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200 gourdes

Publié le par la freniere


Depuis 2003 le salaire minimum perçu par un ouvrier haïtien est de 70 gourdes par jour (moins de 2 dollars américains). En 2009, le Parlement haïtien adopte une loi portant le salaire minimum à 200 gourdes sous une proposition du député Steven Benoit. Il incombe désormais à l'exécutif de procéder à la publication de cette loi dans le journal officiel de la République, Le Moniteur, pour qu'elle soit effective. Entre temps, les associations patronales comme l'ADIH et la CCIH mobilisent toute leur énergie pour empêcher que cette loi entre en vigueur : elles soutiennent l'idée qu'accorder 200 gourdes (moins de 5 dollars américains) de salaire à un ouvrier haïtien après une journée de travail de huit (8) heures risquerait de porter une atteinte grave à la compétitivité de l'économie du pays le plus pauvre de la région. 

 

Le dépôt en avril 2007 de la proposition de loi sur l'augmentation du salaire minimum par le député Steven Benoit a constitué, plus qu'une importante mesure, une manière de remettre sur le tapis le problème de la fracture sociale au nom duquel le devenir nation de l'Etat haïtien est sérieusement entravé : pris que nous sommes entre les inégalités de toutes sortes, les iniquités meurtrières et les injustices criantes. Les débats espérés n'ont malheureusement pas eu lieu et, à de rares exceptions près, les couches les plus défavorisées de la population haïtienne ont montré une fois de plus qu'elles ne peuvent occuper le monopole de l'attention de l'opinion publique que sous forme de visite guidée, de promesses politiciennes et de complaintes collectives dirigées par des maîtres crieurs au jour des morts.

 

On pensait que l'adoption récente de cette loi par les deux chambres successivement allait constituer une occasion rêvée pour nous convier à notre tâche, à notre mission qui est de veiller à ce que l'équité, en tant que condition pour nous maintenir en vie, soit le principe qui guide nos actions, nos politiques et nos espérances. Aussi, s'attendait-on à voir surgir de partout des propositions de loi porteuses de valeur de justice sociale, visant à corriger les injustices que nous affectons de déplorer. Mais, encore à de rares exceptions près, il semble qu'il n'est peut-être pas encore clair pour les gens de bonne volonté que  ce ne sont pas des paroles mais des actions qui nous conduiront vers ce que tous, nous semblons appeler de tous nos vœux : le progrès et le développement.

 

On s'attendait à ce que la contestation soutenue de la proposition de loi puis de la loi sur le salaire minimum par les regroupements de patrons jusqu'à la conférence de presse de l'Association des Industries d'Haïti (ADIH) en la date fatidique du 13 mai 2009 soit le point de départ d'une levée d'indignation, d'une remontée de colère devant l'hésitation des patrons à faire un tout petit pas dans le sens de la justice sociale. Mais malheureusement, encore une fois à de rares exceptions près, il n'en a été rien ou pas grand-chose.

 

Il faut, ici, saluer le courage de ceux et celles qui ont soutenu du moins la proposition de loi sinon la symbolique d'une augmentation substantielle du salaire des ouvriers. Je pense particulièrement à l'ami poète Raoul Altidor, à l'association Batay Ouvriyè et à un certain Daniel Simidor dont l'article paru en aout 2007 sur Alterpresse est encore d'actualité et vivement conseillé à ceux et celles qui craignent encore les conséquences de l'augmentation, La loi Hope et la nécessité d'un salaire minimum vivable en Haïti. L'auteur y a entre autres écrit ceci que je reprends à mon compte : « Prétendre qu'un salaire minimum de 180.00 gourdes découragerait l'investissement étranger est un argument spécieux : la République Dominicaine, où le salaire industriel de base est le triple de celui d'Haïti, excède chaque année son quota préférentiel sur le marché américain, à tel point qu'elle achète à vil prix une bonne partie du quota haïtien dans cette combine de zones franches frontalières. C'est plutôt le contraire qui serait vrai : un salaire minimum trop bas décourage l'investissement étranger, en augmentant l'insécurité sociale. »

Nonobstant les interventions de ce genre dans la presse, force est tout de même de constater que les ouvriers sont bien seuls dans cette histoire. Seuls et livrés aux patrons et à leurs prêtres magiciens, les économistes.

 

En effet, certains économistes n'ont pas manqué d'invoquer le mystère des chiffres dont eux seuls connaissent les arcanes pour nous faire voir que penser à donner 200 gourdes par jour aux ouvriers est une entreprise qui manque de sagesse. Sagesse !!! Mais, malheureusement pour ces économistes, ceux et celles qui connaissent l'histoire savent que sagesse ce n'est pas leur mot, c'est un refrain. Refrain d'une chanson bien connue que l'on nous a même déjà chanté il y a quelques deux cents ans !

 

Hasard ou coïncidence les patrons semblent croire aux mêmes dieux que les économistes. Ceux là essayent de nous vendre la loi sur le salaire minimum comme la boite de Pandore d'où sortiront tous les maux de ce pays : l'économie sera affaiblie (puisqu'elle est forte aujourd'hui) ; les détenteurs des capitaux ne viendront plus investir en Haïti (comme ils le font aujourd'hui) ; il faudra dire adieu aux avantages de la loi Hope (dont nous bénéficions aujourd'hui) ;  notre pays ne sera plus compétitif (tel qu'il l'est aujourd'hui où le secteur de la sous-traitance emploie 25000 haïtiens dans un pays de près de dix millions d'habitants).

 

Donc les paysans vont passer à une phase offensive ou défensive que l'on appelle exode rural, c'est-à-dire qu'ils quitteront leur province - ou leur pays comme on dit - que d'ordinaire ils ne quittent jamais pour venir chercher la belle vie des 200 gourdes dans la capitale.

 

Donc à la différence de l'année dernière la rentrée des classes sera pénible cette année pour les parents qui ne sauront à quel saint se vouer pour envoyer leurs enfants à l'école.

Donc le pays va connaître ce fléau impitoyable qu'est le  chômage.

Donc la Première ministre va peut-être quitter ses fonctions sans donner les 200 000 emplois qu'elle avait promis et que le peuple attendait à la date convenue.

Donc la vie que vous voyez aujourd'hui si abordable sera tellement chère que les ouvriers viendront en main propre échanger les 200 gourdes des politiciens fous contre la petite monnaie sagement calculée par les patrons réunis.

 

Enfin, un malheur n'arrive jamais seul voire deux ou trois malheurs, peut-être qu'un des patrons ne sera plus là pour être candidat en 2000 je ne sais plus puisqu'il aura sans doute déjà fermé boutique pour aller camper dans un pays lointain qu'on appelle le Cambodge où les ouvriers coûtent moins cher qu'ici.

Il aura donc suffi d'une loi pour que les grands patrons de Haïti Tomas, dont la réputation n'est plus à faire / nous sommes quand même en 2009, se fassent sentinelles de la cité adorée et se parent de leurs plumes d'oiseau pour annoncer les mauvais augures. Ignorent-ils ces sages que nous autres, Haïtiens, nous avons épuisé la boite de Pandore et que pour nous, tout est déjà arrivé ?

 

Décidément le dieu des industriels est un maître enchanteur de génie vu le pouvoir qu'il a de faire que, par le seul truchement d'une loi qui dit de payer 200 gourdes (moins de 5 dollars américains) à un être humain après une journée de huit (8) heures de dur labeur, des nantis d'un des pays les plus pauvres de la planète terre mettent en garde contre la pauvreté !

 

Alors, les plus excités diraient non sans une pointe d'humour : « Ces gens-là prennent les enfants du bon dieu pour des canards sauvages ! Ne s'agit-il des mêmes qui font payer leurs moindres services de telle sorte qu'ils ne perdent jamais de vue le taux de change, sans tenir compte de rien d'autre que le taux de change ! Refuseraient-ils aujourd'hui à un compatriote le droit à un salaire décent digne d'un être humain ! Alors là, si les patrons vivent à la sueur de leur front, il faut conclure que les ouvriers n'ont pas de front ! Ou, s'ils ont un front, le front des ouvriers n'a pas de sueur ! Et, à supposer que les ouvriers aient un front et qu'ils transpirent comme leurs patrons, pour eux, ces malheureux, ça ne sue qu'a petite goutte ! »

 

Au fait, j'ai toujours su que l'exploitation pouvait être profitable à l'exploiteur, mais c'est autre chose que de s'entendre dire qu'elle est favorable à l'exploité. Dans la logique qui voit dans la loi sur le salaire minimum une entrave à la création d'emplois, l'on peut voir clairement la volonté d'une certaine élite de mon pays de se donner pour vocation d'expliquer au peuple la vertu sociale de l'exploitation. Si le principe de la création d'emploi est le bas salaire, pourquoi n'y-a-t-il pas beaucoup d'emplois en Haïti avec 70 gourdes de salaire minimum par jour ? Pourquoi ne pas proposer le plus bas salaire possible ? Tant qu'à y être pourquoi ne pas revenir à la corvée ? - La méthodologie du faciès aidant, on pourrait sans peine attraper les ouvriers potentiels dans la rue pour les envoyer au travail ! - Et de proche en proche, pourquoi ne pas retourner au temps béni de la colonisation et de l'esclavage ? On aurait gagné en cohérence. Parce qu'en vérité, de l'avis de nos patrons et de leurs économistes, le travail, pour l'ouvrier, est seulement la peine moins la satisfaction en échange.

 

Evidemment, il n'y a rien de plus normal pour un patron que de convoquer tous les arguments, tous les artifices, tous les dieux, tous les fléaux, pour ne pas souscrire à l'augmentation du salaire d'un ouvrier. On sait que la seule vérité qui compte dans ces cas là c'est celle qui n'est pas dite, c'est la vérité du profit. Au juste, ils l'ont dit à demi-mot en proposant, pince sans rire, un « ajustement de salaire approprié et progressif. » Ainsi, le temps pour un ouvrier haïtien de toucher 200 gourdes par jour cette somme aura perdu un ou même deux zéros de sa valeur. Intelligent ça, non !

 

Ce que je ne comprends pas c'est que les arguments des patrons n'aient pas soulevé une large vague d'indignation de la part de ceux et celles qui sont de l'autre côté de la balance dans le partage des richesses : les pauvres de ce pays. Les journalistes. Les enseignants. Les artistes. Les sportifs. Les étudiants. Les fonctionnaires et j'en passe. On se demande où sont passés ces messieurs et dames qui ont pour métier de se regrouper pour refuser d'accepter l'inacceptable ? Où sont les reportages qui renseigneront sur le salaire et le train de vie d'un industriel ? Pourra-t-on voir sur nos écrans des documentaires sur la vie ouvrière ? Qui me parlera des conditions de vie d'un enfant d'ouvrier ? D'ailleurs, où sont les ouvriers ? Pourquoi ne pas les faire parler ? Comme on l'a fait dans les colonnes du Nouvelliste pour cet employé de la SONAPI qui eut à dire cette phrase que l'on sent pleine de vérité: « Avec les 200 gourdes par jour, j'aurai au moins de quoi manger et de nourrir humblement ma petite famille. »

 

« On reconnaît la nature d'un gouvernement en fonction de ses orientations et de son attitude vis-à-vis des classes défavorisées », a écrit Raoul Altidor en mars dernier. Moi, à  la place de gouvernement je mettrais société. Et je verrais qu'il n'y a pas longtemps tout un secteur dit culturel s'était levé comme un seul homme pour défendre une femme que des hommes politiques, que l'on nous présentait bouchés et ne connaissant que la position du missionnaire, accusaient sans preuve de jouir en dehors des prescrits de dieu et de la nature. On avait parlé du droit à la vie privée, au plaisir et à la jouissance. Qui, aujourd'hui que le droit à la dignité des ouvriers haïtiens est mis en cause publiquement, pour parler du droit au travail, à la juste rétribution et au bien-être ? Mes amis qui dormez plumes en main prêts à lancer et à signer des pétitions à la moindre anecdote, allez-vous laisser les ouvriers haïtiens seuls avec les patrons et leurs économistes ?

 

Faubert Bolivar

Port-au-Prince, 18-19 mai 2009

Publié dans Glanures

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L'os de vivre

Publié le par la freniere


Chacun se cache derrière sa face, son sourire plié comme un mouchoir de poche. La route n'est jamais droite et le lieu où l'on marche n'est jamais où l'on va. Les yeux couverts d'images, j'attends que la haine vienne se coucher au pied d'un arbre pour aimer une fleur, qu'une abeille me guide vers le dernier pétale. Je prononce quelques mots et les meubles s'embrassent. L'eau court à toutes vagues dans la maison d'argile. Des arbres poussent devant la porte. La vie, c'est plus que l'air et l'eau, que l'espace et le temps, que la terre et le feu. C'est plus que la naissance, la mort, le vieillard et l'enfant. C'est plus que le cosmos et le corps de l'atome. La vie, c'est un miracle quand elle porte l'amour.


Est-ce que la caresse a précédé le cri ? Je ne parle pas le langage des cocktails, des estrades, des intellectuels. Je ne parle pas la langue des affaires. Business as usuel. Je baragouine le bleuet, l'hirondelle, le craquement des berçantes, le poil des chevreuils, le bruit des pattes de chaise, les caleçons qui sèchent sous la caresse du vent, l'odeur du café noir. J'écris avec la mine à poêle. Je franchis les abîmes sur le fil des mots. Je trempe mon espoir dans la soupe des phrases. Je nomme l'essentiel avec les miettes du quotidien. J'harmonise mon sexe au paysage féminin.


Vous ne trouverez pas la vie  sur la crosse d'un fusil, à peine le bruit des balles. Vous ne trouverez pas l'amour au fond d'un coffre-fort. Chaque jour, vingt-cinq mille enfants meurent de faim, cent espèces d'insectes disparaissent. J'ai mal à notre monde, au pied du fleuve, aux bras de mer, aux têtes des violons, aux doigts de pluie crochies de rhumatisme, aux pierres des prisons. Je veux briser les murs. Des pierres me roulent dans la tête, des pensées sous les pieds, des jours avec les bras ouverts, des nuits avec la tête penchée sur le cœur, un peu d'angoisse enrobée de mots doux, des routes pleines de pas inachevés. Le temps me cogne sur les doigts. L'espoir au cœur usé comme un trognon de pomme bat la breloque entre les ruines. J'avance avec des fleurs dans les yeux mais des épines aux pieds.


La rose qu'on a coupée respire encore dans la terre. Les arbres aux veines végétales font craquer le béton. Ils retracent la sève dans la mémoire des saisons. Lorsque la neige fond, ma langue change en herbe, ma parole en humus. Mes phrases font des rides sur le visage du papier. J'écris entre l'extase pure et les mots frottant le sale avec une serpillière, entre les coups et les blessures, entre les tripes et les idées, entre l'âme des vaches et celle des voyous, entre les mots des autres et le silence où l'arbre fait ses fruits. Je vis plus près du loup que des moutons qui se laissent tondre. Les mots trop fatigués pour vivre, je leur donne mon sang.


Il y a des arbres où ne subsiste plus qu'un seul regard. Le vent a raturé les images. Les années ont gommé l'imagerie des feuilles, l'imaginaire des racines. Après la mort d'un arbre, son rêve continue. La pâte lève dans le sommeil des enfants. Ce matin, j'ai entendu chanter l'oiseau magique, celui qui bat des ailes dans ma tête. La sorcière du feu se transforme en rivière comme les bonhommes de neige en lutins invisibles. Il arrive que je cherche mes mots comme on cherche ses mains. J'entends ma voix sortir des choses et pénétrer la terre. Une lézarde grandit dans la cage où j'écris. Je croyais qu'il pousserait des fleurs entre les lignes mais la brouette du temps y creuse des ornières. Les mots finissent en chiffon pour essuyer mes larmes. Je dois m'asseoir la tête en bas dans la lumière. Il faut apprendre à vivre avec un corps qui meurt.


À l'étroit dans mon corps, je nourris l'âme en quête d'amour. Furieusement, je respire comme un enfant qui naît. Même promis aux défaites, je défends l'horizon. Icare tombé du ciel met les mains à la pâte et rejoint le soleil dans les labours de l'homme. Plus le pain se fait rare, plus nous le partageons. Je ne sais pas ce que je veux mais j'aime les sous-bois, le vert tendre des aulnes, le parfum des violettes, les jardins en folie, les danses de la flamme, le dos rond des collines. Je ne suis pas du bois cultivant ses échardes mais de la sève qui cours jusqu'au noyau du fruit. À creuser dans le temps, on s'écorche les doigts en déplaçant le sable. Le grand chêne tout frémissant d'oiseaux deviendra une table, une chaise, un cercueil. Que deviendrais-je après le dernier mot ? Je ne veux pas mourir en pyjama rayé. Avec ma seule peau, je me dénude peu à peu. Sous la chair des mots, je cherche  l'os de vivre, le feu dans l'ossuaire qui couve sous la cendre.

 


Publié dans Prose

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Lettre aux intégristes

Publié le par la freniere


Après le meutre de George Tiller,

médecin américain assassiné pour avoir pratiqué des avortements et sauvé des vies

 

 ***

Intégriste, lève toi et tue

Une femme a voulu choisir le moment où elle donnerait la vie

Un couple a voulu choisir le moment propice à l'amour d'un enfant

Un père a voulu choisir le moment où il pourrait faire un Homme

dans la dignité du pouvoir manger tous les jours

de celle d'avoir un lit, des rires, des cahiers, et du bonheur


Mais c'est vrai, intégriste

toi tu bondis devant les crimes commis

contre les milliards de spermatozoïdes abandonnés

chaque nuit dans le ventre caoutchouteux des capotes


Intégriste

vas-tu maintenant tuer les branleurs solitaires

et tous ceux qui ne pensent pas comme toi ?


C'est vrai, intégriste

aimer comme les hommes aiment, t'est étranger

tu es de ceux qui fomentent les guerres et les djihad

de ceux qui, parlant d'amour

laissent mourir de faim

des enfants aux quatre coins du monde


C'est vrai, intégriste

tu es de ceux qui refusent les sacrements

aux enfants morts avant baptême


Tu es de ceux qui tuent

en parlant d'amour

tu n'es que l'hydre à sept têtes

qui mangea l'indien le bison et la terre

qui, là bas, enferma la femme sous la bourca

qui, là bas, assassine les enfants du Darfour


Tu crois parler d'amour, intégriste

alors que tu en as fait un péché


Moi, je ne veux que l'amour.

 



Côté logique pure, sans émotivité

 

En 2006 la Population terrestre a dépassé 6,5 milliards d'humains, après avoir plus que doublé en 37 ans (en 1950 : 2,5 milliards et en 1987 : 5 milliards). Les prévisions tablent sur une population variant entre 7,3 et 10,7 milliards d'habitants en 2050.

Actuellement, une personne meurt de faim toute les 4 secondes (24.000 par jour), 815 millions de personnes souffrent de la faim dans le monde. Le monde épuise ses richesses, la surpopulation le pollue, le climat change. Dans ce capharnaüm, l'aveuglement des intégristes de toutes religions demande pourtant encore plus et plus d'enfants.

Les intégristes croient que Dieu solutionnera peut être cela par de bonnes épidémies* ou une bonne guerre contre "les méchants". Conséquence logique de cet aveuglement, seule la force  ou le privilège, en nourriront certains et la plupart mourront.

Excusez moi messieurs mesdames, la réalité me fait peur, et la logique intégriste me terrifie.

 

*l'interdiction des préservatifs est en soit une incitation épidémique



Jean-Michel Sananès

 


Publié dans Jean-Michel Sananès

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Comme un oiseau

Publié le par la freniere


Tu es ma maladie et mon seul remède. Tu es ma guérison. Il y a une heure que je pense à toi. Je pense à toi depuis hier. Il y a déjà un siècle que je pense à toi. Je penserai encore à toi au dernier moment. Il sera le premier. J'entre en toi comme un oiseau pénètre la lumière. Je retrouve des gestes que je ne savais pas. Je remplace les mots par un souffle sonore pareil à la rosée. Tu es là où j'existe le plus. Je suis là où tu vis le plus fort. Lorsque ma tête est vide, je me penche vers toi. Tu la remplis d'immense. Lorsque je suis petit, je viens grandir à toi. Lorsque la peur t'habite, tu me prends par la main. Parce que nous nous aimons, les oiseaux chantent mieux. Les fleurs sont plus belles. Le ciel est à portée de la main. Les caresses agrandissent nos corps. Notre pensée devient musique.


J'aime le printemps, les embellies, les pommes d'été. J'aime la vie mais moins que toi. Lorsque je pense au monde, aux fleurs, aux oiseaux, lorsque je pense au ciel, c'est à toi que je pense. Lorsque je pense au rêve, c'est à toi que je rêve. Lorsque j'écris, c'est pour toi que j'écris. Lorsque je fais un pas, c'est vers toi que je marche. Le bonheur de t'aimer est une seconde naissance. Je sais pourquoi je vis. Il n'y a plus de lieu de départ ni d'arrivée. Il n'y a que toi. Ce que je sais te dire, tu me l'enseignes encore, mille fois, cent fois, infiniment mille fois. Je te regarde avec amour, avec mon cœur, avec mes mains. Quand je te vois, l'eau qui dort s'agite au fond de moi.


Mes mains te soulèvent du sol dans un envol de caresses, doucement, très doucement, aussi doucement que le vol du pollen sous l'accolade du vent. Mes mains se vident sans toi. Je dois sans cesse revenir à la source. Je viens à toi retrouver le grand large, le doux émoi de vivre, l'espoir à bout de lèvres, l'amour à bout de bras, la terre refusant tout ancrage. Il n'y a qu'avec toi et les enfants  que je ne regrette pas d'être vivant. À me pencher sur toi, je m'approche du ciel. Mes mains trouvent ton corps. Le monde ressuscite aux caresses des lèvres. Ce que je voulais être le devient dans tes bras.


Je t'aime. Je te le dis multiplié par mille fois mon cœur. Quand tu parles, toutes les fleurs écoutent. Quand tu ne dis rien, je cueille ton silence. Je me recueille en toi. L'eau pour mes lèvres, c'est ta bouche. Tes yeux sont l'étincelle dans les miens. Même sans mains, il faut que je te touche. Bouche fermée, il faut que je te nomme. Même sans yeux, il faut que je te voie. Quand j'ai tout mes sens pour t'aimer, c'est sûrement le bonheur. Je retrouve par toi le rythme de l'eau claire. Je te regarde avec des yeux qui aiment, mes yeux de terre et d'eau où poussent tes racines. Mes lèvres sur ta peau, je goûte ton parfum avec la bouche en fruit.


Si je suis le désert, tu en es l'oasis. Je ne suis jamais nu. Je m'habille de toi. Même quand je suis loin, le courant passe entre nous. Il n'en finit jamais. Il suffit d'être nous. On ne s'épuisera pas. Avec toi, que je monte ou descende, je m'élève toujours. Tu inspires les fleurs quand elles s'ouvrent, les ruisseaux quand ils courent, les oiseaux quand ils chantent, les enfants quand ils jouent. Quand tu es là, même l'ombre devient lumière. Nous sommes si ensemble, il se peut que nous n'ayons jamais été séparés.


Je viens à toi ému comme un lilas, avec des pas de campanules, un balancement de vagues, les joues rouges d'amour. Nous vivons en nous comme la prune dans son noyau. Ensemble nous goûtons le bonheur. Je ne vois plus ma main sans ta main dans la mienne. Je ne sens plus mon corps sans ta peau. Je n'entends plus battre mon cœur sans entendre le tien. Je ne sens plus les fleurs qui n'éclosent pour toi. Sans toi, ni le jour ni la nuit ni le temps ni l'espace n'ont plus de raison d'être. Je sais pourquoi je vis. Tu es la réponse à toutes mes questions. J'oublie qui je suis. J'oublie qui tu es. Je ne vois que nous-deux. Quand ton centre est le mien, même ce qui nous sépare nous unit. Chaque seconde est l'anniversaire de notre amour.

 


Publié dans Prose

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À Pierre Perreault

Publié le par la freniere

 

à
Pierre Perrault
et à Yolande

 

Le goéland, la sterne
frisant les vagues
jettent aux vents
leurs clameurs d'enfants d'outremonde,
tandis que le huard
sillant l'eau plane du lac
pousse jusqu'en votre âme son cri de lumière écorchée

 

Henri Pichette

 


Publié dans Poésie du monde

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Colère Césaire

Publié le par la freniere


D'autres, à propos de lui, auront des faits saillants, des dates précises, des rencontres décisives. Il ne me reste que des couleurs aujourd'hui légèrement délavées par les larmes. Je ne m'attendais pas à pleurer, n'ayant jamais fait de pèlerinage chez Césaire. « Pas de dieu, pas de lieu », dit l'énigmatique Magloire Saint-Aude. Saint-Aude, c'est le premier à qui j'ai pensé, dans cette chambre d'hôtel où la mort de Césaire m'a surpris. Très tôt, le matin, un journaliste m'a joint au téléphone et sans aucun autre préambule (la mort agit sur la presse comme le chiffon rouge sur le taureau) : « Césaire est mort, qu'avez-vous à dire ? ». Rien. Je suis de ceux que la mort impressionne encore. J'ai gardé le silence jusqu'à ce qu'on ait raccroché à l'autre bout du fil. Césaire méritait, de ma part, ce silence. Le silence d'Haïti, ce pays qu'il a tant défendu, chez lui et ailleurs, dans son oeuvre comme dans ses discours. Puis, un peu plus tard, j'ai pensé : il ne peut pas être mort puisque j'étais en train de le lire. Un poète parle plus fort mort que vivant. Hier encore, on était dans le même siècle. Une heure après sa mort, je le lisais déjà différemment. Sur ma table de chevet se trouvaient l'émouvant « Cahier d'un retour au pays natal » et le fameux « Discours sur le colonialisme ». Des textes que j'ai vus, il n'y a pas longtemps encore, entre les mains des étudiants de Port-au-Prince. On transpose, en Haïti, la question coloniale en rapports de classes. Et cela provoque la même colère-celle des affamés ressemble à s'y méprendre à celle des humiliés.

 

Qu'ai-je à dire de la mort de Césaire ? La mort est une affaire privée. De son oeuvre, je peux parler de mes lectures à travers le temps. Un homme qui meurt à 94 ans, on a le temps de le lire sous différentes loupes. Ses actions publiques changent parfois notre éclairage. Je suis couché sur le dos. La télé éteinte. Une seule nouvelle me concernait. La petite chambre déjà encombrée d'ombres. Saint-Aude que j'ai évoqué à cause de Breton. Césaire et Saint-Aude réunis par Breton, qui les a lus avec son enthousiasme coutumier. Presque les mêmes mots pour ces deux Antillais. Pas de poète sans un bon lecteur, on l'oublie parfois. Puis Depestre, avec qui Césaire a correspondu en vers impatients. Mon premier choc d'adolescent. Deux hommes qui se parlent en poésie. On en discutait à 17 ans. Qu'a dit Depestre ? Qu'a répondu Césaire ? Glissant, son cadet, une forte tête, nous attirait déjà. Puis personne d'autre à qui vraiment parler. On va à la Martinique pour voir Césaire. Ne vous fiez pas à ce sourire derrière d'épaisses lunettes qui lui fait cet aspect de vieillard aimable. Ça bouillonne toujours. Césaire aime gronder. Puis ce calme qui peut durer une décennie. Un esprit vif et cinglant qu'il doit parfois tenir en laisse comme un chien enragé. Quelle tension !

 

Avant que le téléphone ne se remette à tressauter sur la pile de bouquins, je rentre sous les draps pour être avec Césaire. Le revoir au cours de ma vie. J'ai tardé à le fréquenter. Son territoire m'étant totalement inconnu. Les Antilles (Haïti, c'est la Caraïbe plus farouche), la métropole, la colonisation, pas trop ma tasse de thé. Je n'étais intéressé qu'au sexe et à l'Amérique. De plus, j'avais l'impression que Depestre l'avait lu à ma place. On ne vivait pas, Césaire et moi, sous le même fuseau horaire. Je me sentais plus proche d'un Miller. Je trouvais, à l'époque, le « Cahier » difficile à lire. J'étais ce lecteur souverain qui ne lisait que ce qui l'intéressait. Jamais par obligation. C'est pourtant dans un autobus, sur la route Montréal-New York (en traversant les Appalaches), que j'ai véritablement flairé le « Cahier ». Voyage de nuit. Je découvrais enfin le rire sauvage de Césaire, un rire que cache mal sa colère. Colère Césaire. Céline va au bout de la nuit. Césaire, selon son fameux vers, jusqu'au bout du petit matin. Un éclair d'optimisme, donc, chez Césaire, qui aperçoit l'aube. Un optimisme toujours tempéré par une intelligence finement aiguisée. Dès 1956, au premier congrès des écrivains noirs, le jeune Baldwin avait repéré chez lui ce sens de la ruse.

 

J'imagine l'oeuvre de Césaire comme une solide maison avec de multiples chambres. Architecture un peu carrée mais bien ensoleillée. J'ouvre cette pièce pour découvrir ces trois hommes en tête à tête : Senghor, Césaire et Damas. Breton, debout, dans le couloir. Toute une aile pour abriter le triumvirat : colonialisme, communisme et surréalisme. Sur une dernière porte, au fond de la cour, des lettres scintillantes : « Négritude ». L'affable maître de maison. Depuis sa mort, Césaire est devenu subitement lisse, propre, sans aspérités. Un classique, quoi ! Jusqu'à la prochaine explosion.


Dany Laferrière

Publié dans Glanures

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Ils ont la mer... (France)

Publié le par la freniere


Ils ont la mer à l'ancre entre les deux épaules
et la mer tout entière se ferme dans leurs poings
Ils accrochent par mégarde le soleil à leurs pas
et les aveugles voient le cœur brûlant du monde

Ils aiment les oiseaux qui ont perdu leurs ailes
Ils cherchent dans leurs poches le seuil de la maison
qu'ils n'ont jamais quittée

Ils portent le ciel à bout de bras
et jouent à la marelle enfer et paradis
Ils tranchent les amarres du jour
et ils voient ce que seul un enfant
peut voir au fond des neiges

Ils sont au bord du monde
le ciel tombe à leur place
Ils conduisent l'enfant au pays des fontaines
le loup privé d'enfance les cherche dans la neige
et les change en oiseaux


Tristan Cabral

 


Publié dans Poésie du monde

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Ne t'excuse pas (Palestine)

Publié le par la freniere


Un autre jour viendra, féminin,
à la métaphore transparente, accompli,
adamantin, nuptial, ensoleillé,
fluide, sympathique. Personne n'aura
une envie de suicide ou de migration,
et tout, hors du passé, sera naturel, vrai,
conforme à ses attributs premiers.
Comme si le temps
dormait en vacances...


(...)

Mahmoud Darwich,


traduit de l'arabe(Palestine) par Elias Sanbar

Publié dans Poésie du monde

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Aphorisme du jour

Publié le par la freniere


Il faut apprendre à vivre dans un corps qui meurt.

 


Publié dans Aphorisme du jour

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Michel Hezard: La lucarne des mots

Publié le par la freniere

Publication en juin du recueil de Michel Hezard : "La lucarne des mots"

Dans son nouveau recueil Michel Hezard fouille avec minutie les strates du quotidien, son écriture implacable agit comme une loupe et révèle dans sa puissance introspective, les forces fragiles et déterminées de l'humain.

Extraits :

Attelé aux jours difficiles
l'enveloppe humaine caverne
à la porte des demeures
Sur les bords sauvages
des cocons de béton
elle tâtonne le non-vu en toute vulnérabilité
risquant à chaque instant
de trouver son lopin de bas monde
sur les autoroutes du Bien
comme bête noire écrasée.

                                         
                                             

                                                Sur le versant obscur
                                                des luttes inutiles
                                                on retient les leçons
    

                                            À l'extrême bord
                                                du reniement
                                                on lâche tout
                                                plume au vent
                                               dans le précipice
                                                                      de vivre.


Michel Hezard - "La lucarne des mots" - Editions Chemins de Plume/poésie - ISBN : 978-2-84954-078-7 -
Prix 14 Euros (+ 1,50 Euros frais de port)
À commander aux Editions Chemins de Plume - 156, corniche des oliviers, V30 - 06000 Nice ou cheminsdeplume@yahoo.fr- Sera disponible en librairie à partir de juillet 2009

 

Publié dans Prose

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