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Hommage à Allain Leprest

Publié le par la freniere

 

 

Publié dans Poésie à écouter

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Dans ma tête

Publié le par la freniere

Qu’est-ce qui se passe dans ma tête ? Ça sonne creux ou bien trop lourd. Les neurones s’emballent ou restent cois. Ça fait tilt entre mes deux oreilles. J’ai un flipper dans la tête. Des billes roulent sans arrêt. Des bielles coulent entre les nerfs tordus comme des ressorts. Des idées se déguisent en poèmes. Je mets des affichettes partout dans les trous de mémoire, des rustines sur le cœur, des poumons dans la voix. Je tends de petits bras entre chaque virgule, une main gauche dans la main droite, des pas dans les souliers. Le derrière est devant, tout le reste à l’avenant. Mon cœur cogne avec un sang qui manque une marche à chaque soubresaut. Je dois sniffer quelques livres de temps à autre, des lignes noires sur du papier, me rincer l’âme dans une mer verbale, siffler du Bach en travaillant, me beurrer l’œil aux couleurs des peintres, aux doigts des magiciennes qui retissent le monde, aux mains d’argile qui le façonnent d’un peu d’air et d’espoir, toucher le monde avec ma langue et la caresse des mots.

 

Il n’y a plus d’hommes libres. Il n’y a plus que des marchands. Il n’y a plus que des acheteurs. Il n’y a plus de place pour le rêve. Le retour du réel se pose toujours en termes économiques. Les rêveurs doivent ruser pour vivre, les enfants devenir des rouages. Tout s’affadit sous le règne du dollar. La liberté n’est plus qu’une marque de commerce, la dignité le nom d’une couche pour vieillards incontinents. Soumis au capital, les corps se neutralisent dans l’équation des choses. Je ralentis face à la frénésie. Le temps, je le garde en réserve. Ça tient comme ça peut dans ma tête. Une petite lumière tient mon corps allumé, une parole d’enfant, une parole de pauvre perdu dans ce langage économique, à peine un chant appuyé sur l’oreille, une berceuse dans le trafic, un grillon dans la voix. Je ne gagne pas ma vie. Je perds mon temps à nourrir les oiseaux mais j’y gagne le tout. L’amour nous fait passer sur terre autre chose que du temps. L’avant et l’après s’abolissent dans un présent perpétuel. Le doux bruit du feuillage assume le silence. Sans le chant des oiseaux, le langage des mots ne serait qu’un mensonge. Chaque geste posé doit élargir la main comme le soleil agrandit l’horizon.

 

L’automne a répandu son feuillage futur. J’attends la neige et l’étoffe du givre. L’eau brille sur les vitres dans la grâce du gel. Elle blanchit les arbres et le dos rond des pierres. Ce n’est rien, presque rien, une flamme sans feu, une eau sans soif, une langue sans voix, des mots qui offrent plus que le sens des choses et fécondent dans l’homme la floraison du rêve. Chaque ligne d’un poème cherche son sens comme la main d’un manchot la caresse oubliée, la nudité des choses, l’intimité du geste. À charge aux mots d’amour de gouverner la neige, d’enrayer les fusils, de redresser la tige. Beaucoup plus que la pensée, c’est la salive qui nous sauve du froid. La moindre fleur qui pousse me donne la parole. Le moindre homme debout soulève l’espérance et le pain qu’on partage abolit la monnaie. La sève dans les branches alimente les fruits. Le bol tendu des mains laisse fumer ses gestes. À boire le jus des anges me ferais-je plus léger ? De l’argent en plastique aux seins siliconés, où donc est le progrès ? Je veux bien mordre la pierre, boire le sable, mais que ce soit avec de vraies dents. Avec la mort derrière, avec l’herbe, le soleil, la faim, la feuille, je célèbre la vie. Je m’asseye sur la page, là où les mots deviennent les appuis-bras de l’âme. Tout ce qui entre et sort par les deux trous des yeux nous presse et nous contient.

 

Il y a toujours un ange derrière chaque homme, un bel enfant dans un vieillard, des caresses en attente dans une paume fermée, des pas qui craquent sur le plancher de la vie. Le mot le plus parfait n’a appris qu’à se taire. L’alphabet prend naissance entre les lignes du silence. Les feuilles s’émeuvent sous la pluie. Les pierres résistent jusqu’à fendre, laissant la mousse les envahir. La sève resurgit dans les arbres malades. Les couleurs de l’automne s’abreuvent d’ombre et de soleil. Le poids de la rosée caresse les épines. Les ailes des oiseaux s’aiguisent contre l’air. Malgré les fausses rumeurs et les bulletins de nouvelles, j’essaie de percevoir un cri d’inondation juste avant l’incendie, la voix des grandes eaux sous la glace des chiffres, la tape bleue du ciel sur les replis du corps. De toutes les batailles, je choisis la vie.

Publié dans Prose

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Jean-Michel Sananès sur Nice Azur

Publié le par la freniere

Publié dans Jean-Michel Sananès

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Bonne année

Publié le par la freniere

J’arrive au bout de l’année avec toi

Nous l’avions commencée ensemble

Au bout d’une autre année

Cela fait si longtemps que ça dure

Que mes vœux s’emmêlent

Perdent la mémoire

Ou bien ils se répètent comme le monde se répète

J’aimerais voir un éboueur heureux

Un malade guérir

Un passant qui danse

Une femme qui m’attend au coin de la rue

J’aimerais voir un monde qui sauve la vie

L’espoir qui fabrique une étoile

Mais ce serait trop demander

Le monde est trop le monde

Une bulle de bonheur l’épuise

Il s’enivre comme il peut

Moi

Je n’aime pas voir un amour qui se ride

Un squelette d’enfant

Je n’aime pas voir

Disparaître un animal

Un drapeau qui fait le beau

Je suis un homme simple d’esprit

J’aime la paix du monde

Le bonheur du monde

Le respect du monde

Le bleu du monde

Je crois que les morts rêvent en plein jour

Je crois aux mots qui m’allument

Je crois que les feuilles font l’amour

Que les ombres ont leur vie

Et puis je crois aux noces du monde

L’année ne doit pas avoir honte de nous

Ni la vie

Ni l’étoile qui nous attend

Ni l’enfant dans le ventre du temps

Mais j’ai déjà dit ça

Peut-être devrais-je me taire

Attendre patiemment que mon rêve passe

Et chuchoter pour le fou qui est mon frère

Je viens de décréter une

BONNE ET HEUREUSE ANNEE !

 

Ernest Pépin

Publié dans Poésie du monde

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Stances à l'insistance

Publié le par la freniere

Je serai la trace de l’effraction

Qui pousse en vous

Comme l’épaule du rêve

Bourgeon de l’essentiel

Possible existence insoumise

 Souvenir en exil

Qui fait monter les larmes

Je serai avec insistance

Cette mélopée envahissante

Qui encombre et remplit vos têtes

Mais remplit le désert de la rébellion

Je ne suis rien

Ce petit rien de tendresse

Qui épouse le sourire des hommes

Ce petit rien que je tiens de mon grand père

Et qui vit à travers moi

À travers vous

Qu’un silence nous transmet

Il vient des océans

Porté en fraude de port en port

De marée en marée

Je suis cette île

Partition d’une aile blessée

Qui chante à nos oreilles

La trace immuable de notre appartenance

Trace inaudible

Trace invisible

À qui ne sait pas écouter

Le murmure du silence des mots retrouvés

mémoire inaliénable

porteur d'amour

 

Jean-Luc Gastecelle

 

Publié dans Poésie du monde

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Crapulerie noire et magouille verte

Publié le par la freniere

 

 

Publié dans Glanures

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Difficile

Publié le par la freniere

Difficile d’aimer l’homme en treillis de combat, la fillette en poupée, le môme qui fait l’homme. Difficile d’aimer l’homme quand il compte ses sous, tuant l’air qu’il respire, saccageant la forêt, affamant l’océan, mettant l’espace en carte et l’espérance en berne. Difficile d’aimer l’homme quand il lance des pierres au lieu de caresser, transformant la terre des ancêtres en cimetière d’autos, l’œuf de Colomb en grippe aviaire, l’herbe folle en vache folle et les bonhommes de neige en oxyde de carbone. Difficile d’aimer la femme grimpant l’échelle sociale sur la hauteur des talons et l’échelle d’un bas, transformant la caresse en argent, le cœur qui pique en château de cartes et le sexe en tirelire. Difficile d’aimer l’acteur quand il renie Gauvreau pour jouer le bleuet dans un bol de céréales, le peintre quand il peint avec un signe de piastre. Difficile d’aimer Dieu transformant l’air en or, la prière en pétrole, la sourate en diktat, l’espérance en djihad, la caresse en enfer, le visage en burqua, le missel en mitraille et la marelle en roulette russe. Le temps se perd dans le zapping, l’espace dans le zoom. La force de la poésie est dans sa liberté. Elle préfère les faux pas aux bêlements des foules. Enfant impitoyable, sa rectitude se tient debout entre ses lignes, loin des lignes de parti, des lignes éditoriales, des lignes de montage, des lignes blanches et des colonnes de chiffres. L’âme est trop grande pour le corps. Le ciel doit descendre manger les pissenlits par la racine.

 

Publié dans Prose

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La prophétie de la rivière

Publié le par la freniere

L’amour, quand il a transformé ton dedans, Elijah, c’est … plus que les mots qui s’écrivent, rappelle-toi ça, quand tu écriras, Elijah, rappelle-toi quand tu écriras, tu parleras dans la clarté de tes mots, mais derrière, il faudra faire deviner et sentir les mots qui n’ont de signes que dans le coeur, dans le silence, et dans la nuit. Les mots qui ne s’écrivent pas, mais qui se ressentent, qui s’éprouvent, dans l’âme, là où tout s’écrit, là où rien ne peut se lire de dehors, tu comprends ? Si je pouvais écrire, j’écrirais des livres où la vraie histoire n’est pas visible, avec les signes qu’on écrit, mais elle serait comme ce qui se respire, une part d’ombre si douce quand le soleil a beaucoup brûlé le dos, une part d’ombre qui garde sa lumière comme un secret, comme un parfum. Tu comprends, Elijah, tu comprends ? Ecoute bien, parce que les paroles d’une vieille femme qui a beaucoup souffert, qui a beaucoup marché et qui a aimé sans retour, c’est peut-être comme un parfum, il faut qu’il soit respiré pour qu’on sache que la vie est pleine de sens, et jamais sans amour.

 

Les mots du silence de qui aime, agenouillé dans son âme et sa solitude, tu ne peux pas les écrire, ils ne sont pas au monde, les mots qui n’habitent que notre souffle et notre sang, tu ne peux pas les écrire, les mots sans forme qu’une petite enfance brisée pleure près d’une rivière, tu ne sais pas ce qu’ils sont ni où ils vont et quels sont les signes qui peuvent les proférer sur le monde, les mots de Sam abandonné seul, sans secours, gardien de sa douceur et les mots pour dénouer la dureté de Tom et son plaisir à faire le mal, tu ne peux pas les savoir, les mots vrais, ceux que celui qui lit doit trouver tout seul entre les pages, ils ne sont pas écrits dans les livres, ce sont des mots invisibles, entre les mots, ce sont des mots que ta page doit faire lever et entendre, quand même, ils sont portés par l’âme, ils naissent comme un parfum dans l’intime de qui écrit avec tout son être, corps de terre et âme de ciel, quand la prière intérieure, qui n’a pas de couleur ni de limites, prend de plus en plus de place, quand une petite aube, un peu de cette âme prend enfin l’espace qui lui revient, de toute éternité, et qu’elle te donne sa musique, et son pardon, Elijah, son mystère, alors quand tu laisseras parler la joie plutôt que l’accablement, la grâce plutôt que l’amertume, le respect du silence te viendra et avec lui, des mots dignes de le rompre, et ils prendront leur place de majesté et de rayonnement, et tu verras, les vrais mots des vrais livres sont invisibles, ne l’oublie pas, ils sont dans ceux qui lisent, et s’éveillent par la lecture, et demeurent dans leurs yeux et sous leur peau, ils se lèvent de leur rencontre, et vont rejoindre la grande espérance d’un monde plus doux et plus près de l’humilité, un monde invisible qui nous attend, ils vont nourrir les rêves, têtus et courageux, dans le parfum des matins où je me suis appuyée sur eux pour rester vivante.

 

Il te faudra trouver les mots qu’on ne lit pas, secrets et si vivants que rien ne les effacera jamais dans le coeur de ceux qui entreront dans tes pages, Elijah, des mots assez puissants pour se poser dans l’être de ceux à qui ils seront lus parce qu’ils ne savent pas lire, il te faudra veiller et accueillir ces mots-là, si rares et si pleins de vérité et de tendresse, que la dureté n’est jamais si dure que leur tendresse peut être tendre, et que la méchanceté des sans amour n’est jamais si laide que la lumière d’aimer ne peut un jour les atteindre et leur donner le désir de changer. Il te faudra trouver ce chemin qui va doucement vers le coeur du coeur et l’âme de l’âme, là où tout s’écrit, se garde, et là où rien ne peut se lire qui ne soit pas intérieur, tu comprends ? Je te l’ai dit, parler de l’amour, c’est parler de notre espace divin, ou de notre plus grande lumière, qui fait la clarté pour faire deviner les mots des regards, les mots du silence, les mots des baisers retenus et des caresses empêchées, les mots qui essuient les visages en larmes, ces mots que seul l’amour peut écrire, quand il les donne à ceux qui ne savent pas lire, pour qu’ils aient une langue, un chant, une vérité à aimer, pour vivre. Tu t’en souviendras ? Ecris, Elijah, pour ne pas oublier la beauté d’aimer. Ecris. Il te faudra trouver les mots qui n’ont pas d’apparence, pas trop, mais qui diront le secret, le silence, et cet endroit où habite à jamais l’amour qui n’a connu du bonheur que l’espérance. Je te l’ai dit, parler de l’amour, c’est parler de Ce qui n’a pas de nom en dehors de notre espérance, c’est s’approcher de ce que peut-être ici on ne peut pas connaître, les gens disent Dieu, parce qu’ils n’ont pas d’autre mot, pour dire aimer qui ne finit pas.

 

Olympia Alberti

 

Publié dans Poésie du monde

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Les voeux de VLB

Publié le par la freniere

Chère vouse,

Cher vous,

 

Peut-être l’an de grâce 2011 vous a-t-il mis en beau joual vert! Mais que cela ne vous empêche pas de mordre à belles dents dans le Nouvel An qui trotte à l’épouvante par-devers nous. Mettez donc Pégase au vert, n’invitez chez vous que les Trois Muses et jamais plus que neuf Grâces : trop d’invités rendent le foin amer et l’eau aigre-douce! En 2012, n’hésitez pas, à défaut de garder les oreilles dans le crin, à danser la gigue simple sur vos pieds de derrière. Profitez-en, car vous ne pourrez jouir de la sonorité de vos fers que jusqu’au 22 décembre, le calendrier maya nous prévenant que nous assisterons alors à la fin du monde. Si vous aimeriez avoir un aperçu de cette fin-là du monde, je vous recommande la lecture de La fin du monde par un témoin oculaire, œuvre du poète P.P. Paradis, parent rapproché de Jean Tremblay, le très ci-devant maire de Saguenay, célèbre pour ne pas savoir faire la différence entre la vessie de son étalon et la lanterne de sa jument. Je vous hennis de joyeuses fêtes, pommes de pin ou pas.

 

Victor-Lévy Beaulieu

 

Publié dans Glanures

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Joyeux Noël

Publié le par la freniere

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Publié dans Glanures

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