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Ils sont toujours là

Publié le par la freniere


Ils sont toujours là
à shiner leurs médailles
entre les paradis fiscaux
et les camps de réfugiés,
à louer des berceaux
en même temps qu'un cercueil.


Ils sont toujours là
à vendre leurs poisons,
à faire la morale,
à nous dire quoi faire,
à nous dire qui être.

Ils sont toujours là
à faire grossir la haine,
arrachant les mots doux
au dictionnaire de vivre.

Ils sont toujours là
à crucifier le temps
aux grilles des horaires,
à bardasser l'espoir
pour en faire un client.

Ils sont toujours là
serrant la vis aux amoureux,
suçant le désespoir
avec la langue des égos,
écrasant leurs mégots
sur le visage du cœur.

Ils sont toujours là
semant le vent et la tempête,
pour eux la vie est un commerce,
chaque vivant est un coupable
quand il refuse de se vendre.


 

 

Publié dans Poésie

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Le plein

Publié le par la freniere


Bien avant l'autoroute et les postes à péages, je m'arrête au cerveau faire le plein de sens. Les i en viennent aux points. Les y sémaphorent. Les e muets se taisent. Les virgules donnent le change. Quelques oiseaux se posent sur la barre des t. Les a, les b, les c mélangent leur pinceau et les o font de l'œil. Les d claquent des dents. Les f crachent les leurs. Les p s'impatientent sur une unique patte. L'autoroute elle-même fait claquer ses bretelles. Je voudrais aller plus loin, plus haut, rouler des roues, soulever les hauteurs, éparpiller les heures, agir au lieu de subir. C'est décidé, je change de trajet. Je cours dans la marge en direction du cœur. J'ai changé mon auto pour une paire de godasses, l'odeur de l'essence pour celle des pivoines, de l'encre et du fumier, le concert des klaxons pour le cri des huards. Je vois déjà la mer dans les yeux d'un chevreuil, du ciel dans l'ornière, l'infini près d'un arbre.


Publié dans Prose

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Aphorisme du jour

Publié le par la freniere


Lorsque l'épouvantail baisse les bras, les oiseaux applaudissent. Ils dansent autour de lui quand il chante avec eux.


Publié dans Aphorisme du jour

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Florence Noel sur France-Culture

Publié le par la freniere


Florence Noël vient d'enregistrer une émission sur France-Culture : lecture de ses textes, réflexions, références... L'émission sera diffusée en septembre. Le récit par Flo sur
l'auberge de Ragueneau .


Publié dans Prose

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Le Refuge Global

Publié le par la freniere

Soixante ans de raccommodements déraisonnables entre le désir et la raison, entre la Quête et le Quêteux, dans ce tissu de gens au vouloir velours. Dichotomie apaisante sur un sujet clairement grisonnant. Bonjour la peur, mon leurre est arrivé et beurré des deux cotés de ma double existence. L'homme appareillé se suffit maintenant d'une technologie qui dépasse l'utilité pour défendre son doigt d'honneur. Dans cette courtepointe, défilent des restes d'amérindiens collés à une fine toile européenne et encadrée solidement dans l'américanité de la peur. Le poète resserre la tension pour voir les reliefs émergeants d'une rupture de textes qui annonce la constante contradiction identitaire dans ce long présent issu de la nouvelle Babylone. Ici et encore, creuse l'idée d'une Résistance des mots pour séduire la langue du sage et échapper au refuge global.

Le recueil de Roger Stéphane Blaise est maintenant en librairie


À Montréal chez:

Zone libre au 262 Ste-catherine est
Marché du Livre au 801 de Maisonneuve est
Librairie Paulines au 2653 Masson
Olivieri librairie Bistro au 5219 Côte-des-Neiges
Librairie Monet au 2752 Salaberry

Au Québec chez:

librairie le fureteur au 25 rue webster à Saint-lambert
librairie Clément Morin au 4000 boul. des Forges à Trois-Rivières
librairie Pantoute au 1100 rue st-jean à Québec

En France:

Librairie du Québec au 30 rue Gay Lussac, F-75005 Paris, T. +33 1 43 54 49 02

Pour recevoir ces volumes à domicile , communiquez par courriel : editions.zonegrise@sympatico.ca
plus d'infos sur www.aame.biz

Fraternellement, c'est très courageux pour mon p'tit neveu de
publier des livres qui trouvent difficilement preneurs et qui s'attirent plusieurs ennemis.
- Raymond Levesque / Auteur-compositeur - SSJB

RSB a atteint l'art des phrases clips tout en nous pinçant efficacement avec une sensibilité à ras du poil. - Lucien Francoeur

Si la poésie est une flèche qui cible le sérieux, RSB est l'arc qui pince sans rire. - Sandra O'connor

 

Publié dans Prose

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Le Sel de l'Eden (France)

Publié le par la freniere


(...)
Purgatoire
abattoir que ton monde,
ô déesse
des échanges véreux et de l'extermination programmée,
où des milliards de personnes humaines ( ou encore officiellement tenues pour telles) sont chaque jour passées au presssoir.
Les mêmes, depuis la nuit des temps, que le travail laminait, les mêmes, désormais, son exponentielle absence les jette hors
champ, hors course, hors monde : à quand leur annulation ? À quand la flexibilité complète, jusqu'à disparition ?

C'est dans les commencements de la terreur, de la terreur mondiale,
quand les sans-emplois, les sans-logis, les sans-papiers, les sans-droits, les sans-rien, s'amoncelleront par vagues et par
vagues dans des zones jusque-là protégées de la misère concrète, de celle qui ne s'évite plus du regard,
c'est quand ces moins que moins
c'est quand ces inutiles
- inutiles à ton système, pour produire comme pour consommer-
c'est quand ces pis que pauvres, donc, deviendront globalement nuisibles
que tu vas nous montrer ce que vraiment tu sais faire,
ce que vraiment tu es,
O Monstrueuse et les chers Quelques-Uns que tu auras servis
et la cour de ceux à leur solde, qui t'auront acclamée en les servant : économistes, journalistes ad hoc, funambules
politiques,
ces beaux esprits se révéleront
pour ce qu'ils sont déjà : des laquais de la plus-values
- des vautours.
Le statut de charognard n'est pas fameux sur le plan moral.
En haute finance, il est parfait.

Où l'abruti qui osera encore te célébrer, toi, Économie ?
Où l'abruti qui ira voir en toi l'image de la grandeur de l'homme ?
Où l'abruti qui établira que tu te confonds avec le réel, que tu incarnes le principe de réalité, que tu l'actives même ?
Il aura devant lui, il a déjà devant lui des monceaux de cadavres pour lui rappeler ou lui apprendre ce que fait l'argent,
le sacré, le juste, le généreux argent !
(...)

Serge Sautreau       
Le Sel de l'Éden, Le Passe-Montagne


 

Publié dans Poésie du monde

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Un brin d'herbe

Publié le par la freniere


Un brin d'herbe tressaille et s'entortille dans mes mots. Se mêlant aux virgules, sa fragile apparence forme déjà la phrase. On peut entendre les pas furtifs de la pluie sur le papier, le crissement des cigales quand on tourne la page, le vent dresser le point sur la tête d'un i. Écorché par les ronces, je cherche les mots doux, cela qui n'a pas de nom, la légèreté du silence, l'envers invisible des choses. Je quête la lumière dans le violet des ombres, un monde ouvert au jeu, à l'invention, au rire. Pourquoi sommes-nous là ? L'eau pensive médite la question du soleil. La sève lui répond à chaque nouvelle feuille. Toutes les vieilles odeurs couronnent le poème. Le miasme des sons se mélange à l'humus, le sel de mer aux jambages des lettres. L'iode et le varech épicent l'encrier. La boue lourde aux souliers s'allège dans les mots. Le sang tâtonne maladroit d'une amibe perdu au cou vert d'un colvert, du berceau d'un bosquet au vol d'un oiseau. La vie avec le temps digère ce qui meurt. Les bras chargés de sens, les deux pieds dans la marge, le front collé au vent, j'habite l'émotion. Chaque chose que je nomme alimente un feu de paille. Courant entre les lignes, je soulève à grand peine le rêve d'un enfant. Ignorant les guérites, je pousse ma brouette jusqu'au péage final. Où certains paient leur vie d'une poignée de cartouches, je n'aurai à offrir qu'un espoir d'eau fraîche, le filet d'une source que l'on croyait tarie.


Publié dans Prose

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Les chemins du fric (France)

Publié le par la freniere


L'argent va à l'argent comme la vache au taureau quand il paît tranquille dans son pré cachant bien ses glandes et son faux air d'inséminateur artificiel.
L'argent va à l'argent dans la ligne directe des notaires actifs de droits imprescriptibles des descendants de la grande descente en droite ligne au travers.
L'argent va à l'argent dans les mille replis de l'injuste connivence des vagues de nantis qui s'accrochent aux digues en béton armé.
L'argent va à l'argent en avançant les lèvres pour des baisers mortels emplis de boutons plus blancs que les poisons phalloïdes.
L'argent va à l'argent sans calculer le poids de pudeur requise par les tables de vaisselles d'or ou bivouaquent les requins du banquet partageur.
L'argent va à l'argent sans mettre sur ses fesses le slip de la décence ni cacher les perles de conscience qui partent une aune.
L'argent va à l'argent, en fûts, en pots, en barres, en tonneaux, en billets, en bas de laine, en coffres, en cassettes, en titres, en boucles, en colliers, en désespoir de cause, en pavillons, en immeubles, en hôtels, en champs, en prés, en paille, en cheptel, en maisons closes, en voiture, à pied, à cheval de course, en manade, en étalon, en carats, en ballon libre.
L'argent va à l'argent tous les moyens sont bons.


Jean-Pierre Lesieur


Publié dans Poésie du monde

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Le chien (France)

Publié le par la freniere


...le chien était-il mon ami ? Ou simplement une âme ? Il se tenait contre notre haleine, craignant de nous perdre, toujours au plus près du remuement de nos humeurs. Le silence entre nous sans doute l'éprouvait-il comme les tranquilles craquements d'un navire au mouillage, mais on ne larguait jamais les amarres. Plus que son collier qui marquait son appartenance son regard revendiquait sa fidélité, son regard de constante contrition nous dédiait les entrailles repues de toute son âme carnivore...

Gaston Puel      L'Âme errante, Le Dé bleu


 

 

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Une malle de terre

Publié le par la freniere


Il suffit que Dieu meure pour faire des miracles. Les fantômes se décrochent des patères comme de grands manteaux découvrant leurs vertèbres. Lorsque les fleurs éclosent, le soleil bâtit des cathédrales au bout de chaque tige. Les insectes remontent les escaliers de l'herbe. Un paysage naît à l'endos des paupières. Des abeilles de papier transforment l'encre en miel. Chaque bourgeon déboutonne la sève. La peau des feuilles cherche la pluie ou la caresse du soleil. Les choses nous regardent et nous jugent. Des méduses de mots flottent dans l'aquarium des regards, des lignes en suspension sous la vitre des yeux. Avez-vous déjà vu un arbre tomber du ciel, une escadrille de roches se mettre à voler, des espadrilles d'enfant délacer l'horizon ? Cela m'arrive chaque jour. Il me suffit d'ouvrir les guillemets ou de fermer les parenthèses. Je marche sur un sol qui se brise. Chaque éclat est un mot. Je m'enlise dans une boue d'images. Qu'importe que je perde mes clefs devant chaque serrure, je transporte avec moi l'autre côté des choses. Il n'y a plus de maison. Chaque fenêtre est un ciel ouvert sur la vie. Chaque pas est une lettre, un son, une ligne. Chaque route est une phrase, une symphonie, un tableau. Chaque arrivée est un départ. Chaque départ est un port, chaque arrivée un pont. Chaque voyage dessine la ligne d'horizon. J'entends des pas dans ma poitrine. Quelqu'un marche dans mon cœur. Mes souliers sont pleins de monde. Une malle de terre transporte ses racines. Là où le regard s'arrête, les mots servent à voir.


Publié dans Prose

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