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Sur la touche

Publié le par la freniere

Rattrapée par les balles des souvenirs, les fragments de vie à implosion retardée, je ne peux plus courir, plus m'échapper, plus même me retenir aux piliers où s'agrippent les autres. Je suis sur un terrain mouvant, chaque pas pondéré. Autour de moi, les chapelets métalliques s'égrènent au gré des feux de circulation et partout des gens, marchant, courant, attendant à une intersection. J'ai été tous leurs visages qui affairés, qui détendus, qui tristes, qui tout animés de joie. Au-dessus, le ciel a cette teinte du neuf que ne démentent pas les gros bouillons de nuages gravides dans le rétroviseur. Je fais les mêmes gestes quotidiens, nécessaires mais désuets. Je sais pourquoi le choc qui m'a propulsée sur la berge du monde et je sais que si je replonge un jour dans son fleuve goulu, je ne pourrai plus m'y dissoudre.  

 

Laila Cherrat

Publié dans Poésie du monde

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Le Prix Gilles-Corbeil à Victor-Lévy Beaulieu

Publié le par la freniere

 

 

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Le prix Gilles-Corbeil de la Fondation Émile-Nelligan, considéré comme le «Nobel québécois», a été remis hier à Victor-Lévy Beaulieu à la Grande Bibliothèque.

 

Ce prix triennal, le mieux doté en Amérique du Nord -100 000$ - couronne l'ensemble d'une carrière et a déjà été remis à Réjean Ducharme, Marie-Claire Blais ou Jacques Poulin. Mais l'importance même de ce prix semblait presque petite face à l'oeuvre colossale de VLB, comme l'a souligné Lise Bissonnette, présidente du jury 2011, dans son allocution: «Il n'y a jamais eu, au Québec, de projet d'écriture plus immense que celui de Victor-Lévy Beaulieu, et même le géant prix littéraire Gilles-Corbeil, que nous lui décernons aujourd'hui, ne pourra en exprimer que des bribes».

 

En effet, comment résumer la carrière de ce monstre de littérature, écrivain, lecteur, éditeur, polémiste? VLB, c'est près de 50 ans d'écriture ininterrompue - des romans, des pièces, des essais, des téléromans, etc. - qu'il se plaît à imaginer comme un fleuve ou un océan, chaque écrivain ayant sa propre force de courant, en quelque sorte. Et chez VLB, la source ne s'est jamais tarie, augmentant sa puissance avec les années. «Chez Victor-Lévy Beaulieu, la littérature n'est pas une métaphore des vies imagées, a résumé Lise Bissonnette. Elle EST la vie.»

 

Une pointe aux Gémeaux

 

Très ironique que ce prix soit remis à VLB après l'hommage raté du gala des Gémeaux, qui s'est mérité une pointe de la part de la présidente du jury. «Ceux qui préfèrent voir en Victor-Lévy Beaulieu un coloré écrivain du terroir, ceux qui sont terrifiés à l'idée de lui offrir un micro dans leurs décors de galas aseptisés sont des ignorants et n'ont d'évidence rien compris aux téléromans que leurs cérémonies prétendaient honorer.»

 

Le lauréat, coiffé de son béret et portant une cravate Snoopy vintage, a rappelé dans son discours de remerciement la naissance de sa vocation au sein d'une famille nombreuse, aux origines plus que modestes mais à la curiosité bien riche, où la littérature était cependant considérée comme une avenue pouvant mener à la folie, comme chez Nelligan.

La poliomyélite contractée à 19 ans aurait pu confirmer une malédiction; elle a plutôt été perçue par VLB comme «le signe que je devais me consacrer totalement à l'écriture». Dans une urgence proportionnelle à la fureur de dire, «et j'en avais beaucoup à crier, à écrire, à décrire, bien davantage que je ne le pensais moi-même».

 

VLB, qui prépare un livre sur Nietzsche, aura passionnément vécu son «amour du destin» où il ne s'imaginait rien d'autre qu'écrivain. Grand écrivain. Très grand écrivain. C'est d'ailleurs en fraternité avec les plus grands qu'il aura construit un «genre à lui seul», selon Lise Bissonnette, par ses essais monumentaux sur Hugo, Joyce, Melville, Tolstoï, Voltaire, Foucault, Ferron, Thériault, Kerouac. «À l'origine de tout pays, le cannibalisme est une nécessité, comme l'enseigne ce dieu grec que fut Dionysos, a dit VLB. En dévorant les autres, on se les approprie, on élargit le champ de sa conscience qui, seule, est en mesure d'apporter une plus grande beauté au monde dans lequel on vit.»

 

VLB, qui se qualifie d'optimiste, affirme avoir dit oui à la vie, «celle du monde en général et du Québec en particulier», rendant hommage au final au regretté poète Paul-Marie Lapointe, avant d'offrir en cadeau à ses lecteurs une adaptation jazzée de ses écrits. Hier, aujourd'hui et demain réunis, comme dans toute son oeuvre, d'une liberté folle, d'une modernité inégalée puisant à même sa mémoire phénoménale, bien enracinée dans sa famille, son pays, le monde, et même dans l'univers tout entier.

 

Chantale Guy             La Presse 

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Un parcours citoyen

Publié le par la freniere

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L'implantation d'un parc éolien dans l'Érable fait couler beaucoup d'encre. Les frères Jean et Serge Gagné ont voulu immortaliser le parcours des citoyens, les résistants de l'Érable, dans ce film d'opinion (Les pales du mal) qu'on pourra voir à Victoriaville le 17 novembre à 19 h 30 au petit auditorium du cégep de Victoriaville.

Il s'agira d'une deuxième présentation de ce film, tourné dans l'Érable puisqu'il a été diffusé en primeur au Festival des Films du Monde de Montréal en août.

 

«Ça fait deux ans que nous nous intéressons à cette problématique. Et au fur et à mesure nous avons été touchés par ce que vivent les citoyens. Après nous être demandé ce que nous pouvions faire pour aider, nous avons décidé de permettre à ces messagers d'être entendus et de suivre leur parcours afin de le mettre dans l'histoire», a expliqué Serge Gagné en conférence de presse annonçant le film.

 

Les deux cinéastes ont voulu poser une question essentielle avec leur film : a-t-on besoin de fabriquer cette énergie au Québec? Et surtout, a-t-on besoin de le faire en milieu habité? Selon les frères Gagné, l'hydre industrielle pointe le bout de son nez. «Ce qui se cache derrière la progression de cette ligne de transport éoélectrique n'est en fait que la première étape d'une industrialisation de nos terres agricoles», expliquent-ils.

 

C'est ainsi qu'ils ont voulu présenter des citoyens en action (regroupés sous le vocable Regroupement durable des Appalaches ou RDDA) dont les valeurs s'appuient sur des principes qui vont au-delà des revendications. Le film comprend des témoignages, des analyses, des commentaires et des dénonciations qui témoignent d'un certain ras-le-bol de tous ces grands projets.

 

Les frères Gagné ont une filmographie impressionnante. Dans celle-ci on retrouve un film sur l'hydroélectricité au Saguenay-Lac-Saint-Jean au début des années 1900. Même qu'ils dénotent des similitudes entre les deux projets.

Ce premier film (parce qu'il y en aura d'autres) se termine avec le décret qui annonce la réalisation du projet. «Nous travaillons sur la suite, les citoyens n'ayant toujours pas eu de réponse», note Serge Gagné.

Leur film, ils ont voulu le sortir rapidement afin qu'il serve d'outil afin de faire comprendre la situation à d'autres personnes. Un film-choc qui remet en doute la pérennité de l'exploitation à outrance en illustrant ses dommages collatéraux.

Habitant Saint-Ferdinand, les deux réalisateurs suivent de près le dossier et dans leur second volet, ils souhaitent dénoncer les «théoliens». Et dans l'Érable, ils auront témoigné de ce combat en tant que cinéastes engagés (mais pas payés ajoutent-ils en souriant).

 

Manon Toupin   La Nouvelle Union

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Je ne veux pas grandir

Publié le par la freniere

Depuis tout petit, je ne veux pas grandir. J’oppose mes petits mots aux géants de métal, la douceur au béton, la tendresse à l’argent. Il m’arrive de dormir la tête sur un cahier, affalé sur une phrase, une virgule me chatouillant le nez. Mes rêves sont des mots. Des arbres poussent dans ma tête. De l’encre coule sur la table, un peu du sang du verbe, de la sueur des phrases. L’écriture est un corps de vivant, c’est presque de la peau, de la chair et des os. Il faut s’en occuper, désherber, semer, réparer les pots cassés des mots. Un hôpital qu’on démolit, c’est un village qui meurt, de même pour les bureaux de poste, les écoles qu’on ferme, les terres qu’on abandonne aux hydres mécaniques des spéculateurs. Pour nourrir leurs bolides, ils en arrivent même à voler l’air que l’on respire, le vent, la pluie et le moindre brin d’herbe qui nargue le bitume. On n’entend plus chanter l’oiseau mais le bruit des klaxons. Les boites à malle sont envahies par la hargne des marchands. Une hirondelle folle cherche une fenêtre ouverte. Une métaphore fait son nid dans une toile d’araignée.

        

Je traverse la nuit sans même ouvrir les yeux. Les mots d’amour éclairent de l’intérieur, illuminant les choses. Je me nourris de tout, le courage des mésanges sous leur froc d’hiver, la tendresse des louves, le bruit pur des sources, la chair des voyelles, l’étincelle minuscule des lucioles, le vert des tilleuls. Sous la risée noire des corneilles, j’enjambe du crayon le pont d’un arc-en-ciel. Je parle aux vieux rochers, aux arbres qui sont seuls, aux tourterelles tristes. Le bonheur est une chose toute simple. J’ai des amis, un peu plus loin. Chez eux, tout ce qui paraît laid devient une œuvre d’art. Ils jardinent avec ce que les autres jettent. Avec deux fois rien, ils se fabriquent du bonheur. Entre deux planches rabougries, leurs fraises géantes laissent au bout des doigts une odeur d’amour. Dans une caravane de fleurs, leurs abeilles en plastique apprennent à butiner. Leurs scarabées de lumière font sourire la pierre. Une fenêtre s’ouvre dans ma tête.

        

Derrière le paysage, un peintre anime le décor, mêlant ses larmes à la couleur. Un entomologiste fou épingle des voyelles dans les herbiers de l’écriture. Le monde cohérent ne tient que par des bouts de ficelles, des trucs de magie, des engrenages dérisoires. Je fréquente plutôt les surprises du temps, les mots servant de rustines aux crevaisons de l’âme et les manches à balai de tuteurs aux tomates. Lorsque j’avance dans le bois, j’ai l’impression de reculer dans le temps. Me rendre jusqu’au bout, je ne marcherais plus mais grimperais aux arbres. Cette impression me libère de la fausseté des conventions. Qu’avons-nous gagné à passer du trou de souris à la porte battante, de la porte tournante à l’œil électronique ? En me levant, tôt le matin, je ne prends pas la peine de me chausser pour ouvrir mon carnet. J’aurais l’impression d’écrire avec un Bic ayant gardé son capuchon. Je préfère ma pauvreté à la fortune bâtie sur le malheur des autres. Je me suis fait autant d’ampoules à tailler des mots qu’à soulever des pierres. Il y a tant d’infini qu’on ne peut s’arrêter à sa petite vie. Un brin d’herbe m’émeut tout autant que la mer. Mon petit cahier noir est un fourre-tout de rêves, de bricoles, d’espoir. Les vieux clous s’y mélangent avec les idées neuves, les épingles à nourrice avec les vieux mots, les poils de philosophe avec les brins de tabac.

 

Il y a des jours où les pieds, en avançant de quelques mètres, mènent plus loin qu’une autoroute. On redevient vivant. Lorsque les jambes se croisent et s’écartent en marchant, c’est mieux que l’ouverture d’un compas. La route qui s’étrécit en terrain vague, loin de se tarir, devient une mer végétale. Dans l’anfractuosité de la pierre, un torrent laisse entre entrevoir les beaux muscles de l’eau. Sa lumière en sueurs éclaire le sous-bois. C’est ici que l’odorat s’éveille, dans le remugle des feuilles mortes, les crottes de lièvres et de ratons laveurs, les poils de chevreuils, la chair grasse des champignons, les aubépines montées en graine. Une ruée d’odeurs pince les narines, tantôt sucrées, tantôt acides. Les ruisseaux restent nus jusqu’aux papilles gustatives. L’eau qu’on y boit ne ment jamais. Au flanc de la colline, dans le repli du coude, je ralentis le pas. M’écorchant les mains au fil rabouté des mots, je grimpe vers la phrase. Je tombe plus souvent que je n’atteins la cible. Deux vieux sapins se donnent la main, semblant parler métier pour un parterre d’oiseaux ou faire la leçon aux fleurs en bouton. Leur apanage donnant haut sur le ciel laisse entrevoir un regain de vigueur. Très loin des commérages du village, ils m’expliquent la vie par leur seul entêtement, celui des branches dans le vent ou des racines sous le gel.

 

Une horreur m’attend au détour de la route. On s’acharne à détruire une maison centenaire pour la remplacer par un carré de béton. La machine détruit ce que la main produit. Dans cette rage de tout défaire pour refaire à neuf, le travail est indigne. Pendant qu’on transforme les céréales en méthane, des peuples meurent de faim. Un seul plein de moins peut nourrir un village. Sur la table de jeu, il y a longtemps qu’on jette les mêmes cartes usées sans faire sauter la banque. La chimère de l’argent n’est qu’un enjeu truqué. Je préfère une goutte d’eau à la petite monnaie. La miette de pain que l’on jette aux oiseaux a plus de goût que le papier monnaie. Mes phrases manquent de liant. Leurs phrases sont bancroches. Le train des mots déraille à chaque tournant, suivant le vol d’un oiseau, le passage d’un chevreuil, la chute d’un ruisseau, une caravane d’insectes sur le bras mort d’un arbre. J’aime les petits bruits. Ces graines de son deviennent symphonie dans l’oreille terrestre. Je pars toujours pour aller nulle part. Une arrivée ne  prouve pas mais dément le départ. Je regarde la route rétrécir mais le monde s’allonger. Il ne faut pas bercer l’espoir comme un enfant mort-né mais lui donner la vie. Il suffit parfois d’une chiquenaude au destin, d’un grain de sable ou de poivre.

 

La rosée perle en bulles de brouillard. Je marche sur un tapis d’aiguilles, là où elles meurent sans drame, sans blessure, sans même un trou dans l’air. Le bois de mon crayon embaume la résine. Je dois hâter le pas avant de succomber à l’hystérie des guêpes, des frappes à bord, des mouches noires. Entre les troncs, les boursoufflures de pierre, les tiges rabougries, il y a énormément à regarder. Les muscles des racines saillent dans l’humus, J’entrevois l’infini dans la glaise et le roc, la barbe rousse du lichen, les champignons collés aux arbres avec leurs têtes siamoises. Si un atome résume l’homme, aucun arbre ne résume la forêt. La pinède s’anime d’un brouhaha d’oiseaux, faisant frémir le tympan des oreilles, le balafon des sens, le tambour du pouls. La forêt n’est pas toujours sérieuse. Elle se moque des hommes qui ne savent pas marcher. Le moindre sentier me dévoie du monde banalisé. Il me fait pénétrer dans un pays de fables. Les fées se promènent à vélo. Des tamias roux se lancent des noisettes. Des pics bois picossent une affiche oubliée. Des fourmis squattent sous la pierre. Malgré son apparent désordre, la vie des marécages est moins confuse qu’on ne pense. Elle est réglée sur les saisons.

 

J’aime à me perdre au premier coude du ruisseau. Le chant des ouaouarons vient compléter ma phrase. Chaque élément du paysage est un instrument à cordes ou à vent. Le regard tend l’oreille dans une symphonie visuelle. À la sortie du bois, une surprise m’attend. Un ruban d’asphalte vient trancher la beauté des grands pins. Ce lieu si retiré du circuit commercial a fini par attirer les charognards du profit. Croyant éclairer le monde, ils font de l’ombre et du malheur. Nuit et jour, on dynamite la colline pour en retirer  la chaux dolomitique. D’immenses camions vident la terre de son âme. Des odeurs de gasoil se mêlent à la poussière, des bruits de concasseurs aux grincements du métal. Je plie le paysage au fond de mes orbites pour le garder intact. Ce qu’on en fait blesse la vue. Je ne veux pourtant qu’un paradis tout simple, de l’encre et du papier, la tête un peu penchée contre le flanc du rêve. Pourquoi courir et se hâter ? Le bout de la route n’existe pas.

Publié dans Prose

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Ces gestes qui font tourner le monde

Publié le par la freniere

c’est un jour gris et lourd, des échos résonnent les soubresauts sonores des camions de la ville. des pelles mécaniques s’affairent à croquer le bitume pourri, à déterrer les crevures de conduites d’eau dont le précieux liquide fuit dans la caillasse, l’argile, ce corps caverneux de la grande île. Montréal croule et se pisse dessus. les bennes ahuries engouffrent les lourds dépôts de sédiments artificiels, des gouffres monétaires plein la gueule! méfaits mal faits dont tout est à refaire, les aqueducs et les rues, les viaducs et les ponts. quelque part, des hommes ont les mains tellement sales qu’ils s’inventent une grande commission pour cacher la leur… la laideur se dissimule toujours dans un dos et joue à l’innocence au centre de la piste, fait la roue au grand cirque politique. tout autour les autobus enfournent les gens comme des petits pains, tournent à leur rythme vrombissant et quasi régulier de dix minutes approximatifs en hors service précisément exorbitant, une sirène hache menu le mur du bruit, comme si un coeur battant lui importait vraiment, comme si; tout le monde sait que plus on fait vite plus on économise de l’argent. de l’argent. comme si c’était vraiment important.*

 

par la fenêtre entrouverte de la cuisine me parvient un petit tintamarre métallique qui répond à un tout autre rythme, l’eau coule dans une cuisine voisine, une chanson se lève avec l’accent du Maroc, des mots s’évaporent, s’enquièrent, recommencent une chanson claire; c’est la parole qui chante, les femmes arabes ne chantent pas, elles n’en ont pas le droit à moins d’une occasion spéciale – et précisément hors des hommes, à l’écart. des odeurs filtrent ténues. on mitonne un repas, dix repas, dix mille repas, cent mille repas et tant et plus, avec des gestes qui tournent attentifs et précis, agiles d’une assurance profonde qui vient de vingt mille ans de gestes qui tournent, attentifs et précis.

 

je me souviens, il y a une douzaine d’années Souha me racontait comment les femmes sont entre elles, à la cuisine, à tourner les mains, paume contre paume l’une au-dessus de l’autre pour faire le petit grain de semoule – «chez nous toutes les femmes savent faire la semoule pour le couscous, on ne l’achète pas en boîte, on le prépare soi-même pour les fêtes et les mariages - disait-elle – toutes les soeurs et les cousines, les tantes et les belles-soeurs viennent pour aider à le préparer, parce que c’est long, ça prend du temps», je voyageais sur sa voix et imaginais les maisons et la lumière du soleil brut de là-bas. contre le mauvais oeil les petites mains bleues sur un mur et les carreaux du sol ruisselants de simplicité. des parfums d’épices, des voix de femmes aux chevelures noires et luisantes comme la nuit, leurs belles mains brunes et chaudes, parées de fins dessins au henné, ce petit tintement des cercles d’argent et d’or aux poignets. les sourires, corail et nacre, les yeux bordés de khôl. j’imagine, encore, toutes ces femmes affairées autour d’un grand bol en terre cuite, contenant la pâte blonde, moelleuse, et ces gestes qui font tourner le monde.

 

c’est la pause de midi, les camions se taisent. par la fenêtre entrouverte du bloc voisin, une femme donne de la voix, des plats cognent doucement, des bruits d’assiettes, d’ustensiles, des bruits d’eau, de champlure comme on dit encore parfois. chantent et pleurent les gestes des femmes qui sans le savoir jamais, depuis leur cuisine, ou depuis leur art, font réellement tourner le monde en nourrissant la vie.

 

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* suis allée hier au Square Victoria, ai vu un groupe du mouvement Occupons Montréal en train de terminer une grande banderole; des hommes et des femmes, assis sur le sol en train de dessiner de discuter, suis restée un bon moment appuyée sur l’édicule de la station de métro, à écouter, à respirer avec ce beau monde un peu crotté, fraternel et souriant, du vrai monde simple d’ici qui s’en allait occuper New York.

 

Catrine Godin

 

Publié dans Poésie du monde

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De colère et d'espoir

Publié le par la freniere

Quarante ans d’engagement social et politique n'ont pas altéré les idéaux de Françoise David qui continue de défendre ses convictions avec une passion contagieuse.

Dans ce carnet de colère et d’espoir, l’auteure raconte son parcours personnel, ses rencontres, ses luttes, mais aussi son amour profond pour ce « pays rêvé qui existe déjà au fond de moi ».  Elle nous parle de sa vision d’un Québec du bien commun et de l’égalité, un pays vert, démocratique où l’on vit en français.

Ce livre  révèle une femme curieuse et optimiste, qui formule des propositions audacieuses sans craindre les sondages.  C’est ce qui s’appelle du courage et de l’intégrité, et il en faut en ce début de siècle. La démocratie est malade. La majorité des gens s’appauvrit. Le système de santé est gangrené par les privatisations. Nos ressources naturelles et énergétiques sont cédées à des prix dérisoires. « Ça suffit », écrit Françoise David qui nous appelle à la mobilisation citoyenne et politique.

Sept ans après Bien commun recherché, la présidente et porte-parole de Québec Solidaire est en colère. Mais elle  conserve un espoir inébranlable  et travaille au jour le jour « avec des femmes et des hommes généreux, intelligents, créatifs, pour retricoter, maille à maille, un monde bien amoché».

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«C'est un livre essentiel. Un livre-référence. Un livre qu'il faut avoir sous la main pour ne pas rester une patte en l'air quand vous entendrez le ministre des Ressources naturelles, ou M. Lucien Bouchard, ou quelque autre Facal dire que c'est bien beau, la répartition de la richesse, mais pour la répartir, il faut d'abord en créer... cette immense tarte à la crème des idéologues de droite.

Ce livre essentiel, c'est De colère et d'espoir de Françoise David, publié chez Écosociété.

Si vous êtes de ces gens, comme moi, plus ou moins analphabètes politiques, complètement nuls en économie et néanmoins convaincus que le bien-être des humains ne peut pas dépendre de la course effrénée aux profits, ni de la consommation, pour qui le «go shopping» du 12 septembre de M. Bush était une indignité presque aussi grande que celle à laquelle elle répondait...

Alors vous devez lire De colère et d'espoir, de Françoise David.

Même si vous n'êtes pas de gauche vraiment, si vous pensez comme beaucoup que le capitalisme est sans doute incontournable sauf qu'il ne doit pas, qu'il ne peut pas être toute la société, que le rôle de la société est justement de civiliser le capitalisme, de le faire cohabiter avec les droits fondamentaux des individus, droit au logement, droit à l'éducation gratuite parce que si elle n'est plus gratuite, elle devient un privilège, même chose pour la santé, bref, si vous croyez que l'égalité n'est pas l'égalitarisme...

Alors vous devez lire De colère et d'espoir de Françoise David.

Si vous n'avez rien compris aux récentes crises financières mondiales, sauf que vous avez très bien compris que les profits des banques étaient privés mais que leurs pertes étaient publiques, si vous vous posez ce genre de question: être de gauche a-t-il encore un sens? Alors vous devez lire De colère et d'espoir.

Mais je dois vous avertir: ce n'est pas un thriller. C'est même un peu plate. Plus qu'un livre, on est devant un dictionnaire, un répertoire, qui aurait gagné à s'adjoindre un index qui eût renvoyé aux mots-clés, féminisme voile gaz de schiste travail au noir précarité syndicalisme salaire minimum-maximum guignolée immigrants engagement - langue française personnes âgées - commerce de proximité économie plurielle, etc.

Un répertoire à annoter pour retrouver l'endroit quand le ministre des Ressources naturelles assène à Maisonneuve qu'avant de répartir la richesse, il faut la créer. Ah voilà! Pages 164-165, économie alternative. Le voile, page 120, l'immigration, page 111, etc.

Cela dit, il y a des erreurs, petites mais qui disent pourquoi Françoise ne sera jamais Amir Khadir, pourquoi j'entretiens les plus grandes craintes quant à ses chances de se faire enfin élire dans Gouin (troisième tentative) aux prochaines élections.

Page 171, ceci: Nous (Québec solidaire) avons un député, Amir Khadir. Il est populaire. Parce qu'il dérange l'establishment. Françoise, je vais oser, par amitié, ce qu'aucun de tes conseillers n'oserait, par respect: déranger l'establishment, c'est seulement la moitié de la popularité d'Amir. L'autre moitié, c'est son show. Amir donne un super bon show, sans cabotiner (ou à peine), et c'est parce qu'il donne un très bon show qu'il dérange l'establishment.

Il manque à ton livre la moitié spectacle. Je crains qu'elle ne soit pas dans ta nature. Je crains que tu n'y condescendes jamais. Je crains, pour tout dire, qu'aux prochaines élections, il te manque «la part du show».

Dans le genre moins c'est sauté, plus ça l'est, le pompon irait, sans aucune contestation, à mon amie Françoise.»

 

Pierre Foglia   in La Presse

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Les pales du mal: rencontre

Publié le par la freniere

LES PALES DU MAL - un parcours citoyen 

 

Le nouveau long métrage documentaire des Frères Gagné

documentaire HD, 147 min, 2011

 

Victoriaville, le 2 novembre 2011 - Dans le cadre du lancement dans la région de leur plus récente réalisation, Jean Gagné et Serge Gagné, cinéastes québécois, invitent les journalistes et ami-e-s à une rencontre de presse.

 

Conférence de presse

Lundi 7 novembre 2011

13 h 30

Café Farniente

(81, Notre-Dame Est, Victoriaville)

 

Pour qu'un jour la force du vent ramène l'ivresse du silence

 

St- Ferdinand le 2 novembre 2011

 

Au tout début il y a un paysage et des forces naturelles gratuites.

Des gens s’y installent pour transformer ce paysage à la sueur que donne le travail.

 

Et puis, une bonne journée, ceux ou celles qui savent détrousser une grosse affaire s’amènent pour faire marcher le tout au rythme du progrès (début de l’autre siècle) et du développement durable (le présent siècle).

Un peu comme au temps où les colonialistes de tout accabit découvraient de nouvelles contrées et s’accaparaient le droit d’évangéliser et moderniser “les étranges” qui y vivaient déjà.

 

Au tout début ces images bouts de papier étaient simplement des rebuts, de la nourriture de containers, pas plus.

Aujourd’hui, elles ont acquis une nouvelle réalité sous leur verre respectif.

 

Longue vie à tous les “scrappés” de la planète qui résistent avec leurs têtes de caboche.

 

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contact

Danielle LeBlanc 819 350-9826

Jean Gagné, Serge Gagné, 418-428-3406

cocagne.org / lorla.org

 

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Sylvie Bernard

Publié le par la freniere

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Où aller ?

Publié le par la freniere

Où aller quand tous les chemins mènent à la banque, quand tous les hommes parlent en monnaie, quand tous les gestes s’aplatissent en carte de crédit ? Où trouver l’absolu quand Dieu lui-même vend son âme, quand Bach devient sourd dans les oreilles numériques, qu’on refuse en pourboire le petit change du temps, qu’on prend sa job pour la vie et Steve Jobs pour un saint ? On offre des ponts d’or aux videurs de rivières et des ailes aux vautours qui nous rongent le cœur. À ceux qui aiment la dentelle et la chaleur humaine, on offre pour broder du fil barbelé et de la laine d’acier pour affronter le froid. La fleur de peau se fane sous l’emballage du paraître. Le temps est déréglé. Les outardes s’attardent un peu plus vers le nord. Les papillons perdent le sud. Ne restera-t-il plus à voir que des restes ? Que dire aux enfants lorsque les femmes accouchent sans espoir, lorsque les trous du cœur laissent entrevoir la haine ? Que chanter avec la voix des hommes encombrée de mensonges, le gosier des oiseaux traversé par la peur ?

        

Où trouver la douceur dans ce monde ébréché ? L’âme s’écorche au moindre geste. Les anges volent en rase-motte en s’arrachant les ailes. L’espoir perd ses plumes dans la limaille des jours. Les enfants jouent aux billes avec les balles perdues et se tricotent un rêve avec de vieilles seringues. Avec de la rouille et des tessons de vitre, ils se fabriquent un ciel dans les carcasses d’autos. Moi qui voulais écrire un poème de laine, tricoter de l’amour et broder du soleil sur les dessins d’enfant, j’en suis réduit à recoudre la plaie avec du fil à plomb. Dans ce grand dépotoir qu’est devenu le monde, un biberon cassé se transforme en hochet. Je m’en sers pour écrire et faire signe à la vie, cherchant le lait du ciel dans les nuages toxiques. Je regarde le feu avec des yeux de paille mais que voir avec les yeux brûlés ? Il faut se soutenir les uns les autres pour se tenir debout. Dans un amas de ruines, le plus petit moineau prend la figure d’un ange.

        

 La terre au ventre plein de morts se refait une chair. La nature se recycle sans cesse. La vie reprend même sur un sol dénudé. Terre, vent et eau se donnent l’accolade pour préserver le monde. Un insecte sursaute sur un brin de verdure. Il faut croire au lever du jour, ouvrir une lucarne, porter les yeux sur un jardin, communier à la vie. Les abeilles butinent sur un autel de couleurs comme un peintre baratte le miel d’un tableau. Le costume d’un mot habille chaque chose. Je m’en fais le tailleur. Tout est semblable et différent, l’herbe qui pousse, l’arbre qui monte, la pierre qui s’effrite, le sifflement d’un merle dans les oreilles du feuillage, l’épaule d’un jardin et ses bras de pétales. Chacun enrichit l’autre. Chaque chose a sa place. Chaque différence nous unit. Les oiseaux feuillettent une bibliothèque de vent, de l’étage des œufs au plafond des nuages. Chaque plume est à l’aile un peu plus de chaleur. Chaque mot est à la langue une couleur nouvelle. Chaque langage est au monde un peu plus d’espérance. Je me souviens des sons qu’apprenaient mes enfants. Ils devenaient des mots issus de la mémoire. Je les aidais à leur donner forme. Combien de lèvres les ont polis, pliés, dépliés, pétris ? Combien d’ancêtres les ont dits ? Un souffle continu soutient ce corps verbal comme une colonne vertébrale.

        

À chaque semaison, c’est un rêve qu’on plante, un talisman contre le temps. Le blé qui devient pain offre une vie nouvelle. Petits, nous sommes devant tout. Trop grands, nous sommes devant rien. Je ne tiens plus mon rôle. Je ne tiens plus en place. Je ne tiens plus au temps qui passe. Le temps qu’on remplit jusqu’au bord finit par déborder. Les rides écopent l’eau des larmes. Nous glissons peu à peu dans un vocabulaire silencieux. Il faudra bien un jour plonger dans l’invisible et la disparition des heures. Je parle dans mon sommeil, bougeant les doigts entre les mots.

        

Je ne veux plus danser au bal des egos mais retrouver la goutte qui transcende la pierre, le courage de l’herbe sous le poids de la neige, la route minuscule des fourmis sur la page, l’espoir lilliputien des larves dans la boue, cette voix un peu sourde qui cherche l’essentiel, l’herbe préhistorique venue du fond des âges, la légèreté d’une aile dans la lourdeur du monde, cette soif hissée sur les épaules de l’eau, la sève qui irrigue les nerfs du paysage. Il faut voir derrière les apparences, bien au-delà des yeux. La nuit, le soleil brille à l’intérieur. Ce qu’on perçoit d’abord de la conscience du monde, c’est la lumière qui lui manque. Des traces de couleurs apparaissent peu à peu comme la sphaigne sur la pierre, une empreinte dans la boue où s’infiltre la vie, les larves qui s’agitent dans l’humus du sol. Les fleurs ne poussent pas à la même vitesse. Les feuilles ne répondent pas la même chose au vent. Chaque arbre a son langage.

 

On n’écrit pas de la même façon à la lumière d’une lampe qu’à la lueur bleutée d’un ordinateur. Il y a des phrases plus humaines que d’autres. Trouver l’or des mots est un travail de pauvre, une corde tendue pour traverser l’abîme ou faire de la musique. Elle vibre sous les pas, l’archet et le souffle du cœur. La densité du sable le transforme en cristal. Les herbes se redressent malgré le poids du monde. La sève tient les arbres debout et les garde vivants. L’argent courbe les hommes et les retient d’aimer. Le corps apprend lentement à connaître son âme. On dira bien ce qu’on voudra, les fleurs nous écoutent, les fantômes nous lisent, les pierres sont vivantes.

Publié dans Prose

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Les Cahiers Victor-Levy Beaulieu

Publié le par la freniere

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Actualités de Victor-Lévy Beaulieu

 

Les Cahiers Victor-Lévy Beaulieu

Sophie Dubois et Michel Nareau (dir.)

 

Le premier opus des Cahiers Victor-Lévy Beaulieu est maintenant disponible.

Ce premier numéro de Cahiers consacrés au prolifique écrivain qu’est Victor-Lévy Beaulieu, propose sept textes et une présentation des Cahiers par Michel Nareau, professeur au Collège militaire royal du Canada.

Table des matières:

«Présentation des Cahiers Victor-Lévy Beaulieu», Michel Nareau

«Victor-Lévy Beaulieu : actuel ?», Sophie Dubois et Michel Nareau

«Du fantasme au roman. La grande tribu. C'est la faute à Papineau», Stéphane Inkel

«Faire vivre le pays à travers les mots: une incursion dans La grande tribu», Tanya Déry-Obin

«La grande tribu: c'est la faute à Gauvreau ou comme un orignal dans un jeu de quilles», Sophie Dubois

«Se déprendre de soi-même, ou la lecture comme "conversation" dans le "jardin" de l'oeuvre», Guillaume Bellon

«Espaces médiatique, mémoriel et sportif dans Je m'ennuie de Michèle Viroly», Michel Nareau

«Sur les traces de Joyce: le roman comme expérience langagière. Dans les environs de La grande tribu», Jacques Pelletier

Ce livre est également disponible en version numérique (sous format PDF) dans plusieurs librairies tant au Canada qu'en Europe. Prix 13,75$ ou 14,75 €.

 

Actualités de Victor-Lévy Beaulieu, 159 pages, 22.95$
Collection Les Cahiers Victor-Lévy Beaulieu
Éditions Nota bene
ISBN: 978-2-89518-372-3
Parution: Septembre 2011

 

Publié dans Glanures

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