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Les frères Gagné exposent

Publié le par la freniere


UNE ANTI-HISTOIRE DE L’AMÉRIQUE / écran 4

Étouffante modernité

Collages de Jean Gagné et Serge Gagné

Centre multidisciplinaire ORO RUBY

547 Route Vianney, St-ferdinand, Qc

du 1 août 2009 au 30 août 2009

ouverture Samedi le 1 août 2009 17:00 à 19:00

 

Au tout début il y a un paysage et des forces naturelles gratuites.

Des gens s’y installent pour transformer ce paysage à la sueur que donne le travail.

Et puis une bonne journée ceux ou celles qui savent détrousser une grosse affaire s’amènent pour faire marcher le tout au rythme du progrès (début de l’autre siècle) et du développement durable (le présent siècle).

Un peu comme au temps où les colonialistes de tout accabit découvraient de nouvelles contrées et s’accaparaient le droit d’évangéliser et moderniser “les étranges” qui y vivaient déjà.

Au tout début ces images bouts de papier étaient simplement des rebuts, de la nourriture de containers, pas plus.

Aujourd’hui, elles ont acquis une nouvelle réalité sous leur verre respectif.

Longue vie à tous les “scrappés” de la planète qui résistent avec leurs têtes de caboche.

 

contact

Jean Gagné, Serge Gagné, 418-428-3406

cocagne.org / lorla.org

 

 

Curriculum vitae

 

Jean Gagné, cinéaste indépendant

Cinéaste indépendant il a réalisé et fait le montage de 17 films de longs métrages.

C’est sous sa direction que Production Cocagne a mis en place une collection consacrée à témoigner

de la création dans toutes ses différences, La Poésie à l’Ouvrage.

On y retrouve des oeuvres dédiées à Gaston Miron, Denis Vanier, Armand Vaillancourt, Gilbert Langevin, Pierrot Le fou Léger, Roland Giguère entre autres.

Il est aussi un artiste multidisciplinaire qui s’exprime particulièrement dans la réalisation de collages multi-média.

Membre fondateur du Rézo de diffusion du cinéma indépendant, il y a proposé une direction garantissant

sa mission d’affirmation de la pratique du cinéma indépendant.

Il agit comme vice-président du conseil d’administration de Diffusion Conventum.

Dans le cadre du Centre de recherche multidisciplinaire qu’entend mettre en opération COSODÉLO, il participera à la mise en place d’un atelier consacré au documentaire d’auteur.

Présentement il termine le montage d’une imagographie, L’OR LÀ, une adaptation libre de la nouvelle

LE HORLA de Guy de Maupassant.

 

Serge Gagné, cinéaste indépendant

Cinéaste indépendant, producteur, réalisateur et cameraman il a collaboré à plus de 17 films de long métrage.

Il est président de Diffusion Conventum et 7ième Art Distribution, corporations qui s’occupent de la promotion et de la diffusion du cinéma d’auteurEs.

Il est aussi un artiste multidisciplinaire qui s’exprime particulièrement dans la réalisation de collages multi-média sur support électronique et cinématographique.

Membre fondateur du Rézo de diffusion du cinéma indépendant, il y a assuré la planification stratégique avec une expertise inestimable pour le développement et la gestion stratégique.

Il est aussi un analyste reconnu pour toutes les questions entourant la place et les enjeux de la création et du cinéma dans la société.

Dans le cadre du Centre de recherche multidisciplinaire qu’entend mettre en opération COSODÉLO, il participera à la mise en place des services pour la promotion/diffusion du Cinéma indépendant.

Présentement il termine le montage d’une imagographie, L’OR LÀ, une adaptation libre de la nouvelle LE HORLA de Guy de Maupassant.

 

 

FILMOGRAPHIE

Saison Cinquième, 1968 - La Tête au neutre, 1973 - L’ ou ‘L, 1974 - Une Semaine dans la vie de camarades, 1977

À vos risques et périls, 1980 - La Couleur encerclée, 1986 - Le Royaume ou l’asile, 1990 - La Folie des crinolines, 1995

La Marche à l’amour, 1996, Ton père est un bum, 1997, Étrange Histoire, 1998, Un souffle qui brûle, 2001, Barbaloune, 2002

Cerbères à l’horizon, 2006, J’irai danser sur vos barrages, 2006, 1 million d’heures plus tard, (en montage), l’Or Là, 2010

 

 

Publié dans Prose

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On a beau dire

Publié le par la freniere


On ne prie plus, on tue. Les religions arment le bras de Dieu. Une montre au poignet, on enchaîne le temps. On dépèce le hasard avec un agenda. La parole se perd de portable à portable. On perd sa liberté d’un rendez-vous à l’autre. On ne peut plus donner sans permis de vente, brouter sans être du troupeau, chanter sans permission, parler sans microphone, faire l’amour sans capote, fumer sans raison, manger sans additifs, pisser dans l’eau, écrire sans grammaire, nager sans maillot, courir sans vitamines, rire sans raison, respirer sans tousser ni même pleurer pour rien. On ne peut plus vivre sans numéro, sans portable, sans prothèse. On ne peut plus dire allo sans passer pour un fou ni sourire aux enfants sans passer pour un monstre. Les camions d’abattoirs, les bêtes en pacage, les ambulances pleines, les fourgons mortuaires se croisent pour mieux creuser  l’écart. On a beau dire. On a beau faire ou défaire. Il n’y a pas de corps sans âme. Il n’y a pas d’amour sans amour. Le jardin s’agenouille quand une abeille prie dans l’église des fleurs.

           

La pomme se croit libre quand elle quitte la branche. Sa chair est aux enchères comme la peau de l’homme. Elle mourra noyée par le cours de la Bourse. Dans la bibliothèque de la pierre, je lis le braille du lichen, son écriture végétale. J’essaie de devenir à la fois terre et eau, sève et sang, le goût et la matière. Mes pas marchent dans l’ombre, reliant l’encre et les racines, le soleil et la nuit, le pépin au fœtus. Des doigts de pluie consultent ce que la terre écrit et l’encre le compulse. Au lieu de réduire le monde à la dimension d’une page, les mots l’agrandissent. On a besoin de repères dans le blanc des questions et la boue des réponses. La solitude ne s’échange pas. Seule la présence se partage. Les mots qui éparpillent le silence finissent par se perdre. Il y a des fleurs qui poussent sans être vues. J’écris sans être lu.

           

J’accompagne à l’oreille la musique des sourds, le matin qui s’éveille au son des cafetières et vérifie sa tasse, le chant des ouaouarons sur la vieillesse de l’eau, l’émail qui s’effrite sur la vaisselle du cœur, la mort des grands arbres, le vent qui mâche les orties, l’écriture antérieure dessinée sur les grottes. Le temps ne rend jamais la monnaie de la vie. Pour ne rien oublier, je fais des nœuds avec mes mots, avec mes phrases, avec mes doigts. Sous les toits de ma peau, je fouille dans les chambres. Je déplace les meubles. Je change les rideaux et j’ouvre les fenêtres. D’une tête à l’autre, les rêves s’entremêlent. À la boutique du cœur, je vous solde mes mots pour un peu d’espérance.

 


Publié dans Prose

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Haine de l'entertainment

Publié le par la freniere

 

Haine de l’entertainment pour :

 

la solitude ;
la méditation ;
la distance ;
le tragique ;
la profondeur ;
l’écart ;
l’amitié ;
la beauté ;
le « droit de se contredire » et le « droit de s’absenter » (Baudelaire) ;
l’intensité ;
l’existence personnelle ;
l’indifférence ;
le style ;
le luxe ;
la pauvreté digne ;
le génie ;
la fantaisie ;
l’étude ;
la connaissance de première main ;
l’esprit de finesse ;
la lucidité ;
l’« impossible » ;
le devoir ;
le goût ;
le fatal ;
la dignité ;
le goût du vrai pour le vrai
l’élégance ;
la dépense ; la fête ;
la gratuité ;
l’épreuve tâtonnante de ce qui est ;
le sublime ;
le désintéressement ;
la mesure ;
le loisir ;
le savoir de la dissymétrie de la représentation et du réel ;
la maladresse ;
la honte ;
la faute ;


la mort


La haine de l’entertainment pour les figures les moins irréelles des existences effectives dessine en l’inversant la carte des régions qui doivent être défendues.

Jean-Paul Michel   in revue L’Étrangère, n° 21/22

 

Revue L’Étrangère à Paris : Revue L’Étrangère, c/o Mathieu Brosseau, 40 rue Jules Auffret, 93500 Pantin

 

 

 

 

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Convoi fatal

Publié le par la freniere

 

N'y voyez pas de sensiblerie, de ces obsessions "d'écolos " en mal d'être et de vivre, encore moins de ces états d'âmes qui accompagnent dans les salons quelques destins aisées aux teintes roses et chatoyantes, de satin et de mousseline.
Je ne suis pas littérature et encore moins redresseur de torts, je ne prétends pas refaire le monde ni  m'accorder la responsabilité de ce jugement dernier, de justicier planétaire!
Mais convenez, que ce qui nous arrive touche au ridicule, au non-sens, à la déraison d'état, à la démesure et surtout à la négation ubiquiste, conquérante de la dignité du genre humain...
De nos urbanités à l'urbanitude, du temps compressé au temps monnayé, nous voilà embarqués dans le train fou et la frénésie de consommations inutiles, pris dans une tourmente qui exclut toute pensée, toute compassion, tout regard sur notre prochain qu'il soit humain ou animal, voire existentiel.
J'habite une ville, qui comme tant d'autre n'est plus qu'un chaos d'individualités en délires, une folie en mouvement, une juxtaposition de besoins et d'envies aussi éloignées de la vie que ne l'est la mort programmée de ce que l'on dénomme le progrès, l'évolution.

La zone industrielle a colonisé les bords de mer et des kilomètres de Côtes, faisant d'un littoral insulaire un gigantesque comptoir de la distribution et du superflu... On y a réussi le pari dantesque des noces de l'or bleu et de l'or noir sur le dos argenté des devises, aux doigts bagués de la possession blasphématoire!!!
Je suis d'une entité régionale qui voit revenir tous les ans le temps fracturé, cloisonné, enclavé comme la prison des foules aux cellules saturées de ces âmes sans saisons que la société et ses systèmes embrigadent. J'assiste à ces lourdes migrations saisonnières, comme à un lâcher de fauves dans l'arène chauffée à blanc des villes du soleil aux plages souillées, aux campagnes incendiées, aux décharges immondes.
Je suis prisonnier dans des embouteillages gigantesques et je ne prends pas mon mal en patience parce qu'autour de moi je sens la charogne et la putréfaction des animaux de compagnie abandonnés sur les routes, morts de faim, de soif, ou écrasés, comme s'éternisent en silence les logiques meurtrières d'États, les pertes inévitables du bitume et de l'acier. Je hume ces vents planétaires aux goûts fétides, aux suints collants de la mondialisation des mœurs et des nouvelles coutumes.

Les joies aux peines se fondent dans le tollé général de la délivrance et des souvenirs de sources.

Le Bonheur des uns et le malheur des autres s'ignorent et l'on se console ainsi des avatars et des avanies de ce monde en pleine effervescence estivale.
En entrant dans le supermarché, là où l'on vend délibérément les denrées de l'industrie gorgées de pesticides et d'antibiotiques, ces tonnes de sang et de viandes abattues, je côtoie le mendiant qui me tend la main au son d'un accordéon triste, de l'orgue de barbarie jouant un air à remonter le temps de l'Est dans l'air torpide du béton et la solitude affligeante, ordonnée en épis lucratifs des parkings.

Je vois les surplus et les denrées alimentaires, aux dates périmées, partir aux ordures de la ville... Ce n'est pas la campagne de la solidarité spectacle menée tambour battant!

Les charriots de plus en plus garnis et plus gros se croisent, cachent l'indigent et son petit chien dans la cohue inorganisée de l'été mesuré qu'il faut à tout prix consommer, dépenser, épuiser. Et dans les rayons, ça bouchonne et ça grince, le temps presse encore, c'est une habitude qui se renforce pendant le temps libre.
Pas un mot, pas un échange, le propos est rare ou méfiant, presque suspect! Et ce sont des villes, des pays, des Europe qui se côtoient, affairés devant ces étalages indécents jetés en pâtures aux consommateurs abusés afin qu'il y perdent liberté et temps, leurs jours mis en menues pièces, inlassablement gagnés, désespérément noyés, innocemment glanés comme des leurres.
C'est ainsi que pour accéder aux mêmes lieux, palper les mêmes rêves, chaque auto, avion et bateau se suit, se colle  l'un à l'autre, voyages ou dérades déjà achetés ou vendus qui iront aux commerces du soleil et de l'azur travestis d 'urbanités, de clichés et de mensonges érigés en lieux communs, en authenticité destituée;
C'est ainsi que la nature expire, que la mer étouffe au milieu de l'été des méduses sillonnée de gens pressés, que l'air opaque et glauque montent des artères bouillantes, saturées de la vallée et tire sur la clarté aurorale des montagnes le linceul estival de gaz et de poussières.
Dans l'effervescence de la ville, le goudron et la terre en deuil fondent, ils exsudent une moiteur grasse en guise d'humidité du bord de mer; elle se transforme en nuages épais, étouffants, donnant aux rayons du soleil le droit imprescriptible de vous mordre et vous brûler.
Mais il existe aussi les grandes surfaces du soin et de la santé de saison, on y vend toutes sortes d'antidotes aux forfaits des humains perpétrés contre la fraîcheur et les douceurs d'antan... Elles ne désemplissent pas, on y trouve les élixirs de jeunesse et de nouvelles jouvences!
Ainsi chemine l'imagination des hommes prompte à détruire, à bouleverser le monde et la nature pour leur substituer ses propres sources de richesses.

Comme il est triste d'être de ce convoi fatal, pris dans l'engrenage, comme une roue asservie aux dents meurtrières d'un mécanisme que le profit alimente. Il existe des retraites, des îlots, mais ils recouvrent souvent des allures de fuites et d'isolement.

Et quand l'incendie surgit aux jours de grands vents et de renverse, que le pompier donne sa vie pour sauver autrui et le temple de la nature, la vie continue, âcre et brûlante aux feux de joies de l'été qui se prolongent tard dans la nuit presque étoilée,  baignée de l'insouciance qui nous est mesurée.

L'invasion est totale, les soupapes se sont ouvertes, elles sont commandées d'en haut, il n'y a rien à faire que de se trouver happé, broyé et cuit dans la grand-messe de l'été, des vacances que les billets classent, affichent et destinent. Les sympathies iront aux plus offrants, la pièce de théâtre se joue le temps d'un été en quatre actes mensuels... L'hiver et ses tempêtes effaceront  les blessures d'une occupation que les comptes tolèrent.

Entre servitude et urbanitude, il n'y a qu'un pas que le moteur à explosion et l'épargne franchissent de plus en plus lentement sur les routes grégaires de nos libertés confisquées, sur les chemins de nos jardins d'enfants et du temps perdus.

 

Ne m'en voulez pas, je suis de ce monde, je vis et ressens la fracture, la césure de l'homme et de son milieu, je demeure sur la scène tragique, au bord des nations et d'une civilisation aux abois .

Je me souviens de juillet, de ses brises azur et cristallines, d'Août quand nous posions une tente sous le pin dans la solitude des algues et des dunes; le soleil était tendre et la brise si fraîche qu'elle nous imposait à l'ombre l'étoffe du soir.

Les nuits étoilées étaient silencieuses et claires, espérantes comme une attente, un espoir. Et chaque jour s'annonçait de ces découvertes, d'un renouveau à jamais attendus, si rassurant, comme le don de la vie à la nature qui vit en toutes choses.

Le monde est multiple, de joies et d'horreurs, depuis la nuit des temps. Ce n'est pas une fatalité et plus que jamais, je suis de ceux qui, de plus en plus nombreux,  appellent à l'insurrection des consciences pour que cesse définitivement l'impérialisme des modèles bloqués et dominants de sociétés qui nous poussent irrémédiablement vers une cruelle et meurtrière impasse de feu, de sang et de morts à retardement.

 

Pasquin d'Ota

 


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Les nuages

Publié le par la freniere


photo: Christiane Tremblay

Depuis le début de l'été, l'écriture des nuages rature le soleil.

Publié dans Accessoires

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Premiers pas

Publié le par la freniere


1 mètre cube de landeaux dans le salon
Entrainement aux dépliages
Doigt coincé dans la charnière
Et la poussette immobile qui fout les jetons ...


Je vous conseille fortement tous les livres et le blog de Thomas Vinau. Un écrivain à suivre. Tant qu'il ne s'enfle pas la tête et ne bat pas son chien.

Publié dans Prose

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La promesse

Publié le par la freniere


À l’automne, l’arbre perd ses feuilles, l’homme ses illusions.  Le monde est surpeuplé et ses couloirs sont bondés. On marche l’un sur l’autre. Entre les cimetières d’autos et les parcs à vieillards, l’humanité se perd. Les choses, peu à peu, ont pris toute la place. On ne distingue plus entre un cœur qui bat et une pile au carbone. Devant la marée noire, même les poissons pleurent dans l’eau. Peu importe la fin, mourir est la seule promesse que l’on tient. Tous les mots sont blessés. Le pansement du silence n’étanche pas le sang. Les hommes se parlent à la pointe du fusil. Le sang remplace l’encre. On n’écoute plus le silence. On a peur de s’entendre. Les battements du cœur lancent des SOS. Le pouls sonne l’alarme. Nous préférons vivre dans l’illusion. Le jour devient pauvre en paroles d’amour. On n’ose plus dire je t’aime. Assis sur une bombe à neutrons, nous quémandons la paix. L’Amérique est un vol. L’Amérique est un viol. Quelques Indiens survivent pour en témoigner. Plus personne ne sort sans son ombre, son parapluie, son flingue. Une carte de crédit nous sert d’identité. Assis sur les genoux de la vie, j’ai déchiré la mienne. J’interroge la pierre. Je questionne la source. Je partage mon pain.


Qu’y avait-il avant ? Qui s’en souvient ? Les autoroutes sont comme le lit desséché d’une rivière. J’ai plongé ma vie dans la chair d’un arbre, à l’intérieur des pierres, dans le vol d’un oiseau, dans l’ombre d’une bête. Je me suis inséré dans la fracture du monde, enfoui dans la glaise. J’ai endossé la peau du cœur, le souffle des méduses, le pourrissement du bois. J’ai perçu l’infini dans un grain de poussière. J’ai plongé dans l’étroit, dans l’obscur et l’abrupt. Je me suis perdu dans l’immensité. Il y a de l’infini à chaque bout de la vie. J’ai plongé dans la mer, de la première à la dernière vague. J’ai marché sur une terre de syllabes. J’ai parcouru à pied l’envol des voyelles. J’ai avancé plus loin. J’ai fait corps avec la mort et je suis revenu. Le soleil est le même. Partout, j’ai grappillé des mots. Je m’en suis fait un corps, de vase et de lumière, de la première à la dernière lettre.


Certains gravissent la montagne pour voir plus haut, d’autres pour regarder en bas. Je n’ai pas de mémoire. Je m’invente à mesure, sans passé ni futur. Je lis mes souvenirs dans la paume des pierres, les lignes des fossiles, les cercles de l’aubier. J’écris au milieu du monde, des enfants, des insectes, avec des mots qui piquent la peau blanche des pages. Les tournesols sont des visages d’enfant qui regardent leur mère. Les abeilles sont des fleurs dans le pollen du temps. Je nomme le bouleau, la rainette, le vent, le feu des épervières sur la robe des champs. J’ai trop semé dans les épines. J’ai cherché trop longtemps mon salut dans la fuite, courant d’une rive à l’autre comme un fleuve indompté. Loin des racines, je chantais faux sur le bord des trottoirs. On ne dit pas l’usine avec la voix d’un fleuve ou le cri d’un oiseau. Vous ne me verrez plus sur le parvis des banques à faire la queue basse. Vous me trouverez dans le bois causant avec les arbres, dansant autour d’un feu, en haut sur la colline avec les vaches volantes, le cœur sur la main cherchant le foin des mots, sur le bord d’un ruisseau avec les pieds dans l’eau ou couché sur le dos, grattant avec les yeux le ventre des nuages.


Le monde est si petit et le monde est si grand. Il y a tant de signes, de sons, de lumière. Mes pieds nus philosophent avec l’herbe et le vent, mes mains avec la neige, tout mon corps avec l’eau. Je traverse le monde comme le sang me traverse. Je rejoins l’eau, la terre, le soleil. Je retrouve en marchant la langue de ma mère, son pas d’aube légère. Je vois l’envers du décor, le négatif des rencontres, les pôles qui s’épaulent. Je nomme le jardin, la chair d’une rose embrassant le pollen, les milles bouches du fleuve, l’asymétrie des feuilles, le pouls lent de la sève, l’espoir qui surveille les nids abandonnés, la tendresse de l’herbe aux doigts incalculables. Je nomme l’horizon comme l’oiseau dit l’aile. Aucun mot ne suffit. Il faudra tout refaire, le temps, l’espace, l’espérance, l’amour. L’infini de l’espace est comme l’éternité dans les hommes et les femmes.

 


Publié dans Prose

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Un locataire vigilant

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photo: Christiane Tremblay

Les hirondelles y reviennent chaque année. Il y a parfois deux couples à la fois dans cette petite cabane.

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Le surplus (Canada)

Publié le par la freniere

 

Tous les autres gens donnent dans le surplus.

J’essaie simplement d’acquérir le minimum.

Je suis le démuni, le nécessiteux,

je suis le sans-foyer

à la recherche d’un gîte et d’un lit.

Je les vois, avec leur argent en surplus,

leurs voitures en surplus, leurs femmes en surplus,

avec leur temps et leur ciel en surplus.

Ils ont plus qu’ils ne leur en faut

et c’est là l’essentiel de leur vie.

J’ai moins qu’il ne m’en faut

et c’est là l’essentiel de la mienne.

 

Ken Norris

 


Publié dans Poésie du monde

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Tout

Publié le par la freniere


Quittant le pire, je ne veux pas le mieux, je veux le tout. Toute la lumière. Toute la vie. Plus que la vie. Je te veux. Je te veux comme la terre le soleil ou comme un fleuve espère une île. La nuit s’est glissée hors de moi pour te rejoindre, mon amour. Il n’y a plus de temps. Il n’y a plus d’espace. Il n’y a plus que nous en marche vers ailleurs. Quand j’écoute mon cœur, j’entends battre le tien. Malgré nos différences, nous sommes un même corps. Tu fais partie de moi. Je fais partie de toi. Mes mains sur tes épaules deviennent tes épaules. Tes rires sur ma bouche deviennent mes paroles.

           

Je mets pour toi toutes les langues du monde dans le français du mot aimer. Chiholloli. Mahal kita. Te Amo. I love you forever. Je t’aime mais pas seulement. C’est bien plus qu’aimer. C’est beaucoup plus que vivre. Je me sens plus vivant quand tu souris pour moi. Tu parles comme un ange. Tu aimes comme une femme. Nous bâtissons à deux une maison d’amour, plus pure que le désir, plus belle que la vie, plus grande que le monde. Je déplace des montagnes pour aller jusqu’à toi. Je t’apporte mon fleuve, mes rivières, mon loup, le vent bleu du Saguenay. Je t'aime comme tu es, dans l'immense et le pur, au-delà, bien au-delà de ce qui est, de tout ce qui peut être.

           

Il n’est de véritable vie sans amour véritable. Les arbres dans ta cour ont des racines ici.  Je te mange des yeux. Nos mains nourrissent les caresses. Je ne te cherche plus. Tu es toujours en moi. Quand le jour va tomber, quand le soleil se lève, quand le temps disparaît, dans l’intime de tout. Quand la lumière s’éteint, je m’éclaire à ton ombre. Je monte avec toi et la hauteur monte toujours plus haut. J’interroge le vent et c’est toi qui réponds. Je n’appartiens ni à la réalité ni à l’au-delà. Je t’appartiens. Tes pas ne mènent nulle mais partout à la fois. Les miens vont où tu es. Ma force est ce mouvement qui m’entraîne vers toi.

           

Il n’y a pas d’autre toi que toi, sans avant ni après. Il n’y a pas d’autre nous en nous. Il y a toi et moi. Avec toi, l’infini a remplacé le néant. La moindre des secondes a retrouvé son sens. Ma vie s’est agrandie pour te faire une place. Avec toi, je peux toucher le ciel du bout des doigts, faire monter la mer au milieu de la chambre et tendre l’arc-en-ciel vers la cible du cœur. J’ai ta peau sur les os et ta voix dans la mienne. J’ai ton visage dans les mains, ta beauté dans les yeux, ta bonté sur le cœur. Je t’écoute. Je t’entends. Je te donne la main. Je crois en toi. Je bois à toi comme on boit à la source.

(...)

 


Publié dans Prose

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