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Comme la queue d'un félin

Publié le par la freniere

Les arbres d’une forêt vivent en solidaires. Si les grands pins retardent la croissance des érables, cela s’inscrit sûrement dans un dessein plus vaste. Derrière les apparences, toute une architecture secrète façonne les saisons. Sur chaque vie reposent d’autres vies. Je regarde le monde avec les yeux d’un loup. J’écoute avec l’oreille du gibier. Il n’y a pas de vrai silence. Une vaste pigmentation sonore irise les tympans, semblable à la lumière colorant l’ombre des bosquets. J’ouvre mon cahier en même temps que la fenêtre. Un volet bat entre les lignes. Le vent se lève. La ligne d’horizon s’agite comme la queue d’un félin.

 

À quoi bon faire des phrases ? Sur la route jonchée de cadavres, il y en a peu qui ressuscitent. Il y a trop de rêves refoulés à coup d’épaule dans l’encoignure du réel, trop d’espoirs mal nourris, trop de ressorts cassés. Peu importe sa disposition, un trousseau de clefs sur une table en détruit l’harmonie. Les fourchettes crochissent et les couteaux s’émoussent. Les tasses font la gueule et les assiettes s’engueulent. Je mets le doigt sur la pensée de l’escalier, là où la vie d’un seul reçoit le choc d’autres vies. Ce n’est pas sur la plage mais sur la page qu’une main suffit pour calmer la tempête, que le bois d’une épave se transforme en cargo, qu’une bouteille à la mer livre sa cargaison de mots, que l’ombre du soleil rapièce la lumière, que je m’accorde enfin au bond de l’animal.

 

Attiré par le lac, je me suis enfin décidé à plonger. Sous l’eau, l’immense lentille du lac agrandit l’univers. Ce que j’aurais cru une confrontation avec le néant s’est avéré un éblouissement. Chaque phrase comme une vague prend naissance dans un creux. Je me suis toujours demandé pourquoi j’habite cette région, si démunie culturellement. Ici, l’huile à moteur a plus d’importance qu’un pain. On bénit les skidoos mais on tue les abeilles. Il existe sûrement dans ses collines volcaniques un trésor caché comme un sexe de femme, une acupuncture tellurique, un aimant supérieur qui m’attire vers elles. Je m’y déhale dans le rêve à la manière d’un navire sur une mer étale, embabouiné sur une nappe sans plis.

 

Les âmes restées captives dans les poings des enfants sont plus farouches que les anges. Un gros mot les fait fuir. Un seul poil de colère les fait se rétracter. Un sou noir les souille. Je les approche de la pointe d’un crayon, à petits pas serrés, à petits mots timides. Pour ceux qui n’ont pas de cœur, un vêtement griffé n’est qu’une robe de noces portée par un cadavre. Quand les mots serrent aux entournures, je mets mon âme à nu. J’offre mon ombre à la lumière, ma parole aux muets, la force de mes doigts à la poignée de main, mes bras à l’accolade, mon épaule à la roue. Penché sur un ravin ou coincé face au mur, je lance une corde verbale. Parfois ça tient, parfois ça casse, mais je finis toujours par retrouver ma route. J’écris pour la lumière, la source, l’hymne parfait des arbres, l’ivresse des moissons. J’écris pour la musique, la danse, les jeux secrets de l’ombre, les brosses exubérantes d’un peintre du soleil. J’appartiens à la marche, au balancier des bras, à l’encre sur la page. J’appartiens à la terre, à la sève, à la soif, à la lenteur des bœufs.

 

Les mots glissent de la tête à la table. Ils se déposent en vrac dans le respir des choses. Une phrase s’étire jusqu’à la terre et se mouille les pieds dans la rosée de l’aube, les taches de verdure, la poussière des jours. Son coude sur la route, elle remonte vers le ciel, les cheveux en bataille, les oreilles en pagaille, les yeux entre les lignes. J’appartiens à la neige, à la pluie, à la soupe, à l’œil des bourgeons. Je m’accroche au passage à tous les mots du monde. Je m’agrippe à la voix. J’appartiens à l’espace, au pointillé de l’âme, au magnétisme des amants. Je m’isole pour laisser place aux autres. L’invisible gazouille comme l’eau d’une bouilloire. L’espérance pétille et fait des ronds dans l’eau. L’amour fait des bulles dans la cruche du cœur.

 

Il est plus naturel de parler aux oiseaux que de signer des chèques, plein sain de redresser les torts que de courber l’échine. C’est au fou du village que je demande conseil, ma route à celui qui s’égare. Les sérieux, quand à eux, s’acharnent à détruire la beauté du paysage et la pureté du lac. Je parsème le cerveau d’une poignée d’herbes folles. Les mots envahissent la page comme une armée de fourmis en déroute, contournant les virgules, étirant les voyelles, consultant les consonnes, rognant jusqu’à la marge. Une phrase finit, une autre commence. Elles me parlent d’un arbre qui console ses feuilles, d’un érable pansant les entailles des chalumeaux, d’un cœur blessé exposant ses entrailles, d’un oiseau qui fausse en imitant les hommes. Le fantôme du vent visite chaque maison, faisant claquer les portes et craquer les jointures du toit. Je glisse entre les phrases comme on pénètre l’intérieur d’un tableau juste à le regarder avec les yeux d’un peintre.

 

Malgré la pétarade des motards, le brouhaha des gens, le bruit des thermopompes, j’habite encore avec mon  loup. L’endroit que j’ai quitté s’est transformé en mots. Je l’aperçois à la lueur de l’encre. Tout est là, le caquètement des poules, le poil roux d’un renard, l’odeur du fumier, le héron sur le lac, les érables en prière, le vermoulu des planches. Je lis les mêmes livres. Je m’adosse au même arbre. Il faut plus que la mort pour séparer les gens. Le sourire de ma mère ne m’a jamais quitté. Il ajuste mon cœur comme un aveugle trouvant la note juste à chaque corde de piano. La bonté n’entre pas dans les chiffres comptables, les calculs, les bilans. Fuyant la tyrannie de l’utile, elle se cache dans les fleurs, les pleurs des enfants, les petits bras de l’herbe, les coudes éraflés des sentiers que je grimpe en sifflant. Dressé comme une tige dans un troupeau de marguerites, je broute le bleu du ciel. Leurs pétales s’amusent à déjouer les guêpes. Deux écureuils me surveillent et comptent sur mes doigts comme on trousse une fleur. Elle m’aime. Elle ne m’aime pas. Elle m’aime. Je triche évidemment pour être sûr qu’ils s’aiment.  Je suis entré dans les phrases avec les pieds nus, le torse en sueurs, les mains en porte-voix. J’en sors avec le corps tatoué de syllabes, de métaphores, d’images. Je donne à lire l’invisible.

Publié dans Prose

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Philippe Léotard

Publié le par la freniere

 

 

Lettre à mon frère qui n’est pas mort (extrait)

 

Les médecins sont parfois poètes. Ils ont dit « insuffisance respiratoire ». Et ils sont tombés dans le mille : il ne pouvait plus respirer. Le monde, l’air, étaient trop durs à avaler. Alors il s’est arrêté. C’était un combat ancien, qu’il avait mené depuis longtemps. Avec ses poumons, sa voix, tout ce qui lui permettait de faire entrer en lui les images, les cigarettes, l’alcool, le parfum des filles. Et ce qui lui permettait aussi de raconter. « Il faut choisir entre vivre et raconter », disait Sartre. Il avait refusé de choisir.
Mais était-ce vraiment une « insuffisance » ? N’avait-il pas trop respiré, trop aspiré ? Un goulu, en somme. Qui ne s’attend pas à ce que la vie se dérobe, comme ça, sous ses pas. Un peu comme le pont d’un bateau quand la mer est grosse. Ou bien le plancher d’un pub irlandais si jamais la nuit a commencé depuis trop longtemps.
Et si c’était le monde qui était insuffisant ? Pas à la hauteur ? Un monde de « basse altitude » qui empêche de monter bien loin. Le plafond est bas, comme disent les aviateurs lorsqu’ils n’ont pas le moral.
« Echapper est mon obsession. Je suis capable d’efforts surhumains pour ne rien faire . » Mermoz pour boîtes de nuit, penseront certains. Je les laisse confondus avec leur bêtise. Mais la voix de Philippe reste en nous. Une voix qui a « une allure de râpe et de scie ».
J’écris ici parce que cette voix ne s’est pas calmée. J’écris certainement comme un frère, ce qui doit être un genre particulier d’écriture. Un genre nouveau. Jamais inventé. A mi-chemin entre l’amour et la tristesse, entre le roman et la berceuse de l’enfant qui ne veut pas dormir.
« Faudrait pas que c’est fini.
« Faudrait pas que je suis grand,
« Faudrait que j’ai resté petit . »
J’aurais bien voulu qu’on reste petits. Tous. Toute la famille. Lui, il avait inversé sa vie. Il avait commencé comme un grand et vers la fin, il avait écrit simplement, avec son doigt sur le sable : « J’ai mis tant de temps à devenir enfant . »

Tu étais un drôle de type. Un farceur, un dragueur. Je reste encore étonné par ta façon de traverser ta jeunesse. Notre père qui maintenant est aux cieux te regardait comme venu d’un autre monde. Nous l’avons toujours vu austère, distant. Il portait un costume, une cravate, des gants parfois qui rappelaient son inscription dans l’ordre de la lourdeur officielle. Finesse de l’esprit, sans aucun doute. Préciosité parfois. Un brin d’érudition pour ce qui concernait Stendhal et Proust. Mais surtout une forme romaine d’autorité dont tu semblais à peu près le seul à être exonéré. Tu t’échappais, beau et rieur. Musique, danse, citations de Bergman, westerns, rébellion politique, tout était bon pour que tu prennes le large.
Je n’en reviens pas. Moi, je me faisais toujours prendre : l’algèbre m’était incompréhensible, l’allemand impénétrable, le reste à l’avenant. J’avais les pattes dans la glu. On ne peut pas dire que j’étais un bon élève. Toi non plus mais personne ne le remarquait. Tu n’as jamais été laborieux dans l’acquisition des connaissances. Elles venaient sur toi comme à la surface des vases grecs, ces déesses qui ont des figures d’oiseaux. D’ailleurs, ton symbole c’était la chouette. C’était pour te donner une contenance. L’oiseau de nuit te plaisait mais ta sagesse était insolente, plus légère.
« Je suis Vierge, ascendant perdu.
« Pour toujours on m’a mis
« en catégorie :
« émotif, non actif, primaire
« E N A P
« c’est tout dire de mon caractère,
« par ailleurs sale, aux yeux des uns,
« mais surtout des autres . »
A Fréjus, il y avait la plage sur laquelle, pendant longtemps, tu as régné. Dans ma mémoire, cette plage des années cinquante est encore à peu près déserte. C’est un espace de volupté. Notre peau était plus méditerranéenne que la mer. Elle brunissait au fil de l’été, le sable s’accrochait aux cheveux, nos sexes étaient salés et les filles s’allongeaient comme des royaumes.
Maintenant je pense à Camus dont nous aimions l’univers solaire et juste. Sans le vouloir nous refaisions tous les sujets du bac avant même que l’épreuve nous soit infligée. Fallait-il préférer sa mère à la justice ? La révolte était-elle l’essence même de l’homme ? Le mythe de Sisyphe nous semblait un peu obscur. Il y avait des événements auxquels on s’accrochait comme à des ronces. Et nous avions le choix : 54, Diên Biên Phu ; 56, la révolte hongroise et son écrasement ; l’expédition de Suez ; 58 : le général de Gaulle. Et l’Algérie encore et toujours.
Je me souviens que nous avons pleuré, nous les trois garçons, lorsque Diên Biên Phu est tombé. Papa achetait L’Aurore à cette époque. Ce n’était pas vraiment un journal de gauche... On savait que les collines portaient des noms de femmes. Et j’aimais Béatrice plus que toutes les autres. C’était le prénom d’une guerre lointaine dont nous ignorions la sauvagerie. Les héros qui nous étaient nécessaires existaient vraiment : légionnaires, parachutistes, infirmiers, pilotes... ils étaient les Du Guesclin et les Bayard de notre adolescence.
A cette époque, je t’aurais bien vu en jeune capitaine de cavalerie portant au loin la gloire de notre nom. Lawrence d’Arabie ou Bournazel auraient aussi fait l’affaire. Car tu étais le chef naturel de ces trois jeunes mâles qui rêvaient leur vie dans l’indolence de l’été.

 

François Léotard

 

Publié dans Poésie à écouter

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De longues larmes d'huile

Publié le par la freniere

Qu’a-t-on fait des collines ? On a laissé partout des copeaux, des rognures, des friches mal essartées. Sur les arbres abattus de longues larmes d’huile remplacent la résine. Des emblavures empâtent les roches dégarnies, la tête chauve des cimes. Un chemin creux se perd au milieu des débris. Il n’y a plus que des pylônes qui poussent, des repères géodésiques, des relais d’antennes. Un troupeau de bêtes mécaniques s’acharne à rogner le terreau nourricier, souillant les sources d’eau potable d’une urine poisseuse. Une odeur d’essence a remplacé celle des loups. Dans la carrière taillée sur un ancien volcan, on a mis l’os à nu. Des mastabas s’empilent entre les bétonneuses et les camions à benne plus larges qu’une rue. De-ci de-là, dans ces tranchées lépreuses, des collerettes de fleurs s’accrochent à la vie. Quelques rares abeilles butinent le métal sans les apercevoir. Les détergents lâchés avec les eaux usées nourrissent de phosphate les algues bleues du lac. Quand on voit les mouettes courser pour un bout de mégot, on mesure à quel point les hommes souillent la terre. Après avoir détruit le collège, le couvent, l’hôpital, même le paysage, s’apprêteraient-ils à remblayer le lac pour en faire un parking ?

 

Le soleil se lève tôt derrière la colline. Je m’éveille avec lui, les yeux humides comme la brume du lac. Le bruit de la cafetière se mêle à celui des cigales. À vivre de petits riens, j’apprends à voir le tout. Mes heures élastiques se tissent en hamac. Elles s’étirent en canot, de la première vague à la ligne d’horizon. J’ai vécu mon enfance dans une maison sans porte, pleine de chambres d’ami, la table toujours prête, le banc de quêteux ouvert à la moindre occasion. Les courants d’air et les gens effaçaient la poussière. Le rire des enfants fabriquait du soleil. J’étais le taciturne, le Schtroumpf un peu grognon dans sa cabane à rêves. Selon ma mère, je serais né un crayon à la main. Elle a porté longtemps une tache d’encre sous la peau. Je dessinais des mots avant même d’écrire. Je regarde le monde comme on feuillette un livre. Il y a sous les ratures un envers des choses, du rêve dans la marge, du sang entre les lignes. Les mots quand ils sont seuls perdent la vie. Quand ils avancent bras sous bras, les phrases en accolade, ils nourrissent la route. Je m’appuie sur eux comme un aveugle sur sa canne. Je grimpe comme une puce les petits chiots rocheux. Je saute de colline en colline, d’un bras d’eau claire à l’autre. La présence d’un nuage abolit la distance qu’un précipice accroit. De l’aigrette volante à la mousse des pierres, la substance du monde ne se résume pas. Deux écureuils sur un chêne, les bajoues pleines de vie, se font la courte échelle et me lancent des noix. Je ne suis qu’un intrus dans la forêt des gnomes.

        

 J’écris à petit bruit sur un papier ligné, de pattes de mouche en pâte à pain. La forêt, même quand elle est dense, n’est jamais une prison. On y respire par les feuilles, les oiseaux, les marais. Je me dirige vers la terre à Marcoux, un petit mouchoir vert entre deux crêtes rocheuses. C’est là qu’habite un vieux chêne de cent ans. Tout un Monsieur. Je passe toujours le saluer. L’eau d’un torrent s’y perd entre les talles d’un framboisier. On y décèle encore un bruit de terre glaise, une odeur auditive. Je savoure des yeux les nuances du vert, le galbe des montagnes, l’écharpe des nuages sur les charpies de pierre, la cime des sapinières chatouillant l’horizon. Je grimpe sur un buton à la peau mal rasée. Tout au fond du tableau, des vaches paissent dans les hauteurs. On dirait des oiseaux aux ailes arrachées, des cormorans patauds. Je descends vers le bois comme on reprend la mer. Je ne suis pas pressé de revenir au village. Entre les rues aseptisées, inodores, policées, seuls les cris des ivrognes ont quelque chose d’animal. Au restaurant du coin, entre canettes et papiers gras, quand j’ouvre mon cahier, je retrouve l’espoir. Mes mots gardent toujours une odeur de sous-bois. Des phrases pleines d’humus me ramènent à la vie. Malgré tous les néons, je vois la vie en vert sous mes lunettes bucoliques. Une part de merveilleux résiste à toutes les bassesses. Un voyageur aux yeux brûlés garde en lui la lumière.

Publié dans Prose

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Les Éditions Trois-Pistoles

Publié le par la freniere

LES ÉDITIONS TROIS-PISTOLES

LES PRODUCTIONS THÉÂTRALES

EN COLLABORATION AVEC LE CLD DES BASQUES

ONT LE PLAISIR

DE VOUS INVITER

À UNE CONFÉRENCE DE PRESSE

LE JEUDI 25 AOÛT

À QUATORZE HEURES

AU CAVEAU-THÉÂTRE

23 RUE PELLETIER

TROIS-PISTOLES

*

LE POINT Y SERA FAIT

SUR LA SAISON ESTIVALE

DES PRODUCTIONS THÉÂTRALES

SUR LA SAISON LITTÉRAIRE D’AUTOMNE

ET SUR LA DERNIÈRE MANIFESTATION

DE LA GRANDE MARÉE DE L’ÉCRITURE

LES PREMIER, DEUX ET TROIS SEPTEMBRE PROCHAINS  

 VEUILLEZ CONFIRMER VOTRE PRÉSENCE : 1 418 851 8888

 

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Le rincage

Publié le par la freniere

Plus ils torturent la langue, plus ils mentalisent, plus je m'éloigne de cet état qui se veut plus intelligent que l'âme. Chaque rentrée littéraire porte son fardeau d'inepties, de poudre aux yeux, se vautre dans un blabla intellectuel dont l'égotisme est forcené. Bientôt il faudra un sous-titrage de plusieurs pages pour donner sens aux élucubrations d'un art qui a bradé sa vocation d'être pour le verbiage du paraître. Une nausée me prend devant les échafaudages des syntaxes abracadabrantes, les puits sans fond de la pensée virtuelle qui ne sait plus donner à naître ! C'est à qui contorsionnera le mieux le verbe, lui donnera la forme la plus incompréhensible, le sens le plus elliptique, le fond le plus abscons. Par ce mirage réflexif, le mandarin tient en otage le lecteur. Ses mots organisés mystérieusement, dangereusement, aléatoirement, créent l'illusion dans toute sa limite. De ce fatras poétique cérébral, le contenu s'est enfui. Il est parti respirer ailleurs. La merveille est loin des effets de manche. Pourtant, parfois un livre approche le sublime sans jeux ni artefacts, par son talent, sa personnalité juste, il bouleverse, touche à l'intime essentiel. Et c'est le rinçage de la pensée, l'absolue émotion, la poésie révélée. Ce matin j'ai vu un oiseau se laver dans une flaque d'eau. Son application atavique délivrait cette poésie plus réelle que toutes les distorsions mentales. Loin des cénacles, l'or de la lumière défie la pensée le geste et l'écriture d'une présence qui ne se sait pas mais qui irrigue comme un sang.

 

Ile Eniger - Le raisin des ours - (à paraître)

Publié dans Ile Eniger

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Pour un État palestinien

Publié le par la freniere

voir la vidéo

 

Dans 24 heures, le Conseil de Sécurité de l'ONU va se réunir à nouveau pour discuter de la demande d'adhésion de la Palestine comme 194ème Etat membre.

700 000 d'entre nous ont déjà rejoint la campagne et nos voix sont entendues par les dirigeants. Mais nous devons être encore plus nombreux et intensifier la pression afin de pousser les pays clés à un vote favorable.

Beaucoup de gens estiment ne pas assez bien comprendre la situation pour pouvoir agir. Avaaz a réalisé une courte vidéo qui raconte la véritable histoire du conflit.

Si suffisamment de gens la regardent et signent la pétition, en particulier en France et dans les autres principaux pays européens dont le soutien est essentiel, nous pouvons créer une immense vague de pression et influencer le vote à l'ONU. Regardez la vidéo puis partagez-la avec tous ceux que vous connaissez -- allons jusqu'à un million de voix!

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La Frenière & poésie en spectacle

Publié le par la freniere

 

 

Spectacle de poésie et musique

 

26 août 2011

20 heures

Le Carrefour Saint-Julien

787 Chemin Saint-Julie

(beau temps mauvais temps)

 

Jean-Pierre April

Loulou de Villère

Jacques Desmarais

Richard Gamache

Robert Giroux

Danielle Giroux

Jean-Marc La Frenière

Sonia Mondor

Pierre Séguin

Christiane Tremblay

Sandrine Thomas

 

Dans les hauteurs, les mercenaires de la pépine ont commencé le massacre. Il faut parler plus fort que les marchands de vent et l'arrogance des complices. Nous mêlons notre haleine aux cris des bêtes, à la musique des abeilles, aux reflets des ruisseaux, à la beauté des fleurs dans le jardin du rêve. Nous recueillons la sève sous l'écorce des mots.

 plan_dcarrefour.jpg

 

renseignements:

Téléphone : 418.423.2384
coopcarrefour.org
info@coopcarrefour.org

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Alain Leprest

Publié le par la freniere

 

 

Salut l'artiste!

 

C'est peut-être Mozart le gosse qui tambourine
Des deux poings sur l'bazar des batteries de cuisine
Jamais on le saura, l'autocar du collège
Passe pas par Opéra, râpé pour le solfège.

C'est peut-être Colette la gamine penchée
Qui recompte en cachette le fruit de ses péchés
Jamais on le saura, elle aura avant l'heure
Un torchon dans les bras pour se torcher le coeur

C'est peut-être Grand Jacques le petit au rire bête
Qui pousse dans la flaque sa boîte d'allumettes
Jamais on le saura, on le fera maçon
Râpé Bora Bora, un mur sur l'horizon

C'est peut-être Van Gogh le p'tit qui grave des ailes
Sur la porte des gogues avec son opinel
Jamais on le saura, râpé les tubes de bleu
Il fera ses choux gras dans l'épicerie d'ses vieux

C'est peut-être Cerdan le môme devant l'école
Qui recolle ses dents à coup de Limpidol
Jamais on le saura, KO pour ses vingt piges
Dans le ring de ses draps en serrant son vertige

C'est peut-être Jésus le gosse de la tour neuf
Qu'a volé au Prisu un gros oeuf et un boeuf
On le saura jamais pauvre flocon de neige
Pour un bon Dieu qui naît, cent millions font cortège

 

Allain Leprestre

Publié dans Poésie à écouter

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Un abri de fortune

Publié le par la freniere

Je ne crains personne. Ce sont les groupes qui m’effraient. Le bonhomme de base y devient fanatique, pour un ballon, un bout de papier, un drapeau, une icône, un salaire. En haut de la montagne, les travaux recommencent. Je grimpe d’un bon pas sur le dos de la colline constater les dégâts. Les os de la terre  craquent sous mes pieds. Une débusqueuse énorme arrache la barbe des sapins, écorce les érables, écrasent les bouleaux, ne laissant sur le sol qu’une paillasse de pauvre hérissée de cailloux. Une main de métal éventre le sous-sol. Les trous dans le feuillage font les gros yeux et les fourmis s’affolent. L’essence contamine la fraîcheur des sources. L’odeur du cash a remplacé le goût d’aimer. La soif du pouvoir étouffe les raisons d’être. Les élus n’écoutent pas la voix des citoyens. Faudra-t-il s’enchaîner aux monstres mécaniques, couper le courant, s’immoler par le feu, affronter la police avec une flûte à bec, faire bramer l’orignal, réveiller l’ours et rameuter les loups ?

 

Il faut croire à ce que crée la vie, non à ce que l’homme en fait. J’écris à voix haute en traversant le bois. Je passe une audition à l’oreille des bêtes. Il y a toujours un vieux suisse bougon pour redresser mes phrases, un hibou railleur qui se moque de moi, un raton laveur qui finasse sous ses lunettes fumées, une corneille un peu sourde qui me fait répéter, la longue queue d’un renard qui paraphe le tout mais laisse des poils roux sur le costume des poèmes. La naissance d’une fleur, la construction d’un nid, l’éclosion d’un œuf, le miracle du miel me consolent des banques. Il faut refaire ami avec la terre, l’écouter chanter, remplacer la promesse par son accomplissement, qu’on vive ensemble sans se faire mal. Il arrive que les mots soulèvent la poussière. Les phrases se mêlent au vent, les paroles à la pluie, les pages blanches à la neige. Il ne faut pas craindre la mort. Ce n’est qu’une âme quittant son abri de fortune. L’eau rêve entre les rives. La terre nous regarde avec les yeux de l’air.

Publié dans Prose

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Fin de saison en beauté au Caveau-Théâtre

Publié le par la freniere

                                                                                                             

 

Les Productions  théâtrales sont heureuses  d’annoncer que plus de 2 500 spectateurs ont vu à ce jour la pièce Les menteries d’un conteux de basse-cour de Victor-Lévy Beaulieu et pas moins de 1 000 autres ont assisté au spectacle de Mathieu Barrette, aux lundis des artistes de chez nous, à l’atelier d’écriture et à la soirée de conte du dimanche de Sylvain Rivière.

     Ne reste plus que deux représentations des Menteries d’un conteux de basse-cour, ce soir vendredi le 19 août et demain, samedi le 20 août, à 20 h 30. Deux représentations pour savourer les performances extraordinaires de Jean Maheux dans le rôle d’Abel Beauchemin, des musiciens Isabelle Cadieux-Landreville et Félix Charbonneau dans ceux des parents dudit Abel Beauchemin.

     On fait bien de réserver tôt, car les places vont manquer betôt! Et d’autant plus que tous les spectateurs présents ce vendredi soir et demain samedi recevront gratuitement le roman Bibi de Victor-Lévy Beaulieu, une commandite des Éditions Trois-Pistoles pour célébrer la renaissance du Caveau-Théâtre.

    Samedi soir, après la dernière des Menteries…, les spectateurs sont invités à partager leur plaisir avec l’auteur, l’acteur, les musiciens et l’équipe de production du Caveau-Théâtre. Avec musique et de quoi sustenter les grandes, petites gueules… et tous les autres!

 

On réserve au 1 418 851 4759

Publié dans Glanures

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