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Les roseaux résistent

Publié le par la freniere

La terre se donne à des butors qui ne savent pas embrasser. Ils labourent le sol avec des mains de fer, des bras hydrauliques, des pelles mécaniques. Ça laisse des cicatrices de béton, des traces, des lambeaux, des taches de mazout et des restes épars. L’espace n’appartient plus aux bêtes, à la faune, à la flore. Il m’arrive de m’éloigner des hommes. On ne parle pas de vent aux feuilles déjà mortes. On se remémore les bourgeons. Je songe à l’infini, au départ, à la mort. Je garde la mémoire ouverte sur le ciel, les yeux dans l’inconnu. La lenteur donne aux choses un goût de l’au-delà. Elle transforme les sons, les odeurs, les images. On ne court pas quand on vit. On respire la terre. On écoute la sève. On parle même aux pierres, aux brins d’herbe, aux oiseaux. Tout ailleurs est ici. On est ici partout. Chaque regard ajoute un élément dans le décor. Chaque geste apprivoise l’espace. Le cœur qui sourit illumine le sang. Une lumière parcourt le corps comme un frisson d’été.

 

J’apprends la politesse des choses. Je demande à mes yeux ce qu’ils voient, à mes oreilles ce qu’elles entendent. Je remercie ma main, mes épaules, mes jambes. Les heures ne comptent pas. C’est déjà du passé. Je laisse à d’autres les projets. Ce n’est jamais que du futur. Je respire le moment. J’apprécie le soleil. Que peut-on craindre d’un présent sans futur, d’un passé qu’on choisit ? Je désapprends la réalité, toujours trop rêche pour la peau. J’apprends à tricoter une laine fictive. Je regarde le monde avec plus d’acuité. De l’autre côté des mots, le paysage diffère. Tout existe quelques degrés plus haut. Il suffit d’une virgule pour changer le rythme, d’une syllabe pour colorer les arbres, d’un son pour transformer une taloche en baiser, pour qu’une teinte beige fané s’irise de passion. Devant l’éclat des fleurs, les yeux suffisent pour parler.

 

Lorsque l’homme s’entête à amasser de l’argent, la nature fait bande à part et distribue ses biens. Chaque jour,  j’ai rendez-vous avec la pluie, ou le soleil, c’est selon. Il suffit de si peu pour se sentir vivant, le bruissement des feuilles, celui des vagues sur le lac, la cane et ses petits flottant comme des bateaux de papier, la caresse du vent dans le creux des oreilles, un mélange d’odeurs et de bruits d’animaux, un goût de fraise entre les dents, mais surtout le sourire de ma blonde dans une pliure du cœur. Je touche avec les mots à la brûlure du monde. J’ai longtemps échappé à la couleur des choses. Maintenant, quand je traverse le dehors, c’est pour aller plus loin, aller jusqu’au-dedans, toucher l’âme sous l’écorce.

 

Éternel perdant, j’aurai gagné d’être debout dans le troupeau des travailleurs, d’être resté le même, refusant le licou, le bâillon d’un salaire, le sang des abattoirs, préférant le petit, l’inutile, le pauvre mais visant l’infini. La nature me fascine avec ses bêtes, ses arbres, ses saisons. Assis sur une pierre, je reste de longues heures à contempler le ciel. Il n’est pas vrai que je ne fasse rien. Je travaille à rêvasser. Aux questions qui m’assaillent, je réponds par un geste, une larme, un sourire, la couleur des mots. La source est la maternité des eaux, une naissance continue. Quand le soleil la touche, il féconde la terre. Ce que l’œil ne voit pas existe plus encore. Tout est désir avant d’être une image. Un corps sans âme est une enveloppe vide. L’œil du jardinier regarde comme une fleur. La main du peintre voit. L’œil du cinéaste est une caméra. Tout le corps du poète lui sert à écrire. Ses pas nomment la route.

 

À fixer l’horizon, je finis par voir l’invisible. Je glisse à l’intérieur du monde sur une luge féerique. J’écris avec une boulimie d’autodidacte, sans plan, sans technique, comme j’ai appris à lire au hasard des rencontres. De-ci de-là, dans mon cahier, le doute a laminé quelques pages restées blanches. Impossible d’y écrire sans que les mots dérapent. Il faut prendre son temps, utiliser le temps vide pour le remplir d’amour. Il faut beaucoup offrir, sans cesse remuer la cendre et souffler le tison.

Publié dans Prose

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La Geste des anonymes (extrait)

Publié le par la freniere

Tout est brouillé et le code est caduc.
Le nanti sans honneur connaît les trucs
Pour paraître moins riche et plus aimable.
L’œil du mitron, fixé sur la machine,
A oublié les plaisirs de la table.
Le tricheur en une des magazines
Etale son sourire et dit son prix.
L’indigent ne croit plus au Paradis.


Et l’indigent se dit : « Oui, je suis seul.
Je m’appelle SDF, sans autre nom.
Parfois emmailloté dans mon linceul,
J’entends mon corps lâcher ses déjections
Dans la nuit sans étoiles à l’unisson
Du crissement des pneus ou des talons
Des passants qui m’enjambent avec dégoût
Comme on saute au-dessus d’un tas de boue.
Le jour, j’ai ma bouteille ; elle est à moi,
Remplie d’un vin sacré d’absolution.
Par elle, je voyage et je suis roi
D’un pays sans verdict et sans cloison. »


Et l’indigent nous dit : « Oui, je suis seul.
Vous pouvez me lancer, moi, mon linceul,
Dans la benne à ordures, cette nuit même.
Je suis certain que je ne manquerai
à personne ici-bas ni à Dieu même.
Telle est ma vie, juste bonne à jeter. »


Obscurs parias, eux vont avec leurs chiens
De porches en bancs, la canette à la main,
Très poliment racketter les piétons
D’un euro, d’un mégot ou d’un sourire,
La démarche inquiétante, histoire de rire
Et d’exhiber la liberté qu’ils ont.
En sombres grappes ils s’agrègent au matin
Pour statuer sur des litiges vains,
Sur l’usage d’un pull ou d’un abri,
Toujours garants d’un privilège acquis.
Comme à la plage, allongés sur le dos,
Ils écoutent la ville ourdir ses flots.


Ceux-là sont jeunes, et blancs ou jaunes ou noirs.
On reconnaît leurs aires d’influence
à leurs sigles tagués pleins d’arrogance
Dans les trains, sur les murs et les trottoirs
Où fleurit le béton, la barre à mine.
On les nomme racaille ou caillera,
Grouillement sans pluriel, triste vermine,
Car ce sont filles et fils de ces gens-là.
D’avoir tant déprécié ou trop vanté
Leurs coutumes et leur teint, leurs différences
Leur mixité, on en a oublié
Qu’ils étaient gens d’ici, peuple de France.

Tandis qu’ingénument sur tous les murs
United of colors affiche en grand
Le dogme du métis resplendissant,
Fielleusement l’ostracisme murmure
Dans les couloirs, les chambres et les cœurs.
Les noirs tambours dévoilent leur rancœur.

Mais que sont devenus les authentiques,
Les obscurs, les sans-grade ? Peuple oppressé
Qui tremble l’œil rivé sur la télé.
Où dénicher le paysan mythique
Qui meurt au champ par amour de sa terre ?
Le Titi, le Marius, le Ch’ti, l’Albert ?
Le bougnat astucieux flattant son vin
La ménagère enceinte et ses festins
L’épicier rubicond, chasseur de grives
Le bon facteur que les grands chiens poursuivent.
Où sont-ils, les vrais gens, ceux du village ?
Ne serait-ce après tout qu’un pur mirage ?
Je cherche en vain le génie atavique
De ce peuple empesé de folklorique.
Qui sont donc à présent les authentiques ?

***

L’authentique aujourd’hui est quotidien.
D’une gorgée de bière au mal de dos,
Des plaisirs minuscules aux petits maux,
Une intelligentsia de l’anodin
Portraiture nos vies en petits riens.
Nous sommes clippisés dans nos désirs.
Interviewés, nos angoisses et plaisirs.
Passés en coupe au scanner des sondages,
Nous ne taisons plus rien de nos naufrages.
Puisque l’âpre misère du dehors
S’invite chaque jour à notre table,
Que le crime, l’étrange ou les records,
Navrants refrains, ne sont plus remarquables,
Que pourrions-nous trouver comme antidote
De plus troublant et intimement vrai
Que nos propres vécus, en quelques traits
Stigmatisés sous forme d’anecdotes ?
L’authentique aujourd’hui, c’est le banal
Emietté aux pages d’un journal
à la section des loisirs névrotiques.
Telle est notre vision de l’authentique.

 

Marie-Christine Escalier 

Publié dans Poésie du monde

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Ils ont dit

Publié le par la freniere

Partout le chaos traîne ses dents longues. La propension d'egos surchauffés installe ses tentacules. Ils savent : tenir un crayon, un pinceau, trois notes, un burin, et les voilà courant, sautant, harcelant, regardez-moi, je suis. La virtualité ajoute à la débâcle et si un éditeur se prend au jeu et couronne l'absurde, la ferraille brinquebalante joue les bolides dans sa peau de grenouille. Ils téléphonent : Dieu, place mon manuscrit, j'écris tu sais, j'écris… Les papiers toilettes aussi sont écrits, les sentences, les papiers peints, les annuaires… Peu leur importe leur place, celle d'autrui, le travail de création lent et seul. Ils veulent le haut du rien, la dégoulinure fluorescente. Pas le temps de penser, respecter, réfléchir, regarder. Ni de sentir le caillou dans la chaussure, la faim de l'autre, l'odeur du matin remonté chaque jour. Des coudes aigus agitent des moignons voraces, assis à la table des autres ils consomment sans états d'âme. Plus de solitude, de distance, de recul mais la grimace de rencontres abusives, escroqueries banalisées que les esprits ineptes du moment normalisent.

 

Ile Eniger

Publié dans Ils ont dit

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Je crie, j'écris, je décris

Publié le par la freniere

Je ne suis pas accoutumé à me retrouver devant l'une de mes grandes feuilles de notaire, mon stylo-feutre à la main, pointé vers le ciel plutôt que vers le papier. C'est que je ne trouve pas quoi dire, surtout pas pourquoi, à l'âge de 14 ans, j'ai décidé que je serais écrivain. Peut-être est-ce au fond très simple: je n'ai pas eu à choisir, puisqu'on n'écrit pas par choix, mais parce qu'on n'a pas le choix.

Rien ne me destinait à l'écriture: je suis le sixième d'une famille de treize enfants, pour laquelle la simple survie exigeait tant de labeur que toute son énergie vitale y passait. Le seul livre de mon enfance dont j'ai gardé mémoire est la première édition des Poésies d'Émile Nelligan qui trônait, solitaire, sur le piano chez mes grands-parents paternels. Pourquoi cet ouvrage était-il là et pourquoi ma grand-mère mettait-elle entre les pages ces coupures de journaux dans lesquelles il était question du poète? Parce que la mère de Nelligan, née Hudon dit Beaulieu, était apparentée à notre famille et qu'on compatissait au chagrin qu'elle avait éprouvé quand on dut interner son fils. Seule ma grand-mère avait le droit de prendre et d'ouvrir l'ouvrage de Nelligan. L'a-t-elle lu? Je suis certain que non. Et pourquoi ne l'a-t-elle pas fait? Parce que c'est en écrivant que Nelligan était devenu fou et que cette maladie-là, comme tant d'autres, pouvait être contagieuse. Même sans lire ou écrire, certains membres de notre famille ne vacillaient-ils pas sur leurs pieds et ne risquaient-ils pas de passer, furieusement, de l'autre côté du miroir?

Le tout-possible d'un roman

Je commençai à lire à mon adolescence quand, laissant le petit village de Saint-Jean-de-Dieu derrière nous, nous nous retrouvâmes, ma famille et moi, à Morial Mort. Je n'ai pas besoin d'expliquer pourquoi je lus d'abord la poésie québécoise avant de découvrir Léo-Paul Desrosiers, Félix Leclerc, Yves Thériault et Jacques Ferron. J'aurais bien aimé devenir poète, je m'y suis essayé, mais en vain: comme l'a si bien dit Miron le Magnifique, il n'y a pas de poème quand celui-ci n'est pas l'objet d'une seule idée, d'une seule métaphore. Je n'étais pas de ce côté-là des choses: les poèmes que j'écrivais, alors que j'avais quatorze ans, faisaient deux cents pages! Aucune idée poétique, aucune métaphore poétique ne peuvent avoir deux cents pages!

Mais dans un roman, tout cela est possible. Je l'ai compris en lisant Les misérables et Les travailleurs de la mer de Victor Hugo. Je me souviens de ce que ma mère me disait quand je déballais les gros ouvrages du bonhomme Hugo sur la table de la cuisine: «Si tu lis toutes ces folleries-là, tu vas finir tes jours à Saint-Jean-de-Dieu!» Je répondais alors à ma mère: «Lequel, Mam? Le Saint-Jean-de-Dieu qui est un asile dans le bout de l'île du Grand Morial ou l'autre, ce petit village du Bas-du-Fleuve où tu es née?»

Quand je fus atteint par la poliomyélite à l'âge de dix-neuf ans, dans la partie gauche de mon corps, celle avec laquelle j'écrivais, mes parents auraient voulu que je voie cela comme un avertissement que le ciel m'envoyait. J'y vis plutôt le signe que je devais me consacrer totalement à l'écriture. On ne savait pas en ce temps quelles pouvaient être, à long terme, les conséquences de cette maladie, sauf qu'elle risquait de vous clouer à un fauteuil roulant, et dépouillé de toute énergie vitale, une fois le cap de la quarantaine dépassé.

Les mots qui voulaient surgir

J'ai donc vécu avec cette angoisse-là tout le temps de ma jeunesse, ce qui m'a imposé ce sentiment d'urgence qu'il me fallait tout dire, et le plus rapidement possible, avant que ne s'effondre mon énergie vitale. Et j'en avais beaucoup à crier, à écrire, à décrire, bien davantage que je ne le pensais moi-même. Par ailleurs, j'ai toujours cru que pour réussir dans quoi que ce soit, il faut d'abord naître sous une bonne étoile. Je suis venu au monde le jour même de la fin de la Seconde Guerre mondiale, quand Américains et Japonais ont mis bas les armes, ce 2 septembre 1945, à 7 h 43 précisément. J'imagine le soulagement que cela a dû être pour ma mère et pour mon père d'entendre à la radio une telle nouvelle tandis que je poussais mes premiers cris. Bien sûr, nous resterions pauvres, mais l'est-on vraiment et absolument quand la paix, si improbable, redevient réalité?

Mon enfance, je l'ai traversée comme on la traverse quand on est né sous une bonne étoile, au milieu d'une nombreuse famille pour laquelle le Québec était son pays depuis 1637. Cette famille-là me donna 276 cousines et cousins. C'était dans un monde tricoté serré, du genre de celui que porte la mémoire profonde des choses. Et les gens de ma famille avaient une mémoire phénoménale et j'ai eu ce grand privilège d'en hériter. Je n'avais pas besoin d'apprendre, puisque ça se savait déjà; je n'avais pas besoin de retenir, puisque ça se détenait déjà.

Je n'ai donc pas de mérite à avoir écrit autant: c'était simplement là, au coeur de la mémoire familiale, et ça ne demandait qu'à surgir. Il en est des écrivains comme des cours d'eau: il y a des ruisseaux, des rivières, des lacs, des fleuves et des océans. Pas plus que les cours d'eau ne choisissent la nature de ce qu'ils sont, les écrivains ne choisissent la nature de leur écriture: ça s'écrit ainsi parce que ça ne peut pas s'écrire autrement.

Jacques Ferron m'a appris que nous venons tous d'un bout de rang, d'une petite rue, d'un semblant de village, d'une ville qui est parfois même une métropole, d'une province et, quand tout cela se lie et se relie, d'un pays. Toujours parce que je suis né sous une bonne étoile, j'ai vécu là où tous les Québécois ont vécu, de l'arrière-pays abandonné à lui-même au coeur d'un Grand Morial en effervescence. J'ai aussi voyagé, dans la réalité de pays que je voulais connaître, dans l'imaginaire de pays que je n'étais pas en mesure de connaître. Les oblats missionnaires de ma famille m'ont initié à l'Afrique et à la Papouasie, les soeurs missionnaires de ma famille m'ont initié à l'Amérique du Sud, les tantes et les oncles aubergistes de ma famille m'ont initié à l'Irlande, à l'Écosse et à la Bretagne, les migrants de ma famille m'ont initié à l'Ouest canadien, à la Nouvelle-Angleterre, au Colorado et à la Louisiane.

Riche est notre langue

Vous comprendrez que, venant d'une telle famille, je n'ai jamais compris qu'on ait pu parler du temps de mes ancêtres, du temps de ma mère et de mon père, du temps de mon enfance et de celui de mon adolescence, comme étant ceux de l'enfermement, pour ne pas dire ceux de la Grande Noirceur. S'il n'y avait pas eu dans ma famille cette curiosité par-devers l'étranger, curiosité qu'on a su me transmettre, croyez-vous que j'aurais été autant fasciné par Victor Hugo, Jack Kérouac, Herman Melville, Léon Tolstoï, James Joyce et, maintenant, Friedrich Nietzsche? À l'origine de tout pays, le cannibalisme est une nécessité, comme l'enseigne ce dieu grec que fut Dionysos. En dévorant les autres, on se les approprie, on élargit le champ de sa conscience qui, seule, est en mesure d'apporter une plus grande beauté au monde dans lequel on vit.

Cette plus grande beauté-là, c'est par le langage qu'elle s'exprime dans toute sa puissance. Réjean Ducharme nous en a fait la démonstration exemplaire. Pour ma part, je n'ai jamais cessé de croire que la langue québécoise est d'une grande richesse, qu'elle a son propre génie, sa propre sonorité et sa propre musique, et qu'il est de la responsabilité de l'écrivain de la bellement faire chanter et danser. Je n'aurais contribué par mon écriture qu'à lui ajouter quelques notes manquantes que je n'aurais aucun regret à avoir écrit les cinquante mille pages qui sont venues de ma main gauche et de mon stylo-feutre bleu depuis cinquante ans.

Quand je suis né en 1945, nous étions deux millions et demi de Québécois. Aujourd'hui, nous sommes presque trois fois plus nombreux. Quand je suis né en 1945, la population mondiale était d'un peu plus de deux milliards d'individus. Aujourd'hui, la race humaine est de sept milliards de femmes, d'hommes et d'enfants. Nous savons moins que jamais de quoi sera fait l'avenir et s'il y aura même un avenir. Si je ne cesse pas d'écrire, c'est que je ne crois pas à l'éternité de l'enfer, pas davantage pour le monde en général que pour le Québec en particulier. La vie a plus d'un tour dans son sac, sa volonté de puissance va bien au-delà de tout ce que, comme individu et comme écrivain, je pourrais bien imaginer.

À l'âge de quatorze ans, j'ai dit oui à la vie, celle du monde en général et celle du Québec en particulier. Pour changer les choses, pour leur redonner leur beauté manquante, il faut d'abord savoir dire oui à cette vie dont les racines pleines de sève ne demandent qu'à devenir l'arbre sacré de ce très grand poète que fut Paul-Marie Lapointe — cet arbre sacré qui porte ces pommes d'or qu'au Québec, comme partout dans le monde, on appelle liberté, égalité et fraternité.

***

Victor-Lévy Beaulieu

Publié dans Glanures

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Les secondes frissonnent

Publié le par la freniere

L’hiver arrive toujours trop vite avec ses pieds plats comme des raquettes, ses grosses bottes de feutre, ses yeux coupants comme la glace, ses mitaines à poêle rembourrées d’espérance. Les cabanes à sève s’emmitouflent d’écorce. Les canards lèvent le fly pour les pays du sud. Les mésanges s’habillent en michelins miniatures. Les mulots s’encabanent dans les carcasses d’autos. Les pics bois s’endurcissent le bec en martelant de la tôle. On doit réchauffer le corps de caresses, renchausser le cœur avec des mots d’amour, ajouter de la paille au ventre des épouvantails.

 

Le vent peigne la surface du lac. Des bulles de gaz remontent sous la membrane de l’eau. J’avance avec le soleil pâle dans la boue de l’automne. Les éteules chatouillent la plante des images. L’encre s’étiole sur le sol comme de l’herbe sur la page. Il est trop tard pour semer mais trop tôt pour la neige. Le vent retient son souffle. L’air du temps l’imite. Après tant de couleurs, les arbres se préparent à affronter l’hiver avec les bras nus. La température descend lorsque la sève monte à la tête. À l’approche du froid, le moindre atome de vie répare sa carapace de chaleur.

 

Le calme des nuages cache une autre tempête. On le devine à la couleur du ciel. D’ailleurs, des éclairs tonnent un peu plus loin. On sent bien que le soleil baisse les bras et abandonne la maison. Le visage du lac prend son humeur chagrineuse. La peau de l’eau se ride. La pluie commence à petits pas, préparant patiemment ses grandes enjambées. Une tempête aussi me traverse, de grosses gouttes d’ombre dans le cœur. Elles montent comme dans un thermomètre. Il faut du temps pour se faire une raison, un visage, une âme, si peu pour s’en débarrasser. On apprend à mourir très jeune mais on apprend vite à renaître.

 

Le vent se lève, une tonne d’air comprimée dans un souffle. Les herbes s’aplatissent au passage des bêtes. Je sème ce que je peux, des cailloux sur la page, des étoiles dans l’eau, des arcs-en-ciel, des nénuphars, de l’herbe sur le mur. Il faut bien nourrir la vie, nourrir l’amour, nourrir la mort. Ce ne sont pas les arbres qui blessent la forêt. Ce ne sont pas les autres qui font ce que nous sommes. Ce ne sont pas les bêtes qui éventrent la terre. Ce ne sont pas les anges qui s’habillent en soldats. Un arbre bouge. Un oiseau pique à travers le feuillage. Le temps ouvre ses ailes. Les secondes frissonnent.

Publié dans Prose

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Hommage au monument VLB

Publié le par la freniere

Au moment d'entreprendre la réédition de ses Œuvres complètes, Victor-Lévy Beaulieu fixa le tirage à 666 exemplaires parce que tel était, selon lui, le nombre de vrais lecteurs ou acquéreurs sur lesquels il pouvait compter au Québec. À une journaliste de Rivière-du-Loup, il confiait en avril dernier son désir de préparer un ouvrage sur Nietzsche, qui s'intitulerait aussi 666, sans toutefois en donner la raison.

À tourner ainsi autour du «nombre du Diable» ou du «chiffre de la bête» selon l'Apocalypse, où cherche-t-il à nous mener? Vers l'embrasement hallucinatoire où Abel Beauchemin est pourchassé dans ses deux derniers romans? Ou vers l'apaisement originel dont nous berce, dans un autre ouvrage récent, la compagnie des animaux? Ne cherchons pas à croiser des indices sauf pour apercevoir, dans le lointain d'un écrivain que nous croyons pourtant notre proche, une volonté de mettre en mots les débuts les plus simples et les fins les plus effrayantes de notre monde. Il n'y a jamais eu, au Québec, de projet d'écriture plus immense que celui de Victor-Lévy Beaulieu, et même le géant prix littéraire Gilles-Corbeil, que nous lui décernons aujourd'hui, ne pourra en exprimer que des bribes.

Qu'a voulu dire le jury en s'entendant tout naturellement sur le lauréat? Il fallait d'abord parler d'écriture. Derrière le flot d'anecdotes, d'images, de controverses, d'exaspération ou d'admiration que suscite le monument appelé VLB, il y a d'abord et avant tout, depuis près de cinquante ans, un verbe qui creuse son lit, coulée d'une syntaxe à la fois exigeante et libre qui, à elle seule, peut faire battre en retraite les caporaux de la littérature industrielle qui présentent désormais le renoncement au style comme une sorte d'avant-garde.

Lieux de l'esprit et de la terre

Des promenades dans le pays de son père aux errances dans les théâtres de l'absurde où s'enfonce l'Afrique d'aujourd'hui, Victor-Lévy Beaulieu est le maître des tonalités, nous enveloppe d'une poésie aux rondeurs classiques ou nous heurte d'une langue hachurée, calquée sur les traîtrises de notre temps. On n'y sent jamais la ciselure pas plus que la brutalité calculée des effets. Il puise tout simplement le mouvement emporté de sa pensée dans l'entièreté de la langue française, telle qu'elle fut et telle qu'elle devient.

Et si forte, si particulière qu'elle soit, cette écriture ne porte justement pas ombrage à sa pensée. Nous avons peu de doutes sur ses propos: la couleur sombre des perversités, le chant mordoré des villages faussement endormis, les intensités violentes de Montréal et surtout de Morial-Mort, la cruauté des puissants et leurs tueries de l'ombre, la maladie qui ronge et qui éveille, le pays du Québec emmuré vivant et de son plein gré. Ces lieux de l'esprit et de la terre surgissent dans les livres avec des noms d'hommes, de femmes, d'animaux qui éclairent crûment ce que nous sommes, les anciens et les nouveaux, qui aiment l'écrivain sans pareil, mais redoutent son regard sur nos ardeurs courtes et nos impasses longues. C'est ainsi que, chez Victor-Lévy Beaulieu, la littérature n'est pas une métaphore de vies imaginées, elle EST la vie.

D'où l'autre pan de son écriture, l'acharnement qu'il met à nous faire passer par le chas de ses lectures, en proposant des milliers de pages sur des écrivains qu'on croyait découverts — Hugo, Joyce, Melville, Tolstoï, Voltaire, Foucault, Ferron, Thériault, Kerouac, bientôt Nietzsche. On pourrait presque évoquer un genre littéraire inventé par VLB, des oeuvres entières non seulement lues et proposées à notre vénération, mais moulées dans des incarnations nouvelles, générées à Trois-Pistoles par un lecteur qui cultive leurs propos comme il cultive son potager, par élagage, hybridation, arrosage, compost d'où émerge une nouvelle vie pour des oeuvres universelles qu'on aurait crues, tout de même, peu voisines des chèvres et des moutons d'un village du Bas-Saint-Laurent.

Et pourtant, elles le sont, voisines, et étroitement. Ceux qui préfèrent voir en Victor-Lévy Beaulieu un coloré écrivain du terroir, ceux qui sont terrifiés à l'idée de lui offrir un micro dans leurs décors de galas aseptisés, sont des ignorants et n'ont d'évidence rien compris aux téléromans que leurs cérémonies prétendaient honorer. Les amours, les secrets de famille, les froids et les chaleurs que traversent les bourgeois et les modestes le long du fleuve, dans les téléséries signées VLB, étaient de l'Irlande de Joyce, de l'Amérique de Melville, de la France de Foucault, du Grand Nord de Thériault, des errances de Kerouac, et du plus ombré de la Russie de Tolstoï ou de l'Allemagne de Nietzsche. Les écrivains sont tous appelés à faire de leur espace un monde, ils ne sont qu'une poignée à y être arrivés. Victor-Lévy Beaulieu est de cette «race de monde».

Hommage à l'éditeur

Nous avons donc voulu saluer un souffle, mais nous voulions aussi dire notre reconnaissance à l'éditeur qui, la littérature étant la vie, n'a jamais cessé d'accueillir et de solliciter «les mots des autres», d'où qu'ils viennent. Poètes, essayistes, romanciers ont été publiés hier sous le sceau VLB, aujourd'hui sous celui des Éditions Trois-Pistoles, les plus belles qui soient, avec leur papier d'ivoire, leur reliure conçue pour l'éternité, leur typographie qui connaît encore les beaux noms des caractères et leur contribution essentielle à la lecture intelligente. Bon an mal an, Victor-Lévy Beaulieu nous propose une vingtaine d'ouvrages et il y met tant de soin que la réédition de ses oeuvres complètes prend du retard, si je puis me permettre le reproche amical autorisé par mon appartenance aux 666 acquéreurs.

Ce faisant, il a souvent frôlé la ruine, inquiété ses créanciers, irrité les allergiques aux entreprises qui ne sont pas de capitalisme insignifiant. Son action est en partie mécénat et se rattache ainsi, tout naturellement, au nom de celui qui a créé et doté le prix Gilles-Corbeil que nous lui remettons ce soir sous les réflecteurs d'un lieu, la Grande Bibliothèque, qui abrite son oeuvre depuis longtemps et dont les valeurs sont les siennes. Une harmonie qui correspond à celle d'un jury, unanime et sans réserve, qui a considéré comme un privilège d'être le passeur de l'admiration que fait naître et renaître Victor-Lévy Beaulieu, en tous ses âges.

Au nom de la fondation Émile-Nelligan et de mes collègues les membres du jury, Martine-Emmanuelle Lapointe, professeure adjointe au Département des littératures françaises de l'Université de Montréal, François Paré, essayiste et professeur titulaire au Département d'études françaises de l'Université de Waterloo, Stanley Péan, écrivain scénariste, traducteur et journaliste culturel, Lucie Robert, directrice du Département d'études littéraires de l'Université du Québec à Montréal, je lui remets le prix Gilles-Corbeil et le confie à votre présence affectueuse, dont je vous remercie.

***

Lise Bissonnette, présidente du jury du prix Gilles-Corbeil 2011

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Salon du livre de Montréal

Publié le par la freniere

Affiche 2011

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Sens

Publié le par la freniere

Mon je est juste. Confiée à sa marche, je le suis. De là où il est à là où il va, je lui prête confiance. Porteur de parole il l'active, jamais ne l'adapte. Les livres s'éteindront, les mots tairont leurs parades, les discours montreront des fêlures, je sera sans arrangement. De celui d'hier à celle d'aujourd'hui, il porte comme phare, sens, quartier qui connaît sa lune, sa rue. Quand d'autres transigent, louvoient, il est solide d'épaule, celle du meunier, du père, de la fondation. Oreiller de dormeuse, vivacité de graine, je, veille à l'engagement. Il en sait plus que moi qui fatigue.

 

Ile Eniger

Publié dans Ile Eniger

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Tout recommence

Publié le par la freniere

Tout recommence sans jamais être pareil. Un oiseau appuie sa gorge sur la paille pour arrondir son nid. La brume se soulève et cache l’horizon. Le foin, peu à peu, se transforme en neige, le lac en pont de glace. Penchée sur son cahier, la pluie s’applique comme un élève trop studieux. Elle tombe droite, sans un pli. La vie manque à la vie. L’amour est vide. Les mots je ne sais pas aimer font comme un trou dans le cœur. Le dedans n’atteint pas le dehors. L’âme est comme la géode enfermée dans la pierre. Chaque pierre est sans défense mais qu’en est-il de l’homme ? Qu’espèrent les oiseaux qui picorent la neige ? Le texte à lire s’efface. Le ciel éparpillé dans le sang, le sens écartelé de portable à portable, l’absolu ne verse plus son encre. Le réel a dévasté le rêve. L’herbe ne pousse plus entre les mots. Les yeux se font cassants sur le miroir des pages. Les écrans nous arrachent la moitié de la langue.

 

 Trop de choses empoisonnent l’espoir. Chez l’enfant, la faim est une colère, la caresse, un besoin, comme le doigt du vent sur le ventre d’un moineau Il agite le ciel du bout de son hochet. Il faut apprendre à l’écouter. Ses rires sont des atomes de lumière. J’ajoute l’or des mots au cahier des misères.  Qu’est-ce que la folie sinon l’intelligence de la vie, une trop grande perception. Les mots sont trop petits pour habiller l’amour. La vie se perd dans les riens, le métier, l’argent, la gloire, la vanité des choses. La vie se cache dans le manque comme l’insecte dans l’herbe digérant le soleil. Un feu sur un glacier ne brûle pas longtemps. L’absence de repères trace une route à suivre. Les mots prennent leur sens sortis du dictionnaire. Ils naissent dans les phrases et le sang des images. Je voudrais vivre encore comme un enfant dessine, au bord de l’écriture, dans l’attente des mots.

        

 Il n’y a pas d’heure juste, seulement du temps qui passe, des étoiles, des bêtes, la neige de l’espace, la pluie qui éternue sur le cahier des blés. Comment trouver sa voix dans la vulgarité de l’argent ? Elle vient de l’âge de pierre, de l’orage, de l’innocence des enfants, de la douleur et de l’amour. Elle vient du dedans. Elle vient de loin. Écrire ne coûte rien qu’un pas vers l’absolu. Dans les cahiers d’écriture, l’ombre de l’encre côtoie la lumière des pages. L’ange et la bête s’apprivoisent. Les jambes sont deux routes qui se croisent. Les doigts agitent l’air en millier de frissons. Les fruits décomposent leurs sucres. La grande voile du vent faseille de nouveau. La main de l’écriture ouvre toutes les portes mais celle des banquiers les referme derrière. L’amour est la seule aide pour traverser l’enfer.

        

 Oublié des oiseaux, un fruit s’enfuit dans son parfum. Je suis la même route que celle de la pluie. Je viens au nom du lys, de la neige et du vent, de la terre avec ses animaux et ses femmes en pleurs, de l’arbre avec ses racines et ses branches en fleurs. Mon crayon sert à tout, de route ou de maison, de prière ou de cri, d’accolade ou de poing, à tenir un verre d’eau, à mouvoir la roue, à traverser la rue, à labourer le ciel. L’usine végétale distille le soleil en légumes et en fruits sans chercher le profit. L’eau se donne à la soif comme les arbres aux nids d’oiseaux. Le fleuve n’oublie pas la source d’origine ni la mer où il va. Les saisons se font la courte échelle sans arrière-pensée. La lumière va et vient, exaltant ou repoussant les ombres. Lorsque le ciel caresse les cuisses de la terre, les insectes stridulent pour remercier la vie.

        

Les cardiogrammes de la vie s’affolent au passage des hommes. Les boussoles tournent en rond. Les autos calent entre deux pannes d’espoir en épousant la rouille. Les boites de conserve tirent une langue ébréchée. Des rats s’épaillent dans les reliefs du monde. L’homme le plus seul porte aussi du pluriel. Son identité colore la vaste foule des autres. Des fantômes s’agitent entre les parenthèses. La mort n’est qu’une vie différente. L’absolu est une affaire de vivants. Le crayon, le pinceau, les doigts sur un piano, la paume sur l’argile, les mots sur une page font apparaître l’âme. Les nuages inventent le sourire du ciel.

 

Les arbres savent par le haut et le bas. L’homme fait des affaires, signe des contrats, va à la guerre, à l’usine, au bureau. Il est rarement contemporain de l’âme, synchrone avec le rêve. Il habite en banlieue de lui-même. Il a peu de temps pour l’infini. Un seul billet de banque lui cache l’horizon. Il rapetisse en vieillissant. Il n’éprouve plus rien, il ne veut que la preuve. L’espace est trop petit pour le dedans, le corps trop étroit pour le cœur, la main trop lente ou trop rapide pour le geste, le regard trop près pour voir de loin. La pensée passe d’un nuage à l’autre, de la tige à la fleur. La pluie ne tombe pas. Elle s’immisce dans les mailles de l’air. Lorsque la dernière défense de l’âme se dévêt du corps, je continue de marcher, les yeux plus grands ouverts. Il y a des têtes où je voudrais entrer, des rôles dont je voudrais sortir, des accolades brisées, des caresses oubliées, des devoirs à refaire. Je voudrais être en lien avec toutes les fleurs, les anges, les licornes, les personnages de contes. J’ai trouvé dans les mots une vraie maison, une fenêtre dans les livres, une parole dans les choses.

 

Les marchands parlent déjà trop fort dans les chambres d’enfant. L’argent écorche les oreilles. Si c’est l’homme qui fait l’homme, il ne faut pas chercher ses ailes dans les livres de comptes. Je me raccroche aux mots à défaut d’autre chose, ceux qui ne mentent pas, ceux qui sentent la vie, l’urine et l’homme, ceux dont l’encre se mêle au sang, le sens à la poussière, les images à la voix, ceux qui nous tiennent debout à l’aide d’un seul doigt, une voyelle ou un cri. Le fil de la parole recoud les choses disparates, la tête avec le cœur, les gestes avec la route, la peau avec le rêve, l’amour avec la mort. Heureusement que les oiseaux pépient dans la cage thoracique des poètes. Ils avancent en longues colonnes de phrases, couvant les mots dans un nid d’encre. Une lumière remonte du fond de l’âme. Nous venons d’aussi loin que la vie. Où allons-nous ? Que faisons-nous à part améliorer les façons de détruire le monde sans se bâdrer du reste ? La matière du monde est un reflet de l’âme et sa manière d’être. Je porte entre les dents le pays à naître dans toutes ses grosseurs, le rêve des bourgeons, l’enfance revenue, tout l’amour à donner, l’autre côté de tout.

Publié dans Prose

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Ils ont dit

Publié le par la freniere

La tenue de camouflage des militaires est toujours approximative. Soyons honnêtes, nous distinguons sans trop de difficulté l’individu qui la porte. J’ai donc soumis à l’Armée un moyen imparable de faire disparaître ses hommes pour de bon : supprimer le militaire lui-même. Là où il n’y a pas de militaires, en effet, ceux-ci sont parfaitement invisibles. L’œil le mieux exercé et même le plus subtil radar ne sauraient en détecter le moindre. On voit tout de suite les avantages de ma méthode en termes de maintien de la paix et de sécurisation des territoires.

 

Éric Chevillard

Publié dans Ils ont dit

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