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Temps d'occ et libre nove

Publié le par la freniere

Pour traverser ce temps
de ploques à terre
ils ont chanté presque silencieux
dans leurs petites tentes multicolores
les locataires
du temps présent
les pelleteux d’égalité
les brasseurs de confiture
du futur rêvé tout haut


Dans  les rues, les parcs, les squares,
les landes, le métro,
sous la pluie, la neige, le vent et dans le coeur des villes plates,
même à Harvard et jusque dans les sondages,

avec des palettes de graffitis mobiles
et leurs nageoires de quêteux de joie,

ils ont osé faire sortir dehors les hobos
soigner quelques bobos...

C’est déjà beaucoup dans la marge des nuages
pour traverser l’effroi des bêtes 
et la rareté de la mémoire

Ils ont gratté à même la lune
la corde de la fraternité

la seule vie magique

échevelée

comme en nous tous

Sometimes I am happy
Sometimes I am blue

Merci les fous d'humanité!

15/11/11

Jacques Desmarais

Publié dans Poésie du monde

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À paraître aux Éditions Trois-Pistoles

Publié le par la freniere

Printemps 2012

Contes,Légendes et Récits de l'Abitibi-Témiscamingue
Denis Cloutier, Anthologie

Les contes d'Eugène Achard
Victor-Lévy Beaulieu, Anthologie

La passion du rural-tome II
Bernard Vachon, Essai

Contes, légendes et récits de la région de Montréal-tome I
Aurélien Boivin, Anthologie

Contes, légendes et récits de la région de Montréal-tome II
Aurélien Boivin, Anthologie

Prendre le dindon au lasso
Michel Vézina, Essai (collection Écrire)

Le fou d'la Pointe
Claire Vigneau, Roman

La possédée de Sainte-Irénée
Serge Gauthier, Roman

La matière du monde
Jean-Marc La Frenière, Poésie

Ma vie avec ces animaux qui guérissent (nouvelle édition)
Victor-Lévy Beaulieu, Essai

HistoireS
Herménégilde Chiasson, Poésie

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Publié dans Glanures

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L'Oie de Cravan au Salon du livre de Montréal

Publié le par la freniere

L'Oie de Cravan sera au Salon du livre de Montréal du 16 au 21 novembre.

Pour nous trouver, il faut nous chercher : bien au fond du stand de Dimedia, numéro 174.

Robin Aubert va y signer son recueil  Entre la ville et l'écorce  vendredi soir de 19h à 20h.

Patrice Desbiens devrait normalement y signer Pour de vrai samedi de 14h à 15h et de 17h à 18h, mais rien n'est moins sûr!

Quoiqu'il en soit venez nous porter des oranges : il fait parfois bien gris sous les voûtes de la place Bonaventure !

 

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Sur une note plus souriante : nous serons également au chic 

Salon de la petite édition Expozine

les 26 et 27 novembre au 5035 rue Saint-Dominique à Montréal.

Si vous ne connaissez pas Expozine, il faut absolument venir y faire un tour :

des centaines de publications et de productions imprimées de la plus grande rareté!

Il fait rarement gris sous son ciel.

 

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L'Oie vient de faire paraître la réédition tant attendue de

Nombreux seront nos ennemis de Geneviève Desrosiers.

Nous l'aurons au Salon du livre et elle est déjà en librairie.

 

À la fin du mois nous allons recevoir le nouveau titre de Michel Garneau

Le Sacrilège,

peut-être son plus beau texte.

Nous l'aurons à Expozine.

 

Vous pouvez voir les couvertures de ces deux titres ici : http://oiedecravan.blogspot.com/

 

 

 

Publié dans Glanures

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Tu es si belle

Publié le par la freniere

Tu es si belle. Dès que je t’aperçois, le rictus du cœur se transforme en sourire. Laisse luire ton soleil sur mes épaules de pluie. Tes secondes affolées nourrissent mes semaines. Chaque heure a ton visage. J’écris ton nom et je t’embrasse. Je l’écris sur des bouts de papier que je sème à tous vents. Je te touche là où la terre et le ciel s’unissent. Je te regarde de toute mon âme, la peau tendue comme une prunelle. Notre amour est plus fort que tout. Aujourd’hui, j’ai fait du canot. Chaque coup d'aviron sur le lac te disait je t'aime.

        

Viens te perdre dans ma vie, te retrouver en moi. Viens me faire une voix dans le silence du néant, me retrouver dans un monde de caresses. À l’attention de nous, à la tension de l’arc, je te fais la tendresse comme on se fait l’amour. Je te fais la caresse comme on redresse un arbre. Je t’aime. Je te le dis avec le vent, les herbes, les nuages. Je voudrais te le dire avec toute ma voix arrachée de la boue. Ta vie éveille en moi le désir de vivre. Même tes robes, tes colliers, tes souliers ont quelque chose d’infini. Tu les portes si bien, comme une rosée sur une rose, une couleur d’arc-en-ciel sur la ligne d’horizon. 

        

Loin des yeux mais si près de mes lèvres, tu vis à l’autre bout du monde mais à proximité du cœur. J’entends ton souffle qui soulève la paupière du rêve. Recréant chaque souffle je voyage vers toi. Je ne dors plus du sommeil des hommes. Je veille dans ton rêve. On n’aime jamais trop. Peu importe la distance et l'environnement, l'osmose est possible. C'est la toute la beauté et la difficulté d'aimer. Je t’écris avec mes doigts loin du clavier, mes mots devenus chair, mes doigts serrés en main pour t’enlever, te caresser, te porter, mon cœur au bout des phrases, ta voix dans mes oreilles, ma vie près de la tienne.

 

Parmi la mue des choses, tu es là à me tendre la vie. C'est à toi que je parle quand j'écoute les oiseaux. C'est toi que je regarde quand je touche l'eau du lac. C'est vers toi que je monte quand j'escalade la montagne. Peu importe ce que je fais, je passe toutes mes heures à t'aimer. Lorsque j'écris en braille, tu viens me lire avec ta langue. Tu multiplies tes doigts sur ma chair en papier. Le poil de mes mots se dresse au milieu des caresses.

 

 Je t’en fais des caresses, des vagues de baisers, des farandoles de calins. Je suis complètement avec toi à partager ton bonheur. Ton ventre chaud contre mon dos, je respire plus large. Je ne porte plus à terre. Je t’emporte avec moi. Nos jambes sont des ailes. Quand je te vois avec l’oreille, tu ressembles à du Bach. Nos voix se mêlent au-delà des mots. Nos mains se touchent au-delà des gestes. Notre âme s’agrandit jusqu’à l’éternité.

 

Les heures qu’on se trouve effacent les jours perdus. J’avance parmi les fleurs qui jalousent ta vie. Je ne pense qu’à toi. L’énergie de chaque plante me ramène à toi. Je ne suis jamais seul. Au centre de l’absence, il y a toujours ta présence. Je ne veux plus aller nulle part ailleurs qu’à toi. Mes jours ont l’odeur de tes mots. Mes joues ont la saveur de tes lèvres. Mes joies ont la couleur de tes yeux. Lorsque je n’avais rien, tu as peuplé ma vie de trésors invisibles.

 

Je touche la peau d’une rivière sur la fraîcheur de tes hanches, la chaleur du soleil dans la caresse de tes bras. J’atteins le monde sur ta bouche, l’horizon tout entier, le même ciel qui brille pour la loutre et l’enfant, la montagne et la mer. Tu me parles de si près que je vis au plus haut. Je n’ai jamais autant aimé. J’ai vécu pour aboutir à toi. Ta présence est une immense paupière ouvrant sur la lumière. Elle est cette lumière que je rêvais d’atteindre. Celui qui marche dans mes jambes n’attendait que ta route.

 

J’attends tout de toi. J’entends tout de toi, le frémissement des lèvres, la douceur de la peau, la chaleur des mains, l’acuité du regard, le frôlement des pas sur le plancher des mots. Tu m’as fait croire à l’infini et il devient vivant sous tes caresses. Je t’aime en vrai, plus vrai que vrai. Je t’aime en chair. Je t’aime en vie.

Publié dans Prose

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Vivre

Publié le par la freniere

Je suis un barde fou qui naufrage des univers de papier

un archéologue de la douleur, un traqueur de rêves 

un explorateur d’imagination, un plaisancier de l’inconscient

un topographe de la raison.

 

Je suis l’enfant qui désapprend le mot

pour en extraire les frissons du sens et des pleurs de syntaxe

le vieillard qui lentement efface les bruissements de son cœur

un homme loup qui hurle à la mort des cœurs

le voyageur qui sort de sa vie pour aller aux ailleurs essentiels.

 

Je suis un marcheur de cieux, un pisteur de rumeurs aseptisées

une fourmi pensante dans l’ailleurs des sans ciel

une diagonale d’infini et d’étoile 

où clapote le silence tapageur des hommes.

 

Je suis un Bateau Ivre au naufrage des mots blancs

une nuit d’encre rouge, une encre au cri noir

un capitaine crucifié dans la tempête millénaire des vagues à l’âme

un homme tumulte, un hurleur de clair de lune

un arpenteur de déraison.

 

Je suis la rime désancrée qui cherche un port d’attache

un rêve perdu dans le chahut égotique des verbiages inutiles.

 

Je suis la maison abandonnée

le vieux présage d’un homme d’hier

d’un futur qui brûlera ses calepins, ses mots et sa mémoire.

Sur la route de l’oubli

je suis l’homme désancré qui s’efface en bruissements inaudibles.

 

Je suis le mot vain en terre d’amnésie

le verbe qui se noie comme je me saoule

l’homme sans voix dans un monde de comptables

la conscience égarée en chemin de voyage intérieur.

 

Je suis le psaume muet dans un ciel de non-dits

un mot de silence qui vit comme on meurt

l’enfant qui sait : l’esprit qui dort fait escale en après vie.

 

Je suis l’homme qui veut mourir éveillé.

 

Le quotidien est un crime de poète.

 

Jean-Michel Sananès

 

Publié dans Jean-Michel Sananès

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Guy Borremans: l'oeil multicolore du cyclope

Publié le par la freniere

bobo_max.jpg

Guy Borremans rêvait d’être un cyclope. Un jour, il s’est littéralement collé un viseur de caméra au visage. Plus prosaïquement, il s’était confectionné une sorte de serre-tête en gaffer tape, le ruban adhésif miraculeux des plateaux de tournage. Pendant quelques semaines, Borremans s’est métamorphosé en homme-caméra pour déambuler dans les rues de Montréal.

Il voulait s’apprendre à ne percevoir de la ville que ce que le cadre du viseur lui en révélait. En somme, enregistrer la réalité en direct comme elle se construit dans un film, plan par plan, et faire l’expérience d’une vie qui se déroule sans fin comme un plan-séquence de la Nouvelle Vague et s’enchaîne, pour le fil narratif, avec le même fortuit d’associations qu’un cadavre exquis surréaliste.

Au cinéma, la caméra va au building. Avec un viseur dans le front, c’est le building qui vous tombe dessus sans crier gare. Ou une femme superbe qui disparaît aussi furtivement qu’elle est apparue. Ou un carrosse de bébé qui descend un escalier suivi d’un autobus qui fonce sur un kiosque à journaux. Si on lève la tête, le ciel est bleu. Si on la baisse, l’agonie de Maurice Duplessis vous saute aux yeux. Avez-vous appris la nouvelle ? Elle a duré 80 heures ! La gueule du vendeur dans son stand est hilare.

La révolution a commencé par l’œil et sa modernité était dans le regard. Pour transformer le monde, il fallait d’abord le voir autrement. Il fallait casser sa représentation et libérer les formes et les couleurs pour la reconstruire. La seule vérité était celle de l’œil qui regardait. Einstein n’en pensait pas moins.

Au tout début du XXe siècle, les fauvistes, les cubistes, les futuristes, les expressionnistes, les suprématistes et les dadaïstes en étaient arrivés à la conclusion que le trompe-l’œil faisait précisément ce qu’il disait : il tronquait la vision. La représentation totale de la réalité ne se limitait pas à sa seule copie. Le Québec du Prisme d’Yeux d’Alfred Pellan, du Refus global de Borduas et des plasticiens de Guido Molinari y est arrivé à son tour avec cinquante ans de retard.

Au même moment, les cinéastes québécois de l’ONF décapaient progressivement leurs objectifs de toutes les couches successives de propagande, de censure et d’images d’Épinal qui avait imposé d’office à leurs documentaires une bonhomie généralisée. De l’Amérindien dans son canot d’écorce à l’ouvrier qui coulait du métal en fusion dans son usine, tout le monde était sur son 36 et heureux de son sort.

Caméra à l’épaule et enregistreuse en bandoulière, la nouvelle vérité du cinéma s’apprenait à regarder et à écouter avant de scénariser et mettre en scène. Désormais, elle se garderait de contrarier le galop du parler naturel, tout en enregistrant, en contrepoint, la raideur empesée des corps, la gravité des silences et la tristesse éloquente des regards. Laisser voir et laisser parler la réalité avait déjà donné un chef d’œuvre d’humour absurde involontaire Les Raquetteurs de Gilles Groulx (1958) et une imposante suite d’une poésie rude et âpre, Au pays de Neufve-France de Pierre Perrault (1959-60).

On trouve plus facilement la tête d’une épingle en scrutant les étoiles dans le ciel qu’en la cherchant dans une botte de foin. L’exhortation est d’André Breton. Guy Borremans a été un des rares cinéastes, sinon le seul, à emprunter une démarche diamétralement opposée à celle du cinéma-vérité : l’approche surréaliste. La pratique du troisième œil lui avait enseigné à regarder et surtout à voir. La fluidité onirique du découpage des images d’un rêve s’inspirait en somme d’une magie aussi ordinaire que celle des apparitions inattendues lors d’une simple déambulation. C’est une découverte qui a inspiré la réalisation de son film La Femme Image (1958-1960).

Avec sa tignasse rousse, sa gouaille belge et son rire sonore, Guy Borremans ne passait pas inaperçu dans la faune du café El Cortijo, rue Clark. Le haut lieu de la bohème était situé au début de la pente de la côte, tout près de la rue Sherbrooke. Il fallait gravir un escalier pour monter au premier et ensuite redescendre un étage pour accéder à une assez grande salle. La fresque du mur d’entrée évoquait une sorte de tauromachie sombre, plutôt abstraite, brossée à grand traits noirs, sur un fond sang de bœuf. Elle ne donnait pas le ton, mais créait l’atmosphère.

Si la Hutte demeurait la Mecque historique des artistes, le El Cortijo était le rendez-vous de la nouvelle bohème et des étudiants des Beaux-Arts. De temps à autre, des poètes chansonniers s’assoyaient avec leur guitare sur le tabouret de la scène du fond pour présenter leurs chansons et à l’occasion, les vendredis ou les samedis, il y avait un spectacle proprement dit. Ces soirs-là, le roi de la fête était Tex Lecor. Le peintre incarnait parfaitement la bohème, son esprit libertaire, son impertinence, son franc-parler populaire, sa gauloiserie, son appétit pour le plaisir de l’instant et son goût irrépressible de la provocation.

C’était notre Aristide Bruant ! Debout sur scène avec sa guitare, sa carrure de bûcheron, sa chevelure en broussaille, sa barbe, sa voix rocailleuse et son sens de la répartie, le dernier des vrais était une sorte de dieu tutélaire des Quat-z-arts ! Un jour, il s’était amené avec une nouvelle chanson, Rue Saint-Famille.

Attenante à l’École des Beaux-Arts, la rue comptait plusieurs studios de peintres et de sculpteurs dont celui d’Alfred Laliberté qui, avec ses verrières à la française, était reconnu pour la qualité de sa lumière. Laliberté était originaire de Sainte-Élizabeth-de-Warwick comme Armand Vaillancourt de Black Lake et Paul Lecorre de Saint-Michel-de-Wentworth.

Le talent pour le dessin, la peinture ou la sculpture n’est pas une fleur de serre. C’est une plante sauvage qui pousse dru, souvent dans des milieux où sa floraison n’était ni attendue, ni désirée. Les terres de colonisation, le Québec profond et les quartiers ouvriers ont toujours été de ce fait plus présents aux Beaux-Arts que dans les collèges classiques.

La Rue Saint-Famille de Tex était une proche parente de la Rue Saint-Vincent de La complainte de la Butte de Mouloudji. Qu’importe ! La bohème montréalaise était flattée d’avoir une chanson bien à elle et ne boudait pas son plaisir. D’autant que ses sœurs parisiennes, Montmartre, Montparnasse et Saint-Germain-des-prés, demeuraient toujours un modèle à suivre.

Les bohèmes artistiques se nourrissent de théories, de coups de foudre et d’anecdotes. Personne ne s’est jamais présenté à l’El Cortijo avec les cheveux verts pour épater la galerie comme Baudelaire, ou avec un revolver, comme Alfred Jarry pour tirer dans un miroir et se tourner ensuite vers la jeune fille de la table d’à côté en lui murmurant : Maintenant que la glace est brisée, mademoiselle, causons ! On en rêvait pourtant !

Dans une société où toute la jeunesse se coiffait à la Elvis Presley, les artistes vénéraient d’autres icônes. Une fois ou deux la semaine, Toulouse-Lautrec nous visitait avec son binocle. Il s’assoyait bien droit sur sa chaise, toujours en compagnie de femmes aux formes généreuses comme dans ses peintures. Il s’agissait d’un peintre-graveur très peu démonstratif dont j’ai oublié le nom. Rien d’appuyé, il se contentait d’évoquer discrètement la silhouette. Tout son plaisir était sans doute de s’imaginer qu’il était Henri, au Moulin Rouge, plutôt que Roland, rue Clark.

Pour faire la ronde des tables et croquer des têtes consentantes, nous avions également notre Modigliani. La griffe de Germain Perron était celle d’un maître du dessin. Avec sa gueule d’ange, son chapeau de rapin, sa veste de velours côtelé noir, il campait magnifiquement la figure de l’artiste romantique, partagé entre une immense colère et une mélancolie inconsolable. Son charme était ravageur, mais la seconde d’après, pour un simple différent artistique, le lait de la soupe virait au feu grégeois. Il aurait pu en remontrer à Gérard Philipe sur son interprétation des sautes d’humeur de Modigliani.

La comparaison avec le héros du film Montparnasse (1957) s’arrêtait là. Sinon qu’il buvait autant que l’Italien et qu’il aspirait également à une sorte de transfiguration par la peinture. Dans le sens de l’intuition fulgurante d’Antonin Artaud. Seul Van Gogh a su tirer un portrait d’une tête humaine qui soit la fusée explosive du battement d’un cœur. Le sien ! Germain Perron vénérait Artaud et sa passion pour son Théâtre de la cruauté l’avait rapproché de Janou Saint-Denis dont il devint le compagnon par la suite.

La Reine de la nuit s’attaquait alors à une lourde tâche : la création et la production par sa troupe Les Satellites de deux courtes pièces, La Jeune Fille et la Lune et Les Grappes Lucides de Claude Gauvreau pour une unique représentation à la salle de l’auditorium des Beaux-Arts. Les répétitions s’étaient bien déroulées jusqu’à ce que six jours avant la première, le mauvais sort qui affligeait le théâtre de Gauvreau frappe à nouveau. Écrasé par l’ampleur et la teneur du rôle, le comédien principal des Grappes Lucides s’est désisté. Janou est anéantie.

Elle ne sait plus où donner de la tête lorsqu’elle croise Guy Borremans dans la rue. Le photographe l’invite au Yacht Club pour qu’elle reprenne ses esprits. Après l’avoir écoutée, il lui fait une proposition inespérée. Je n’ai aucune expérience de la scène, mais j’aime Gauvreau, je connais sa poésie et sa parole doit être entendue, alors si ça t’arrange… Et comment donc ! Le nouvel interprète de Saplerbe n’a plus qu’à mémoriser son rôle réplique par réplique et mouvement par mouvement. Cinq jours et cinq nuits sans dormir ou presque !

Le soir de la première, la salle est à l’image des artistes : houleuse. Le dispositif aquatique de La Jeune Fille et la Lune est réussi et donne l’illusion que la noyée flotte entre deux eaux. Les images se choquent et s’entrechoquent. Sublimes ou grotesques. Les mémères qui dandinent leur derrière dans la promiscuité des boudins font rire. La ville qui dépose son nouveau bijou sur la gorge de la rivière, un bijou de chair éblouit. L’intensité et la présence de Janou Saint-Denis gagne le public et l’amène lui aussi à prendre la lune dans ses bras en murmurant : La vie ! La vie !

Pour Les grappes lucides, l’orgie de couleurs qui a envahi la scène appuyait généreusement le propos de son héros Saplerbe. La couleur du soleil, de la mer dans le soleil, du ciel dans la mer, la couleur de tous les poissons sous la mer, la couleur du nuage et de l’écume qui s’épousent dans mon œil. J’ai vu l’intervalle, oui, oui ! La couleur qui n’existe pas.

La performance survoltée de Guy Borremans fut de celle qu’on ne donne qu’une fois dans sa vie et corollairement à laquelle on n’assiste qu’une fois dans une vie. Intuitivement, le réalisateur en lui avait choisi avec raison d’endosser l’état de suprême exaltation qui avait présidé à l’écriture de la pièce plutôt que de jouer un personnage.

La tête en feu dans l’éclairage, il a donc plongé dans le poème avec une fougue véhémente et une gesticulation furibonde à faire rougir d’envie tous les acteurs expressionnistes du cinéma muet, traînant tous les autres derrière lui, tambour battant, sans quitter le souffle de l’auteur et sur un ton déclamatoire et lyrico-flamboyant. C’était fou ! C’était grotesque ! C’était dingue ! C’était sublime ! C’était Riopelle ou Jackson Pollock peignant avec des mots sans perdre le rythme jusqu’à l’épuisement ! C’était grandiose ! Si la beauté des surréalistes a jamais été convulsive, ce soir-là, elle le fut.

 

Jean-Claude Germain

 

tiré de L’Aut-journal

Publié dans Les marcheurs de rêve

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Les entrailles

Publié le par la freniere

J’ai déjà eu le matériel nécessaire pour bâtir un avenir mais il manquait toujours une vis, un bardeau, un outil. J’ai fini par en faire une sculpture aussi belle qu’inutile. Je vis à la dérive. J’écris sans projet, sans idée, sans plan, un peu n’importe comment, n’importe où, les bancs de parc, les chaises musicales, les cimetières, les tables de multiplication, les sièges de toilette, les draps défaits d’un ruisseau. Le vent jette aux orties les paroles de l’air. J’en fais des phrases toujours un peu bancroches, des délires ambulants, des pages à lire en cas de malheur quand la lumière éclaire à peine. J’ai toujours les mains sales. J’écris sur les entrailles de l’homme.

        

Je ne suis pas de marbre, plutôt broussaille, plutôt brouillon. J’évite les mots trop policés, les réponses vagues où se noie le poisson. Un petit homme dans ma tête s’amuse avec des allumettes. Il met le feu partout. Quand il regarde par mes yeux, le paysage n’est plus le même. J’ai le cerveau bourré de vieux papiers, de mots sans suite, de phrases énigmatiques. Avec un peu de paille, il peut servir de nid pour les idées folles qu’on empêche de voler. Parfois, il suffit d’un mot pour tout recommencer, une vessie à la place d’une lanterne. Un drapeau à la place d’un chapeau peut conduire à la guerre. On peut attendre des heures pour une question de minute.

        

À l’intérieur de moi, je suis un peu dehors. Un pied hésite, l’autre prend l’air. Une main gratte les os et l’autre les secoue. Équipé pour aimer, pourquoi l’homme s’en sert-il pour haïr ? Si on m’ouvre le cœur, on trouvera une pile de livres, un peu d’espoir plié en deux, des rognures de crayon. Les pissenlits ajoutent leur grain de sel sur la nappe en gravier. Ils finiront leur vie en petits parachutes avalés par le ciel. J’écris n’importe quoi, penché sur le silence, les lunettes bancales, les oreilles aux aguets comme celles d’un chat. Il arrive qu’on y trouve un peu de l’or sonore, un petit bout d’azur, une phrase gorgée de sève. J’ouvre mes mains comme un sourire, comme on ouvre une amande, comme on offre son cœur.

        

J’accumule, je me perds, je m’éparpille jusqu’au ciel. Il m’arrive même d’écrire sur les mains en équilibre sur un fil. Je me laisse envahir. Ma langue est molle et coriace à la fois. Elle pousse jusqu’aux lèvres la nourriture des mots. Quand l’orage fait rage, je sors mon crayon. Tous mes muscles se jettent dans la blancheur des pages. Je me glisse dans les vides. J’ai le vertige comme une feuille sur la balançoire des branches. Peu importe les mots, je dois recommencer à chaque bout des phrases. Je m’invente un pays et à force j’y crois. Une fenêtre s’ouvre entre deux lignes. Je ne résiste pas à l’appel du large. Je dessine l’oiseau qui m’emporte plus loin. Il suffit d’un mot pour agrandir le monde.

Publié dans Prose

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Cherokee

Publié le par la freniere

mon amour est mort

mon bel amour

enfant des plaines

mon bel enfant est mort

 

le gringo est passé

dans son bolide d'argent

sa blonde suceuse

à pétrole

 

le gringo est passé

et dans le tatouage

creux de ses pneus

surgonflés

 

gît mon enfant

mon bel amour

mon enfant qui jouait au foot

dans la poussière des rues

avec une canette de coca

 

mon petit prince écrasé

sur la piste des larmes

son sang comme un trophée

sur le pare-choc d'une cherokee

 

Cathy Garcia

Publié dans Poésie du monde

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Gérald Bloncourt

Publié le par la freniere

 

 

Publié dans Poésie à écouter

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L'écriture

Publié le par la freniere

Tout juste après la première virgule,
c'est toujours comme ça,
la poésie fout le camp.
 
Elle va se tapir dans la marge,
là où elle sait que je ne peux pas l'écrire.
 
Plus tard je la retrouve avec les chats sous la chaudière
ou mêlée aux bonbons de la bonbonnière.
 
Quel bordel cette maison !
 
Patiemment  je monte mon piège
avec le début d'un mot
fréné-
et la fin d'un autre
-licieuse
 
elle sortira
elle viendra grignoter
elle ne pourra pas s'en empêcher
c'est toujours comme ça

que je l'attrape
 
d'ailleurs, j'ai plein de temps sur les bras
et un verre de vin frais sur la table
 
il fait bon ici
à écouter les chats sous la chaudière
sucer les bonbons à la violette
c'est ceux-là qu'ils préfèrent.

 

Archibals Michiels
 

glané sur Francopolis

 

Publié dans Poésie du monde

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