Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Résistance et poésie à Saint-Ferdinand

Publié le par la freniere

 

 

Soirée de rêve et de solidarité hier à Saint-Ferdinand où j'ai renoué avec une bande d'artistes éveillés et vibrants, les Gagné, La Frenière, Gamache, Leblanc, Vanasse, Huot...

Une fois dépassé le crochet du 5e rang, nous alunissons littéralement ailleurs au Jardin de vos rêves où nous accueillent Sonia & Pierre, les artisans fous telluriques de ces lieux « habités depuis des générations par toutes sortes de bébittes » (dixit Richard Gamache).

 

lire la suite sur Train de nuit

 

Publié dans Prose

Partager cet article

Repost 0

Aphorisme du jour

Publié le par la freniere

 

Ce qui n'existe pas console du réel.

 

Publié dans Aphorisme du jour

Partager cet article

Repost 0

Vie du grillon (Espagne)

Publié le par la freniere

 

Invalide depuis toujours,

il déambule dans les champs

monté sur ses béquilles vertes.

 

Dès cinq heures

l’étoile remplit de son jet

la petite cruche du grillon.

 

Laborieux, avec ses antennes

tous les jours on le voit pêcher

dans les rivières du plein air.

 

Chaque nuit, misanthrope,

il accroche à sa maison d’herbe

le lumignon de sa chanson.

 

Feuille vivante et enroulée

sur elle-même, il garde écrite

en lui la musique du monde !

 

Jorge Carrera Andrade

 


Publié dans Poésie du monde

Partager cet article

Repost 0

Du silex au portable

Publié le par la freniere

 

 

On marche et on respire sans savoir pourquoi. On ne tient pas la vie en laisse sans y perdre son âme. Certains survivent. D’autres s’égarent. Sur un parterre de seringues, à force de faire les cent pas, une trompette à la bouche, Chet Baker s’est tiré une note dans la tête, la note bleue. Sa souffrance s’est éteinte mais sa musique continue. Elle hante encore mes nuits blanches. Chaque ride offre un nouveau visage. Je donne à boire aux mots comme on arrose les fleurs. Je suis mort plusieurs fois mais je suis trop têtu pour arrêter d’écrire. Je respire de l’encre comme on le fait de l’air. Je navigue à l’estime, des phrases pleines de fleuves aux plus petits ruisseaux, des montagnes aux cailloux, du silex au portable, de la prose au poème.  J’ai un chat dans la gorge. Il s’étire et miaule sur les toits du silence. La nuit éclaire la nuit mais ignore le jour. Il faut sortir les cris du cœur, les mots de la garde-robe, les images du ventre, dévisser les yeux morts plaqués sur des écrans.

Je suis pauvre de toutes les rapines. J’écris ce qui m’échappe, ce qui me happe, ce qui manque, ce qui nous tue. Je parle aux vieilles guêpes dont se moquent les fleurs, aux derniers cerfs-volants, aux racines orphelines. Je marie l’étamine à l’extase des pierres. En Occident, les assiettes sont pleines par la famine des autres. Pour un enfant langé de soie, mille enfants pleurent dans une caisse en carton. Pour un seul diplômé, mille gosses de la rue ignorent l’alphabet. Pour un seul festin dans les palaces de luxe, mille affamés s’entassent vers les soupes populaires. Pour un seul gagnant à la loterie du cash, mille mendiants nous tendent leurs sébiles trouées. Pour un sale gosse de riche, mille enfants triment dans des usines funèbres. Pour un chasseur de dollar renouvelant chaque hiver sa voiture de luxe et le vison de sa femme, mille désespérés se cherchent un soulier et un vieux bout de laine. Pour une pomme dans l’arbre, mille graines de dynamite s’apprêtent à germer. Sous tous les coffres-forts se creusent des tombeaux. Je n’ai plus à faire l’enfant qui convoque sa peur. Quand le trafic des esclaves continue de plus belle, l’abominable du profit surpasse en horreur les gargouilles et les goules. Quand la violence est gratuite, chacun en paie le prix. Celle de la guerre l’est moins, mais elle rapporte gros aux marchands d’armes et aux trafiquants d’âmes. Le cœur des banquiers est dur comme un lingot. Les fonctionnaires assis ne veulent pas qu’on se lève. Ils préfèrent la paperasse à la source des larmes. La colombe trop blanche de leur paix truquée, il faudrait l’égorger pour nourrir un enfant.

On ne sait plus recoudre l’aile blessée des anges. Le temps corrige le temps mais l’homme fausse les heures. Quand on sait où mènent les autoroutes, où pourrions-nous aller ? Où trouver le miel quand le pollen pourrit ? Des lauriers-roses poussiéreux repoussent les abeilles. Où germera demain la cendre des ancêtres ! On a tant galvaudé le paradis terrestre qu’on se méfie du pain. Pour épicer la vie, on n’a plus à offrir que l’eau salée des larmes. Quand l’homme vend son frère, je ne suis plus vraiment de l’aventure humaine. Homme du fragment, je ne rapaille que des bribes. Je recherche la pierre aux paumes remplies d’eau, un lumignon d’espoir, un peu d’humilité dans les néons criards, le chant clair d’une source parmi les paysages ravaudés de ciment, une cabane de mots que les oiseaux visitent, l’amour plus profond que la vie de surface. Je fais le tour du monde assis sur un pommier. Je vais encore plus loin couché sur une souche. J’aime le refus des rebelles, la brèche éblouissante, le soleil qui tressaille, les mots les plus humains, les Diogène timides accueillant l’inconnu.

Pendant que les gourous de service et les vendeurs de recettes font la foire au marché du livre, les poètes, la faim au ventre et les poches percées, continuent d’écrire. Ils ne pêchent plus aux vers mais parlent avec la langue. Joël Vernet remonte l’eau du puits. La comète Velter monte l’Himalaya. Nancy Huston remet les montres à l’heure. La vie continue, avec ses hauts, ses bas, surtout ses hauts de gamme et ces bas de pavé, ses livres qu’on oublie et ses pavés qu’on lance. Quand le soleil se lève, tous les poèmes disent merci. Les mots commencent avec la terre, la rosée, la semence. Chaque soir, j’écoute le crissement des insectes. Ils m’en disent beaucoup plus que le jargon télévisé et le vide sonore des radios. Je choisis entre mille un seul cri de cigale. Je regarde le ciel avec les yeux de l’eau. Je caresse le vent avec les bras d’un arbre. Je réapprends la vie, du ventre de ma mère jusqu’aux ressorts des neurones. Dans mon église païenne et mon cloître laïc, je communie au feu, à la neige, au soleil, à la matrice de la terre dévorant l’eau de pluie.


Publié dans Prose

Partager cet article

Repost 0

Urgence

Publié le par la freniere

 

"Dans la nuit du 15 au 16 juin, Nathalie Riera, poète et créatrice de la revue "Les carnets  d'Eucharis", son compagnon et son enfant ont été victimes du déluge meurtrier qui s'est abattu sur le département du Var. Leur modeste demeure a été inondée par des flots de boue, les animaux de la ferme ont été noyés , le potager vivrier dévasté. In extremis, ils ont pu se réfugier sur le toit de "leur cabane" avec leur chien. Un hélicoptère les a secourus dans la nuit. Vers 8h du matin, le 16 juin, j'ai parlé au téléphone avec Nathalie qui n'avait pas dormi: elle m'a raconté sa nuit cauchemardesque où a été englouti par les flots noirs tout ce qu'elle avait bâti avec les siens, ces dernier mois: un petit paradis très modeste qui leur donnait tout juste ce qu'il faut pour subsister pourvu que l'amour et la poésie fassent se lever les jours..."

 

la suite de cet article sur le blog d'André Chenet : Danger-poésie

 

Publié dans Prose

Partager cet article

Repost 0

Ils ont dit

Publié le par la freniere

 

Nous sommes saturés de démocratie et pour cette raison même, on est en train de la tuer, ou tout au moins de l’affaiblir. C’est une source la démocratie, elle doit naître des gens qui sont concernés, donc se renouveler à chaque génération, évoluer sans cesse selon les conditions sociales. On emploie ce mot un peu comme on emploie le mot communion quand on est dans une église, or c’est souvent très factice. Je pense qu’il faut réinventer une façon de vivre la politique, non pas de la faire mais de la vivre, parce que la politique appartient à tout le monde, elle n’appartient pas uniquement aux politiciens. Notre santé aussi nous appartient, les médecins sont là pour la contrôler mais elle dépend tout autant de nous. La démocratie c’est pareil, c’est une santé collective qui dépend de chacun de nous.

 

Jacques Lacarrière


Publié dans Ils ont dit

Partager cet article

Repost 0

Un drôle de texte

Publié le par la freniere

 

Un texte traîne sur ma table de chevet. Je ne me souviens plus de m’être réveillé pour écrire. Un drôle de texte. Un paragraphe au costume étriqué. Un autre aux pantalons trop longs. Les virgules éclatent comme des clous sur le plancher des phrases. Les lettres dansent sur le papier. Les parenthèses flottent comme des barques en dérive. C’est plein d’esperluettes épinglées sans raison. Vraiment un drôle de texte aux images tordues. Des accents circonflexes aux sourcils en broussaille, des accents graves ayant perdu la voix, des trémas en béquilles, des verbes en guenilles, des compléments pleins de directs au corps, des majuscules se prenant pour un autre, des minuscules hantées par des sorcières folles. L’encre est encore humide comme le sang d’une blessure. Des mots bleuissent comme des ecchymoses. D’autres ont la tête à l’envers et le sens égaré. Des points s’ouvrent comme des yeux de bête aux regards éperdus. Les voyelles penchent à gauche et les consonnes à droite. On entend rire entre les lignes et pleurer dans la marge. Je ne reconnais pas mon écriture. Les marques de crayon ressemblent à du braille. C’est un texte en bataille, en colère, en couleurs. Il n’y a pas de blancs mais des ombres qui bougent. D’un paragraphe à l’autre, les phrases changent de rythme. Les mots changent de ton. Un ange bat des ailes devant les métaphores comme des appels de phares. Un texte sans queue ni tête, plus brouillard que brouillon. Je le laisse tel quel. Sans correction. Je n’aime pas qu’on  punisse un enfant. Je sors prendre l’air sans même le relire.

À mon retour, la page est encore blanche. Des miettes de mots survivent. Des phrases en filigrane s’étiolent peu à peu. Les images s’effacent. Où ai-je perdu la vue, la vérité, la vie ? Où ai-je perdu l’esprit, la poésie, l’espoir ? Empêtré dans la prose, je ne distingue plus le rêve du réel. J’écris pour les aveugles et les analphabètes, les écureuils et les souris, les abeilles et les guêpes. Je me perds en chemin. J’ai les doigts tachés d’encre et la peau d’un buvard. J’invente une histoire sans connaître la fin ni même le début, sans rien entre les deux qu’une question de plus. Où ai-je perdu la tête, égaré mes lunettes, délacé mes neurones ? Où ai-je trainé mon cœur pour qu’il batte si fort ? J’écris avec la main qui tremble. Le stylo dérape au milieu d’une phrase et l’encre fait des pâtes, des pattes de mouches, des pas d’ivrogne. Où ai-je perdu la voix, la moitié des voyelles, le tiers des consonnes ? La grammaire est en feu et les pompiers sont loin. Où ai-je perdu la main, la manière, le style ? Où ai-je mis mon stylo ? Je ne reconnais plus mes paraphes d’enfant, mes pataraphes de myope, mes sparages d’oiseau.  Le corps du texte est mou comme le dedans d’un œuf. Je déjeune sur la page, les yeux dans les plats et le cœur en compote, tartinant le papier avec l’encre du jour. Je ressors prendre l’air sans terminer ma phrase. À mon retour, il n’y a plus sur la page que quelques miettes de pain, des crottes de souris, un drôle de sourire dans le grain du papier. Balayant tout d’une main, je sors mon crayon et commence à écrire.


Publié dans Prose

Partager cet article

Repost 0

Avertissement d'un neveu

Publié le par la freniere

 

Oncle, ton complet neuf

n’est qu’une armoire ancienne

où l’on découvrira, si l’on y cherche bien,

tes habits d’autrefois, plus ou moins étouffés.

 

Et si ton ventre s’arrondit,

c’est que la semaine est trop courte

et bourrée ton armoire.

 

Oncle, te voilà donc saisi par la vieillesse,

Pareil au pied naïf qu’a séduit la gelée.

Tu ne seras jamais voyageur de commerce :

métier léger exige une langue légère.

 

Tu n’as rien voulu vendre

de tes vestons troués, ne fût-ce que leurs trous.

 

Et tu attends, ralentissant,

les enchères de Dieu qui paye avec des trous.

 

Roland Dubillard

 


Publié dans Poésie du monde

Partager cet article

Repost 0

Julien Gracq

Publié le par la freniere

 

 

En littérature, je n’ai plus de confrères. Dans l’espace d’un demi-siècle, les us et coutumes neufs de la corporation m’ont laissé en arrière un à un au fil des années. J’ignore non seulement l’ordinateur, le CD-Rom et le traitement de texte, mais même la machine à écrire, le livre de poche, et, d’une façon générale, les voies et moyens de promotion modernes qui font prospérer les ouvrages de belles-lettres. Je prends rang, professionnellement, parmi les survivances folkloriques appréciées qu’on signale aux étrangers, auprès du pain Poilâne, et des jambons fumés chez l’habitant.

Julien Gracq

 


Publié dans Les marcheurs de rêve

Partager cet article

Repost 0

On n'a plus d'empathie

Publié le par la freniere

 

On n’a plus d’empathie. Les yeux se font voyeurs sur la douleur des autres. On télévise à l’heure de pointe les enfants affamés, les victimes du jour, les grimaces guerrières. On quête pour le cancer entre deux pubs de bière. On investit davantage dans la recherche sur la nourriture à chats que pour la guérison du sida. Pendant que les hommes se font la guerre, les vieillards s’ennuient dans le fond des hospices. Des enfants meurent de faim au cœur des favelas, leurs mères de chagrin devant l’écran télé. Des milliers d’orphelins sillonnent la planète, ne cherchant qu’un bout de pain, un grain de riz, une épaule. J’ai beau planter des arbres, des éoliennes géantes font fuir les oiseaux. J’ai beau semer des fleurs, on déverse à la mer des tonnes de pétrole. Au lien de boucher les failles par où fuit le mazout, on siphonne ce qui reste pour le vendre plus cher. Les pétrolières empochent sans se soucier des hommes. L’argent fait sa tournée, ne laissant que des dettes, des ruines, des famines. C’est la sueur des pauvres qui paie toujours la note. Il faut des milliers de morts pour un bateau de croisière, des milliers de vaches folles pour une auto de luxe. Quand les moteurs marchent au maïs, les mères se prostituent pour nourrir leurs enfants.

Les fruits dans les vergers se dévoraient sans crainte. On ne sait plus, aujourd’hui, quels poisons ils cachent. Le noir se fait plus noir quand la lumière se vend, la misère plus misère quand les riches pavoisent. Le seul se fait plus seul au milieu de la foule, le sol moins solide sous les tracteurs à chenilles. Hébétés face au temps, devant la vie en miettes dans le panier du cœur, où faudra-t-il marcher pour sauvegarder l’amour ? Il n’y a plus de routes qui ne soient pas minées. Il n’y a plus de ponts sans poste de péage. Il n’y a plus de frontières ouvertes pour chacun. On est tous des goys pour les croyants, des étrangers aux yeux des riches, de la chair à canon aux mains des militaires, des clients pour les autres. Un mur du son fait taire la rumeur des larmes. On n’entend plus dans l’arbre la parole des feuilles. Les blouses blanches, les piqûres, les pilules régularisent le normal. La langue meurt sur les écrans bavards. La porte ouverte à la geôle, le chien de la tendresse chassé à coups de pierres, dans le pain le poison, dans la chair le couteau, dans la vie le commerce, les marchands guident la foule dans les grands magasins. On promène son caniche sans respecter les loups.

Malgré les cris des suppliciés, la torture est entouré de silence. On n’en parle jamais dans les bulletins de nouvelles. L’eau devient rare mais les tornades prolifèrent. C’est la mort qu’on nourrit à coups de pesticides. Je ne fais plus confiance au message des fleurs. Pour un moment de gloire, chacun veut s’emparer du phallus d’un micro, voir sa binette sur l’écran, cracher son compte en banque sur le miroir du temps. L’heure se vide que plus rien ne remplit. Ce qui a pleuré dans le ventre des femmes continue de pleurer. Des silhouettes sans corps traversent mes poèmes. On ne peut pas les voir mais on entend leur âme. Le temps grisonne sur les tempes. Il faut marcher plus vite que le pas de la mort. Le chant d’un oiseau ou le cri d’une bête détruisent les frontières. Ne sachant où je vais, je ne peux m’égarer. L’ombre des arbres change plus vite que le jour. Attentif au jardin, j’écoute le sourire du monde, les ricanements de l’eau, la présence des taupes, le repli des insectes, le regard des noyés sous la paupière d’un pont. La nuit s’éclaire à la noirceur. L’homme s’aveugle à la lumière. Je marche comme on saigne dans le couvent des livres. Athée, mais une plume à la main, je ne suis pas sans âme. Je cherche l’infini comme d’autres un travail. Adossé contre un arbre, je sens monter la sève.


Publié dans Prose

Partager cet article

Repost 0

1 2 3 > >>