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L'encrier du poète

Publié le par la freniere


photo: Ile Eniger

Toute gorge déployée, le petit lac attend qu'un balbuzar vienne y poser sa plume.


Publié dans Glanures

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Dans les trous du langage

Publié le par la freniere


Je suis un faux ermite; tant de livres m'entourent comme une foule d'amis. J'écoute les mots qui se taquinent et les autres qui pleurent. Quand j'écris le mot lac, je peux entendre l'eau et m'y laver les yeux. La mémoire a conservé des caches dans les trous du langage. Les voyelles chantent en moi au son de l'épinette, des érables, des mûres, des taches de rousseur envahissant les pommes. Un essaim de guêpes folles bourdonne sans arrêt à l'oreille des fleurs. Les bouleaux me regardent avec leurs yeux bonasses. Les pierres méditent en philosophes tranquilles. Une brindille ou deux semblent prendre des notes. La moindre des odeurs vient jouer sur le muscle du cœur. Systoles et diastoles font danser les neurones. Des fruits gonflés de graines s'envolent en pollen. Le gel de l'hiver, la chaleur de l'été, le poids du ciel et de la terre me ramènent aux siècles où j'ai déjà vécu. Le moindre des sous-bois est un pays de gnomes, de magiciens, de fées. Les efforts de l'eau charrient une énorme mémoire. La pluie, si dépourvue de colonne vertébrale, soulève des montagnes. Je ne suis qu'un regard parmi ceux des oiseaux, des roseaux, des cristaux. Je ne suis qu'une bouche dans les lèvres de l'eau. Je ne suis qu'une oreille dans les cris des insectes. Les bras de l'espace sont rongés par le temps. Je ne sais rien. Je ne sais pas. C'est par ce manque que j'écris. Je ravaude l'espoir avec le fil de l'horizon. Je ne saurai jamais finir un livre. J'écris au beau milieu des choses, des images, des gestes. Je n'ajouterai rien à la littérature si ce n'est mon sang d'homme.


Publié dans Prose

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Insurrection contre révolution

Publié le par la freniere


«Révolution», un peu comme «liberté», «démocratie», est de ces mots flatteurs qui en disent toujours trop ou pas assez. Des mots poseurs, devenus des logos pour penseurs affadis et lecteurs avachis.


la suite  sur l'excellent blog de Gérard Larnac, Poétaille.


Publié dans Glanures

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Les sauvés (Canada)

Publié le par la freniere


Dans un motel de Saskatoon j'ai lu      laissé là
La voix de l'Évangile intégral des hommes d'affaires
bien différent de l'habituelle Bible des Gédéons
des magazines porno
ou du Quoi de neuf en ville
offrande entre le nu et le futile
et pourtant      je veux savoir :
pourquoi les sauvés sont-ils rasés de si près ?
Pourquoi sont0ils si bien mis ?
Ils portent tous des lunettes
arborent des sourires permapress      décalqués au fer chaud
des vendeurs d'assurances des fiscalistes
des entrepreneurs de pompes funèbres
ils entendent des voix à l'intercom
et prennent par télex des ordres de Dieu lui-même :

Serait-ce possible ? Dieu venait-il de parler ?
M'avait-il réellement appelé à devenir
chirurgien plasticien ?
Oui semble-t-il.
Aujourd'hui je façonne des visages pour le Seigneur
redresse le crochu.

Résignés      ces hommes d'affaires jusqu'au-boutistes
ont conscience d'avoir découvert une mine d'or : la prière
suprême entreprise privée
quel sacré produit !

Et leurs femmes      des vraies      qui épaulent leurs hommes
se lèvent au signal
luisantes de blondeur      elles tapotent d'approbation
leur halo de cheveux laqués
derrière chaque oreille se tamponnent
d'une goutte de droiture
portent des implants      gonflés du silicone de la sincérité.
Sévèrement maternelles
elles savent ce qui est bon pour eux :
tous les ingrédients prêts pour un gâteau divin
et bien des cachets faisant foi
de leur rondouillarde obéissance.

Avant j'étais comme un avion fait pour voler
Parqué dans un hangar.
Maintenant que j'ai remis le manche au pilote Jésus
ma vie monte toujours plus haut.

Dans les lieux d'aisance du motel
Le couvre-siège m'apprend :
Ce monde a été stérilisé rien que pour vous.

Christopher Levenson
(traduit de l'anglais par Andrée Christensen et Jacques Flamand)

 

 

 

Publié dans Poésie du monde

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Le chant de l'herbe

Publié le par la freniere


C'est dans l'humilité de l'herbe que se trouvent la grandeur du monde, l'éclat de sa lumière, le bonheur ou la douleur des insectes. Elle perpétue le devoir de vivre, l'écho sans cri du soleil. Le même souffle irrigue la rosée du matin et la mousse des arbres, le brin d'herbe et le cœur. La pierre qui résiste aux hommes succombe au lichen. Les années font s'épouser la dureté minérale et la tendresse végétale. La chlorophylle déteint sur le vélin des plantes, celles qui s'apprêtent à vivre et celles déjà mortes. Que ferions-nous s'il n'y avait plus d'herbes ni de plantes ? L'herbe noire sous la lune cache des vers luisants. Ils répondent en silence au morse des lucioles. Chaque pluie se transforme en caresse et finit par trouver le sexe de la pierre, la salive de la mer, ses aisselles de mousse, la mémoire des feuilles, la trace des chenilles sur le nacre des tiges. Chaque orage nous laisse quelque chose, des plumes, du charbon, des trésors perdus, des bottines pleines de boue, le doux oxyde du temps, des tatouages de sel sur l'écorce terrestre. L'eau des ruisseaux grossit et fait des pas de géant dans un trou de grillon. La terre déchirée laisse passer la sève. La mer d'île en île répand son écriture de sel, de l'arbre au coquillage, du sable de la grève à l'œuf de tortue. Les oiseaux font leurs nids dans l'ossature du rêve. Le vent déchire la robe des parfums, les bras morts de l'eau noire, l'armure du silence. Égaré dans la ville, je me retrouve dans le fouillis des ronces. Dans le chaos du siècle, les pas de l'herbe enjambent jusqu'aux carcasses rouillées. La paille reverdit après l'assaut du gel et repousse toujours sous la douleur des pas. Toutes les fleurs du monde respirent le même air.


Publié dans Prose

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La porte de l'espoir

Publié le par la freniere


photo: Stéphanie Bellet

Lorsque les planches de salut retrouvent leurs racines.


Publié dans Glanures

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Paul Smith: typewriter art

Publié le par la freniere


Au delà des mots et de l'entendement!

Paul Smith, cet homme d'un extraordinaire talent, est né à Philadelphie le 21 septembre 1929 avec une atteinte cérébrale sévère.

Non seulement il a dépassé les pronostics de longévité pour une personne affectée d'une atteinte cérébrale spasmodique limitante au niveau du langage et des habilités motrices mais il est aussi devenu, un artiste maître autodidacte et un joueur d'échec redoutable bien qu'il n'aie pas eu accès à l'éducation durant son enfance. Quand il enfonçait les touches de la machine à écrire, Paul devait se servir de sa main gauche pour placer la main droite. Comme il ne pouvait enfoncer deux touches à la fois, la plupart du temps, il laissait la touche majuscule enfoncée et réalisait ses dessins en utilisant les caractères en haut des chiffres de la première ligne de touches de la dactylo. Autrement dit, ses dessins sont faits à l'aide des caractères suivants : @ # $ % ^ & * ( )

Cet homme exceptionnel est décédé le 25 juin 2007. Il a laissé une étonnante collection de dessins exécutés au dactylo.


Publié dans Glanures

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Aphorisme du jour

Publié le par la freniere


Même mort, un soldat est une nuisance. Il faut payer son enterrement et laver sa mémoire.


Publié dans Aphorisme du jour

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Halages (France)

Publié le par la freniere


    Sur un plateau de la balance, il a mis le mouchoir troué, des boutons multicolores, l'année de sa naissance; l'autre plateau est resté vide. L'âme est sans poids, dit-il.

    Mémoire condensée d'odeurs d'hommes, il campe au seuil de l'histoire; un soupçon d'illusion l'habite à peine.
Dans la grande nuit des hommes, le petit personnage au cœur muselé a oublié de nourrir l'hiver.

    Temps aux yeux de plomb, où même le geste s'égare, devenu inconnu à lui-même. L'esprit, ce loup blessé à mort, rôde, sous un ciel d'étain, dans un bois de bouleaux en larmes.

    Du désert, il fit un rempart. La nuit l'invite; elle pose devant lui la pâle caricature de ce que nous sommes devenus.

    Bernard Montini         Halages, Le Bruit des Autres, 1997

 

Publié dans Poésie du monde

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Thomas Vinau: avis de publication

Publié le par la freniere

Thomas Vinau


Les chiens errants
n'ont pas besoin de capuche

Gros Textes

L'avenir cloué sur les portes de la grange

Il faudrait une serpillière
immense
pour éponger tout ce brouillard
Les gens d'ici
sont comme des corbeaux
plantés sur des poteaux de clôture
au beau milieu d'une vallée sans bord
Je ne sais pas où ça nous mènera
mais ce n'est pas moi qui t'apprendrai
que les routes
sont toujours les dernières
à savoir
où elle mènent


Sens de l'orientation

Je travaille, je dors,
je paie mes factures
je connais ma vie par coeur
pourtant j'ai l'impression
que dans une ruelle de Hambourg
ou au beau milieu
d'une province chinoise
je ne serais pas plus
perdu


éditions Gros Textes
On peut commander ce livre de 78 pages au format 10 x 15 auprès des éditions associatives Gros Textes au prix de 6,00 €. (+ 1,00 € de port pour un exemplaire, port gratuit à partir de 2 exemplaires commandés)

Chèques à l'ordre de Gros Textes.
Fontfourane
05380 Châteauroux

 

 

Publié dans Prose

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