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Ils ont dit

Publié le par la freniere

 

Mon grief à l’encontre du monde contemporain : les facéties des gens respectables… qui, parce qu’ils ne prennent rien au sérieux, anéantissent les vieux sentiments humains, ceux qui sont plus vieux que le Time Magazine…


Jack Kérouac

 


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Aphorisme du jour

Publié le par la freniere


Ceux qui prennent au sérieux leurs comptes en banque finissent par oublier le reste, qui ne sont que les hommes.

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Précis d'humiliation

Publié le par la freniere

Toujours, l’État s’innocente au nom du Bien public de la violence 
qu’il exerce. Et naturellement, il représente cette violence comme la 
garantie même de ce Bien, alors qu’elle n’est rien d’autre que la 
garantie de son pouvoir. Cette réalité demeure masquée d’ordinaire par 
l’obligation d’assurer la protection des personnes et des propriétés, 
c’est-à-dire leur sécurité. Tant que cette apparence est respectée, 
tout paraît à chacun normal et conforme à l’ordre social. La situation 
ne montre sa vraie nature qu’à partir d’un excès de protection qui 
révèle un excès de présence policière. Dès lors, chacun commence à 
percevoir une violence latente, qui ne simule d’être un service public 
que pour asservir ses usagers. Quand les choses en sont là, l’État 
doit bien sûr inventer de nouveaux dangers pour justifier le 
renforcement exagéré de sa police : le danger le plus apte aujourd’hui 
à servir d’excuse est le terrorisme.

Le prétexte du terrorisme a été beaucoup utilisé depuis un siècle, et 
d’abord par les troupes d’occupation. La fin d’une guerre met fin aux 
occupations de territoires qu’elle a provoquées sauf si une 
colonisation lui succède. Quand les colonisés se révoltent, les 
occupants les combattent au nom de la lutte contre le terrorisme. Tout 
résistant est donc qualifié de « terroriste » aussi illégitime que 
soit l’occupation. En cas de « libération », le terroriste jusque-là 
traité de « criminel » devient un « héros » ou bien un « martyr » s’il 
a été tué ou exécuté.

Les héros et les martyrs se sont multipliés depuis que les guerres ont 
troqué la volonté de domination contre celle d’éradiquer le « 
terrorisme ». Cette dernière volonté est devenue universelle depuis 
les attentats du 11 septembre 2001 contre les tours du World Trade 
Center : elle a même été sacralisée sous l’appellation de guerre du 
Bien contre le Mal. Tous les oppresseurs de la planète ont sauté sur 
l’occasion de considérer leurs opposants comme des suppôts du Mal, et 
il s’en est suivi des guerres salutaires, des tortures honorables, des 
prisons secrètes et des massacres démocratiques. Dans le même temps, 
la propagande médiatique a normalisé les actes arbitraires et les 
assassinats de résistants pourvu qu’ils soient « ciblés ».

Tandis que le Bien luttait ainsi contre le Mal, il a repris à ce 
dernier des méthodes qui le rendent pire que le mal. Conséquence : la 
plupart des États
— en vue de ce Bien là — ont entouré leur pouvoir de précautions si 
outrées qu’elles sont une menace pour les citoyens et pour leurs 
droits. Il est par exemple outré que le Président d’une République, 
qui passe encore pour démocratique, s’entoure de milliers de policiers 
quand il se produit en public. Et il est également outré que ces 
policiers, quand ils encombrent les rues, les gares et les lieux 
publics, traitent leurs concitoyens avec une arrogance et souvent une 
brutalité qui prouvent à quel point ils sont loin d’être au service de 
la sécurité.

Nous sommes dans la zone trouble où le rôle des institutions et de 
leur personnel devient douteux. Une menace est dans l’air, dont la 
violence potentielle est figurée par le comportement des forces de 
l’ordre, mais elle nous atteint pour le moment sous d’autres formes, 
qui semblent ne pas dépendre directement du pouvoir. Sans doute ce 
pouvoir n’est-il pas à l’origine de la crise économique qui violente 
une bonne partie de la population, mais sa manière de la gérer est si 
évidemment au bénéfice exclusif de ses responsables que ce 
comportement fait bien davantage violence qu’une franche répression. 
L’injustice est tout à coup flagrante entre le sort fait aux grands 
patrons et le désastre social généré par la gestion due à cette caste 
de privilégiés, un simple clan et pas même une élite.

La violence policière courante s’exerce sur la voie publique ; la 
violence économique brutalise la vie privée. Tant qu’on ne reçoit pas 
des coups de matraque, on peut croire qu’ils sont réservés à qui les 
mérite, alors que licenciements massifs et chômage sont ressentis 
comme immérités. D’autant plus immérités que l’information annonce en 
parallèle des bénéfices exorbitants pour certaines entreprises et des 
gratifications démesurées pour leurs dirigeants et leurs actionnaires. 
Au fond, l’exercice du pouvoir étant d’abord affaire de « com 
» (communication) et de séduction médiatique, l’État et ses 
institutions n’ont, en temps ordinaire, qu’une existence virtuelle 
pour la majorité des citoyens, et l’information n’a pas davantage de 
consistance tant qu’elle ne se transforme pas en réalité douloureuse. 
Alors, quand la situation devient franchement difficile, la douleur 
subie est décuplée par la comparaison entre le sort des privilégiés et 
la pauvreté générale de telle sorte que, au lieu de faire rêver, les 
images « people » suscitent la rage. Le spectacle ne met plus en scène 
qu’une différence insupportable et l’image, au lieu de fasciner, se 
retourne contre elle-même en exhibant ce qu’elle masquait. 
Brusquement, les cerveaux ne sont plus du tout disponibles !

Cette prise de conscience n’apporte pas pour autant la clarté car le 
pouvoir dispose des moyens de semer la confusion. Qu’est-ce qui, dans 
la « Crise », relève du système et qu’est-ce qui relève de l’erreur de 
gestion ? Son désastre est imputé à la spéculation, mais qui a spéculé 
sinon principalement les banques en accumulant des titres aux 
dividendes mirifiques soudain devenus « pourris ». Cette pourriture 
aurait dû ne mortifier que ses acquéreurs puisqu’elle se situait hors 
de l’économie réelle mais les banques ayant failli, c’est tout le 
système monétaire qui s’effondre et avec lui l’économie.

Le pouvoir se précipite donc au secours des banques afin de sauver 
l’économie et, dit-il, de préserver les emplois et la subsistance des 
citoyens. Pourtant, il y a peu de semaines, la ministre de l’économie 
assurait que la Crise épargnerait le pays, puis, brusquement, il a 
fallu de toute urgence donner quelques centaines de milliards à nos 
banques jusque-là sensées plus prudentes qu’ailleurs. Et cela fait, la 
Crise a commencé à balayer entreprises et emplois comme si le remède 
précipitait le mal.

La violence ordinaire que subissait le monde du travail avec la 
réduction des acquis sociaux s’est trouvée décuplée en quelques 
semaines par la multiplication des fermetures d’entreprises et des 
licenciements. En résumé, l’État aurait sauvé les banques pour écarter 
l’approche d’un krach et cette intervention aurait bien eu des effets 
bénéfiques puisque les banques affichent des bilans positifs, 
cependant que les industries ferment et licencient en masse. Qu’en 
conclure sinon soit à un échec du pouvoir, soit à un mensonge de ce 
même pouvoir  puisque le sauvetage des banques s’est soldé par un 
désastre?

Faute d’une opposition politique crédible, ce sont les syndicats qui 
réagissent et qui, pour une fois, s’unissent pour déclencher grèves et 
manifestations. Le 29 janvier, plus de deux millions de gens défilent 
dans une centaine de villes. Le Président fixe un rendez-vous aux 
syndicats trois semaines plus tard et ceux-ci, en dépit du succès de 
leur action, acceptent ce délai et ne programment une nouvelle journée 
d’action que pour le 19 mars. Résultat de la négociation : le « social 
» recevra moins du centième de ce qu’ont reçu les banques. Résultat de 
la journée du 19 mars : trois millions de manifestants dans un plus 
grand nombre de villes et refus de la part du pouvoir de nouvelles 
négociations.

La crudité des rapports de force est dans la différence entre le don 
fait aux banques et l’obole accordée au social. La minorité 
gouvernementale compte sur l’impuissance de la majorité populaire et 
la servilité de ses représentants pour que l’Ordre perdure tel qu’en 
lui-même à son service. On parle ici et là de situation « 
prérévolutionnaire », mais cela n’empêche ni les provocations 
patronales ni les vulgarités vaniteuses du Président. Aux déploiements 
policiers s’ajoutent des humiliations qui ont le double effet 
d’exciter la colère et de la décourager. Une colère qui n’agit pas 
épuise très vite l’énergie qu’elle a suscitée.

La majorité populaire, qui fut séduite et dupée par le Président et 
son clan, a cessé d’être leur dupe mais sans aller au-delà d’une 
frustration douloureuse. Il ne suffit pas d’être la victime d’un 
système pour avoir la volonté de s’organiser afin de le renverser. Les 
jacqueries sont bien plus nombreuses dans l’histoire que les 
révolutions : tout porte à croire que le pouvoir les souhaite afin de 
les réprimer de façon exemplaire. Entre une force sûre d’elle-même et 
une masse inorganisée n’ayant pour elle que sa rage devant les 
injustices qu’elle subit, une violence va croissant qui n’a que de 
faux exutoires comme les séquestrations de patrons ou les sabotages. 
Ces actes, spontanés et sans lendemain, sont des actes désespérés.

Il existe désormais un désespoir programmé, qui est la forme nouvelle 
d’une violence oppressive ayant pour but de briser la volonté de 
résistance. Et de le faire en poussant les victimes à bout afin de 
leur démontrer que leur révolte ne peut rien, ce qui transforme 
l’impuissance en humiliation. Cette violence est systématiquement 
pratiquée par l’un des pays les plus représentatifs de la politique du 
bloc capitaliste : elle consiste à réduire la population d’un 
territoire au désespoir et à la maintenir interminablement dans cet 
état. Des incursions guerrières, des bombardements, des assassinats 
corsent régulièrement l’effet de l’encerclement et de l’embargo. Le 
propos est d’épuiser les victimes pour qu’elles fuient enfin le pays 
ou bien se laissent domestiquer.

L’expérimentation du désespoir est poussée là vers son paroxysme parce 
qu’elle est le substitut d’un désir de meurtre collectif qui n’ose pas 
se réaliser. Mais n’y a-t-il pas un désir semblable, qui bien sûr ne 
s’avouera jamais, dans la destruction mortifère des services publics, 
la mise à la rue de gens par milliers, la chasse aux émigrés ? Cette 
suggestion n’est exagérée que dans la mesure où les promoteurs de ces 
méfaits se gardent d’en publier clairement les conséquences. Toutefois 
à force de délocalisations, de pertes d’emplois, de suppressions de 
lits dans les hôpitaux, de remplacement du service par la rentabilité, 
d’éloges du travail quand il devient introuvable, une situation 
générale est créée qui, peu à peu, met une part toujours plus grande 
de la population sous le seuil du supportable et l’obligation de le 
supporter.

Naturellement, le pouvoir accuse la Crise pour s’innocenter, mais la 
Crise ne fait qu’accélérer ce que le Clan appelait des réformes. Et il 
ose même assurer que la poursuite des réformes pourrait avoir raison 
de la Crise… Les victimes de cette surenchère libérale sont évidemment 
aussi exaspérées qu’impuissantes, donc mûres pour le désespoir car la 
force de leur colère va s’épuiser entre un pouvoir qui les défie du 
haut de sa police, une gauche inexistante et des syndicats prenant 
soin de ne pas utiliser l’arme pourtant imbattable de la grève générale.

Pousser à la révolte et rendre cette révolte impossible afin de mater 
définitivement les classes qui doivent subir l’exploitation n’est que 
la partie la plus violente d’un plan déjà mis en œuvre depuis 
longtemps. Sans doute cette accélération opportune a-t-elle été 
provoquée par la Crise et ses conséquences économiques, lesquelles ont 
mis de la crudité dans les intérêts antipopulaires de la domination, 
mais la volonté d’établir une passivité générale au moyen des médias 
avait déjà poussé très loin son plan. Cette passivité s’est trouvée 
brusquement troublée par des atteintes insupportables à la vie 
courante si bien — comme dit plus haut — que les cerveaux ont cessé 
d’être massivement disponibles. Il fallait dès lors décourager la 
résistance pour que son mouvement rendu en lui-même impuissant 
devienne le lieu d’une humiliation exemplaire ne laissant pas d’autre 
alternative que la soumission. Ainsi le pouvoir économique, qui 
détient la réalité du pouvoir, dévoile sa nature totalitaire et son 
mépris à l’égard d’une majorité qu’il s’agit de maintenir dans la 
servilité en attendant qu’il soit un jour nécessaire de l’exterminer.

 

Bernard Noël

Publié dans Glanures

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À défaut d'océan

Publié le par la freniere


La route est dite par les pieds, la mort écrite par les vivants. Le Richelieu se souvient-il de moi, avec ses vieux saules pleureurs, avec ses trous de barbottes ou d’achigans, ses petites plages secrètes, le quai de Monsieur Blain et sa chaloupe Verchères ? Je m’y suis tant baigné. J’ai failli m’y noyer. J’ai avalé son eau que je crache aujourd’hui dans une gorgée de mots. Quand le ciel se déverse, quand le ruisseau déborde, quand la terre s’entrouvre, il ne s’agit toujours que de reprendre pied. À défaut d’océan, je nomme la rivière, la rosée et même le verre d’eau. Quand les mots sont debout, je les laisse passer. Il m’arrive d’écrire beaucoup plus haut que moi.


Il me fallait cette eau, la montagne au-delà et le sous-bois derrière pour être ce que je suis. Il me fallait ces rives, sa petite île et ses crapets soleil pour écrire aujourd’hui. Il me fallait le roc, l’herbe verte et la neige. Il me fallait ces fleurs, ces oiseaux, ces nuages. Au passage des oies, j’entrevoyais ma vie dans le V de leur vol. Ceux qui ont vu la grotte au flanc du Saint-Hilaire et griffonné ses flancs portent une fée au cœur. Les pôles magnétiques s’y rencontrent la nuit. Ce que disent les livres sait à peine la vie. J’apprends avec les larmes, les brins d’herbe, l’orage. Le petit peuple des brindilles m’a toujours fasciné, tout le cristal du monde dans une goutte de rosée, les pas de fée sur le corail, le bruissement des insectes autour d’un arbre mort.


Les racines alimentent le rêve des érables, toute une vie de sève refluant sous l’écorce. Toujours le chant d’un merle chatouillait le sérieux, le vol d’un papillon, les grands yeux des grenouilles, les feuilles égarouillées sous la caresse du vent. Étendu sur la mousse, je rêvais l’impossible, et je le fais encore, couché sur du papier. Je remonte en pensée jusqu’à l’île Goyer, là où le Richelieu se perd dans ses méandres. J’ai voyagé depuis sans aller aussi loin que dans l’œil d’un merle.


L’enfant tire sur un fil et c’est tout l’horizon qui déroule son rire. Il joue avec ses doigts. Il touche à tout avec le vent. Il ne regarde pas les fleurs, les abeilles, les ombres dans les bois. Il les habite. Il se confond au vent, à la neige, à la pluie. Il voit la sève qui se cache et parle aux grains de sable. Quand il suce un glaçon, il embrasse la terre. On ne sait pas quand se brise son lien avec le monde entier. Est-ce l’école, le salaire, l’idéologie ? On a beau voyager, même la grande aventure est devenue petite. On troque l’émerveillement pour la course aux dollars. On quitte le miracle par la porte d’en arrière. Je veux garder toujours l’espérance de l’herbe, la certitude du froid, retrouver en moi un tout petit jardin où regarder la lune, où parler aux étoiles et boire l’eau du ciel avec les mains nues. Nous sommes ce que nous sommes, ni l’espace ni le temps, mais une petite parcelle de ce qui les anime, un atome de lumière ou une ombre au tableau.


Mon jardin d’enfant est devenu béton. Je m’ allège en écrivant pour ne garder que la lumière. La terre a ses marées comme la mer ses chemins. Le temps monte et descend. L’espace rajeunit à chaque nouvelle naissance. Les fleurs s’étonnent quand elles s’ouvrent au soleil. Dans ses racines en forme d’oiseau, un arbre rêve de s’envoler. De ses branches en bras de chemise, il fait signe aux oiseaux. Il me fallait ces fleurs. Il me fallait cet arbre pour entendre la vie, l’appel d’un coucou, la terre labourée. Il me fallait partir pour revenir aux mots. Ils sont comme ces anges dans les tableaux anciens, ni tout à fait présents ni tout à fait ailleurs. Ils sont comme la lune réverbérant le soleil.


Pourquoi suis-je venu ? Ça sent le pétrole, ici. Le Richelieu s’ennuie sous les hors-bords géants. Ses rêves crèvent à la surface comme des poissons malades. Les belles épaules du vent n’ondulent plus sur l’eau. Elle est finie la danse des lucioles. Elles ont pris le bord de la dompe et se cachent des hommes. «Je suis un désert !» se plaint la rive envahie par le fer. Ce que je cherche n’est plus là. Dorénavant sans terre maternelle, je pose mon regard au niveau des nuages. Le blanc des yeux est un immense paysage. Il ouvre sur l’abîme. J’y traîne un cheval, une brouette, une échelle. Quand je ne vois plus rien, j’invite la parole. J’invente un paradis. Je dessine un oiseau. Même isolé du monde, les mots sécrètent un lien entre les autres et moi. Le squelette du premier homme est lourd à porter mais il nous tient debout.


On n’arrive pas indemne au bout de la journée. Chaque seconde punit la précédente. Un jour ou l’autre, le bois du lit s’endeuille et le sapin porte le mort. Quand je penche la tête, les mots dévalent si vite, je dois courir d’une marge à l’autre. J’ai toujours voulu partir sur un cheval de bois, à vélo, en train électrique, en cerf-volant. J’ai voyagé partout, su’l pouce, à dos d’âne, en avion. J’ai traversé la mer, le désert, la toundra. J’ai atteint le Grand Nord mais je ne suis jamais aller plus que le bout d’un crayon. Il restera toujours une herbe pour le mot, une encre pour le dire et transformer le temps en petits signes noirs, un champ dans le regard, un matin pour aimer.


Publié dans Prose

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Le Père Noel, l'Ogre et la Licorne

Publié le par la freniere


Et moi, sais-tu qui je suis ?! dit Fée Automne. Je suis Automne, et tu ne connais rien de mes pouvoirs, les arbres et les prairies, je les transforme en si petites graines qu'un enfant pourrait porter une forêt dans une seule main ! Ainsi je prépare la vie de tout ce qui pousse sur terre.

LE PÈRE NOËL, L'OGRE ET LA LICORNE
Un conte de
JEAN-MICHEL SANANÈS

CD : Musique originale de Bruno Sananès
 Voix : Ile Eniger - Bruno et JM. Sananès


La petite Collection Jeunesse
Éditions Chemins de Plume

Isbn : 978-2-84-954 - (14 cm x14 cm + CD) - Prix 10 Euros (+ 1,50 Euro frais d'envoi


 

Publié dans Prose

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Mukti 4

Publié le par la freniere

  1. Le retour de ton coeur en ses terres


    le fracas s'est tu
    les derniers échos du combat se sont dissipés
    et grande était la confusion
    causée par le retour du silence

    en portant ton corps
    je suis monté jusqu'à cette corniche
    d'où
    par très beau temps
    on discerne le continent d'en face

    un grand marché se tenait chez vous
    si le vent avait soufflé dans l'autre sens
    j'aurais entendu les voix de ton peuple

    en plissant les yeux
    et en restant longtemps à regarder
    j'ai pu apprendre
    quelques unes de vos coutumes

    manifestement
    nos façons de marcher
    d'acheter et de vendre
    sans être parfaitement identiques
    se ressemblaient beaucoup

    ô mon ennemi
    un oiseau envoyé par ton dieu
    est venu prendre ton coeur
    que j'avais déposé sur une pierre

    avant qu'il n'arrive
    j'ai été le gardien jaloux de ton corps
    ô mon ennemi
    je n'ai pas cessé de te parler

    à la fin
    l'oiseau a décrit quelques cercles
    au dessus des vagues
    puis il a filé droit vers ton pays
    pour y ramener ton cœur
Stéphane Méliade

Publié dans Poésie du monde

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Le vent de la révolte (France)

Publié le par la freniere


à Camille Loty Malebranche

mon ami dans la "verboyance" du monde

 

 

Cette nuit je lâcherai mes nègres

mes nègres de foudre et de fièvres

mes nègres à tambours battant

les premières gouttes de pluie

sur le sol craquelé des savanes

 

Je lâcherai mes nègres solaires

le long des grands fleuves du rêve

nègres d'albâtre et nègres nus

 

Cette nuit je briserai les chaînes

des tribus ardentes de mon sang

 

J'affranchirai les fils de mes frères

et les filles longues des moussons

pour qu'ils essaiment les continents

sur le dos des vents de la révolte!

 

Cette nuit ne rentrerai pas

je pars vers un pays sauvage

un pays où fauves et gazelles

vivent en paix l'ombre et la lumière

avec des étoiles plein les yeux.

 

André Chenet


Publié dans Poésie du monde

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Neige

Publié le par la freniere


Il neige depuis hier. Je marche sur le ciel avec des pas d’oiseau trop lourd pour voler. Tout est si blanc dehors. Les ombres n’osent plus sortir. On ne sait plus où est la route. Les chemins intérieurs prennent la relève des ruisseaux. La neige efface les couleurs, les larmes, les silences. La neige ferme les yeux, les mains, les chemins. Personne n’entend plus rien.


Pas une feuille d’arbre. Pas un grain de pollen. L’éclat du jour peine aux paupières du ciel. Quelques graines survivent sous le poids de la neige. Tout est nu. Tout est blanc. Pourtant, tout est toujours debout. L’eau coule à l’intérieur. La sève rêve encore dans le lit des écorces. Quelques éclats témoignent de la mémoire des fleurs. Quelques pas de lumière, des petites taches brillent pour saluer le soleil.


Loin du feu, c’est comme une autre vie, comme si les mots passaient à travers le papier. On écrit blanc sur blanc. Il n’y a plus de phrases, que les yeux ronds des bouleaux et les ailes des corbeaux. Tout l’espoir est figé dans le frimas des vitres. Il n’y a plus rien devant les yeux que le blanc du silence. La porte s’ouvre sans éveiller le bruit. On entend quelques voix derrière le paysage, l’espoir des racines dans les mains pleines de neige.


Pas un souffle. Pas un cri. Pas un seul bruit de pas. Les ornières du sol rejoignent les racines. La danse des flocons efface le mouvement. Pas un seul cri d’oiseau sur la terre immobile. Tout se cache et disparaît. À peine une lumière se détache des choses. À chaque nouvelle bordée, l’ombre s’évanouit. L’homme s’accroche au sol sans trouver de chemin.


Il neige encore. Le même silence qu’hier. Les mêmes pas étouffés. L’espace sans barrières. Le vent se cache et disparaît. Le froid efface toutes les lignes mortes. On ne voit que le jour, mais est-ce bien le jour ? Les arbres s’évaporent à la moindre bourrasque. On n’entend rien. On sent le sang contre la joue, le pouls du cœur dans les artères. La vie s’est réfugiée dans la tendresse de la chair. Ce qui marche au dehors prend son souffle au-dedans. Il manque à la lumière la couleur des choses, les mots d’une chanson, le grouillement des insectes. Les voix ne percent pas la blancheur de l’abîme.


La neige étouffe les paroles. Une voix égarée se morcelle dans l’air. On cherche comme de l’or les pépites du cri. La neige est le degré zéro de l’emphase. Elle est inapte aux métaphores. On a beau tendre l’oreille, la neige étouffe le grésil. Les sons se réfugient à l’intérieur du cœur. On résiste à l’hiver en retenant son souffle.


Pas un seul brin d’herbe. Pas un seul fruit mûr. Les trous blancs. Les lignes verticales. La route ensevelie. Une forme sans forme. Un blanc d’œuf sans coquille. Le jour s’est déplié en perdant ses détails. Tout ce qu’on aime s’est réfugié dans la poitrine. Les yeux s’adaptent peu à peu. Des choses réapparaissent. Des étoiles s’égouttent sur les branches des arbres, dans les vagues de l’air. Des étincelles s’accrochent à la laine des buissons, aux frissons de la pierre. Un bruit sourd fait bouger la ligne d’horizon. La lumière intérieure éclaire de nouveau la peau du paysage.



 

Publié dans Prose

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Les merveilleuses insignifiances (Suisse)

Publié le par la freniere

 

C’était un vieux clou fatigué, déjà presque à moitié tombé de son trou, qui ne le retenait pas bien, et à ce clou, pendait un vieux parapluie usé, presque aussi vieux. De voir une vieillerie minable cramponnée à une autre vieillerie minable, de voir et d’observer une caducité accrochée à l’autre caducité, tels deux mendiants qui, prêts à mourir d’une minute à l’autre, s’étreignent dans un désert glacé et sans espoir afin de tomber étroitement enlacés. De voir comment un faible dans sa faiblesse soutenait un autre faible avant de s’effondrer lui-même dans un épuisement total, de voir ce malheureux, dans son pitoyable malheur, offrir encore à l’autre malheureux son soutien dérisoire, ne fût-ce que jusqu’à son propre et complet effondrement : voilà qui m’a profondément ému et bouleversé.


Robert Walser

traduction : Marion Graf


Publié dans Poésie du monde

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Anthologie Francopolis

Publié le par la freniere

Avant propos

Depuis cette année, pour la première fois aux Etats-Unis, l’édition numérique dépasse celle du papier. Faut-il s’en réjouir ? Certains, par souci écologique entres autres, le pensent. D’autres prétendent que rien jamais ne remplacera la texture, le toucher d’un vrai livre. Nous ne trancherons pas d’autant qu’à l’heure ou tant de revues étranglées par des contraintes financières « choisissent » l’aventure du net, l’équipe de Francopolis, à l’inverse, présente sur le réseau depuis 2002 a décidé de vous offrir cette anthologie.

 


De fait, après quasi 400 auteurs publiés et quelques 350 000 visiteurs depuis les débuts du site nous avons estimé qu’il était temps de cristalliser, en quelque sorte, cette écriture de poètes confirmés et débutants qui, pour certains, ne restent pas longtemps inconnus. Initié principalement par quelques mordus belges, québécois et français ce site s’est voulu ouvert, et ce jusqu’à maintenant, aux voix venues de tous les ailleurs de la Francophonie.
 
Ainsi vous pourrez découvrir au fil des pages les textes des années 2008 et 2009 qui ont le plus attiré notre attention. Le choix fut difficile tant, comme je le disais, notre souci est de découvrir les talents de demain en laissant s’exprimer des voix nouvelles, et si des impératifs éditoriaux ne nous avaient pas réfrénés le volume de cet ouvrage serait double.

Après ces quelques considérations prosaïques, l’heure est aux mots au goût salin, aux lagunes bleutées, aux rêveries éthérées. Il est temps de flâner sur les rivages festonnés de poésie, au bord du rêve qui reflète notre image sous les traits d'un "semblable", d'un "frère", comme disait Baudelaire.   

C’est ainsi, vous le verrez, qu’en poèterie la glaise est odorante, le chagrin meurt de faim sous des étoiles charitables et les ombres éparses dans la nuit ne sont que souvenirs de visages disparus.

Il faut s’y faire, à coup de métaphores sucrées ou sauvages le poète est bien celui qui ensemence la brumaille littéraire.

Embarquez-vous vers ces contrées d’un ailleurs imagé où, loin des atermoiements de ceux qui ne voient la poésie que comateuse ou sous perfusion, nous avons opté résolument, à Francopolis, pour l’acharnement thérapoétique.


Serge Maisonnier

Une Bonne Nouvelle :
* Vous pouvez encore en garnir vos bas de Noël,
 en commandant directement vos exemplaires à la maison
Éditions Associatives Clàpas.

Éditions Associatives Clapàs 
10 Bd. Sadi Carnot 
12100      Millau

clapassos@wanadoo.fr
*Prix : 12 euros
plus frais de port : 2,50 euros  pour la France
et 4,50 euros pour l’étranger .

Lien: http://www.francopolis.net/

Publié dans Prose

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