Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Nouveaux Délits no 30

Publié le par la freniere


Revue de poésie vive et dérivés


Octobre, le retour des saisons, et chaque année le besoin toujours plus pressant d'en suivre les rythmes, de les épouser même. L'automne est avec le printemps, la saison qui a certainement inspiré le plus de poèmes... Poèmes de mélancolie, de tristesse non dénuée pourtant de flamme.
J'ai appris à aimer l'automne, comme j'ai appris à aimer la pluie, le froid, et tout ce qui nous fait aimer son contraire. L'observation de la nature, mieux sa contemplation et surtout le fait d'être en son sein et non à sa périphérie est sans aucun doute à mes yeux une des meilleures écoles de la vie. Et tout ce qui nous sépare d'elle, nous sépare de nous. La terre, les ruisseaux, les rivières, les fleuves, les montagnes, les plantes, les pierres, les minerais, le sel, les étoiles, l'univers, les galaxies, nous les portons en nous. Les sages de tout temps, en tous lieux, l'ont toujours su.
Nous, peuple du progrès, faisons un très long et coûteux détour, pour revenir à des évidences connues depuis des millénaires. Avec une arrogance parfaitement puérile nous croyons découvrir ce que nous ne faisons que retrouver...
Aujourd'hui nous jouons dangereusement avec ce qui nous dépasse et négligeons ce qui nous permettrait d'accéder à un véritable entendement. Sans rien détruire, ni corrompre mais au contraire en participant avec intelligence et conscience à un tout dont nous ne sommes qu'une toute infime et vibrante partie.
Alors ouvrons bien les yeux, les oreilles, déployons nos innombrables antennes naturelles, car nous en aurons bien besoin dans les temps qui viennent.


Je veux parler d'un désert monstrueux, le désert parfaitement planétaire, parfaitement mondialisé.
Le désert de l'Homme par l'Homme, celui qu'il édifie dans son cœur, lui l'orgueilleux qui marche sans mémoire.

Jean-Yves Vallat
in Itinéraires vers le silence


http://larevuenouveauxdelits.hautetfort.com/

AU SOMMAIRE



Délit de poésie :

Julie Quéré (Paris), en Corset et crinoline, extrait d'Élancements de l'Archée
Jean-Louis Millet (Val de Marne) présente Crimes & Culture, sirventès des relations entre les cultures
Alex Jaquin-Ng (Île Maurice) balance Neufs pets capiteux (extraits) et sa Rage en décembre

Délit de mémoire : Tombeau pour Kalakoa, le touareg inconnu, hommage de Jean-Marc Couvé (Seine-Maritime)

Délit suspendu : Extrait de Chroniques du hamac, nouveau recueil de Cathy Garcia (Lot)

Délit nucléaire : Hommage au Professeur Vassili Nesterenko avec un extrait de La Supplication de Svetlana Alexievitch

Et les Délits d'(in)citations éparpillées comme feuilles d'automne, faites-en bon humus.
Le Bulletin de complicité est disponible en toute saison.


Illustrateur invité :
Jean-Louis Millet (Val de Marne)
jlmillet@free.fr

 

On ne peut pas dire la vérité à la télé,
il y a trop de gens qui regardent !

Coluche


 


Il n'y a pas d'autre bonheur que la paix
Proverbe thaï

 

Publié dans Prose

Partager cet article

Repost 0

Malgré tout

Publié le par la freniere


Malgré mon hépatite, ma cirrhose, mon cancer, je ne vais pas mourir encore. J'ai du sang plein mon corps comme de l'encre qui circule, mes poumons pleins d'espoir quand j'entends une flûte, mes rêves pleins de vie. Je ne saurai jamais remplir un talon de chèque, traverser dans les clous, faire plaisir aux comptables. L'ambition est un leurre. J'ajoute mon petit rien au grand tout de la vie. Je marche à pieds pour traverser la mer. Je parle espéranto aux oiseaux de passage. Je mélange les mots, la mort avec la vie, la cerise avec la crise, les belles et les rebelles. Comment font-ils les trains pour ne jamais perdre les rails ? Comment font-ils les autres pour ne jamais perdre la tête ? J'ai laissé mes wagons dans le regard des vaches et je broute avec elles un horizon tout vert. Je ne dirai jamais ce que je voulais dire. Je cherche dans les phrases les mots qui me ressemblent. Je cherche dans mes pas une route qui marche. Je cherche dans mes yeux un horizon plus vaste. Je cherche dans mes rêves un réel habitable. Je cherche dans mes rides mes souvenirs d'enfance. Je ne suis jamais synchrone avec le présent. Un pied dans le passé, un autre dans le futur, je titube en parlant. Je me suis éloigné du monde pour en être plus près. Combien de temps, combien de vies, combien de morts pour être qui ?

Je n'ai jamais vu pleurer la neige. Elle tombe en souriant. J'écris avec la main calleuse d'un bûcheron mais je manie la pelle comme on pousse une plume. Je soulève la neige comme on le fait des mots. Par la fenêtre des années, je laisse entrer la vie. Les larmes sont les mêmes de la Chine au Pérou. Leur sel sur la joue assaisonne le temps. Pris à la gorge par moi-même, j'ouvre la main pour libérer les mots. Je me sens parfois plus étranger à l'homme qu'au brin d'herbe mais je n'ai pas perdu la foi dans la chaleur des caresses. Une si mince frontière nous sépare du rêve. J'ai vu disparaître des ruisseaux, des marais, des forêts. L'argent qu'on gagne ne remplacera jamais tant de beauté perdue. Dans ce monde en danger, il arrive qu'un oiseau nous prête son sourire et fasse fuir la peur, qu'un insecte détraque le sens des boussoles, qu'un papillon dévie la trajectoire d'une balle.


Les mémoires sont pleines de jouets oubliés, d'objets cassés, de rêves mis en miettes. Les armoires sont pleines de lettres sans adresse, de verres jamais bus et d'angoisse en faïence. Les trottoirs sont pleins de lignes imaginaires. Derrière le brouillard, le soleil se débrouille pour se lever à l'heure. Les oiseaux font leur nid même au centre des villes. En plein cœur de l'hiver, les pétales renaissent dans le givre des vitres. Il y a de la magie partout, l'odeur des fèves qu'on écosse, le pelage d'un chat, l'areu areu d'un poupon, le petit rien d'un mot qui devient une phrase, le grain de sable accouchant d'une plage, d'une page, d'un livre. Il y a de la magie partout, les caves, les greniers, les remises pentues, les cris, les roucoulades, les bouteilles de vin, le corsage des femmes. Il y a de la magie partout, les ruches, les ruisseaux, la paille des étables, la sueur des hommes. Il y a des oiseaux-mouches et des poissons-volants, des fraises qui frissonnent, des mûres qui mûrissent. Il y a des mots qu'on dit sans savoir d'où ils viennent, des sentiers qui se perdent pour retrouver la route. Il y avait déjà mes amis invisibles guettant du haut d'un arbre l'arrivée du printemps, des bouts de bois sur le sable servant de pont-levis, des broussailles cachant une famille de gnomes, des cailloux figurant des villages lointains, une brindille folle agitant son moignon, une source cachée redessinant la mer. Je ne savais pas alors qu'ils deviendraient des mots.


À vouloir vaincre le temps, on ampute l'espace. L'écorce ne cache pas ses rides, la pierre ses stigmates, la terre ses sillons. L'homme est le seul à maquiller le temps. Un visage sans rides, un corps remodelé, un masque sans coutures font de lui un robot. Je ne veux pas vaincre le temps mais marcher avec lui, épaule contre épaule. Les vieils arbres m'enseignent la naissance des fruits. La rosée du matin corrige pour elle-même la dictée de la nuit. Du plus proche au lointain, il n'y a pas de limites. Je suis toujours l'enfant couché sur la fourche d'un arbre pour écouter la sève, les oreilles aux aguets dans la rumeur des feuilles, les yeux rendus plus loin que l'horizon du jour. Exilé du présent, du passé, du pressé, j'habite un carnet de poche au millier de fenêtres.


Je ne crois pas en Dieu mais il arrive qu'un ange assaisonne la soupe que je trouvais trop fade, qu'un insecte corrige la teneur d'un mot, qu'un papillon se pose tout au bout de la phrase, qu'une goutte d'eau remplace le verre déjà vide et réponde à ma soif, qu'en plein hiver dans la forêt givrée un oiseau me réchauffe, qu'un murmure de feuille me défroisse le cœur. À force de cueillir des cerises à l'étal, on ne voit plus les arbres. On ne sait plus du monde que les prix à payer. Ce que l'on ne sait pas, un oiseau nous l'enseigne. Ce que l'on ne voit pas, un parfum le dessine. Les premières pages d'un livre sont toujours à écrire, le reste à corriger. Tant d'arbres m'ont aidé. Je suis toujours honteux quand je dois les couper. Je remercie la route à chaque pas que je fais. Je ne suis qu'un pêcheur sans ligne. Les sautes de l'encre sont des truites remontant la mémoire de frayères en frayeurs. À l'heure de ma mort, je changerai simplement d'horizon comme au détour d'une route.



Publié dans Prose

Partager cet article

Repost 0

Slam électoral

Publié le par la freniere

Le Canada est actuellement en pleine période électorale. Il semble que les fondamentalistes chrétiens augmenteront leur pouvoir.


Étrange organisme en perpétuelle exploration,
Je vaque à mes occupations, jamais les mêmes,
Car personne ne me mènera plus à l'abattoir de la répétition :
Compulsion, illusion, standardisation,
Dépotoir-enfer des meilleures intentions :
Horaires fixes, rites et rythmes qu'il faut qu'il disent,
Pour rester dans le beat de l'équilibre, de la conformité policée,
Pas trop déraper dans la singularité, parce que seul,
T'es exposé aux pires dangers, disent les limaces dressées
À arpenter les mêmes sentiers balisés....

Tout contrôler, tout uniformiser, c'est leur but,
Aux putes vénales cravatées tout azimut,
Juchées au « top »de la butte :
Tout pomper, tout engranger, tout conserver, tout contrôler,
Breveter le vivant, même le végétal,
Pour le vendre en pilules enivrantes,
En retirer avoir, pouvoir et profit immédiat,
Broyer toute velléité de vérité,
Sans avouer que bientôt sonnera le glas des machines,
De la planète vidée de ses carburants,
Air, eau, forêts et même le sang noir pétrolifère,
Qui fait office de fluide balancier des entrailles de la terre,
Inconscients que nous sommes de laisser faire,
Occupés à survivre, figés dans notre passivité...

Pourtant, va falloir se brancher et trancher sous peu :
Entre l'illusion de la conservation, ex- Reformistes
Et héritiers de l'Alliance canadienne,
Constitués de momies désâmées et revampées ?
Sinon se libérer avec les pseudos-Libéraux et leurs recettes frelatées?
S'humaniser avec les Nouveaux Partisans Démocrates centralistes?
Se rafraîchir en train avec les bureaucrates Verts universalistes?
S'égosiller avec les bleus et tenter encore de Bloquer les « blokes » nombrilistes?
Pas très inspirant tout ça, parole d'utopiste!

En attendant, eux-autres, juchés au sommet de la pyramide parlementeuse,
Jugeant ce qui est bon ou mauvais, décidant de notre pain et nos jeux,
Avec quelques dérapages brouillons, maux nécessaires :
Envoyant au front en Asie Mineure des milliers de petits cons,
En condamner à la taule à vie des ados enragés par leurs frustrations,
Même si « Tu ne tueras point »,
Chers pseudos chrétiens, vaut aussi pour eux,
Ou en empêchant de toutes jeunes filles de se débarrasser
Sécuritairement, en clinique, le fruit d'un moment d'égarement,
Car que celui qui n'a jamais péché se lève pour juger,
Sans pour autant renier que c'est le clergé,
Qui a éduqué et sauvé en nombre les Canadiens français
À qui on dit aujourd'hui, de choisir des Conservateurs fondamentalistes?

Tant de boucs émissaires, minoritaires, repoussoirs, paratonnerres,
Pour eux, les basanés, les petits, les pauvres, les marginaux
C'est juste du junk-food humain, potentiellement contaminé
Comme les pseudo-viandes Maple Leaf (pas la feuille d'érable, hé?),
À reléguer dans des cours à scrap déjà engorgées :
Asiles, écoles, usines, prisons, ruelles, HLM, saturés de désespérés,
Ou plus inouï (ts!) encore, les natifs,
Suicidés à douze ans sur les dernières banquises degelées...Dégueu!

Refuser la conformité, s'est s'exposer seul, nu et à cru,
Comme un ultime arbre debout dans le désert glacé,
Rare rescapé de l'ivresse chancelante, de celle qui te laisse sans but,
Et te fais ramper avec le troupeau, gémissant sous les plaisirs éphémères,
Eux aussi fourbis par les dirigeants qui en tirent grand profit, passivité en prime,
Suçant ton âme et interprétant comme chimères évanescentes,
Tes meilleures intentions créatives.

Effectivement, elle s'inquiète, la mère veilleuse,
De celles qui ont vu pleuvoir avant ce soir,
Néanmoins, vous artistes et poètes, à vous entendre et à vous voir,
Subsiste l'espoir d'une conscience inextinguible, toujours renouvelée,
Qui n'a pas peur des mots qui claquent, qui éclatent,
En vigueur et en beauté, tout en évitant de s'lamenter.
À travers vous, suite du monde articulée en mots exclusifs pas évidés,
Créateurs, fous, idiots, rêveurs, parias, passionnés
On veut, on aime, on peut croire, qu'ici on aimera, on criera et on palpitera encore,
Demain, en français, s'il vous plaît, au cœur de cette province et de cette cité,
Dans un pays et un monde tout neuf, et libre, qui sait?

Anny Schneider    Auteure, herboriste et poètesse Shefford Qc.

 

Publié dans Prose

Partager cet article

Repost 0

Maison de retraite (France)

Publié le par la freniere


Enfin des mots crachés saturés des alcôves sur le pli qui suppure et là sur la couture un silence greffé. Quelques mots en boutures qui sèchent aux crochets, salaisons trop passées, moisissures en gouttes. La peau qui fane, c'est un miel collé de mouches. Je sais. J'ai renversé tout les liquides pour ce manque de temps, les mots, l'opium fumé sur peu de notes.
Surtout, je ne dirige rien, je rédige du vent, mes sueurs et mes larmes, et le sperme et la pisse, et la douleur arrive.
J'ai trouvé, j'ai la vie jouée au troisième acte, quand le rideau se baisse en flocons de poussières.
Des rides d'œillet triste, une voix de crécelle, j'aurai gagné du bronze.
Il pleut, mais juste un peu pour garder de l'humide, l'olivier vieux chavire quand ses feuilles sont grises, et moi, à la fenêtre, les coudes sur le froid, suis-je vieux ?
Peut-être que je crache mes dernières bordées, ma dernière guitare aux cordes effilochées, ma dernière insolence.
Les mauvais coups, les coups tordus, les pas trop cons et les silences, les pas de danse et le granit, on fait sa nuit, on s'aventure.
Et si j'osai entrer dans l'étendue du temps passé, et si je perdais pieds avec une rime au silence, compte réglé au bout des soldes ?
Avec dans le grand sac tous ces mots en broutilles qui font semblant de naître.
Plus de nouvelles, et pourtant, j'avais payé très cher ma place dans les ruines.
Je vais fuir au fond des failles, derrière le mur de l'aquarelle de mon père, sur la place aux platanes, sur cette chaise en paille du paysage desserré.


Robert Cuffy

Publié dans Poésie du monde

Partager cet article

Repost 0

Scribulations: à paraître en octobre

Publié le par la freniere



La nouvelle revue littéraire Scribulations devrait paraître au début du mois d'octobre. Elle est éditée sous forme de livre et paraîtra 3 fois par année. Plus de détails à venir.



Publié dans Prose

Partager cet article

Repost 0

Aphorisme du jour

Publié le par la freniere


Ceux qui s'élèvent une statue pour se regarder vivre ne connaissent du cœur que le poids de la pierre.

Publié dans Aphorisme du jour

Partager cet article

Repost 0

Trois-Rivières: les parasites de la poésie

Publié le par la freniere


Il faut boycotter le Festival international de poésie de Trois-Rivières. Gaston Bellemare, son président, en a banni le slam et les micros ouverts, supposément dangereux. Depuis quand les poètes ne doivent-ils pas se mettre et mettre en danger ? La poésie s'accommode mal des catégories. Il y a de bons slammeurs comme il y a de mauvais poètes. «Les poètes qui n'ont pas publié ne sont que des parasites» aurait-il affirmé. Que faisaient donc les poètes publiés avant de publier, du tricot. Toutes les grosses maisons d'édition au Québec sont subventionnées au détriment des petites maisons d'édition. Ce sont elles les véritables parasites avec leurs poètes universitaires qui se critiquent et se publient entre eux. La poésie à Trois-Rivières n'est plus qu'une industrie comme les autres. L'an dernier, de jeunes poètes d'Abitibi, de Gaspésie et du Saguenay sont venus au Festival dans l'espoir de se faire entendre. Ils ont couchés dans leur char sans pouvoir le faire. À Trois-Rivières, on ne veut pas de mots qui marchent sans souliers, d'images mal attifées, de paroles qui rappent avec un coeur de punk, de révoltes qui slamment. On ne veut pas de fausses notes dans l'ennui du sérieux, de nez de clown sur le velin des pages. On ne veut pas de loups vivants chez les moutons de peluche.


Publié dans Prose

Partager cet article

Repost 0

La Finlande est un pays où il ne se passe rien

Publié le par la freniere


(J'ai écrit ce texte extemporé ce matin, suite à la tuerie qui est arrivé hier dans une école en Finlande, c'était à 130 kms de chez moi. on était en alerte. Mais on n'a pas eu de travail, parce qu'on ne sait pas encore guérir les morts.
Le pire de la tristesse, c'est que la même chose est arrivé en Finlande aussi, il y a un an, presque jour pour jour.
Un pays sur la carte de la tristesse du monde... un de plus.)

 

La Finlande est un pays où il ne se passe rien
un pays que personne ne sait où il est
les gens y sont tristes
les gens boivent parce qu'ils sont tristes
puis ils boivent pour oublier qu'ils ont bu
ils marchent les épaules au fond des poches
l'âme de leurs ancêtres vit au fond des pierres

La Finlande est un pays où il ne se passe rien
les élans ne lèvent même pas la tête quand un menhir passe
les corneilles ne parlent pas parce qu'elles n'ont rien à dire
les oiseaux migrateurs apportent le ciel au printemps
et le remportent en automne
soigneusement plié dans leurs ailes

C'est un pays où les paysages sont beaux et les gens tristes.
c'est un pays dont on ne parle jamais.
sauf des pilotes de course et des tueurs
C'est le pays où j'habite mais qui n'a jamais été le mien
Par contre vous pouvez venir me voir
Je vous montrerai l'automne le plus beau du monde
comment cuisent les compotes de pommes
je vous amènerai sur le marché des feuilles
où les bouleaux s'échangent des louis d'or
je vous montrerai des renards se choisir une fourrure
dans les couleurs des aurores boréales
je vous montrerai des filles éclairer la nuit à la lueur de leur yeux
des baies de sorbiers au bout des ongles

La Finlande est un pays triste
c'est un pays où l'on tue d'être triste
c'est le pays où j'habite

Aar

Texte publié sur le site d'Ile Eniger

Publié dans Poésie du monde

Partager cet article

Repost 0

Les blessures universelles (Québec)

Publié le par la freniere


Prisonniers de ce monde sans recours
entre la tyrannie et le cœur
chaque jour qui passe est à redouter
dans la lumière jetée aux fers
nous sommes rassemblés et atteints
les bras ouverts jusqu'au sang
à genoux sur la liberté humiliée

Le sol ne se cesse de se dérober
sous le poids des fables et des égarements
misérables deuils
pour une aumône d'amour
nos vies persistent à s'unir
au soleil ordonnent de se lever

en pièces détachées
ils ont fait éclater l'avenir
tout ce qui leur est étranger
dans des malles ils ont mis à l'ombre
une confiance voyageuse
le mystère de nos existences

le temps se veut éternel
en Amérique ou ailleurs
sur une plage enveloppée par la mer
le silence commence toujours par une chanson
avec des mots qui continuent à correspondre
nous périssons en compagnie de nos images

derrière les voiles du mensonge
notre vérité respire encore
les plus élémentaires solitudes ne nous quittent jamais
en contrebande rien n'est passager
une innocente tendresse ravage nos blessures
comme une prière parmi les bombes.

Louise Fournier

 


 

Publié dans Poésie du monde

Partager cet article

Repost 0

La joie

Publié le par la freniere


Le pain brûlé des terres
La lumière en bras de ruisseaux
La perfusion du jour sur les heures de nuit
Les veines au cou de la montagne
Les vignes lourdes de vin vert
Le ciel marine à force de brasure
Les oursins de lavandes dans l'océan des champs
Les fenêtres ouvertes pour reprendre leur souffle
Et les rideaux fleuris
Les pas derrière la porte
La présence
La vie pleine forge
La centaine des blés pour un seul coquelicot
Le rouge du soleil en face
La joie
Légère comme une espadrille.


Ile Eniger
est de retour avec Un violon sur la mer


Publié dans Ile Eniger

Partager cet article

Repost 0

1 2 3 4 > >>