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Comme si on chantait

Publié le par la freniere

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Comme si on chantait le tout proche : des choses, des fruits, des arbres, des fleurs, à peine plus loin : des montagnes.

 

Comme si des espèces de bêtes de lumière, toujours prêtes à fuir, étaient apprivoisées ; patiemment, tendrement apprivoisées.

 

On pourrait croire aussi que ce tout proche, l’art du peintre, l’a secrètement, inconsciemment, fait voyager très loin et revenir vers nous enrichi de ce lointain.

 

Choses qui nous reviendraient, d’avoir trempé dans un lac inconnu de toute carte, comme mouillées d’une eau moins éphémère…

 

Philippe Jaccotet

sur la peinture d’Anne-Marie Jaccotet



Publié dans Poésie du monde

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Elodie Cordou, la disparition de Pierre Autin-Grenier

Publié le par la freniere

 

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Maintenant, au moment où je parle, en cet instant précis où nous subodorons en quelque sorte une miette des intrigues et mystères qui l’entourent, qui donc pourrait dire ce qu’est devenue Elodie Cordou, réellement ; qui pourrait affirmer l’avoir vue de ses yeux, l’allure parfaitement naturelle, habillée comme on dit qu’elle est toujours habillée, et prétendre ensuite qu’elle se cache dans tel ou tel quartier de la ville, ni même si elle se cache, si elle se trouve toujours parmi nous ou si elle n’a pas plutôt changé d’air ? Qui ?

Qu’est devenue Elodie Cordou ?
Où a-t-elle disparu ?
Pierre Autin-Grenier se lance à sa recherche et, dans les méandres de sa mémoire, le portrait, peu à peu, se dessine en creux : la pesanteur d’une famille de notables, le joug du pouvoir et de la finance et, par-dessus tout, un amour de la peinture confinant à la folie, seule échappatoire aux engluements de la bourgeoisie et aux puissances de l’argent.
Le dialogue s’instaure alors entre l’écrivain et le peintre, unis dans la quête d’un personnage de fiction que Ronan Barrot se plaît à confondre en peinture.

 

Gratuit ! : Télécharger les 29 premières pages de Elodie Cordou, la disparition
(Format pdf - 688 Ko)

 

Editions du Chemin de fer

Publié dans Glanures

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Le passeur de silence (France)

Publié le par la freniere

 

À mon ami Gaston Miron

 

Plus personne n’arrive à Ellis Island…
des visages anciens glissaient sur l’East River
Et j’étais plein d’un vieux sang arménien
ou peut-être italien je portais le carquois de l’indien brise-lames
avec pour toute aurore
le vieux regard des émigrants
vêtus de peur et de douleur

plus personne n’arrive à Ellis Island…

Sur l’East River
j’allais dans un canot avec Petite Fleur
couchée en chien de fusil
je portais vers le Nord des ballots de lueurs
les oies du Cap Tourmente
s’en venaient vers le cœur acéré du flécheur
et j’attendais la longue nuit des couteaux

plus personne n’arrive à Ellis Island…

Je suis plein d’un vieux sang arménien
ou bulgare
et j’ai vu à Brooklyn un certain marchand d’ombres
qu’on appelait Bontchek
qui calculait la nuit
tout le temps qui restait
avant la venue du Messie
Je suis le voyageur des mémoires manquées

mais Ellis Island est fermé pour toujours…


Tristan Cabral


Publié dans Tristan Cabral

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La neige (Belgique)

Publié le par la freniere

 

je la regarde tomber, la neige

comme une jeune fille un peu grasse

et la mort tombe avec elle

en passant d’arbre en arbre

 

la mort que tu as fréquentée

de plus près que moi dans l’hiver

elle se plaît à danser dans les allées

où ses pas n’écrasent pas la neige

 

au contraire la neige traverse

la mort comme un bonhomme de rien

             

(i.m. Camille Goemans)

 

Jean-Claude Pirotte


Publié dans Poésie du monde

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À l'ombre d'un chapeau

Publié le par la freniere

 

Nous dormons tous sur un champ de mines. On joue avec la mort. L’espérance est exsangue. Des milliers d’exploités, de femmes battues, d’enfants estropiés parcourent ma langue. Les cris des abattoirs transpercent mes tympans. Entre ce que nous savons et ce que nous sommes, un écart se creuse. Le pont des mots n’arrive plus à joindre les deux rives. À l’ombre d’un chapeau, j’ajuste mes lunettes. J’aimerais croire qu’une virgule, une pensée, un pinceau, une corde pincée, puisse transformer le monde. À force de paperasse, de matricules, de lois, on se laisse déposséder, jusqu’à n’être plus personne. On reste à la périphérie de l’âme, prisonniers dans le discours des choses. À force de n’être jamais libre, on n’est plus qu’une poussière sur un parterre de peur.

La nuit court, ce matin, dans ses vêtements trop courts, un manteau d’heures sur le dos, plein de trous de mémoire. Elle ne veut pas dormir. Elle me laisse du noir dans les mains, des rêves dans un pot de café. Ils font des bulles dans le capuccino. J’ai bâillonné les ondes. Les discours quotidiens nous empêchent d’écrire. Il faut forcer le ton, briser la ligne amnésique des slogans et des publicités polluant le silence. Je n’écoute plus tous ces mensonges. Je m’accroche aux images simples de l’enfance, à la métaphysique des fleurs, à la scansion du vent. Je fais des ready-made avec les lieux communs. En retournant la veste du langage, les coutures apparaissent, les accrocs, les taches de sueur. Les anges qui n’ont pas d’ailes apprennent à voler. Les mains fleurissent sur la tige des bras.

Je serais déjà mort sans mes enfants à dire, sans une morte à chanter, une vivante à aimer. Je serais muet sans le chant des oiseaux. Je serais déjà vendu sans un grain de révolte. Je ne saurais plus lire sur le visage d’une main. Je serais sans espoir sans les mots pour amis. Comment tiennent-ils debout ? Même couchés sur la page, ils redressent l’échine. Je ne compte plus mes pas. J’avance sans faire l’élastique. Je préfère la nausée au verbiage hypocrite, celle des femmes enceintes ou des mots en révolte. Ceux qui possèdent nous dépossèdent. Le savent-ils qu’une nouvelle Mercédès tue des milliers d’enfants, que leur garage chauffé l’hiver nous fait mourir de froid ? Le barre code a remplacé la génétique. Le rêve perd sa voix dans l’inventaire des DOS. Du catholique au cathodique, la finance mène encore le monde. Je m’accroche à ma langue dans un Babel numérique. Elle est comme une échine pour redresser l’espoir, une rosée dans l’encre, un livre de poèmes oublié sur un banc, une source d’eau vive hors des sentiers battus. Il n’y a pas de poème sans amour ni de vie sans magie.


Publié dans Prose

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Pense aux autres (Palestine)

Publié le par la freniere

 

Quand tu prépares ton petit-déjeuner, pense aux autres.

(N’oublie pas le grain aux colombes.)

Quand tu mènes tes guerres, pense aux autres.

(N’oublie pas ceux qui réclament la paix.)

Quand tu règles la facture d’eau, pense aux autres.

(Qui tètent les nuages.)

Quand tu rentres à la maison, ta maison, pense aux autres.

(N’oublie pas le peuple des tentes.)

Quand tu comptes les étoiles pour dormir, pense aux autres.

 (Certains n’ont pas le loisir de rêver.)

Quand tu te libères par la métonymie, pense aux autres.

 (Qui ont perdu le droit à la parole.)

Quand tu penses aux autres lointains, pense à toi.

(Dis-toi : Que ne suis-je une bougie dans le noir?)

 

Mahmoud Darwich


Publié dans Poésie du monde

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Aphorisme du jour

Publié le par la freniere

 

Tant que l'argent tiendra lieu de morale, je vivrai comme un pauvre.

 

Publié dans Aphorisme du jour

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Jungle (Grèce)

Publié le par la freniere

 

Matin et toutes choses au monde

posées

à la distance idéale du duel.

On a choisi les armes,

toujours les mêmes,

tes besoins, mes besoins.

Celui qui devait compter un, deux, trois, feu

était en retard,

en attendant qu'il vienne

assis sur le même bonjour

nous avons regardé la nature.

 

La campagne en pleine puberté,

la verdure se dévergondait.

Loin des villes Juin poussait des cris

de sauvagerie triomphante.

Il sautait s'accrochant

de branche d'arbre et de sensations

en branche d'arbre et de sensations,

Tarzan de court métrage

pourchassant des fauves invisibles

dans la petite jungle d'une histoire.

La forêt promettait des oiseaux

et des serpents.

Abondance venimeuse de contraires.

La lumière tombait catapulte

sur tout ce qui n'était pas lumière,

et la splendeur érotomane dans sa fureur

embrassait même ce qui n'était pas l'amour,

et jusqu'à ton air morose.

 

Dans la petite église personne

à part son nom pompeux, Libératrice.

Un Christ affairé comptait

avec une passion d'avare

ses richesses :

clous et épines.

Normal qu'il n'ait pas entendu

les coups de feu.

 

Kiki Dimoula

Traduction : Michel Volkovitch


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Ils ont dit

Publié le par la freniere


La poésie a lieu dans une langue, se fait avec des mots ; sans mots, pas de poésie ; qu’un poème doit être un objet artistique de langue à quatre dimensions, c’est à dire être composé à la fois pour une page, pour une voix, pour une oreille, et pour une vision intérieure. La poésie doit se lire et dire.

 

Jacques Roubaud

 


Publié dans Ils ont dit

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Tenir tête à l'orage de Thomas Vinau

Publié le par la freniere

 

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La poésie est en crise, aucun doute là-dessus. S’il en était autrement, un garçon comme Thomas Vinau occuperait forcément, aujourd’hui, le devant de la scène, au même titre qu’en leur temps un René Guy Cadou, un Guillevic, voire même, soyons fous, un Eluard ou un Prévert. Faute de quoi, il en est encore à tailler péniblement sa place à la sueur de son stylo, et à frapper inlassablement aux portes de tous les responsables de petites revues et de tous les micro éditeurs qui, pas fous, n’ont généralement pas besoin de se faire tirer longtemps l’oreille pour publier ses vers.

 

 

lire la suite sur Le magazine des livres

 


Publié dans Glanures

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