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Scribulations: première revue littéraire issue du net

Publié le par la freniere


Scribulations est édité au format livre au prix de 10€ l'exemplaire et le numéro 01-08 rassemble en deux cent pages une bonne cinquantaine de textes, groupés dans huit rubriques :
• Les silences de Soupir, une sélection des poétiques et touchantes réponses postées par une internaute à cette question posée en ligne : Qu'entendez-vous dans le silence ?
• Sans verbe, un texte collectif sur l'été, écrit avec cette contrainte particulière de ne pas utiliser de verbe conjugué.
• Carrefour des passions, des textes ayant tous un hypermarché pour cadre.
• Petit plus, des textes mettant en scène des personnages doté d'un petit quelque chose qui les distingue.
• Contes incorrects, des récits plutôt tendres et drôles, gentiment transgressifs
• Préf@ces, des textes issus d'un recueil constitué uniquement de ses avant-propos, dans lesquels il est beaucoup question d'écriture. Mais pas que.
• Existe en noir, les chroniques d'un quartier agité par tous les tourments (et tous les bonheurs) de l'humanité.
• Wan & Ted, une petite fiction policière mettant en scène deux jeunes chasseurs de prime.

Le numéro 01-08 de Scribulations est disponible par commande en ligne sur le site des Editions La Madolière.

Écrire à la revue : scribulations@editions-la-madoliere.com

Écrire au directeur de publication : jean-marie-dutey@hotmail.fr


Publié dans Prose

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La chasse infinie (France)

Publié le par la freniere


à Brigitte

C'est par les veines de la terre
que vient Dieu,
par les pieds qui sont racines
dans l'humus et la pierre,
vers les cuisses, l'aine humide
et douce
comme un herbage de varaigne,
et non du ciel
virginal
où il ne trône pas.
Sur un lit de faînes rousses
je le contemple
par les pores de l'inconscience
et j'adore la senteur fauve
qui transsude
de sa présence abyssale.
Érigé dans la folle avoine
je le traque,
l'aurochs éternel
hérissé d'angons,
dont l'œil béant m'invite
à la chasse infinie.

Frédéric Jacques Temple

 


Publié dans Poésie du monde

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Armand Vaillancourt

Publié le par la freniere

Armand Vaillancourt, sculpteur citoyen,
entre la vie et l'œuvre.


Délicatesse et démesure. La vie et l'oeuvre d'Armand Vaillancourt, inextricablement mêlées, s'inscrivent entre ces deux extrêmes. L'engagement, la création et l'existence quotidienne de l'artiste forment un tout indivisible, même si au premier abord, l'abstraction des œuvres, gravures minimalistes ou sculptures monumentales, paraissent éloignées de toute démarche politique.

Armand Vaillancourt dévore la vie et sa générosité exigeante, son intégrité sans compromis, se déploient dans ses œuvres plastiques, sculptures souvent gigantesques qui s'affirment entre la matière brute et l'envol lyrique, comme dans ses performances publiques qui expriment un engagement social et politique jamais tari.

Fougue d'un homme qui a fait de sa vie une œuvre, et de son œuvre un combat inlassable contre toutes les injustices. Comme il aime à le dire lui-même, il est un « guerrier » qui a fait de son « je » depuis longtemps un « nous ».

Vaillancourt utile les matériaux, le bois, le bronze ou l'acier coulés, le polystyrène, le béton, la pierre, comme des objets à explorer et conquérir, de la performance publique de l'arbre de la rue Durocher (1953) - où il s'approprie un arbre de la ville de Montréal pour le transformer et lui donner une existence nouvelle, évoquant dans le même temps une relation intime entre l'art et l'écologie -, à la sculpture monumentale en béton, fontaine immense aux formes éclatées qu'il dédie au « Québec libre », lors d'une intervention musclée à l'occasion du vernissage, à l'Embarcadero plazza de San Francisco (1968), en passant par les bronzes et l'acier coulés, qui deviennent parfois performances publiques, et où l'intervention sur la matière brute rappelle en trois dimensions et à une grande échelle, par l'impression de mouvement et d'énergie qui en émanent, la peinture gestuelle d'un Pollock, l' « automatisme » de Riopelle ou de Borduas.

Les formes organiques et celles créées par l'homme, évoquant notre monde industrialisé, sont mêlées dans les sculptures, évoquant les liens intrinsèques de l'homme avec la nature.

De même, Vaillancourt refuse de séparer l'art et la politique. En témoignent les titres de ses œuvres : « Justice aux Indiens d'Amérique » (1957 : sculpture totémique en bois), « Paix, Justice et Liberté » (1989 : événement participatif), « Hommage aux Amérindiens » (1991-2 : assemblages de bois traités par l'industrie qui ressemblent à des tipis), « Le Chant des peuples » (1996 : forêt d'arbres colorés suspendus), « El Clamor » (1985 : sculpture-fontaine évoquant la répression dans les pays latino-américains)...

Tous ces titres révèlent la multitude des engagements d'Armand Vaillancourt, qui ne doivent pas faire oublier la force, l'originalité et la diversité de son œuvre, qui intègre la sculpture, minimaliste ou monumentale, la peinture, la gravure, les happenings, le théâtre, mais également la musique, qu'il lie intimement à son œuvre plastique : «... avant de voir mes sculptures dans ma tête, je les entends. ». Ses performances de musique concrète, ses sons électroacoustiques créés pour des spectacles de danse ont suscité l'admiration d'un John Cage.

Entre Christ et Chamane, Armand Vaillancourt promène sa révolte et sa joie, ses revendications jamais tues, sa naïveté, portée par l'énergie de celui qui toujours s'étonne, s'écoeure ou s'émerveille. Il fait de sa vie une œuvre d'art, sans jamais cesser de créer, inlassablement, sculptures, peintures, installations, gravures par milliers, dessins griffonnés sur des carnets d'esquisses, toujours bouillonnant, écartelé entre la vie et l'œuvre, trépignant de bonheur devant le « beau monde » qu'il rencontre.

Si les artistes sont « les fleurs de la société », comme l'affirme Armand Vaillancourt, il est la fleur épanouie à la vitalité persistante, revendiquant toujours ce qui « grince » avec la langue chatoyante d'un sage qui a su garder en lui mes étincelles brutes d'une enfance obstinée.

Anguéliki Garidis


Vaillancourt «on the rocks»

«J'ai des projets pour mille ans», annonce le sculpteur venu réaligner son dolmen de pierres de calcite.
Le mardi 27 août, vers 15 h, les passants qui déambulaient aux abords des pavillons Maurice-Pollack et Alphonse-Desjardins ont pu assister à un véritable «happening». Lisez plutôt: au sol, un homme, le front ceint d'un bandeau blanc, le regard tourné vers le ciel, indique de la voix et du geste au conducteur d'une immense grue à quel endroit précis déposer de grosses pierres, qu'il se hâte de libérer de leur enchevêtrement de cordes.

En fait, chacune des treize pierres qui seront transportées par la grue forment une sculpture et l'homme, qui dirige de main de maître les opérations, en est l'auteur. Sculpteur montréalais de réputation internationale, Armand Vaillancourt tenait à venir en personne recréer en quelque sorte cette «sculpture environnementale» conçue à l'été 1987 dans le cadre d'un événement artistique organisé par le Service des activités socioculturelles, et disparue du paysage depuis deux ans en raison de la construction des pavillons Alphonse-Desjardins et Maurice-Pollack. Les membres de la communauté universitaire peuvent donc apprécier à nouveau cette sculpture érigée sur la pelouse jouxtant le pavillon Maurice-Pollack.

«Je voudrais que ce lieu en soit un de rassemblement, explique Armand Vaillancourt qui, à 65 ans bien sonnés, garde une allure juvénile. J'ai passé ma vie à passer des messages; la sculpture constitue mon arme de combat, un outil de conscientisation et de revendication.» Et de raconter que toutes les pierres (du calcite) ayant servi à la réalisation de la sculpture proviennent d'une carrière de Mistassini, au Lac Saint-Jean. La pièce la plus imposante de cet ensemble monumental reste le dolmen formé de trois grosses pierres, sur lequel on peut lire une lettre de Félix Leclerc datée du 29 avril 1985 et qui est dédiée à la jeunesse. Figurent notamment le célèbre poème de Gaston Miron, L'Octobre («Nous te ferons Terre de Québec...»), et un poème du roumain Petru Romosan.

La mémoire des pierres

Voulant rendre hommage aux autochtones, Armand Vaillancourt a disposé le reste des pierres en forme de pointe de flèche. Toutes les préoccupations de ce contestataire dans l'âme y sont illustrées: la dégradation de l'environnement, le racisme, l'antimilitarisme mais aussi le désir d'être éternel, de continuer à vivre dans la mémoire des êtres aimés. Bonne nouvelle: le chêne qui se dressait à côté de la pierre sur laquelle est gravée la chanson de Gilles Vigneault J'ai planté un chêne et qui avait été coupé à cause de la construction des nouveaux pavillons sera remplacé.

«Je ne crois pas au bonheur mais au devoir accompli, se plaît à dire ce pionnier de l'art monumental au Québec. Pour moi, créer, dire la vérité, demeure essentiel. Je suis dérangeant et c'est ce que je veux être: dérangeant.» Suscitant la controverse partout où il passe, Armand Vaillancourt avoue ne pas porter les politiciens dans son coeur. Récipiendaire du Prix du Québec en 1993, il affirme ne pas vouloir la gloire ni la reconnaissance, l'important étant de faire ce qu'il doit faire. «Si j'arrive à toucher les gens avec mon art, j'aurai atteint mon but..

Indépendantiste de la première heure, Armand Vaillancourt a participé en juillet à une exposition ayant pour thème «Vision du Québec», au Centre des arts de la Confédération de Charlottetown, à l'île du Prince-Édouard. Prenant la parole - et fidèle à lui-même - l'homme a réalisé une oeuvre gigantesque constituée de quelque 300 arbres suspendus dont il a enlevé et peint l'écorce. Un peu en retrait, un arbre peint aux couleurs du Québec attend son heure... Intitulée «Pour le droit inaliénable des peuples à l'autodétermination», l'oeuvre est dédiée à Alexis, son fils de quatre ans et demi, ainsi qu'à tous les enfants du monde. Comme par hasard, les responsables du musée ont noté une hausse de 50 % des visiteurs cet été...

«J'ai des projets pour mille ans», lance ce guérillero artistique, pour qui toute vérité est bonne à dire. En attendant, il fait sien ce poème hindou qu'on peut lire en face du pavillon Maurice-Pollack: «Parfois nus, parfois fous /Érudits ici, ignorants là /Ainsi apparaissent-ils /Sur terre les hommes libres».

Renée Larochelle


Œuvres 


1953: L'arbre de la rue Durocher (Montréal)
Véritable performance publique, la première du genre pour Armand Vaillancourt. Durant deux ans, il sculptera, à même la rue, cet arbre, situé sur la rue Durocher, à Montréal. Très controversée, cette sculpture fit plusieurs curieux parmi les passants, ne sachant comment la qualifier. Symbolisant le rapport entre l'art et la nature, elle demeura en place plusieurs années durant, pour finalement être transportée au Musée national des beaux-arts du Québec. Cette œuvre éveilla la conscience de plusieurs artistes concernés par l'écologie et est maintenant considérée par plusieurs comme fondatrice de la sculpture moderne québécoise.
1967: Je me souviens (Toronto, esquisse)
1967: Écran d'acier (Ottawa, York courtyard, )
Acier coulé, 366 x 183 cm; Interpretation: Permettre de voir l'environnement urbain d'une manière différente. (source Commission de la Capitale nationale du Canada)


1971: Québec libre ! (San Francisco, États-Unis)
L'une de ses sculptures les plus connues, Québec libre ! (localement appelée Vaillancourt Fountain, ou Fontaine Vaillancourt) à San Francisco, représente bien le lien qu'effectue Vaillancourt entre ses convictions politiques et sociales et ses œuvres. Il s'agit en fait d'une énorme fontaine de béton, de 61 mètres de long, 43 mètres de large et 11 mètres de haut installée à l'Embarcadero plaza, en plein cœur du quartier financier de la ville. La nuit précédant son inauguration, Vaillancourt y inscrivit un retentissant Québec libre! en lettres rouges, signifiant son appui indéfectible à la liberté du peuple québécois et plus largement, son appui à l'émancipation de tous les peuples. Voyant, le lendemain, que les employés de la ville avaient effacé l'inscription, il sauta sur la sculpture et y réinscrivit plusieurs fois la phrase. Cette œuvre fut l'objet, quelques années plus tard, d'une polémique très médiatisée. En effet, lors d'un concert gratuit de U2, Bono, le chanteur du groupe, présenté à même la sculpture, monta au haut de l'œuvre et y inscrivit Rock & Roll stops the traffic, en référence à la puissance du rock. 20 000 personnes assistaient en effet au spectacle et bloquaient une partie des rues avoisinantes.
Réagissant par la suite à cet acte, la mairesse de la ville déclara alors qu'elle déplorait le vandalisme de l'œuvre, que ce genre de délit était punissable d'une amende et/ou d'emprisonnement. Vaillancourt fut par la suite contacté pour lui demander s'il appuyait le geste, ce qu'il fit immédiatement en se rendant le lendemain au concert de U2 au colisée d'Oakland, où il écrivit Stop the madness en direct sur la scène, devant 70 000 spectateurs. Il défendit le geste de Bono, après un discours critique sur les injustices de plusieurs peuples, en déclarant « Les graffitis sont un mal nécessaire. Les jeunes n'ont pas accès aux premières pages des journaux comme les politiciens ».
1980: Intemporel (Chicoutimi)
Vaillancourt créa, en 1980, un véritable champ de pierre blanches entourées de "cages", lors du symposium de sculpture environnementale, à Chicoutimi. 1 500 tonnes de roches furent utilisées pour cette œuvre monumentale. La pierre blanche, seul matériel utilisé représentant la nature, fut enfermé dans des cages de métal alignées sur la roche, symbolisant les structures crées par l'homme pour tout encadrer, tout contrôler.
1983: Justice


1985: El clamor (Santo Domingo, République dominicaine)
Qualifiée par Vaillancourt de « symbole de l'énergie vitale de tous les peuples opprimés [...], de la vraie liberté, celle qui est à l'intérieur, celle qu'on ne peut pas emprisonner », cette sculpture monumentale de sept mètres de long, deux mètres de largeur et trois mètres de hauteur est faite de pierre sculptée, entourées de barbelés et surmontée de 92 mains d'acier, symbolisant la lutte des peuples contre la répression et l'emprisonnement. Une colombe d'un mètre et demi surplombe le tout. L'œuvre fut construite à Saint-Domingue, en République Dominicaine à l'occasion du 500e anniversaire de l'arrivée de Christophe Colomb.



Publié dans Les marcheurs de rêve

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Germain Perron

Publié le par la freniere


Peintre québécois à la salle de garde
de l'Hopital Bichat 1964




1964-2008
44 ans après, de passage à Paris, Germain Perron revient à l'hôpital Bichat.
Interviewé à cette occasion, son témoignage sera présenté lors de l'exposition sur les salles de garde et dans un prochain ouvrage de Patrick Balloul.


                                                                                                                                          

 

pour en voir plus

 


Publié dans Les marcheurs de rêve

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Ta soif (Québec)

Publié le par la freniere


Ta soif la plus claire
se noie dans mon verre
désirable désirante
jamais indifférente
à tout ce qui brûle
à tout ce qui hurle
souvent bienveillante
au plus faible murmure
dans l'éclos dans l'ultime
voilà pourquoi je vénère
ton nom comme on respire
sans savoir s'il s'agit
tout à l'heure de mourir
ou de vivre autrement
sur un autre versant.


Gilbert Langevin


Publié dans Poésie du monde

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Qu'un mort cogne à ma porte

Publié le par la freniere


Qu'un mort cogne à ma porte
je lui prête ma vie.
Qu'un homme crie liberté
je me lève avec lui.
Qu'un autre perde sa voix
j'apprends à lire dans ses yeux.


Qu'une fleur s'étiole dans un pot de confiture
je plante un chêne dans ma cour.
Qu'une seule outarde s'éloigne du voilier
je lui fais de grandes signes
d'un bord à l'autre du chemin.

Qu'une nuée d'étourneaux se cabre dans le vent
je me mets à voler sur le dos d'une page.
Que le vin des hommes monte à la tête,
que le pain lève dans le four
je lève mon verre à la moisson.
Qu'un malheureux se penche pour manger
mes mains deviennent un bol.

Comment dire non à la bonté
la beauté, la vie ?

À l'écoute du vent, de l'insecte et de l'herbe,
quand ton bras se tend pour aimer
je m'abandonne à sa douceur.



Publié dans Poésie

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Conférences sur la poésie québécoise

Publié le par la freniere

Publié dans Prose

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Prière d'un soldat la nuit (Italie)

Publié le par la freniere


Qui a construit une maison neuve et ne l'a pas habitée
qui a planté une vigne et n'en a rien récolté
qui a une fille promise et ne l'a pas prise
qu'il aille vers l'épouse, le raison, le foyer
et jouisse de leur ^possession pendant une année
avant de s'unir aux autres dans la guerre.
Enfin qui a peur, qui est tendre de cœur
qu'il reste chez lui et n'affaiblisse pas le courage
de ses frères en guerre.
J'ai lu ces règles dans les livres sacrés
et j'ai eu désir d'appartenir à un peuple ancien
de bon cœur avec la jeunesse.
Car j'ai laissé ma récolte en fleurs
ma maison sans toit
et ma fiancée au train.
Je suis une sentinelle de la nuit
sur la crête d'un sommet
dans une guerre sans sommeil.
Les mitrailles criblent la glace à la lumière de la lune
j'attends d'être ébranlé par le tremblement du gel
pour trembler sans vergogne.
J'ai peur du ciel, qu'il ne fasse pas jour
j'ai peur du sol, qu'il m'avale vivant
j'ai peur du souffle qui monte blanc dans la nuit
et fait de moi une cible,
j'ai peur seigneur : pourquoi cela à moi ?
Pourquoi n'ais-je pas le droit de vivre
et dois-je au contraire demander à genoux ?
Demain ne me suffit pas, moi je veux la durée
m'habituer aux années, aller aux noces de mes fils
et dans cette nuit de blasphème sur leurs tombes aussi.
Je veux avoir sommeil près de ma fiancée
quand elle aura les cheveux blancs.
Pourquoi dois-je te demander à genoux
de vivre, de profiter jusqu'à la lie
de la vie qui me remplit ?
Qui de nous aura droit à cela
Ne sera pas le plus juste, ni le meilleur,
Ce pourrait être moi aussi, seigneur, tes étoiles
éteins-les avec les nuages
que je reste invisible à la mire
et au hasard des éclats, mais même si tu ne peux
me protéger ou que tu ne veux pas
ne laisse pas mon corps sur les cailloux
et mes yeux ne les donne pas aux corbeaux.
Ne me demande pas compte de mes colères
contre toi, je ne sais pas prier dans les larmes.
Quand il gèle, les larmes ne sortent pas,
je pleurerai au printemps.

Erri de Luca


Publié dans Poésie du monde

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Hélène Grimaud

Publié le par la freniere


"On se trompe rarement, on ne va simplement pas assez loin."  Hélène Grimaud

L'histoire d'Hélène Grimaud aurait pu être édifiante, celle d'une jeune et jolie pianiste de 28 ans à qui les bonnes fées auraient tout donné : beauté, talent, richesse et, pourquoi pas, la promesse d'un destin artistique d'exception... Mais qui croit encore en ces sornettes-là ? Pas elle, en tout cas, qui sait que derrière la blondeur lisse de sa chevelure coupée à la garçonne et la candeur bleutée de son regard existe une petite fille cousue de fils blancs, avec ses failles secrètes, son mal de vivre et ses élans brisés... Longtemps Hélène Grimaud s'est singularisée par une inadaptation chronique au monde qui l'entoure, s'ennuyant ferme à l'école et dans cette petite ville d'Aix-en-Provence à laquelle elle n'arrive toujours pas à trouver du charme ; étrangère à sa famille petite-bourgeoise d'intellectuels de bonne volonté. Le malaise était parfois si fort qu'il lui arrivait de s'automutiler, retournant contre elle-même on ne sait quelle colère ou cherchant à meurtrir un double enseveli dans une douleur sans larmes et sans paroles...

« C'est la musique qui m'a sauvée, dit-elle avec une ombre de gaieté. Je n'étais même pas douée. Mais j'avais pour la première fois une sensation de délivrance, d'évasion. Peu m'importait au fond qu'il s'agisse du piano ? j'étais plutôt attirée par le violoncelle ? mais ma seule angoisse était que ce tourbillon nouveau s'arrête un jour... »

Formée au conservatoire d'Aix, Hélène Grimaud se retrouve rapidement à Marseille chez un pédagogue hors pair, Pierre Barbizet ?

« le premier authentique allié de mon existence »

, se souvient-elle ?, avant d'obtenir une dispense d'âge pour entrer au Conservatoire national supérieur, de Paris, dans la classe de Jacques Rouvier. Une autre aurait été grisée par ce succès rapide et se serait mise à travailler d'arrache-pied pour mériter la confiance placée en elle, petite gamine de 14 ans. Hélène Grimaud, non. Elle est assidue, sans plus, elle traîne, elle se cherche, puisant dans la marginalité et la fréquentation des exclus des forces nouvelles.

« J'ai sans doute plus appris en traînant dans la rue que pendant mes cours de piano »

, résume-t-elle, toujours rebelle... Pourtant, on commence à parler de cette drôle de fille secrète, indocile et précoce, qui agace ou fascine en faisant ses premiers pas : au prestigieux concours Tchaïkovski de Moscou, où elle arrive en demi-finale en 1986 ; dans les maisons de disques, qui tournent autour de ce joli brin de musicienne rêvée pour un plan de communication ; chez les organisateurs de concerts, qui lui donnent plusieurs chances dès 1987, au Midem de Cannes, au festival de La Roque-d'Anthéron, à Tokyo, au Théâtre de la Ville ou à l'Orchestre de Paris.

Hélène Grimaud refuse de brûler les étapes. Elle avance à son rythme, avec la fougue d'une jeunesse qui trouve dans le répertoire romantique un exutoire. Elle idolâtre Schumann, qui devient son frère de souffrance ; elle explore infatigablement Brahms, dont elle aime les emportements (les Sonates de l'opus 2 et de l'opus 5) et les flambées crépusculaires (les ultimes Klavierstücke opus 118 et opus 119). Elle joue à l'énergie, jusque dans l'excès ? de pédale, de rubato ? en ne sacrifiant rien à la poésie et à l'émotion dont débordent ces pages rabâchées. Du tempérament, donc, avant toute chose. Mais dans le respect de la partition, à laquelle elle insuffle une fluidité rare ? il suffit de suivre ses mouvements souples du poignet ou du corps quand elle joue pour s'en rendre compte...

Hélène Grimaud est le contraire de ces virtuoses sans âme que sont devenus les concertistes professionnels, formés à la rude école de la rivalité et des concours. Cette simplicité et fraîcheur d'approche de la musique lui ont en tout cas attiré la sympathie des plus grands, Martha Argerich (piano), Gidon Kremer (violon), Gérard Caussé (alto), qui se bousculent pour faire de la musique de chambre avec elle.
L'avenir ? Elle laisse tomber, sans hésiter :

« Beethoven, Bach, de la musique contemporaine... et la compagnie des loups ! »

Car Hélène Grimaud élève ? le mot est incorrect car il suppose une domestication qu'elle récuse ? une meute de ces redoutables carnivores quelque part dans la banlieue new-yorkaise. Afin de sauvegarder l'espèce... Elle vit au milieu d'eux, mange et dort avec eux, entre ses concerts (une trentaine par an) et ses répétitions. Pour le reste, elle fera comme La Sauvage, de Jean Anouilh, elle ira seule se cogner partout de par le monde...

Xavier Lacavalerie


C'est une star. Dans le monde « classique », elle est la seule à occuper cette place tellement rare et tellement décriée. Un premier disque à 15 ans dédié à Rachmaninov (la « Sonate n°2 » et les « Etudes Tableaux » op.33) la fait grimper au firmament des étoiles : que cache donc cette toute jeune fille au visage d'ange qui joue comme une diablesse ?

Déjà, le paradoxe est là, qui va traverser sa vie, nourrir son mystère et accroître son aura : Hélène Grimaud intrigue.
Elle qui avait toujours semblé préférer les effusions brahmsiennes, les torrents rachmaninoviens ou les grandeurs beethoveniennes à la mathématique bachienne livre aujourd'hui un album consacré à Jean-Sébastien Bach.
Comme elle s'est toujours plu à le faire, Hélène Grimaud a bâti autour de Bach un disque patchwork qui mêle cinq préludes et fugues du Clavier bien tempéré, un concerto pour piano et des transcriptions par Liszt, Busoni et Rachmaninov. Pourquoi avoir choisi Bach ?

« C'est un compositeur qui fait peur parce qu'on craint de ne pas être à sa hauteur, mais la seule manière de lui rendre hommage est de jouer sa musique dans un esprit d'aventure et de découverte. »

Quand, en 1985, Hélène Grimaud obtient son premier prix au conservatoire de Paris en même temps qu'elle publie son premier disque, le chemin bien balisé de la carrière d'une jeune pianiste douée, intelligente et ambitieuse s'ouvre grand devant elle.

Mais voilà qu'en 1991, à 22 ans, (elle est née le 5 novembre 1969 à Aix en Provence), elle quitte la France pour s'installer aux Etats-Unis. Là, elle fait une rencontre qui va modifier le cours prévu : celle des loups.

« Je reviens du centre, il y a eu des naissances de loups mexicains »

En 1999, elle fonde le Wolf Conservation Center de South Salem, dans l'état de New York, où elle s'est installée. Entre temps, elle s'est inscrite à l'université pour étudier le comportement animal et obtenir un diplôme qui lui permet d'obtenir l'agrément du gouvernement pour créer un tel centre : n'élève pas des loups qui veut.

Aujourd'hui, alors qu'elle est revenue vivre en Europe -en Suisse, dans les montagnes-, les loups restent au coeur de ses préoccupations :

« Même si je n'ai plus le plaisir du travail au jour le jour avec les animaux et avec l'équipe, j'ai la satisfaction émotionnelle et intellectuelle de savoir que le projet continue. Je reviens du centre, il y a eu des naissances de loups mexicains, une espèce rare... »

Quelle relation entre les loups et Bach, direz-vous ? Hélène Grimaud étant connue d'un public qui ne se serait jamais intéressé ni à elle ni à la musique si elle avait vécu avec des poules, chacun de ses nouveaux albums atteint des chiffres de vente exorbitants : entre 80 000 et 100 000 exemplaires (5 000 en France est aujourd'hui une très bonne vente pour un disque de musique classique).

Ses deux livres ,« Variations sauvages » et « Leçons particulières », dans lesquels elle raconte ses aventures avec les animaux, n'ont pas été pour rien dans sa notoriété.

Une relation passionnelle avec le piano

Que ce soit pour de bonnes ou de mauvaises raisons, qu'importe : Grimaud est la clé qui ouvre à beaucoup la porte qui semble infranchissable de la musique classique.

D'un point de vue artistique, elle tient une place plus qu'honorable dans le panorama des pianistes de sa génération, livrant des interprétations souvent fougueuses, voire rageuses, mais en tout cas toujours honnêtes.
Depuis son retour en Europe, Hélène Grimaud a déménagé trois fois en trois ans. Tournées de concerts, promo, aéroports... Comment la musique s'accommode-t-elle de telles pressions ? Et quelle place occupe aujourd'hui le piano dans sa vie ?

« La pire pression, c'est celle que l'on se met à soi-même. Avec le piano, j'ai une relation tellement passionnelle que parfois je regrette de ne pas avoir fait autre chose, du violon, du hautbois ! Mais je n'oublie pas la joie tactile, le plaisir physique, que je connaissais avant, comme une drogue, en jouant par exemple du Rachmaninov... »

Rachmaninov, qui lui a tellement donné de plaisir, elle ne l'a pas abandonné au profit de Bach. Elle a fait se côtoyer sur son album les deux compositeurs en enregistrant la transcription pour piano par Rachmaninov du Prélude de la Troisième Partita pour violon de Bach.

« Raffinement, respect, pureté », sont les mots qu'elle emploie pour décrire le travail de transcription du compositeur russe. Puisse, en tout cas, son aura et son intelligence d'artiste faire connaître et aimer un peu plus Jean-Sébastien Bach, qu'elle transcrit elle aussi à travers son jeu.

Nathalie Krafft sur  Rue 89




Publié dans Les marcheurs de rêve

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Prière aux morts (France)

Publié le par la freniere



à Yann Orveillon

Morts lavés d'eaux vives
qui éprouvez l'amour de la Terre
et la légèreté des cendres
Morts qui mûrissez avec les cerises
invitez-nous au banquet de l'azur
oubliez surtout notre mauvaise foi
Morts qui jadis tendiez vos mains
vers les enfants en lesquels vous mettiez
tant de fierté et de beauté en l'avenir
Morts nimbés d'obscurs mystères
montrez nous ce chemin de nuit
qui nous conduira en pleine lumière
Morts vétustes couverts de poussière
vos rêves nous parviennent violemment
à travers les catastrophes de l'Histoire
Morts qui s'en sont allés au-delà
de tout ce que nous pouvons imaginer
faites nous leçon de révolte et d'humilité
Morts réveillez nos ardeurs nos fièvres
ici les nouvelles ne sont pas bonnes :
« on torture on affame un peu partout nos semblables ».

André Chenet



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