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Les jours sont comptés

Publié le par la freniere



Pour les ongles des morts oubliés dans la pierre,

les doigts meurtris sous le marteau du boss,
les cœurs en feu sous le manteau du froid,
les noms oubliés au fond des verres vides,
les bouches en forme de soif, les yeux oblitérés,
les désirs noyés dans les eaux du mirage,
la peau des murs tatouée de révolte,
les vagues anonymes oubliées par la mer,
les larmes des enfants dans le ventre des mères,
les voix du feu, les cris de l'eau,
la parabole de la terre, la grammaire du ciel,
les odeurs de sueur, de sperme, de fougère,
les fins de route où commencent les pas,
les corps cloués sur le verdict,
les espoirs floués, les promesses perdues,
les gouttes de sang qui tombent chaque minute,
les appels sans voix sans écho sans réponse,
les coups de foudre éteints,
les ombres confondues à la couleur des murs,
les enfants sans défense fatigués de rêver,
les genoux trop usés à force de ramper,
les planches de salut rongées par les secondes,
ne vous fiez pas à l'air du temps,
les jours sont comptés sur les calendriers.



Publié dans Poésie

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À lire

Publié le par la freniere

Publié dans Prose

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Ils ont dit

Publié le par la freniere


Ici, les citoyens élisent le boucher qui les conduira à l'abattoir.

Raoul Vaneigem



Publié dans Ils ont dit

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Grandir un peu (Québec)

Publié le par la freniere



De l'ouest à l'est de la rue des «a» à la rue des «z» de vingt-trois heures à sept heures les résidents exigent le silence complet mais dans ce silence je ne peux pas m'arrêter de retourner dans ma pauvre tête fêlée toutes les images qui me passent devant les yeux internet la télé ouverte radio le petit caliméro erre dans la nuit ta coquille est cassée ta fenêtre est ouverte jette-toi ligne par ligne phrase par phrase sur le trottoir car ta détresse est complète c'était un reportage de mathieu devant l'incendie de son propre corps à travers lequel tous les crimes du monde ont lieu on tire dans le dos d'un fugitif la police charge contre une manif une bombe explose dans un abribus ah qu'est-ce que je déguste c'est vraiment trop injuste d'assister en silence à l'histoire en direct du ravage-moi des libanais des rwandais ou des soudanais c'est en feu ça tue ça t'emmène loin de ton chez-toi ça te bat ça te laisse sur le bord de la route et ça t'oublie dans la poussière immobile et figé sur ton divan dans ton salon t'es perdu tu voudrais rentrer mais c'est trop tard pour les dessins animés du samedi matin les pubs de céréales sucrées et les clips vraiment cool pour les petits enfants dans mon genre qui pisseraient encore au lit s'ils n'avaient pas la responsabilité de leur corps comme de celui de tous les autres ravagés du réel parce que très très loin au fond de ces yeux que je fixe dans le miroir de la salle de bain je ne les vois pas mais peut-être qu'il y a tous les pays qui écopent en silence.


Mathieu Arsenault          Vu d'ici, Tryptique, Montréal, 2008


Publié dans Poésie du monde

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Ma couleur

Publié le par la freniere



Je la regarde chaque soir, penchée sur son chevalet. Elle garde plusieurs pinceaux dans chaque main et parfois un entre les dents, comme un pirate les mâchoires serrées sur son poignard à l'assaut d'un navire. Elle met de la peinture partout, sur ses vêtements, sur les miens, sur la table, l'étagère, le chevalet, il lui en reste toujours un peu quelque part, sur les joues ou sur les bras, sur les mains ou sur le front, dans le cou ou au bout du nez. Je la regarde chaque soir crouler gentiment sous le poids de la fatigue et des heures de concentration, dévouée à sa petite magie merveilleuse, prête à ne pas entendre le bruit du temps qui nous rattrape, en échange d'une pression favorable du pouce ou d'un mélange harmonieux de plusieurs beiges.

Thomas Vinau

Dessin : Emilie Alenda


Publié dans Prose

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Aphorisme du jour

Publié le par la freniere


La morale m'inquiète beaucoup plus que la folie et le rêve bien moins que la normalité.

Publié dans Aphorisme du jour

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Ils ont dit

Publié le par la freniere


De là la situation fascinante de l'oiseau sur ce chemin vers le dedans; son nid est presque un corps maternel extérieur, à lui consenti par la nature, et qu'il se borne à aménager et à couvrir, au lieu d'y être entièrement contenu. Aussi a-t-il, de tous les animaux, le rapport affectif le plus confiant avec le monde extérieur, comme s'il se savait lié à lui par le plus intime secret. C'est pourquoi il chante au sein du monde comme s'il chantait au-dedans de lui-même, c'est pourquoi nous accueillons si aisément en nous son chant, il nous semble le traduire dans notre sensibilité sans aucune perte, il peut même transformer pour nous, un instant, le monde tout entier en espace intérieur, parce que nous sentons que l'oiseau ne distingue pas entre son cœur et celui du monde.

Rainer-Maria Rilke   
Lettre à Lou Salomé du 20 février 1914


Publié dans Ils ont dit

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À Gilbert Langevin, poévivant

Publié le par la freniere


Je dis à une femme
je dis à un homme
Gilbert est mort.
Qui ?
Gilbert Langevin.

Connais pas ils disent
en se commandant
un autre pichet.

Je dis c'était un des plus grands poètes
du Québec et il a écrit des
chansons pour.

Ils disent nous autres
la poésie tu sais ouf
la poésie ouf tu sais ouf
on est pas fort là-dessus.

Je réalise tout à coup que
Gilbert vit toujours
il vivra toujours pour
venir danser comme
John Travolta au
Quai des Brumes.

Gilbert vit toujours
il vivra toujours.
Je le vois entrer au
Quai des Brumes en
jaquette d'hôpital
battant tous les records
de marcher rapide jusqu'aux
toilettes et ressortant
habillé et beau comme un cœur
qui a retrouvé son corps.

Je te gage une bière
qu'il prenait un coup
C'est pour ça qu'il est mort
Dit l'homme.

Oui il prenait un coup
il prenait des coups
des coups de poings
des coups de coins de table
des coups dans les côtes
des coups aux fêtes
des coups dans la tête
dans la tête,
dans la tête.
Ils ne savent pas !
Les araignées qui viennent
Vous ficeler de leur vérité
Rapide.
Rapide et vorace.

Ils ne savent pas :
La danse de la mouche
qui regarde la vérité
se réveiller et sourire
en dansant vers elle.
Ils ne savent pas.
Les journées les années
passées à boire et à croire
que l'espoir veut vraiment dire
ce que ça dit dans le dictionnaire.

Ils ne savent pas :
Les journées les journées
Les matinées perdues à frencher le bol de toilette
tandis que le matelas se refroidit
en attendant le grand amour.
Ou le grand silence.

Son lithium c'était la lumière
La lumière, dans toute sa lourdeur et
sa saleté, était le seul lithium dont
il avait besoin...

Avec toute leur science
Ils ne savent pas que
Gilbert n'est pas mort. Ils ne savent pas
sans poésie
c'est eux qui sont morts.

Tandis que le poète
avec un grand
soupir de chien
s'étire et
s'éteint.

Patrice Desbiens, Montréal, 96

 

Publié dans Patrice Desbiens

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Parfois

Publié le par la freniere


C'est une saison frileuse, col relevé, manteau fermé, robe déteinte sous un soleil menteur. Le froid gagne. Même les mots gèlent aux doigts des phrases. Les lignes sans horizon ne font plus routes. Le texte dépouillé s'égare entre le doute et l'infini. Parfois s'épelle un nom sur la campagne nue comme une vérité. Les champs ont démarrié les blés des coquelicots, les lilas et les loups ont fané aux mémoires. Va-t-on encore au bois ? Plus personne n'en parle. Il ne restera pas une graine d'histoire. C'est une saison de peu, de passage, de perte. De vent dans la cabane, de silence trop grand, de bras coupés aux arbres, d'épouvantail qui tremble, de paille mal brûlée, de ruisseau enrhumé, de nuit tombée d'un coup. Sans pleurer. Le gel prisonne la lumière, la bougie vacille, on n'entend plus battre les voix. C'est une saison basse. Parfois un violon sur la mer, chante. Parfois.

Ile Eniger

 


Publié dans Ile Eniger

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Pourquoi (France)

Publié le par la freniere


Pourquoi tant d'éboulis dans la fin des dimanches
Tant d'attentes fadasses
Tant de beurks et d'hélas
De craquelures dans les voilures
Un ramollo dans le gréement

Pourquoi cet étouffement à hauteur de poitrine
Les paupières affalées comme un volet roulant
Pauvres joues avachies
Œil éteint
Morne peine
Déglutir un sanglot
S'alourdir d'un parpaing

Dix sept heures le dimanche
Qui ne l'a éprouvé ?
La grisaille a monté
La marée est en noire
Dans nos yeux embués
Une journée bien foutue
La vie, vraiment ratée
Le pauvre corps en loques au fond d'un canapé
L'esprit à la dérive
L'âme en papier mâché

Aglaé Vadet

 


Publié dans Poésie du monde

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