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Chaque instant est l'arrivée (France)

Publié le par la freniere

     Pourquoi ce poète prétend-il faire parler les Rois
Mages avec des mots désabusés : «Nous arriverons trop tard...» ?
     Il n'est jamais trop tard pour partir, pour commencer. Et
nul ne sait jamais quand il arrive.
      Tous les hasards du voyage enrichissent la quête, approfondissent
la Question,
     tous les échecs, toutes les chutes, les blessures. Chaque
regard est en quête d'une réponse
     que nul autre que toi ne peut donner. Chaque tournant
annonce le péril et la merveille.
     Le bouffi sanglé dans ses richesses, celui dont on dit
qu'il est un homme arrivé,
     qui ne voit sa misère, son inutilité, et qu'au terme ses
mains sont vides ? Qui ne préfère
     être ce Roi en exil, roi seulement de ses douleurs, berçant
sa fille au fond des bras,
     plutôt que le souverain aveugle qui au départ dilapide
son royaume ?
      Il se nomme lui-même, à la fin, l'espion de Dieu.
      Au fond des camps, des prisons, menotté par le malheur,
plus d'un Lear dépossédé a commencé
      à naître dans les landes de la folie, à se mettre en marche
à travers ses barreaux.
      Chacun doit s'évader à sa manière, creuser son terrain
avec ses mains, ses ongles, ses mots.
      Non, il n'est jamais trop tard pour partir, et chaque instant
est l'arrivée
      d'un nouveau départ. Le cheminement est l'être même
du voyageur, dont le bonheur est la marche qui le tire
      en avant, qui l'aspire plus loin, plus haut, quand chaque
brève halte
      fait partie de son élan, de sa joie de repartir. À chaque
pas, chaque jour, il arrive, on arrive vers lui,
      pour lui faire découvrir qu'il ne fait plus qu'un, ce soir,
avec le chemin de lumière.
      Où il va s'enfoncer en dehors de tout chemin.

Jean Mambrino

 


Publié dans Poésie du monde

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Aphorisme du jour

Publié le par la freniere


Nul ne peut donner à ta place.

Publié dans Aphorisme du jour

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L'âme du pays

Publié le par la freniere


Au-delà des tipis, des tamtams, des totems,
au-delà des turlutes, des rigodons, des reels,
au-delà des raquettes, des chevreuils, des skidoos,
au-delà de la neige, des érables, des tuques,
au-delà du rock, de la dope, des spotlights,
au-delà des portables, des télés, des ordis,
au-delà des montagnes, de l'herbe, des forêts,
au-dela des mots, des images, des sons
où se cache l'âme du pays ?



Si l'humus se souvient des racines
l'homme d'ici n'a pas de mémoire
Il a voté pour ne pas vivre
  et se forge un habit
dans les retailles des autres.

 


Publié dans Poésie

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De ce côté-ci du ciel

Publié le par la freniere


De ce côté-ci du ciel ne perdure qu'une miette, une impression rosâtre, un soupçon de nuage qui disparaît avant d'y accrocher un seul mot.

De ce côté-ci du ciel, le crépuscule est venu me chuchoter que le temps nous rattrape comme un ogre affamé, que dès que je m'assoie il a les dents qui poussent, que la poussière attend, patiente, que chacun lui revienne.

De ce côté-ci du ciel, le vent a battu la cadence pour que l'obscurité avance jusqu'à me piétiner la tête de ses chaussons brillants et laisser dans mes cheveux des paillettes embrumées, des sentiments d'étoiles.

De ce côté-ci du ciel, les parfums se mélangent dans le grouillement du monde. L'air se frotte à la terre. Les arbres s'enlacent entre eux et l'eau creuse des lits sombres pour l'amour des poissons.

De ce côté-ci du ciel, la lune gomme le fracas des hommes, elle efface tendrement les vestiges du vacarme et la terre se repose un peu pendant qu'une poussière explore le monde sur le dos sombre de la lumière.

De ce côté-ci du ciel, les ailes des chauve-souris qui lui chatouillent le ventre font frissonner la nuit et son rire délicat est comme une prière, une chanson lancinante qui nous dit que le vide est le seigneur du monde.

Thomas Vinau

 


Publié dans Prose

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Joe, ce chewing-gum (France)

Publié le par la freniere


Putain, Joe je ne me sens vraiment pas bien. J'ai le moral dans les chaussettes comme on dit. C'est le bourdon, il résonne en moi comme un glas. C'est pénible. La barre, je l'ai sur le front mec. Puis s'il n'y avait que le physique qui ne suivait pas... Il s'agit de ces lendemains où les remords te grignotent, de ces lendemains où tu te réveilles comme un fruit alors que la veille t'étais une fleur. Le problème, c'est qu'une mouche a largué ses œufs au centre de ma couronne « pétalée ». Je suis bouffé de l'intérieur.

Hier, c'est revenu avec puissance, mec. Eh Joe ! Qu'est-ce que j'aurais voulu que tu sois là pour me retenir ! On ne sort pas de ces vices là une fois qu'on a décidé d'y entrer. Un verre, puis deux et trois ! Et ça ne s'arrête plus. L'alcool est une pétasse, elle sait se vendre ! Ouais Joe, je ne déconne pas.

Je dois bien l'avouer Joe. Quand je l'ai senti circuler dans mes veines pour aller se perdre dans les sillons de mon cerveau, j'ai aimé. C'était du Jet. En trois lettres, comme toi Joe. Cette bonne potion verte qui te rappelle ton enfance ! Tu sais, quand tu sirotais ta menthe sur la plage, habillé de ton seul bob et de tes seules lunettes. C'est traitre ! Parce que là, tes lunettes elles te font voir flou d'un coup puis ton bob, tu sais qu'il s'est envolé à tout jamais dans les torrents d'air glacés...

Y en a marre Joe, t'es jamais là quand il faut toi.

Puis une fois que t'es ivre, tu te mets à penser à toutes ces choses débiles qui te font croire que t'es un moins que rien, que t'es seul, que t'es inutile, que tu n'as fait que décevoir ton entourage... Enfin toutes ces conneries Joe ! Il y a de ça, il y a de ceux aussi qui ne se rendent pas compte de leur ridicule en allant bavasser des sans-lendemains avec des minettes. Tout ça c'est du baratin ! Je préfère encore vociférer du silence et mâcher de la solitude mec ! Parce que la solitude, c'est comme un chewing-gum ; faut la ruminer pour qu'elle perdre de sa saveur. La solitude, ça passe Joe. Ouais, ça passe...

Olivier Deluermoz


Publié dans Poésie du monde

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Wilderness (États-Unis)

Publié le par la freniere

photo: Jean-Baptiste Mondino

WILDERNESS

Do animals make a human cry
when their loved one staggers
fowled dragged down
the blue veined river

Does the female wail
miming the wolf of suffering
do lilies trumpet the pup
plucked for skin and skein

Do animals cry like humans
as I having lost you
yowled flagged curled
in a ball

This is how
we beat the icy field
shoeless and empty handed
hardly human at all

Negotiating a wilderness
we have yet to know
this is where time stops
and we have none to go


ANIMAUX SAUVAGES

Est-ce que les animaux crient comme les humains
quand leurs êtres aimés chancellent
pris au piège emportés par l'aval
de la rivière aux veines bleues

Est-ce que la femelle hurle
mimant le loup dans la douleur
est-ce que les lys trompettent le chiot
qu'on écorche dans l'écheveau de sa chair

Est-ce que les animaux crient comme les humains
comme t'ayant perdu
j'ai hurlé j'ai flanché
m'enroulant sur moi-même

Car c'est ainsi
que nous cognons le glacier
pieds nus mains vides
humains à peine

Négociant une sauvagerie
qui nous reste à apprendre
là où s'est arrêté le temps
là où il nous manque pour avancer

Patti Smith              Présages d'innocence, Christian Bourgois éditeur, 2007

Traduit par Jacques Darras.


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O lake of light (États-Unis)

Publié le par la freniere


à Sevasty Koutsaftis

O LAKE OF LIGHT

Risen from the milky sward
I saw the one I love with flower
And on her breast an unborn moon
O wondrous moon! O lake of light!
The grass so green is turning white
O moon, O wondrous lake of light!

Milk of fire upon her tongue
Drew birds of jade and betel gum
Run river run!

The world of late grown small
Now achieves its just dimension
The one I love grown big with flower
Wheels within the lunar hour

Birds of jade in milky fire
Mitigate the heart's desire

The run, river, run, as runs the sun
For none are born except the one
That lies upon the breast undone

The moon unborn is chill as night
the heart is like a lake of light
Flower, moon, milk of fire
These together do conspire

Take wings, strange birds, take wings!


Ô LAC DE LUMIÈRE

Émergeant de la prairie laiteuse
Je vis celle que j'aime avec une fleur
Et sur sa poitrine une lune imminente
Ô merveille de lune ! Ô lac de lumière !
L'herbe si verte devient blanche
Ô lune, Ô merveilleux lac de lumière !

Le monde ancien rapetissé
Prend maintenant sa juste dimension
Celle que j'aime enceinte d'une fleur
Tourne dans le cycle lunaire

Des oiseaux de jade dans le feu lacté
Apaisent le désir du cœur

Alors coule, rivière coule, comme le fluide soleil
Car nul ne naquit sinon celle qui repose
Défaite sur sa poitrine

La lune future est fraîche comme la nuit
Le cœur est un lac de lumière
Fleur, lune, lait de feu
Tous ensemble conspirent

Envolez-vous, bizarres oiseaux, envolez-vous !

Henry Miller

Traduit par Frédéric-Jacques Temple.

Publié dans Poésie du monde

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Rien en cadeau (Pologne)

Publié le par la freniere


Rien en cadeau, tout emprunté.
Je suis endettée jusqu'aux oreilles.
Il faudra que je me rembourse,
que je paie de ma vie.

C'est ainsi que les choses se font.
le cœur est à restituer,
la foi à restituer
et un à un chaque doigt.

Trop tard pour dénoncer les termes du contrat.
On m'arrachera le remboursement des dettes
avec la peau.

Je marche entourée de partout
par une foule d'autres endettés.
Les uns sont sous le coup
de remboursement d'ailes.
D'autres, nolens volens
devront s'acquitter de leurs feuilles.

Dans la colonne Débit
figurent nos tissus.
Pas un cil, pas un pédoncule
à conserver pour toujours.

Le registre est précis,
et c'est l'évidence même :
on restera les mains vides.

Je n'arrive pas à me rappeler
quand, où et pourquoi
j'avais pu autoriser
l'ouverture de ce compte.

Y faire opposition
Cela s'appelle une âme.
Et c'est l'unique avoir
que le registre ignore.

Wislawa Szymborska

Traduction : Piotr Kaminski

Publié dans Poésie du monde

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Quand l'obéissance est devenue impossible

Publié le par la freniere



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à "quand l'obeissance est devenue impossible"
Contact presse : Frédérique Martinie, Claire Dufour,
01 53 38 85 31/36.


Publié dans Prose

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Si le jeune homme était un arbre (Palestine)

Publié le par la freniere


L'arbre est le frère de l'arbre ou son bon voisin. Le grand se penche sur le petit et lui fournit l'ombre qui lui manque. Le grand se penche sur le petit et lui envoie un oiseau pour lui tenir compagnie la nuit. Aucun arbre ne met la main sur le fruit d'un autre ou ne se moque de lui s'il est stérile. Aucun arbre, imitant le bûcheron, ne tue un autre arbre. Devenu barque, l'arbre apprend à nager. Devenu porte, il protège en permanence les secrets. Devenu chaise, il n'oublie pas son ciel précédent. Devenu table, il enseigne au poète à ne pas devenir bûcheron. L'arbre est absolution et veille. Il ne dort ni ne rêve. Mais il garde les secrets des rêveurs. Nuit et jour debout par respect pour le ciel et les passants, l'arbre est une prière verticale. Il implore le ciel et, s'il plie dans la tempête, il s'incline avec la vénération d'une nonne, le regard vers le haut... le haut. Dans le passé, le poète a dit: « Ah si le jeune homme était une pierre ». Que n'a-t-il pas dit : « Ah si le jeune homme était un arbre ! »

Mahmoud Darwich        Les derniers poèmes, La pensée de midi, 2008


Publié dans Poésie du monde

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