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Cabaret de la pègre

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Le février des espérances

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Aphorisme du jour

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Enfant, je fermais les yeux pour ne pas être vu. Aujourd’hui, je les ouvre pour voir l’invisible.

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Souscription

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PROCHAINEMENT AUX ÉDITIONS CHEMINS DE PLUME :

 

NOUVEAU RECUEIL DE TEXTES POÉTIQUES DE L'AUTEUR QUÉBÉCOIS
JEAN-MARC LA FRENIÈRE

 

(Prix Nouvelle voix en littérature au Canada en 2010 - Prix du public Québec 2011)
 
"J'ÉCRIS AVEC LA TERRE"
 
L'ouvrage sera disponible aux Éditions Chemins de Plume  (cheminsdeplume @yahoo.fr) et en librairies, en avril 2012, au prix public de 17 Euros (22 Dollars Canadiens) (frais d'envoi compris)
 
SOUSCRIPTION jusqu'au 15 avril 2012 : 12 Euros (16 Dollars Canadiens) (frais d'envoi compris)
 
Vos chèques devront être établis à : "Poètes & Co" et expédiés à  : Éditions Chemins de Plume - 156, corniche des Oliviers - V30 - Hameau de St Pancrace - 06000 Nice (France)  
 
Le courrier doit préciser : vos noms, adresses, n° de téléphone, adresse courriel, et le nombre d'exemplaires souhaités - Les chèques ne seront encaissés qu'à l'envoi des réservations : à partir du 15 avril 2012

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Des mains de mendiant

Publié le par la freniere

Enfant, j’ai tant joué à mourir. J’en ai pris mon parti. Ce n’est pas la mort qui me révolte mais ce qu’on fait de la vie. Dans l’immense avoir du monde se cachent des mains de mendiant. Le mot nuage glisse une larme dans la phrase. Un verbe la ramasse pour en faire un ruisseau, une source, une image. L’âme est une ombre. Je l’appréhende dans son rapport avec la lumière. Les néons et les flashs la font fuir. Elle craint les feux de la rampe, les feux de paille, les feux rouges, les lampions, les follow spots. Elle fuit les phares et les fanfares. Elle trébuche dans les mots et bégaie du secret qu’elle porte. Frémissante et légère, elle s’habille de ce qui la touche. Je la salue avec le feu, la ruche, la parole. Je lui propose ma colère comme du poivre dans les yeux, mes petits riens, mes choses, le petit salé du goût, mes petites bulles de brume. Je lui parle de vivre à travers le gel, de brouter l’herbe dans le givre, de rire pendant l’orage, de ramasser le feu au milieu de la neige. Je lui parle d’amour quitte à passer pour fou.
   

Quand on écrit pour tous, c’est généralement pour ne rien dire. J’aime qu’on trébuche sur la langue. Mon cahier bleu ouvert sur la table, les phrases dérapent entre les taches de graisse. Mon crayon butine dans les roses du bruit comme un essaim d’oreilles dans la ruche des sons. Seul ce qu’on apporte compte. Le meilleur et le pire se font la courte échelle. L’accumulation ne cache que le vide. Nous grandissons dans les trous. Habitant sous le toit des mots, les virgules s’humanisent. La ponctuation respire. Elle râle ou s’époumone, donne le silence ou la parole. Le jour flotte sur l’eau blanche des pages. Je m’ébroue dans les mots comme un oiseau qui bat de l’aile avant de s’envoler. Le métier d’être ne s’apprend qu’à la dure. L’état d’aimer ne s’apprend pas. Il se vit sans réserve.
   

Aujourd’hui, la plupart des gens ne meurent pas. Ils sont assassinés, par la faim, la soif du profit, les guerres, les religions, les idées. On va jusqu’à payer les armes qui nous blessent, jusqu’à bénir nos propres meurtriers. Mot à mot, je monte les mailles d’un tricot. Chaque phrase est un rang. L’hiver n’apporte plus de chant d’oiseau. Les toiles ne cadrent plus avec les formes. Le paysage déborde. Le temps est relatif. La météo annonce une pénurie d’avenir. À chaque jour, j’apprends à ne rien faire. Je n’ajuste pas ma voix au concert commun. Je jure dans le tableau d’ensemble, un sentier au milieu de la ville, un chevreuil dans le trafic, un mot d’amour dans un carnet de banque, un papillon sur la branche d’un doigt. J’arrache un à un les clous de mémoire plantés dans le cœur.
   

Choisissant l’accessoire, nous perdons l’essentiel. Ce sont les pas qui colorent la route. L’avion ne mène pas plus loin que le saut d’un insecte. De l’intérieur de moi, dans le berceau de ma cervelle, je regarde plus loin. Il y a des mots pour tout, des sons pour les moutons, du bruit pour les outils, du vent pour les trompettes, du bois pour les violons, des doigts pour les caresses. Il y a des phrases qui les conjuguent, les portent, les habillent. Dans la bibliothèque de l’air, seuls les oiseaux atteignent les plus hautes étagères. J’apprends à lire avec leurs yeux, tourner les pages avec leurs ailes. La main qui arrache les fleurs affronte mille épines et celle qui les sème se laisse caresser par la beauté du monde. L’arbre ne comprend pas la hache qui le fauche, l’enfant la balle qui l’atteint ni la pierre son poids quand elle brise la glace. La lune qui les crée ignore les marées. La phrase ne sait pas d’où lui viennent les mots ni l’homme l’espérance. La fleur des orties est si fragile qu’elle s’invente mille épines. Il n’est pas possible que toutes les blessures soient vaines, que tout finisse en néant. La beauté d’une seconde est celle qui la suit. Le verbe aimer conjugue le fini à l’infini du temps.

Publié dans Prose

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Joel Vernet

Publié le par la freniere

Né en 1954 aux confins de la Haute-Loire et de la Lozère, il vit à Saint Appolinard dans la Loire quand il n'est pas en voyage ou parti à l'aventure en Afrique, son continent de prédilection.
Années de bonheur en Margeride, dans le village natal, au contact de la nature et profonde solitude.
Il cultive un goût immodéré pour la langue française, la langue d'Oc et sans livre à la maison, il se passionne pour les paysans "qui parlent comme des princes".
A partir de 1975, il fait des voyages déterminants à travers le monde, en particulier au Sahara algérien et en Afrique de l’ouest.
Il est profondément marqué par un long séjour à Gao et en pays dogon.
De 1985 à 1998, il effectue plusieurs voyages en Afrique, en inde et à Cuba.
Il a vécu deux ans à Alep, Syrie, en 1999/2001.
Ces nombreux voyages à travers le monde auxquels font écho plusieurs livres.
Il a dirigé un numéro des Editions Autrement consacré aux Pays du Sahel.
Il collabore régulièrement avec des artistes, en particulier le peintre Jean-Gilles Badaire,
et des photographes, Bernard Plossu, Julie Ganzin, Pierre Verger.
Il a participé à de nombreux ouvrages collectifs et livres d'artistes dont Cri de Pierre, avec une peinture de J.G. Badaire, collection Le Vent refuse et éditions La Part des Anges et Dans les chantiers d'Afrique, avec 5 peintures originales de Jacqueline Merville, collection Le Vent refuse.
Il a réalisé plusieurs émissions radiophoniques pour France Culture (de 1983 à 1997, Les Nuits Magnétiques,Les chemins de la connaissance). Il a consacré notamment des émissions radiophoniques à l'écrivain malien Amadou Hampaté Bâ en direct de Bandiagara (Mali).
Il crée en 1986 avec Philippe Arbazaîr, conservateur à la BNF, la revue Noir sur Blanc dans laquelle furent publiés de nombreux artistes contemporains du monde entier, poètes, peintres et photographes.
En octobre 2004, il édite avec Marie-Ange Sébasti un livre collectif sur le site d'Ougarit en Syrie : Ougarit, la terre, le ciel, éditions La Part des Anges.
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Bibliographie

 

J'ai épuisé la ville, Presses de Brandes, 1985
Lettre de Gao, Lettres Vives, 1988
Lettre à l’abandon dans un jardin, Fata morgana, 1994
Totems de sable, Fata morgana, 1995
La main de personne, Fata morgana, 1997
Petit traité de la marche en saison des pluies, Fata Morgana, 1999
Les jours sont une ombre sur la terre, Lettres Vives, 1999
Le silence n'est jamais un désert, Lettres Vives, 2000
Sous un toit errant, Fata morgana, 2000
Au bord du monde - Entre Haute-Loire et Lozère, éditions du Laquet, 2001
La journée vide, Lettres Vives, 2001
Lettre d'Afrique à une jeune fille morte, Fata morgana/Cadex, 2002
La nuit errante, Lettres Vives, 2003
Lâcher prise, Escampette, 2004
La lumière effondrée, Lettres Vives, 2004
Visage de l'absent, Escampette, 2005
L'abandon lumineux, Lettres Vives, 2006
Chemins, fougères et détours. Un tour du monde en Ardèche, La Part des Anges, 2007
Une barque passe près de ton seuil, La Part Commune, 2008
Le désert où la route prend fin, Escampette, 2008
Marcher est ma plus belle façon de vivre, La Part des Anges, 2008
Celle qui n'a pas les mots, Lettres Vives, 2009
Le regard du coeur ouvert, Des carnets (1978-2002), La Part commune, 2009
Le Séjour invisible, Escampette, 2009
L'ermite et le vagabond, Escampette, 2010
Pourquoi dors-tu, Jonas, parmi les jours violents, La part commune, 2011
Vers la steppe, Lettres Vives, 2011
Journal fugitif au Moyen-Orient, Le Temps qu'il fait, 2012

 

Il est, je le sais pour en avoir subi les mirages, une littérature de l'engloutissement, du cynisme, de l'or noir. Mais, très vite, au regard de ce que nous vivions, j'ai compris que l'on devait, coûte que coûte, emprunter l'autre voie, celle du soleil royal, de l'enchantement, de la surprise, de l'étonnement d'être en vie sous peine de nous fracasser contre les murs, de périr sous les ponts, de ne délivrer que des livres morts de la cage brûlée du cour.
*
L’hiver, seul. Qui veut s’engouffrer dans la maison. Mais les saisons ne sont pas une lassitude.
*
J’ai essayé de vivre à leur manière. J’ai échoué d’avoir grandi, d’être allé seul, en absence de tout soutien. Je sens la lame froide des trahisons entre les os. Je sens tout ce qu’on m’a volé,la dépouille qui est aujourd’hui à mes pieds, ce butin que l’on m’a pris qui n’est que de la joie. Il n’y a pas de plus grand malheur que de perdre la joie. Perdre la joie c’est comme si l’on vous ouvrait les veines, comme si l’on vous mangeait le cœur.
*
Il n’écrira plus. Il mettra le feu à toutes les lettres, à tous les livres, aux pages à venir. Il ira vers la mer, là où les vagues se brisent, où une rumeur nouvelle s’entend. Il ne veut même plus le pardon.
*
Ils vous regardent, percent sous la lumière de vos yeux, le sabre de l’échec qui vous a fauché. Ils s’éloignent alors, terrorisés. Ils ne veulent pas de ce chemin.
*
Le tableau, l’un des premiers tableaux du peintre du silence nous dit très bien cela : le calme effroi. Le peintre avec lequel, si souvent, j’ai partagé le pain, le long hiver, le dénuement. L’ami qui a toujours volé à mon secours, qui a toujours su que nous sortirions de ce naufrage. L’amitié, c’est bien cela, ce lien qui n’a besoin d’aucune parole, d’aucune preuve, d’aucun certificat.
*
Ils mettent parfois leur vie à l’abri dans les granges, sous l’hiver des ponts, autour de pauvres feux que l’on voit éclairer nos vies de fanfarons. Ils ont leurs chiens près d’eux. Le désastre de leur vie à leurs pieds.
Je n’aurai jamais assez d’amour pour les aimer assez. Notre monde n’a plus d’amour. Regardez-les ces guerriers de pacotille, ces vendeurs de mauvaises pensées, de mensonges.Ils croient tenir les rênes, toutes les rênes. Ils brûlent leurs forces à des travaux, à des soucis insignifiants. Nous sommes, pour de bon, entrés dans le siècle des piètres comptables. Ils s’agitent dans leurs journaux, derrière leurs écrans misérables. Ils portent des coups aux effets incalculables. Ils piétinent ce monde contre beaucoup d’argent, puis ensuite ils énoncent des principes de charité.
J’ai lu cela dans le regard de mon père, autrefois, quand il laissait son sang sur nos routes pour bâtir, avec une poignée d’autres, ce qu’on ne leur reconnaîtrait pas. A voix basse, j’avais cinq ans, il m’a murmuré d’entrer lentement dans ce monde qui n’était qu’une foire d’empoigne. Il s’exprimait toujours, venant pourtant de la terre, d’une langue portée à son apogée, d’une précision qui me ravit encore.
*
Je vous ai suffisamment aimée pour savoir souverainement vous perdre […] Vous avez fait de moi un ciel à jamais rendu aux oiseaux, aux vents fous, aux beaux soleils. Je peux aller désormais n’importe où dans le monde. Vous n’oublierez jamais ce que je vous ai donné, plus personne ne saura vous le prendre, que cela est un don inégalable auquel, seule la mort mettra un terme.
*
On ne peut rien contre celui qui a ouvert une seule fois vraiment les yeux. Qui entend, en profondeur les ricanements au fond des gorges.
*
Ils ne m’ont pas reçu à leur table et combien je les comprends !
*
Ces visages. Ces innombrables visages qui le fascinent encore. Pourtant, visages fermés. Qui ne posent jamais aucune question. Qui êtes-vous ? D’où venez-vous ? Visages sans les mots.
*
Un temps, il s’était embarqué vers l’Ailleurs, des voyages peu propices à l’enchantement. Il s’était refait, cependant, une santé de fer. Il s’était lavé les yeux pour toujours. Il avait entreposé des réserves pour des siècles. On l’avait cherché un peu, on avait tenté de le suivre à la trace. Sans grand succés. Puis très vite, les siens avaient baissé les bras et il s’était retrouvé seul, avec des rames brisées, sa frêle embarcation. Sans savoir où aller. Il lui fallait trouver sa voix, la rendre unique, singulière. Longtemps, il vécut à perte de ce métier qui ne s’apprend pas. L’air se raréfiant dans les villes, on installa à la campagne son corps sans joie. Ce fut bel et bien une sorte de bénédiction. Il ne conversait plus qu’avec les oiseaux. Beaucoup le plaignirent, se rengorgèrent de la vitesse des villes . Il lui fallut vivre, sans lâcher prise, avec ses fournaises, avec ses démons. On lui trouva un emploi dans les faubourgs et il suivit quelques temps cette voie médiane qui n’est, au fond, qu’une impasse . Il fut l’homme des impasses, celui que stimulent l’échec, l’échouage. Mis à genoux, né fatigué, il rejaillissait plus gaillard que jamais.[…] Grisé par le mouvement, il passa sa vie à éhapper, à s’échapper, à sortir de soi, ce qui n’est pas, croyez-le une mince affaire. Déjouer leurs rites, voilà ce que fut sa palpitante aventure. Mais l’atteindrait-il jamais ce point de non-retour, serait-il jamais assez clown ?
*
Le peu a tout exigé. A requis toute la force de l’inutile, l’abondance des œuvres désoeuvrées. La fraternité des soirs sauvages, de l’Utopie, de la révolte.
*
J’ai traversé de nombreux déserts, j’ai franchi des cols, j’ai disparu longtemps dans la vie invisible, me consacrant aux travaux dérisoires. J’ai regardé tomber la neige devant les vitres, le tilleul blanchir puis reverdir à la lumière du printemps. J’ai attendu l’été dans les chambres fraîches. J’ai lu de nombreux livres dans les herbes, écoutant le bourdonnement des abeilles, contemplant les ballets somptueux des libellules qui battent l’azur de leurs ailes blanches. J’ai dormi dans les cabanes abandonnées, j’ai longé des lisières, détruit les pièges des braconniers. J’ai mis toute une vie à me hisser vers la vie la plus simple, la plus haute. Sans effort, j’ai fui les foules, les honneurs. J’ai cherché l’homme nu, le frère.J’ai remué ciel et terre pour vivre sur les cimes où le désir est tel, le silence infini, mais je ne crois avoir atteint ni l’un ni l’autre.J’ai cherché l’or dans l’amour de quelques femmes, dans le regard d’enfants. J’ai connu la joie et la honte.Je fus vraiment seul sur ce chemin où courent encore avec moi quelques herbes folles. J’ai navigué dans un désert qui n’est rien d’autre que la vie bruissante qu’une lame vous renvoie de temps en temps en plein visage.
*
J’ai écrit des livres, livres qui m’ont peu à peu envahi , expulsé. Jamais je n’ai pu contrer leur assaut. Alors, j’ai laissé faire. Ils m’ont guidé dans cette sorte de nuit où j’apercevais de la clarté. Ce ne sont pas vraiment des livres, non, je ne me prends pas encore pour un écrivain. Ce sont plutôt des lueurs, de petits feux de brousse qui ont mis le feu à ma propre vie. J’ai allumé quelques lampes, un point c’est tout. J’ame à en mourir cette odeur de pétrole qui s’installe toujours aux abords de la nuit, ces épiceries de bord de route, ces gargotes d’Afrique où ma vie s’est si souvent dispersée, prenant l’Ailleurs en pleine gorge, buvant ses eaux fraîches. J’ai habité des campements. Je fus pauvre parmi quelques autres qui avançaient avec moi, ds flots de vie, c’est incroyable ! Seul le mouvement emporte mon adhésion. Des champs de mil barraient l’horizon. Des silhouettes allaient et venaient sur des sentes minuscules, la daba à l’épaule. Des soldats, sans raison , montaient la garde, allongés sur des lits métalliques. J’apercevais leurs jeux de dames abandonnés sur des terrasses battues par les pluies, leurs vêtements en loques séchant sous des vérandas misérables ne protégeant plus rien.
*
Le jour, avec les enfants, nous sortions les troupeaux de l’enclos de branchages et les poussions en direction des montagnes, vers les pâtures qui n’appartenaient à personne.Parfois, dans les rochers, j’écoutais la vieille radio que nous emportions toujours avec nous pour surprendre les chants en langue peule. C’était merveille que d’entendre ces voix en pleine nature, ces voix rauques, nasillardes, enfantines. Les contes aussi, à travers les ondes, nous enchantaient et déclenchaient les rires.
*
Qu’il n’y ait plus, entre le monde et les livres, que cette lumière que nous offre le visage invisible du lecteur. Cette lumière a tout exigé de moi. Tout. Elle m’a tout pris.
*
Désormais, je pressens le Tout dans l’infime, le Très peu, dans le balancement de la moindre herbe sauvage, dans la lueur pure des ciels de juin ou de novembre, dans les yeux d’une poignée d’enfants, dans ceux de mon voisin qui vient suvent frapper à ma porte avec ses rires, sa parole juste, des légumes frais dans ses deux bras grands ouverts, dans l’Amour immense exigeant plus que l’Amour et l’Amoureuse. Oui, la vie immense a dévoré mon petit cœur. Vous voyez, la vie m’est offerte en abondance. Alors, de quoi me plaindrais-je ?
*
J’écris peut-être pour cela : rencontrer des hommes sur ma route.
*
Un jour, votre stupéfaction sera à la mesure de notre silence immense.

Joel Vernet

Publié dans Les marcheurs de rêve

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Aphorisme du jour

Publié le par la freniere

Je n'ai pas besoin d'un Dieu pour regarder la mort en face.

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Marie Savard

Publié le par la freniere

«Je marche dans l'ombre d'une pensée sauvage et mal apprise», a écrit la poète, chansonnière, dramaturge et fondatrice des éditions de la Pleine Lune, Marie Savard, décédée le 16 janvier dernier, à l'âge de 76 ans.

Marie Savard publie son premier recueil de poésie, Les coins de l'Ove, aux éditions de l'Arc en 1965. La même année, sort son premier microsillon de chansons. L'artiste oscillera entre la musique — Québékiss, en 1971 — et l'écriture, entre la poésie et des textes pour Radio-Canada.

Elle a signé Bien à moi, «la première pièce explicitement féministe au Québec», qui raconte «un enterrement de femme mariée», selon Isabelle Boisclair, spécialiste de littérature québécoise et d'écriture féminine. La pièce est montée en 1970 au théâtre de Quat'Sous par le metteur en scène André Brassard. «Il venait de monter Les belles-soeurs et de vivre le scandale du joual. Ça donne un indice de sa carrure: ce n'était pas une sainte-nitouche. Or, Savard a écrit: "Je me rappelle la patience passive d'André, sa bonne volonté évidente et surtout, son honnêteté. Quand il nous fit comprendre, à [la comédienne] Dyne [Mousso] et à moi, qu'il était impuissant à mettre en scène une femme se masturbant et que le faire serait pour lui de la fausse représentation, cela nous toucha. Il nous laissa nous débrouiller seules et je l'en remercie de tout mon coeur."» La pièce ne sera publiée que dix ans plus tard.

C'est comme idéatrice et cofondatrice des éditions de la Pleine Lune que Marie Savard s'inscrit dans le paysage littéraire. Après avoir reçu pour un manuscrit des refus successifs, la poète réalise que les comités de lecture ne comptent aucune femme. Savard s'interroge sur un manque de sensibilité devant les sujets féminins. En 1975, elle crée avec quatre autres femmes une maison d'édition qui comblera cette lacune, rappelle Marie-Madeleine Raoult, actuelle directrice des éditions de la Pleine Lune. Le premier titre de la Pleine Lune, Le journal d'une folle, est d'ailleurs le manuscrit re-re-refusé de Savard.

Mme Raoult aura travaillé deux ans auprès de Marie Savard. «C'était une femme très intense, une poète quoi!, une grande animatrice capable de partager ses idées. Une femme lumineuse, une travailleuse solitaire. Je pense qu'elle ne s'est jamais vue vraiment comme éditrice. Elle était celle qui a eu l'éclair de dire: on y va, on fonde la première édition de femmes au Québec. Ce n'est pas rien.»

Son dernier recueil, Oratorio, Qué. (Forges), paraît en 2007. «Elles n'en revenaient pas de se voir si vieilles / dans ce miroir transparent de la vitrine / où elles vinrent au monde», y lit-on.

Une cérémonie-hommage se tiendra le 23 janvier à 15h, à l'église des Dominicains.

Catherine Lalonde  Le Devoir

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(Québec, le 15 août 1936 - le 16 janvier 2012 ) Poète, Marie Savard publiait son premier recueil aux Éditions de l’Arc en 1965 en même temps que son premier microsillon de chansons/poèmes. Elle écrira et enregistrera par la suite d’autres disques dont Québékiss en 1971. De 1961 à 1966, elle écrit des textes pour enfants à Radio-Canada, ce qui lui vaut, en 1962, une mise en nomination au Congrès du spectacle. Elle signe aussi plusieurs dramatiques pour la radio, dont Bien à moi diffusée en 1969 et rediffusée, en 1971 et 1980, en France, Belgique, Suisse et au Luxembourg. Ce texte sera d’ailleurs mis en scène au Théâtre de Quat’sous en février 1970 et réédité en édition bilingue aux Éditions Trois (1998).

 En octobre 1974, elle initiait les premières éditions de femmes au Québec, que furent les Éditions de la Pleine Lune, et y travaillera comme directrice littéraire jusqu’au 15 juin 1979.

On trouve de ses textes dans diverses revues littéraires comme Liberté, La barre du jour,Sorcières (Paris), Moebius, Litté/Réalité (York University, Toronto),Arcade etl’Arbre à Paroles (Belgique). Ces dernières années, elle a donné plusieurs lectures publiques et spectacles littéraires dans les maisons de la culture, festivals de littérature, salons du livre, et participé à des jurys pour l’attribution de bourses en création littéraire et de prix littéraires.




Oeuvres

Bien à moi, Laval : Éditions Trois, Turquoise, 1998
Les Chroniques d'une Seconde à l'Autre, fiction poétique, Montréal : Editions de la Pleine lune, 1988
Les Coins de l'Ove, Québec : Éditions de l'Arc 1965
La future antérieure, Laval : Éditions Trois, 2002
Le journal d'une folle, Montréal : Editions de la Pleine lune, 1975
Oratorio, Trois-Rivières : Écrits des forges, 2007
Poèmes et chansons, Montréal : Editions Triptyque, 1992
Sur l'air d'Iphigénie, Editions de la Pleine Lune, 1984
Te prends-tu pour une folle, Madame Chose ? (1978) collectif d'écriture

Discographie

Marie Savard (1965, Apex, ALF-1574).
Chanson de l'avenir; J'ai rencontré tes yeux; Tu as faim, tu as froid; Chanson douce; Le fou de l'océan; La neige chaude; L'acrobate; Blues; L'arme; Un pays; Terre brune; Prière en ville.

Marie Savard au Patriote (1966, Apex, ALF-1586).
J'arrive; L'oncle Tom; Je ris; Poème: Monsieur Toc; Je ne sais plus; Poussière; De la douceur; Rue d'Amérique; Poème: Neige chaude; Sonne blanc; Prière en ville.

Québékiss (1971, Zodiaque, ZO-6902).
Tannée; Ça fait que (par Dyne Mousso); Berçeuse; Mon homme est en chômage; La nuit du 16 octobre (avec Gilles Moreau); Pacifique canadien (par André Lejeune); Reel d'octobre (en duo avec André Lejeune); Lasting Sadness; On rentre chez nous (par Michel Chartrand); Québékiss.

La folle du logis (1981, Les Éditions de la pleine lune, CCL-33-165).
Est folle; Isabeau; La vie de factrie; Les femmes scrapées;- Courtisanes; Lettre à Jos; Il pense que je l'aime; Bonjour mon beau; Pacifique Canadien; Ave Maria blues; Berceuse du pays.

Les chroniques d'une seconde à l'autre (1988, Pleine Lune, RSB4-108 Cs).
L'idiote aux puits; Lac. (Poème de 60 pages auquel sont intégrées deux chansons).

*

 


sont scrapées
toutes les femmes scrapées dans leur tête
les femmes taillées au couteau de la logique théorique
pour se faire une raison
une garde-folle
la ligne blanche du raisonnement
les bandelettes de la courtisane-guerrière
pleine de peur et de reproches
le corset-carrière
[...]

 

 

Aurions-nous caché la racine en brouillant les traces
Aurions-nous perdu la vue depuis si longtemps
que tous nos mots d’amour en seraient devenus aphones
D’où vient cet air d’aller au doigt et à l’œil
d’un très grand architecte solitaire et guerrier
maître d’œuvre de tout de toute éternité
Sommes-nous de poussières rapaillées
au souffle de ce trop grand pour habiter parmi nous
moi et les fils de ma mère
Quels tristes clones sommes-nous
Que nous a-t-il fallu croire pour oublier
que la terre respire

 

***
Sur la route des nuages au-dessus du fleuve
j’ai vu la marche funèbre des étoiles consternées
Dans la maison de sa mère où elle se tenait
vous avez pris ma bien-aimée
et vous l’avez remise "à garder les vignes
pendant que sa vigne
à elle
elle ne l’a pas gardée" *
Vous m’avez fait un tort irréparable
à moi et aux fils de ma mère
vous avez pris ma bien-aimée
 

 

Ce que disent les étoiles
sur la route des nuages au-dessus du fleuve
c’est la constellation de vos égarements
de votre déréliction
votre dénégation
d’elle
ma bien-aimée
car, dans la chambre de celle qui l’avait eue
qui l’avait mise au monde
vous avez pris ma bien-aimée
et vous l’avez tuée
et c’est sur sa tombe que vous avez bâti votre Église
 

 

À chaque fois
disent encore les étoiles à mesure que j’avance
au-dessus du fleuve
à chaque fois qu’une femme meurt
de main de maître
l’irréparable s’empile
l’instinct de mort ressort
le samedi soir
par habitude ou par trop-plein
de mots d’amour qui ont perdu la voix
l’irrémédiable crie au miracle
il tue
 

 

IL EST DE TOUTE URGENCE
QUE LA MORTE GONFLABLE SOIT BAISÉE
FONCTIONNELLE ET JETABLE DE TOUTE ÉTERNITÉ
 

 

ite missa est
message transmis
 

 

Une lumière tait la lumière
à mesure que j’avance au-dessus du fleuve
Est-ce là qu’elle était
un jour de mai en lais
Est-ce là qu’elle allait
voir et toucher la mer dans sa coquille
 

 

Une lumière tait la lumière
les ombres se ramassent à la loupe, à la louche
dans les odeurs fumantes des rives du décor
un turbo voyageur passe et se remémore
le temps où les enfants jouaient dehors
 

 

Une lumière tait la lumière
lumière d’époque blanche
encastrante et louchante à mesure que j’avance
lumière sertie
dans la pierre fine des condominiums
comme autant de repères
au bon sens du consortium
lumière tapie
des auberges retapissées
rapetissées au bord de l’eau
où mangent les vieillards avant de s’en aller
et de s’apercevoir à travers les rideaux
une dernière fois
avant de refermer la porte sur soi
 

 

Une lumière tait la lumière
avant la neige
pour que l’hiver entraîne dans son manège
le souvenir des mères d’avant-hier
l’hécatombe des filles de leurs grand-mères
dans la chambre de la maison longue
où elles se tenaient
 

 

Est-ce là qu’elle était
dans la lumière pelée
ostentatoire de la certitude blasphématoire
qu’installèrent les robes noires
devant leur miroir ?
Est-ce là
 

 

Une lumière tait la lumière
 

 

Sous la route des nuages au-dessus du fleuve
vous avez pris ma bien-aimée
et c’est dans sa chair que vous avez bâti votre Église
Vous m’avez fait un tort irréparable
à moi
et aux fils de ma mère
vous avez tu ma bien-aimée
 

 

***
Qu’est-il tenu de croire
aux caractères inscrits
dans la prière des pierres
des tables
de l’holocauste
et de refaire
tel
le sacrifice
d’elle ?
 

 

Qu’est-il tenu de taire
au centre du sanctuaire
 

 

Quand la lune sera sous
l’étoile polaire
et que je serai saoul
dans mes prières
parle-moi de la rose
et du rosier
et je me souviendrai
des moindres choses

 

* Cantique des cantiques, de Salomon.
Extrait de La Future antérieure

 

Marie Savard

Publié dans Les marcheurs de rêve

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Aphorisme du jour

Publié le par la freniere

Choisissant l'accessoire, nous perdons l'essentiel.

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Les fruits de cave

Publié le par la freniere

La neige continue à tomber. J’aime sa persévérance muette, son épaisseur montante. Je dis merci pour la lumière. À défaut de foi, j’ai la louange facile. À côtoyer le givre, je comprends mieux l’été. La vraie beauté, on ne peut pas la désigner. Il faut plus que des yeux pour la voir, plus que des mains pour la toucher. En ce décembre 2011, je regarde l’an neuf par un trou de mémoire. J’affûte l’alphabet pour que les mots tranchent dans le vif. À chaque jour sur terre, la naissance d’un enfant nous sauve de nous-mêmes. Les questions de la vie n’exigent pas de réponses mais implorent l’amour. Mille fils nous relient les uns aux autres. J’en brode avec l’aiguille d’un crayon une dentelle de gestes. Quelques mésanges picossent dans le givre. Les grains de mémoire jetés au feu crépitent d’émotions.    

Quand les arbres sont plus fins, les jardins déserts, les vitres embuées, malgré l’épaisseur des vêtements, c’est à la nudité qu’invite l’hiver. Un petit homme en moi pousse vers le ravin une pleine brouette de biens. Me délestant des heures et des poignards à vif, j’avance vers le dépouillement. Même les pierres ont froid. Je laisse ma main courir sur la page. Je réchauffe d’un mot les ailes des oiseaux. J’ai une phrase plantée dans le cœur comme une écharde avide. Je ne suis jamais seul quand j’écris. Je communique avec les racines, les nuages, la petitesse des choses et la grandeur du monde. Lorsque je suis penché sur mon cahier, le bout de mon crayon dessine la ligne d’horizon. Une montagne se dresse sur ses tibias de pierre. Des nuages vont et viennent. Il pleut sur le papier. Les fruits de cave retrouvent leurs racines, la lumière son ombre. La vie est forte. À chaque amputation quelque chose d’autre se reconstruit.

Il neige de plus en plus. Sans tuque sur la tête, j’avance dans le plumage des anges. Vrais habitants de l’air, des corbeaux noirs s’agitent sur le larmier des arbres aux modillons de givre. Leurs cris effraient la neige. Quand on marche dans le blizzard, la décantation de l’âme se fait de l’intérieur, loin du bruit. On ne voit plus que la lumière. L’infiniment petit compose le plus grand. La neige est une symphonie muette. À chaque jour, je me déleste d’un objet. Je me sens à la fois plus fragile et plus fort. En hiver, les branches ne gardent pas l’odeur des oiseaux. Elles attendent leur retour. Un écureuil, sous l’éventail de sa queue, se risque sur la neige. Que cherche-t-il ainsi ? La marche en forêt n’est pas loin d’un rituel. Je remonte lentement vers le zénith de l’an. Chaque seconde a son goût, son amertume, son miel. Disponible à la grâce, c’est en raquettes que je prie. Je cherche l’infini pénétrant le fini, la grandeur d’un monde qui échappe à l’humain. Un lot de petits bonheurs s’accroche aux sapins. Les épinettes se dressent pour affronter le vent. La neige jamais la même se ressemble pourtant. Un ruisseau m’apparaît où j’ai failli tomber. Sous la glace fragile une eau plus pure coule. Sous mes airs de malheur, je porte le bonheur. Je n’ai rien pris au temps que je ne puisse rendre, mes rides et ma folie, ma parole et mon sang. Je n’ai pris que mon temps avec un peu d’espace.

Publié dans Prose

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