Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Au bord de l'espace

Publié le par la freniere

Me voici au bord de l'espace et loin des circonstances

Je m'en vais tendrement comme une lumière

Vers la route des apparences

Je reviendrai m'asseoir sur les genoux de mon père

Un beau printemps rafraîchi par l'éventail des ailes

Quand les poissons déchirent le rideau de la mer

Et le vide est gonflé d'un regard virtuel

Je reviendrai sur les eaux du ciel

J'aime voyager comme le bateau de l’œil

Qui va et vient à chaque clignotement

Six fois déjà j'ai touché le seuil

De l'infini qui renferme le vent

Rien dans la vie

Qu'un cri d'antichambre

Nerveuses océaniques quel malheur nous poursuit

Dans l'urne des fleurs sans patience

Se trouvent les émotions en rythme défini

.

 Vicente Huidobro

 

Publié dans Poésie du monde

Partager cet article
Repost0

Tels des mains

Publié le par la freniere

Si le monde a un sens, quel est-il ? La mémoire et le temps coïncident rarement. Ce n’est pas hier qui fait demain. Voir n’est pas savoir mais être. Ce que nomme la chose, le mot le réalise. L’œil qui regarde la montre, c’est la mort qu’il redoute. Chaque battement de cœur nous en approche. Les mots voyagent tels des pieds, façonnent tels des mains, murmurent tels des lèvres, s’écrivent tels des livres. Le mot liberté est de plus en plus dangereux à prononcer. Le mot âme aussi. L’un risque la prison, l’autre la camisole de force. Ce qui s’accomplit dans le moins en cherche la richesse. Il faut que l’alphabet conduise au verbe aimer. À l’orée des limbes, je m’emploie à ne rien faire, à ne penser à rien. Trop de mouvement nous fait perdre l’exact.

Publié dans Prose

Partager cet article
Repost0

Ils ont dit

Publié le par la freniere

L’enfant est un être préhistorique, puis il entend vaguement parler du Moyen Âge, de la révolution et des deux guerres mondiales.

 

Éric Chevillard

Publié dans Ils ont dit

Partager cet article
Repost0

Trois par trois

Publié le par la freniere

J'ai raté le train qui roulait entre les arbres. Les arbres roulaient sous les nuages, sur le toit bleu des wagons de nuit qui allaient trois par trois. La locomotive crachait mon ennui, car la nuit me nuit, et aussi des nuages bleu nuit, trois par trois. La vapeur cachait parfois la lune qui ne montrait qu'un quartier, qu'une partie pas partie. La lune montrait l'une, parfois l'autre. Elle n'était pas entière, elle n'était qu'en tiers.

 

Elle brûlait l'infinité des rails à toute vapeur. Les rails rattrapaient ma solitude et je m'y rejoignais.

 

Les vitres me regardaient et comptaient les vaches trois par trois. Ma solitude gagnait à me perdre et je perdais mon temps autant que mes printemps. Trois par trois, mes doigts tapotaient sur l'interdiction de se pencher dehors, d'abord en français, puis en anglais et en italien. Je me penchais sur les pas qui traînaient derrière moi et je n'avançais pas. J'attendais en français puis en anglais et en italien l'instant qui ne venait pas.

 

La gare était invisible, la salle des pas perdus se remplissait de mes doutes feutrés, l'horloge faisait des tic tac, trois par trois puis se taisait. Tic tac trois fois et je me regardais et tombais dans mon ombre. Un deux trois, soleil ! Le soleil luit, lui, quand moi je sombre, sombre. Les rayons dénombrent mes avatars. Il est trop tard.

 

'ai raté le train qui ne m'attendait pas, alors ma solitude en a pris un autre. Les passagers étaient dans ma tête et ma tête voyageait. J'étais assise devant mes doutes, je les comptais trois par trois et ça ne faisait jamais cent. Alors, sans attendre son tour, mon sang faisait trois tours. Je doutais un peu plus, je faisais le dos rond et mes comptes étaient ronds. Le contrôleur passait devant moi et ne me voyait pas. Le cliquetis de la poinçonneuse me rappelait le parfum des lilas qui s'engouffrait dans des p'tits trous, toujours des p'tits trous.

 

Le train où je n'étais pas était vide de toute solitude et plein de brouhaha. Il crachait sa vapeur au museau des vaches qui broutaient trois par trois et giflait la lune parfois, je ne sais pas pourquoi. Je ne sais pas pourquoi ce train là ne voulait pas de moi. Alors, je chemine, ma solitude accrochée aux rails, en français puis en anglais et en italien, trois p'tits tours et puis s'en va, dans un tortillard qui n'existe que pour moi.

 

J'ai raté le train qui roulait entre les arbres. Les arbres roulaient sur les nuages, sur le toit bleu des wagons de nuit qui allaient trois par trois, sans moi, sans toi. Emoi...

 

Le train qui entre en gare ne prend plus de voyageurs. Je répète : Le train qui entre en gare ne prend plus de voyageurs.

 

Isabelle Le Gouic 

Publié dans Poésie du monde

Partager cet article
Repost0

La peau du temps

Publié le par la freniere

Sur des milliers d’écrans, nous ne percevons plus que des reflets. D’i-pad à i-pad, on écoute le vide et la déperdition. Il n’y a plus de sens ni d’essence. L’entité s’est perdue quelque part dans les chiffres. Prisonnier de ses pas entre la banque et le bistrot, l’homme n’est plus qu’un objet. Sa vie ne vaut plus rien face au baril de brut. Une carte de retrait lui sert de biographie. Une carte de crédit suffit à son bonheur. Il ne sait plus qui être. Il ne voit plus la vie entière mais en tiers, en demis ou en petites coupures. La surconsommation est un signe de la dissolution du monde. Voyez les nouvelles. Nous devons récuser toute forme de progrès économique, ne faire affaire qu’avec les bêtes, récuser l’agitation moderne, saboter le Plan Nord. L’étincelle des mots se perd dans la nuit comme l’œil d’un mégot. Pendant ce temps, la nature suit son cours. Sous le frimas d’hiver, la vie pousse toujours la sève dans les arbres.

 

Ce n’est pas la neige qui rend le froid visible mais la buée dans l’air, les mots gelés sur le rebord des lèvres, le frimas sur les cils. On n’ose plus ouvrir la porte des paroles. La blancheur humilie la lumière des yeux. Dans un jour sans images, même la route est aveugle. La sourde oreille cherche le feu des mots. Quand elles sont fausses, la question s’alourdit sous le poids des réponses. Le lac est dans la brume. Il est dans les nuages. Les battements du cœur touchent la peau du temps. La ligne d’horizon n’est plus qu’un pays blanc. J’appelle parmi le froid l’espérance de l’herbe, la sève cachée du monde, un ange de chaleur.

 

 L’écriture fait sa route, des neurones invisibles à la pensée musculaire des mains. Ce qui n’est pas écrit apparaît sur la neige comme des traces de pas. L’encre invisible du vent soulève les flocons. La neige tombe en cercle. Elle tourne tout autour pour exaucer la danse. Il neige dans ma tête comme dans une boule de verre. Si elle éclate, elle efface la route. Je dois la retrouver dans l’absence d’images, une lueur d’espoir dans la transparence du froid, une petite laine pour le cœur. Assis à ma table de travail, dès que je touche mon crayon le dossier de chaise devient une aile. Tout s’amoncelle autour de moi. Les flocons pépient dans un silence blanc. Je prends les mots au pied de la lettre. Mes doigts s’agrippent à l’alphabet et je balance d’une phrase à l’autre. Mon œil s’accroche aux mots qui flottent.

        

Le cœur à marée basse révèle ses gisants, ses morts, ses sédiments fossiles remontés du néant, ses coquilles vides. Les larmes n’attendent plus les yeux. Elles tombent avant même de voir. Trop de béton efface le frisson des racines, trop de poussière, trop de bitume. L’espace au bout des doigts, je marche d’arbre en arbre, de pierre en pierre, de nuage en nuage. La vie m’offre un papier, une graine, un peu d’eau. Je lui donne un peu d’encre et de rêve, un peu d’âme et de chair. J’acquiesce à la lumière, à la neige, à la nuit.

        

Une étincelle brille sous les amas de cendres. Le soleil luit au-dessus des poussières. Des œufs sonores éclosent dans le nid du silence. L’appel d’un pinson traverse les ténèbres et caresse l’oreille. Pour chaque prisonnier, le rêve du dehors élargit sa cellule. Sous chaque grimace un sourire s’entête comme une source enclose dans le roc finira par jaillir, un bref éclat de ciel traversant les nuages. Je porte sur ma peau un baiser de ma mère, le sucre des érables, les cils de la terre. J’ai une chanson en tête, une goutte de miel sur la langue, au ventre des ancêtres la grossesse entravée d’un pays, une pluie d’éphémères sur le désert des heures, le germe du désir éclatant sous l’écorce. Chacun peut beaucoup plus qu’il ne croit comme la flore donnant plus qu’elle ne croît.

Publié dans Prose

Partager cet article
Repost0

Poésie verticale

Publié le par la freniere

Certaines lumières éteintes
éclairent plus
que les lumières allumées.

Il y a des lieux où il ne faut pas
que quelque chose soit allumé pour y voir clair.
De plus il y a des choses
qui s'éclairent mieux toutes lumières éteintes,
comme certaines strates obliques de l'homme
ou des recoins qui s'installent subrepticement
dans les espaces les plus ouverts.

Il y a cependant une intempérie de la lumière,
une zone sereine et dépouillée
où il n'y aucune différence
entre les lumières allumées
et les lumières éteintes.

 

Roberto Juarroz

 

Publié dans Poésie du monde

Partager cet article
Repost0

Le cadeau

Publié le par la freniere

ile_et_merveille_016.jpg

                                                                     photo: Ile Eniger

 

Du Québec, je me souviens le presque froid des soirs d'été, les encens de foin d'odeur et de sauge, leur belle et bonne présence. Les jours calmes de joies simplement joies. Les pommes aux pommiers. Le loup dans la montagne. L'ours à portée de rêve, la tête débarrassée d'inutiles analyses. Les gens comme ils viennent. Ce quelque chose pur de l'air après la pluie. Les mains bûcheronnes nouées aux gestes élémentaires. La poésie partout, vivante. Tellement vivante et bonne. Je ne peux en parler qu'en mots de petite souche, de racine première. Je me souviens le lieu, l'état, le cadeau.


Ile Eniger

Publié dans Ile Eniger

Partager cet article
Repost0

Comment va le monde ?

Publié le par la freniere

Esclavage banalisé, mépris de l’humanité. Au nom, au nom ? Du progrès ? Non, du profit. Juste la fin qui change, cette fin qui justifie n’importe quels moyens et la faim toujours décime l’humain.

 

Les pieuvres de l’industrie, les grands groupes financiers, agro, commerciaux, miniers, pétroliers, banques, trusts, dynasties, lobbies avec la bénédiction de l’OMC,  du FMI…

 

Holdings, consortiums, pools, blocs multicartes, multimillionnaires, obsédés du concentrer pour mieux accumuler, multinationales dressées à mutiler. Politiques, cartels, mafias, tous bardés de lard dans le même plat.

 

Un génocide de haut vol, le plus organisé de toute l’histoire. Les valets du pouvoir croyant pouvoir échapper à leur propre extinction, bâtissent des empires du sang et de la sueur de leurs congénères. Hissés au sommet de dynasties aussi raffinées que cruelles, ils fusionnent, s’entredévorent, hydre invincible et multicéphale. Il n’y a plus un lieu, plus un sanctuaire où la bête ne s’est infiltrée. Coupez une tête, c’est mille qui repoussent et encore plus arrogantes ! Quelle formidable prise de conscience pourrait les trancher toutes d’un seul coup ? 

 

Sommes-nous tous complices et serviteurs dans nos amnésies quotidiennes ?

 

 

Mal, le monde va mal. Bien, le monde va bien. Tout est question de point de vue, de point de bourse. Liberté, égalité, fraternité : le paillasson sur lequel l’économie mondiale s’essuie les pieds. Les droits de l’Homme imprimés sur du papier toilette recyclé,  une bonne blague dans les somptueux cabinets.

 

 
Comment cela va t’il donc ? Juste une question de flux, de transit… Certains amassent et retiennent, tandis qu’une multitude d’autres se vident jusqu’à ce qu’ils en crèvent.

 
 
 

Cathy Garcia

 

Publié dans Poésie du monde

Partager cet article
Repost0

Ils ont dit

Publié le par la freniere

 

Vers la décharge, oui, s’en va tout l’Occident avec sa science en microquartz, ses génies, ses champions, zombi que la chair vivante des nations affamées, dépossédées ne parvient pas à assouvir. Établies sur leur charnier, les grandes peuplades de visages pâles ne nourrissent plus d’autre dessein que celui d’accaparer toutes les natures de combustibles. Le combat civilisé chaque jour devient plus âpre au détriment de la vie dont on constate le retrait sur la planète entière.

 

Robert Marteau

Publié dans Ils ont dit

Partager cet article
Repost0

Pauvres de nos richesses

Publié le par la freniere

L'indignation a choisi son camp. Des voix s'élèvent chez les artistes, les écrivains, les chercheurs et penseurs, même les banquiers. Tous et toutes montrent du doigt l'aveuglement immoral d'un système économique fondé sur l'accumulation des richesses par un petit nombre de profitants. Pendant qu'on rêve en trois couleurs sur nos écrans géants, les minières planifient le pillage de notre sous-sol, les gaz de schiste crevassent les régions et le Plan Nord risque de mettre de côté, histoire de répéter l'histoire, les autochtones.

Faudra-t-il attendre que les ponts s'écroulent pour que le gouvernement décide de réclamer notre juste part? Depuis John Locke, la terre appartient à celui qui l'utilise, qui en tire des fruits. Le problème, c'est que de l'or ou de l'uranium, ça ne pousse pas comme des pommes. Quand les trous peupleront nos paysages, il n'y aura que les déchets miniers pour les remplir.

Dans les régions minéralisables — mot latent pour dire «qui deviendront misérables» —, après la mine point de salut. Les communautés locales, qui accueillent souvent avec trop de bienveillance les compagnies, se retrouvent sans aucun avenir quand ces dernières quittent le territoire dépouillé. Il me semble qu'avec quelques milliards en poche, il existe des moyens d'assurer un avenir plus brillant pour les enfants qui naissent dans le bruit et la poussière. Une ville comme Malartic devrait recevoir directement des redevances afin de lui permettre de bâtir dès maintenant des projets structurants. Elle serait ainsi en mesure d'organiser un renouveau et de retomber sur ses pattes après ce cinquième boom minier. Avec l'autonomie viennent la fierté et l'appartenance. Il faut agir dès maintenant pour éviter l'exode et le vide.

Partout où le profit se cache dans la terre, des conflits prennent racine. Quand ton voisin travaille pour la «compagnie» qui pollue la rivière où tes enfants se baignent, les partys barbecue sont rares. Les mégaprojets fissurent le tissu social de nos petites villes et de nos villages. La fracturation sera longue à cicatriser et elle perdurera bien longtemps après l'épuisement de la ressource. L'intimidation arrive tôt à la porte de ceux et celles qui osent mettre en doute certains aspects de la manne financière annoncée. Encore une fois, quand les néocolonisateurs auront ramassé leurs clics et distribué leurs claques, il ne restera que deux clans défaits pour constater les dégâts. Le retour de la convivialité doit devenir une priorité, et reprendre les devants par rapport au discours «survéhiculé» du niveau de vie à tout prix. À quoi ça sert un «ski-doo» neuf quand tu peux plus éviter les mégatrous pis que t'es tout seul pour en profiter?

Toute grande révolution a d'abord un visage hideux. C'est Nietzsche qui a dit ça, je crois. Eh bien, le Plan Nord doit vite être démasqué. Nous avons un territoire magnifique, presque magique et pur, qu'il nous faut mettre à l'abri des erreurs qui sont devenues des standards. Il appert que ce grand territoire nordique a été l'habitat de nos prédécesseurs amérindiens. Les visées impérialistes de notre gouvernement devraient s'arrêter là où nous aurons, une fois pour toutes, compris et admis la sagesse des pensées autochtones. Pourquoi ne pas saisir la chance d'établir un vrai dialogue? L'occasion d'innover et d'être modèle en occupant véritablement un territoire au lieu de le spolier?

Nous sommes intoxiqués par le discours numérique. Le boom économique n'a qu'un temps. Celui d'une explosion dangereuse. À nos enfants, je souhaite tout leur temps.

***

Nicolas Paquet, réalisateur du documentaire La règle d'or, sur l'exploitation de la plus grosse mine d'or à ciel ouvert au Canada, à Malartic, en Abitibi

 

Publié dans Glanures

Partager cet article
Repost0

<< < 1 2 3 4 5 > >>