant pour se saisir des tireurs de roquettes ou procéder à des interpellations. Jeudi, c'était à Beit Hanoun, de l'autre côté de l'enclave. Demain, ce sera peut-être au point de passage de Kissoufim, au centre du territoire, ou au sud, dans le secteur de Khan Younès. Une pratique routinière. Ce samedi justement, c'est la maison de Maryam Maarouf qui est visée.

Son père, Talal Maarouf, est un activiste du Hamas. Pas un gros poisson, mais quelqu'un qui compte localement. Un homme de terrain. Tel est l'objectif de cet imposant déploiement. La maison toute récente, loin d'être terminée, est la cible des forces spéciales israéliennes.

Personne ne peut dire combien il y avait de chars, de bulldozers et d'hélicoptères. Ce qui est sûr, c'est que l'assaut est massif. " Il y en avait de tous les côtés. On a entendu des rafales, des explosions, c'était la guerre. Je n'avais jamais vu cela", raconte Rizik Sobeh, le beau-frère de Talal Maarouf.
Son fils Ahmed, 16 ans, dormait dans la maison et se souvient de tout. "Ils ont demandé à Talal de se rendre, disant qu'il était encerclé. Puis ils ont commencé à tirer. Tout le monde hurlait. Il y a eu d'énormes explosions. Un hélicoptère a tiré avec des grosses balles."

Et il ajoute : "Nous étions couchés à terre. Lorsque ça s'est arrêté, nous sommes sortis. C'est là que ma cousine Maryam et ma tante Soumir ont été touchées. Soumir avait un bébé de 6 mois dans les bras. Elles ne pouvaient plus bouger. Une ambulance a tenté de s'approcher et on lui a tiré dessus. Puis deux jeunes ont essayé de secourir Soumir qui rampait. Ils ont été blessés par un missile. Je suis allé dans la maison du grand-père et je me suis caché."

CAHIERS ÉPARPILLÉS

Lorsque, vers 6 heures du matin, les soldats décrochent, après avoir échangé des tirs avec des combattants palestiniens impuissants face à cette armada, il est trop tard pour Maryam. Abou Sada Iyad, chirurgien à l'hôpital Kamel Adwan, confirme qu'elle s'est vidée de son sang. Une balle lui a traversé le corps pénétrant sur le côté jusqu'à la hanche opposée. Sa mère, Soumir, a reçu une balle dans le dos. Son état est jugé préoccupant. Elle ignore le sort de sa fille et de son mari, emmené en Israël. Huit autres personnes ont été blessées, dont quatre grièvement.

Ahmed a échappé de justesse à un missile. Il a été touché dans le dos et aux jambes. Ibrahim est sain et sauf, et avoue "on a couru après la mort et elle n'est pas venue". Il ne comprend pas pourquoi il y a eu cette incursion juste pour arrêter un homme. Il évoque la possibilité d'un tunnel creusé depuis la maison. Dans le garage, il y a effectivement une montagne de sacs de gravats.

Les Israéliens savaient-ils ? Aucune mention officielle n'en a été faite. La maison a été totalement dévastée. Un incendie a ravagé une grande partie du premier étage. Les murs sont constellés d'éclats. Les cahiers d'écoliers de Maryam sont répandus dans les décombres. La vigne qui procurait de l'ombre sur la terrasse a été tranchée net. Un bulldozer a réduit en amas de ferraille la fourgonnette. Les cabanes, le four traditionnel ne sont plus qu'un tas de débris.

Dans un rayon d'un kilomètre, les cultures ont été labourées par les blindés. Le réseau d'irrigation et les pompes ont été écrasés. "Pourquoi détruisent-ils tout systématiquement ? Pourquoi veulent-ils nous empêcher de vivre décemment ? Pourquoi tant de dégâts pour arrêter une personne ?" Rizik Sobeh ne comprend pas. Dans les champs, les villageois récupèrent ce qui peut l'être.

Maryam est morte sur un chemin de terre sans comprendre pourquoi l'enfer s'est abattu sur sa maison. Ce qui n'empêchera pas, lors des obsèques, un député du Hamas, Mushir Masri, de "récupérer" sa mort et de rendre hommage à "cette résistante" et "martyre".

Lundi matin, à Beit Hanoun, un obus de char israélien a, selon les habitants, fauché quatre frères et soeurs âgés de 1 à 5 ans. Selon l'ONU, 58 enfants palestiniens ont été tués depuis le début de l'année dans la bande de Gaza.

Michel Bôle-Richard   Le Monde


Les médias nous apprennent qu'il faut, en ce qui concerne Israël, comprendre, toujours comprendre, comprendre l'histoire, comprendre le contexte, comprendre qu'ils ne font que riposter aux terroristes, qu'ils ont le droit de se défendre mais cet article démontre qu'il n'y a sans doute pas grand chose à comprendre, c'est de la barbarie tout simplement, la loi du plus fort, le règne de la terreur. Le plus écœurant c'est que l'occident est complice de ces exactions tandis que les intellectuels et les écrivains se taisent parce qu'ils ont peur, peur d'énoncer certaines vérités qui risquent de les mettre sur le banc des accusés, peur de se faire lyncher par les médias, peur de se retrouver sous le joug de l'accusation ultime, l'antisémitisme. Il y des causes qui ne sont malheureusement pas convenables, et des lâchetés qui sont plus que convenables.

Publié dans Glanures

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Pays d'avril (Québec)

Publié le par la freniere


Dans ce pays d'avril aux brusques poussées de sève
    un vent très bas très gris
la guenille des pluies
sur les herbes qui dressent
    un an l'autre plus vertes
leurs pentes allumées de quelque mort épaisse


Vous ne savez pas la tristesse
    des arbres officiels
    alignés sans erreur et l'attente
enfin
du dernier arbre
    du dernier vent d'automne dans le dernier arbre
        du dernier cri de guerre dans le dernier vent

Vous ne savez pas
                                    vous
    le mourir des pauvres collines
        leurs titubants hameaux ivres de jeunes tuiles
            quand un chemin rebelle essaie de renchasser
les plus vieilles maisons au bout de ses rameaux

Vous ne savez pas
                                    loin
    ce que c'est d'espérer un oiseau sur un fruit
qui vous mord jusqu'au sang
un orage au lointain
peut-être pur
pour qui?

Vous ne savez pas
loin
ce que c'est de trembler au bord de la lumière

Viviane Lamarlère

Publié dans Poésie du monde

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La vertu des hommes

Publié le par la freniere


Je chercherai longtemps des pétales de safran au milieu du cambouis,
aussi longtemps que l'amour aura les bras tordus
et les pieds dans les plats,
que le Wendat ne fera plus corps avec l'écorce
et l'homme avec la femme,
aussi longtemps que l'on mettra une sourdine au soleil
et des habits de guerre aux enfants de la jungle,
aussi longtemps que les prières s'adresseront à Dieu
au lieu d'honorer la terre,
aussi longtemps que le papier monnaie remplacera le cœur,
aussi longtemps que la justice aura les yeux d'un juge,
que le plasma des écrans supplantera la chair.


J'ajouterai des mots sur la page invisible,
des pépins de pomme dans le verger détruit,
des grains de sable dans les soupapes des moteurs,
des os à moelle dans la soupe du jour,
des grosses bûches d'érable dans l'âtre du bonheur.

J'ajouterai des couleurs à l'arc-en-ciel déteint,
des images à la voix, des caresses à la main,
des rallonges à l'espoir, des lucioles aux néons,
des vagues de fraîcheur à l'aride et le sec.

Je ne crois plus beaucoup à la vertu des hommes.

 

Publié dans Poésie

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Dédicace (Haiti)

Publié le par la freniere

                   
                    à Paulette
                            «Poème, élan calme au-dessus du néant.»
                                    (Georges-Emmanuel Clancier)

lèvres bénies dans la folie de l'amour des hommes et de toutes les femmes soutenues du seuil de la maison / des soutes nécessaires à la poussière inaccessible des morts     qui ne mangent plus qui ne parlent plus de la grâce comme de la solitude des vivants livrés à l'inadmissible création

jugés par le silence des étoiles et de la voûte sentinelle en vain de nos bras pleins de cœurs et de ces larmes faciles

ne sais-je que les amis d'aujourd'hui ne chantent que dans l'espoir des attentes anonymes     les amis d'hier ne jouaient que le jeu de la séduction et de l'amitié solennelle

ne serait-ce que l'aventure / mes grands tourments aux yeux des hommes du mât des femmes qui ne caressent plus     qui ont perdu les gestes nécessaires à la folie de tout homme debout sur terre mais dépouillé dans son ultime frisson

mais dis-moi la nuit des accolades et des syllables / hautes colonnes d'étoiles et de villes endormies dans la captivité de nouvelles femmes débonnaires qui ne chantent plus l'intimité des plages et l'au-delà des brouillards en folie

tu fus cette femme divinatoire des destins abolis     celle de l'extraordinaire voyance au-delà des chants inconnus celle qui repoussait les fantômes et les mots comme des blessures

tu aimais me citer Rimbaud et ses caravanes de songes
Alain Grandbois dans toutes ses majestés d'eau forte
Paul-Marie Lapointe que les dieux ont choisi aux premières heures
de la ville et de la liberté des mots

et maintenant que je suis veuf de ton amitié     de tes échelles de gestes lourds comme ton île / comme la Grèce que tu portais dans le coeur Ô Athéna de mes jours comptés en lambeaux de rêves

là oü tu es plus belle     que ton arc-en-ciel     près d'Athéna et toute sa Cour d'anges évanouis dans les nuages     là où tu vis maintenant     plus près des trônes et des dieux improbables si loin des enfants négligés des colonnes de sable et d'infidèles

de si loin que nulle n'ait jamais franchi dans mon enfance réformée et dans mon adolescence repliée sur les mots et le poème écrit dans une langue belle d'étrangère
de si lointain où tu surgis au temps de mes douleurs prolongées à l'ensorcellement de ma naissance étalée dans la solitude des dieux

sept dieux penchés sur mes épaules et sur mes doutes
recherchant ma veritable identité
mon destin
et mon étoile déjà épuisée par la honte
des hommes


Saint-John Kauss
Habitation des Carriers,
Montréal, janvier 2005

 

Publié dans Poésie du monde

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