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Autant revivre en mon jardin (Belgique)

Publié le par la freniere


qu'il faille des ombres
comme regain pour le désir
et l'enfant mené au large pour y croire

c'est certain


qu'elles fassent pleuvoir sur nous
toutes sortes de pétales enflammés
puis leur nuance innocente car pâle
au matin d'un cerisier du japon

autant revivre en mon jardin


que tant de mains roulent leur crasse
avides de matière avides de vêts d'or
sous nos yeux crucifiés, nos yeux si pauvres
dans le choix


que parfois nos corps
dans leur course aux aguets
soient précédés d'une lumière
distincte mais reliée
fuyant nos lèvres
honteuses presque de nos pas de vieille suie

aveu fait foi


mais quoi alors quoi
alors?
n'y a-t-il de l'espoir en présence
si brève
qu'on peut désemparer?

ou c'est ainsi et faibles
- si beaux en vérité -
que nous nous dépolissons
d'avalanche en avalanche
de lumière


Florence Noel

 


Publié dans Poésie du monde

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Paroles indiennes

Publié le par la freniere


Le gouvernement péruvien a promulgué des lois qui pourraient autoriser les industries extractives et les exploitations d'agriculture à grande échelle à détruire rapidement la forêt ombrophile de l'Amazonie.

Les populations autochtones manifestent pacifiquement depuis deux mois, exigeant de pouvoir donner leur avis légal sur des décrets qui entraîneront la destruction de l'écologie et des populations de l'Amazonie, et auront des conséquences catastrophiques pour le climat de la planète. Mais le week-end dernier, la réponse du président Garcia a été d'envoyer des forces spéciales pour réprimer les manifestations par la violence, et de qualifier les manifestants de terroristes.

Ces groupes autochtones sont aux premières lignes du combat mené pour protéger notre planète - Soutenons-les et appelons le président Alan Garcia (dont chacun sait qu'il est sensible à sa réputation internationale) à mettre immédiatement fin à la violence et à engager un dialogue.

Plus de 70% de l'Amazonie péruvienne est à la merci de qui veut s'en saisir. Les grandes compagnies de pétrole et de gaz comme la société anglo-française Perenco et les compagnies nord-américaines ConocoPhillips et Talisman Energy, se sont déjà engagées à faire des investissements de plusieurs milliards de dollars dans la région. Ces industries extractives n'ont pas pour habitude - leurs antécédents le prouvent - de profiter aux populations locales ni de préserver l'environnement dans les pays en développement. C'est pourquoi les groupes autochtones réclament les droits internationalement reconnus de tenir des consultations sur ces nouvelles lois.

Depuis des décennies, le monde et les populations autochtones voient les industries extractives ravager la forêt ombrophile qui abrite certains d'entre nous et constitue un trésor vital pour l'ensemble de l'humanité (certains spécialistes du climat appellent l'Amazonie le " poumon de la planète" - il respire les émissions de gaz carbonique responsable du réchauffement de la planète et produit de l'oxygène).

Les manifestations au Pérou sont les plus importantes à ce jour, et les plus désespérées.

 

 

Publié dans Glanures

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À lire

Publié le par la freniere

Publié dans Prose

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Ils ont dit

Publié le par la freniere


Nous devrions tous cultiver cette faculté de nous étonner de tout ce qui nous entoure, de tenter de voir le monde avec les yeux du chat ou du lapin, d'entendre les mots comme la pierre peut les entendre, de nous endormir rivage et de nous réveiller oiseau, de boire comme un cerf pour réver comme une ronce.


Norbert Paganelli

 


Publié dans Ils ont dit

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Sous l'archet

Publié le par la freniere


Seul ton regard sait lire sous les ratures de mon corps. En te voyant, mes yeux ébauchent une caresse. Le mot tendresse nous éclaire. Ma main reste enserrée dans la tienne. L'autre caresse ta nuque, tes épaules, tes seins. Elle façonne le plaisir sur ta chair en éveil. Il n'y a pas de mots mais ma langue qui te pénètre. Dans la géographie du monde, il ne m'est qu'une route. Elle me ramène à toi. Elle m'emporte vers le ciel. Une musique naît dans l'émotion d'être avec toi. Ce qui manque à la vie, c'est toi qui me l'apporte. Je ne suis plus infirme. Mes mots retrouvent tous leurs sens. Le mot pain a ta bouche, le mot cœur ta voix, le mot présence ta chaleur. Le mot amour a ton nom, le mot bonheur ton sourire. Tous tes mots sont pour moi une part d'absolu.

           

J'avance vers le jour une main sur ta hanche. Mon autre main est un oiseau parcourant tes cheveux. Plus tard, elles arracheront les ronces qui griffent tes genoux. Elles traceront la route à travers les broussailles. Elles te feront des vagues, des câlins, des caresses, ces petites choses qui agrandissent l'homme. Elles te feront l'amour, la tendresse, la vie. Jamais les mots n'épuiseront ce que nous sommes. Je t'écrirai toujours. Le temps où nous sommes ensemble ne dit plus que la vie. Ta voix a la douceur du corps. Elle fait bouger mes doigts. Mon ombre sur le mur imagine la tienne.

           

Tu places et déplaces les meubles dans la chambre du cœur. C'est une pièce toujours neuve. Je vis à travers toi la naissance du monde. Le temps n'a plus le temps de compter les secondes, les semaines, les siècles. L'amour ne connaît pas d'hier ni de demain. Il prend toute la place. Tout devient pur et beau. Tout parle sans que rien ne soit dit. La vie remplit toute la pièce. Ton corps est une phrase où je conjugue ma parole. J'ai rejeté les gestes qui m'enchaînent au dehors pour rester avec toi. Le soleil se lève. L'horizon te ressemble. Avec ta main dans la mienne, chaque geste est une route.

           

Sous l'archet de mes doigts, ton corps devient musique. Ses cordes vibrent sur ma peau.
Les cuivres éclatent parmi les violons. Nous frissonnons ensemble d'un orgasme cosmique. Chaque seconde entrouvre son pistil sur la tige du temps. L'espace écarte ses pétales. La langue goûte l'infini. L'ange en nous se fait chair et se donne à la vie. Nos gestes communient l'un l'autre sur l'hostie de la peau. Tu es plus belle à chaque jour. Ma pensée est pleine de ton visage. Je tourne autour de toi. J'enserre ce que j'aime. Je te tiens par les hanches. À travers toi, je vibre à l'univers. Je veux ce que tu cherches. Je veux tout. Je veux toi, du plus simple au plus beau, de l'origine à l'infini. J'habite dans tes rêves, un même lieu, au même moment. Même venu, même là, notre amour est encore à venir. L'inachèvement de l'âme ouvre toutes les portes. Notre fidélité nous sert d'avenir. Ce qui a choisi d'être, par toi, peut devenir.

           

Tu me remplis de toi. Tu pousses partout comme de l'herbe folle, dans le vide de mon corps, le creux de mon ventre, les trous de mes oreilles, le paysage de mes yeux, l'empan de mes bras, l'écart de mes jambes, le monde des caresses disséminées partout. Mon bras est allongé vers toi. Sa main sourit de toutes ses veines, les doigts en accroche-cœur. Les ailes de ma voix s'animent à ton approche. J'ai la peau toute pleine sous tes doigts. Les os de ma parole se découvrent une chair. Nous ne sommes plus qu'un. Chacun de nous dans l'autre s'appartient.


Publié dans Prose

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Sans prix

Publié le par la freniere


Le cœur n'est pas à vendre.

La femme n'est pas une marchandise.

Les rivières n'appartiennent à personne.

Chaque jour il faut réapprendre à marcher

avec des pas d'enfant,

prendre le monde à bras-le-corps

avec nos mains coupées,

tourner la page des blessures

entre la langue et la misère,

repeindre l'ombre de nos rêves,

enjamber l'horizon sur des échasses de verre,

semer des cailloux blancs d'une caresse à l'autre,

remailler l'espérance au fil du désir,

recoudre à l'eau d'érable les haillons du pays,

réparer l'âme du monde et le moteur du temps,

mesurer l'avenir à l'empan des révoltes.

L'homme n'a pas de prix

quand il donne son cœur.

 


Publié dans Poésie

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Dans la maison de l'être

Publié le par la freniere


Il y a des hommes qui aguissent les fleurs parce qu'elles sont trop belles, les mêmes qui tuent pour rien et font peur aux oiseaux. S'il faut rester en vie, que ce soit en douceur. Le temps dilapidé en profit matériel nous empêche de vivre. Plus la vitesse augmente, plus l'âme s'amoindrit. Les ailes qui nous manquent, ce sont les pas qu'on ne fait pas, les gestes qu'on refoule, l'amour qu'on refuse. Le feu est éteint mais j'apporte du bois. On croit se perdre en route mais c'est pour mieux revenir. On ne retient pas le passé. C'est lui qui surgit au détour d'un mot, d'une odeur, d'un son. Ses racines persistent dans le moment présent. Tout un monde oublié renoue avec le jour, la grande mémoire commune. Je cogne à toutes les portes dans la maison de l'être. Je rameute les mots comme on rempote les racines pour que les fleurs soient plus belles. Même dans le pire du cœur, une lueur de bonté finit par s'immiscer, un frisson d'infini. La lumière se fraye un chemin dans la nuit.


Le feu sous la langue, je creuse dans le noir, défaisant une à une les bandelettes du temps, épelant chaque geste, épaulant chaque vague, épissant chaque fil. Le corps est trop étroit pour le dire. La parole déborde à l'envers du silence. Où que j'habite, la route me rejoint. J'entends ses pas entre les lignes, derrière la porte, au téléphone, dans le silence de l'autre. Je rêve comme un érable trouant le sol, cherchant la sève. Je sens la caresse du soleil, les doigts du vent sur la peau du lac, le fil de l'eau dans un banc de barbottes, les miettes de faim sur la nappe du jour. L'aube s'allonge comme un chien. Je me sens à l'étroit dans la cage des heures et les limites du corps. Je cherche Bach dans une forêt de notes, les oiseaux de Messiaen et le chant des grillons qui fait danser l'humus. Je rampe pour atteindre le vol. Je me nourris de peu. Je me nourris de rien. Je me nourris de tout. Le pain du rêve engraisse le corps métaphysique.


Je sens le manque au fond des choses et le soleil sous la pluie. Je trie les mots un à un avant qu'ils me dévorent, le mot frère qui partage le pain, le mot poète qui le sème, le mot terre embrassant les racines, le mot amour protégeant du néant, le mot paix qu'on fusille, le mot bonté sous les décombres. J'écris avec le vent, la poussée des racines, l'écume des chevaux, la craie blanche qui crisse dans une nuit d'école, le rire des enfants dans le sérieux des choses. Je veille dans mes larmes. Je colmate comme je peux les failles de l'amour. Je cherche sur la mer autre chose qu'une vague, une vague, une vague, peut-être une île avec une plage de voyelles, une île où accoucher une seconde fois. Je cherche dans mes poches le début d'un poème, des mots entre les pages comme une poignée de main, une chrysalide pure au milieu des chardons, les orties qui retiennent les pas légers de l'air. Je sème dans les failles une petite graine volubile. Lorsqu'il m'arrive de me taire, l'intimité de ma voix laisse voir ses dessous. Chaque regard est un trou cherchant de la lumière. Je ne fais pas commerce avec la mort pour étalon. Je ne sais pas mourir. Même six pieds sous terre, les mots viendront manger ma tombe.

 


Publié dans Prose

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Refaire la nuit (France)

Publié le par la freniere


Il n'y avait que le silence
Derrière chaque mot volé
La route expirait dans les pierres
Entre les murs écroulés

Et pourtant le dernier poète
Tendait l'oreille vers la mer
Et cherchait encore à saisir
L'insaisissable oiseau de la parole.

Jean Rousselot

 


Publié dans Poésie du monde

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Playing for change

Publié le par la freniere


Je devais avoir 13 ou 14 ans quand j'ai compris que la musique pouvait sauver des vies. Je l'ai vu de mes yeux quelques années après avec Bob Marley. J'ai vu des gens sauvés de la came, de la violence, de la solitude, de l'aliénation, avec la musique. J'ai vu des centaines de couples s'embrasser, des gens se relever, changer de rythme de vie, arrêter de se détruire, apprendre, ou simplement supporter une journée de galère avec de la musique. J'ai vu cette force. Ce n'est pas un discours de fumeur de joints. Je l'ai vu.

 

Thomas Vinau


Publié dans Prose

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Le coeur fuit

Publié le par la freniere


Le cœur fuit de partout. Je cherche un sens dans l'ordinaire des jours. Le corps est comme une maison laissant passer l'orage. Les portes battent. Les clous de l'eau font craquer la toiture. Les pétales frissonnent sur les fleurs du tapis. Je dors comme un campeur sur un terrain en pente et m'éveille au matin avec les pieds dans l'eau. Je reste dans la chambre à colmater les brèches avec des vieux tissus, de l'étoupe et des mots. Je note de petits riens et je les monte en neige, en poèmes, en images, un mélange de vent, de cris, de nuages et de pluie. Rien de vraiment nouveau, la laine claire du ciel, une écharpe de brume, un collier de pollen au cou des épervières. Je ne veux pas être à la mode mais dans la suite du monde. J'enjambe l'horizon d'un pas de percheron. Je traverse le fleuve d'un vol de huard. Le soleil a mis bas dans les bourgeons qui gonflent. Tétant la chlorophylle, ils deviennent des fruits. Les fleurs du printemps soulèvent leur capuche et nous montrent leur peau.


Trop d'autoroutes trouent la montagne. Trop de torrents voyagent en citerne, de Charybde en Scylla. Le vent tricote des chaussettes avec le fil du temps. Laissez-moi mélanger la terre avec les mots, la sève des érables à l'encre du stylo. Il me vient un refrain comme le lait d'une louve nourrissant ses petits. Je cherche l'équilibre entre les gestes et les poèmes, le plaisir des enfants et le rêve des vieux, la neige et le blé d'Inde, le sifflement des merles et le bruit des tondeuses, la route d'écriture et l'accotement des marges, la rose et le sécateur, les gestes de la main et la ligne du cœur, la langue de mon père et les mots sur la page, l'amour de ma mère et la colère du juste. Je navigue sans carte entre Coltrane et Cioran, Mozart et Guillevic, les appels des grenouilles et les feux des lucioles, les lamparos et les néons. Je cherche où m'appuyer pour avancer plus loin que la monnaie d'échange.


Je voudrais voir la pluie tomber sur le sable des pages, les orties grimper sur les murs trop lisses, l'espoir enjamber le parapet du doute. Je me souviens du Richelieu. Il m'apportait l'antique savoir de l'eau, la patience des vagues à ronger les écueils. Lorsque j'habite trop loin des rives, je me sens comme un poisson retiré du vivier. Sur le vieux banc de pierre, l'été faisait la sieste. Même nos cris d'enfant ne le réveillaient pas. Un vieux sofa crevé nous servait de wagon, de calèche, d'avion, une cabane à outils de château en Espagne. On prenait le marais pour le nombril du monde et le sentier perdu pour une piste indienne. Nous nous battions pour un simple bout de bois à la forme bizarre, une bille plus grosse, une agate turquoise. Tout nous était trésor. Le temps des moissons, j'en garde les odeurs tatouées sur la peau, celle de la fenaison, de la sueur sur les bras, celles des jeunes voisines qui apportaient à boire.


Je ne savais pas encore naviguer sur la page mais je parlais aux bêtes un idiome inventé. En plein hiver, la langue collée sur un rail, j'ai entrevu toute la douleur du monde. Plus tard, recalé du banal, déjà un peu ermite, l'essaim des mots s'est mis à bourdonner. Je m'y suis fait les dents comme un ours mal léché. Je redonnais un corps aux oreilles des loups que les chasseurs vendaient. Leur sauvage tendresse faisait peur aux faux bergers de l'âme. Je ne fais plus de différence entre l'encre et la sève. J'essaie de déchiffrer l'écorce des érables, la pensée des falaises, la symphonie de l'eau, l'être du fleuve entre ses rives. Tout est polyphonie, de la goutte sur le toit au grondement des chutes. J'essaie d'être lisible comme l'est une fleur.

 


Publié dans Prose

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