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Quand on parle monnaie

Publié le par la freniere

Il faudrait que la dignité de l’âme l’emporte sur la cupidité. Dans la maison des millionnaires,  les murs ont des oreilles. Chaque fleur est un micro. Même si leurs mensonges s’habillent en prince, peu importe ce qu’ils manigancent, le sourire des hommes d’affaires cache des crânes de mort. Ils mangent de la soupe un couteau entre les dents, des balles dans les yeux. Leurs prières sont à vendre à tant le poids de l’âme. C’est lorsque tout va mal qu’on juge un homme. Chaque matin, le ciel finit par nous avoir. Le paysage fait le beau. Les insectes s’éveillent. Les oiseaux font pareil. Les plus désespérés tendent leur peau vers le soleil. Contre les manigances de l’argent, je n’ai rien à offrir que mon trop plein d’amour.

 

Lorsque l’enfance perd sa laine, le temps devient plus froid. On se fait une armure avec des idées fausses. À défaut de se refaire une âme, on s’habille de strass, de stress et de détresse. On perd son temps à protéger sa job, son statut, son salaire, à fuir les questions.  Si la vie ce n’était pas l’argent, si le bonheur avait des bras, si l’espoir était plus qu’un billet de loterie, si la mort, si l’amour, si l’autre devant nous n’attendait qu’un geste pour arracher ses chaînes. «Hop là ! C’est moi la vie. Fais-moi sauter sur tes genoux. Embrasse l’air avec moi. Regarde avec mes yeux, tes mains, tes pieds. Tords le cou du sérieux. Fous-toi du ridicule. Viens danser sur la mer.» Le pays du crâne rejoint l’état du cœur. La terre des mains façonne la poterie des mots. Le meilleur est toujours éphémère. C’est le plus simple qui perdure.

 

Avec le temps, chaque jour s’approche du suivant. Toutes les secondes ne feront plus qu’une seule éternité. Les yeux fermés reviennent inspecter l’invisible, mille paupières collées à la pierre des tombes, des iris en pétales parmi les ossuaires. Je suis un voyageur. Quand le dehors se ferme, j’arpente le dedans. Les routes sont les mêmes de la parole aux gestes, de la musique aux cris, de la phrase à la toile. C’est en dessinant des marches dans l’air que je monte. Chaque échec nous rapproche de la vie. Je ne cherche pas à savoir. Je me contente de l’impossible. J’imagine la source dans les rivières taries. Je rêve de fruits mûrs dans les jardins détruits. Il y a toujours des lèvres pour y passer sa langue, une forge dans la gorge pleine d’étincelles vocales.

 

S’il y un trou dans le paysage, c’est qu’un peintre viendra, qu’un oiseau dessinera son vol, qu’un arbre abattra les frontières. Il y a toujours des idées qui passent, des mots qui cherchent à naître, des choses qui cherchent à être, des rêves qui circulent, des images appuyées sur le vide. Il ne faut pas juger trop vite. Une main ne dit rien, c’est son geste qui parle. À force d’élever nos enfants dans des serres, ils veulent vivre en cage. Quand on parle monnaie, on se perd dans la poche du diable. Les hommes seraient plus heureux s’ils se souciaient davantage du cœur que du portefeuille. Du moins seraient-ils meilleurs. Si j’entends dans ma tête le vol d’un oiseau, je lui prépare un arbre. J’arrose de mes pas les fleurs du tapis. Je fouille dans les tiroirs des questions sans trouver les réponses. Il y a pêle-mêle le bric-à-brac de la vie, des mots en vrac, des pas dépareillés. L’arome des naissances s’y mêle à celle de la mort. Les minous de poussière sont les larmes du temps. Quand je passe le balai, je ne cherche pas à faire du neuf. La première fois est déjà la deuxième. Le dernier mot n’oublie pas le premier. L’abstrait plonge dans le réel pour donner forme à l’invisible. À force de porter le poids des morts, nos épaules se voutent. Je me sens pourtant bien avec le temps, c’est avec l’homme que je peine.

 

L’argent n’a pas de rôle dans la formation des montagnes, ne parle pas la pluie, ne sait rien des orages. L’argent n’a pas appris la prière et la vie. L’économie préfère la guerre à la beauté des fleurs. Des enfants naissent au dépotoir avant de se vendre aux touristes du sexe. Sans argent, il n’y a plus de vol ni de prostitution. Les portes restent ouvertes. Il n’y avait pas de monnaie chez les Sauvages. L’or et l’argent servaient à faire des parures. Aujourd’hui, le fantôme de la paix fait trembler la Bourse. Il ne faut pas que diminue le prix des balles. Il faut plus de famines pour augmenter le prix du riz. Même les vaches et les porcs sont prisonniers de la banque. On ne reconnaît plus la terre. On oublie d’où l’on vient. On croit naître d’un chou, on naît de la fente d’un guichet. Sachant le prix du pain, je pose mon regard de maigre sur la fausse abondance. J’arrose la terre de poèmes, non de publicité. Ce n’est pas tout de naître, il faut apprendre à être et surtout ne pas confondre l’avoir et l’être. Né de l’obscurité, le monde cherche la lumière.

Publié dans Prose

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Entretien avec Denis Vanier

Publié le par la freniere

Publié dans Denis Vanier

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Je me souviens

Publié le par la freniere

Je me souviens d'une station wagon qui coupe la nuit

qui ouvre la nuit du nord comme un couteau de chasse

ouvre sa proie

Nous sommes tous là

ma mère ma sœur son mari et ses enfants tous

dans cette voiture c'est

Johnny B. Good Leblanc qui conduit son visage vaguement

éclairé par la lueur du tableau de bord

Je suis le seul des passagers qui ne dort pas tandis

qu'on continue avec un océan de vert meurtri de

chaque côté

Ma soeur dort sur le banc d'en avant

la noirceur qui rentre et sort de sa bouche ouverte

La nuit est longue et sans plis

La nuit est longue et sans plis

La nuit est longue et sans plis

La nuit est longue et sans Soudainement

quelque chose déchire le tissu quelque chose bouge

là et

le pare-brise devient un écran cinémascope les phares

de Twentieth Century Fox et Gulf Western éclairant

l'animal l'animal l'orignal en plein milieu du chemin

qui fige et

fixe son destin qui roule vers lui à 60 milles à

l'heure

Ses yeux ses yeux ses yeux ô dieu son regard jusqu'à

la dernière minute et le choc sourd-muet de fer contre

chair

Et ma soeur qui se réveille en criant un grand cri

fou et

final comme si l'âme de l'orignal avait passé dans

elle en

mourant et enfin

le silence

le silence de notre silence dans

le silence entre

Timmins et Toronto.

 

Patrice Desbiens

Publié dans Patrice Desbiens

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Paroles indiennes

Publié le par la freniere

josephine-bacon.jpg

Joséphine Bacon est Innue de Pessamit. La poésie et la tradition orale de son peuple la suivent depuis son enfance. Sa poésie au quotidien s’adresse à la mémoire collective, à la nature débridée, à la sagesse, et aux ancêtres. C’est dans l’oscillation entre le langage universel sur l’origine du monde et la quête personnelle d’identité et de liberté que Bacon nous rappelle et nous ramène à nous-mêmes. Elle vit à Montréal.

 

Le Nord m'interpèle

 

Ce départ nous mène

vers d'autres directions

aux couleurs des quatre nations :

blanche, l'eau

jaune, le feu

rouge, la colère

noir, cet inconnu

où réfléchit le mystère.

 

Cela fait des années que je ne calcule plus,

ma naissance ne vient pas d'un baptême

mais plutôt d'un seul mot.

 

Sommes-nous si loin

de la montagne à gravir ?

 

Nos soeurs de l'Est, de l'Ouest,

du Sud et du Nord

chantent -elles l'incantation

qui les guérira de la douleur

meurtrière de l'identité ?

Notre race se relèvera-t-elle

de l'abime de sa passion ?

 

Je dis aux chaînes du cercle :

Libérez les rêves,

comblez les vies inachevées,

poursuivez le courant de la rivière,

dans ce monde multiple,

accommodez le songe.

 

Le passage d'hier à demain

devient aujourd'hui

l'unique parole

de ma soeur

la terre.

 

Seul le tonnerre absout

une vie vécue.

 

Joséphine Bacon

Publié dans Paroles indiennes

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En compagnie d'Antonin Artaud

Publié le par la freniere

 

 

Publié dans Poésie à écouter

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La bicyclette

Publié le par la freniere

Passant dans la rue un dimanche à six heures, soudain,
Au bout d’un corridor fermé de vitres en losange,
On voit un torrent de soleil qui roule entre des branches
Et se pulvérise à travers les feuilles d’un jardin,
Avec des éclats palpitants au milieu du pavage
Et des gouttes d’or — en suspens aux rayons d’un vélo.
C’est un grand vélo noir, de proportions parfaites,
Qui touche à peine au mur. Il a la grâce d’une bête
En éveil dans sa fixité calme : c’est un oiseau.
La rue est vide. Le jardin continue en silence
De déverser à flots ce feu vert et doré qui danse
Pieds nus, à petits pas légers sur le froid du carreau.
Parfois un chien aboie ainsi qu’aux abords d’un village.
On pense à des murs écroulés, à des bois, des étangs.
La bicyclette vibre alors, on dirait qu’elle entend.
Et voudrait-on s’en emparer, puisque rien ne l’entrave,
On devine qu’avant d’avoir effleuré le guidon
Éblouissant, on la verrait s’enlever d’un seul bond
À travers le vitrage à demi noyé qui chancelle,
Et lancer dans le feu du soir les grappes d’étincelles
Qui font à présent de ses roues deux astres en fusion.

Jacques Réda

Publié dans Poésie du monde

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Il y a encore

Publié le par la freniere

il y a encore le lever et

le coucher du soleil mais

tout est à vendre le pays

les travailleurs à vendre

la panse à vendre le sang

le feu liquidation totale

 

il n’y a plus de brochets

dans les fossés du hameau

il y a encore des harengs

dans la mer il n’y a plus

de manifestation ouvrière

ni de procession il n’y a

plus de charrettes à bras

 

il y a encore des volutes

de fumée montant vers les

étoiles il y a encore une

cuillère de confiture sur

la tartine beurrée il y a

encore un peu de fidélité

 

il est encore possible de

vivre avec les morts ceux

qui viennent vers nous et

qui nous regardent danser

dans le bocal du commerce

 

il y a encore la joie les

livres le vent les nuages

il y a encore les briques

d’argile cuite le travail

créateur les sourires les

larmes l’attente paisible

 

Lucien Suel

 

Publié dans Poésie du monde

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Il a neigé

Publié le par la freniere

 

 

Il a neigé cette nuit. Le froid est venu trancher les tendons de l’automne. L’eau du lac a changée. Le pays dort, aveugle comme une taupe. La peau tournée vers le silence, la terre s’assoupit. Une blanche hémorragie étouffe les brindilles. Les routes vides attendent le passage des hommes, l’écriture des pneus, la bouche des souffleuses. Au milieu des flocons, l’air et l’eau habitent l’un dans l’autre. Entretemps, habillés de fous rires et mangeant des glaçons, les enfants ont l’air de petits bibendums. Ils roulent dans leurs mains des poignées de bonheur et dansent avec la fée des neiges. Sur leur tête taillée d’ombres, les érables ont mis leur tuque blanche. Le pataugement des bottes s’invente des marelles. L’œil redéfinit le mouvement des formes. L’éblouissement du lac a soif de métaphores. Il ne s’agit pas de décrire mais d’écrire. Sans savoir ce que sera le tout, la lumière est en route au fond de chaque mot.

          

Que l’homme est bête quand il s’y met. Le monde pourrait être si beau. Qu’est-ce qui a manqué ? Que s’est-il donc passé pour que l’évolution nous mène vers le pire. S’il faut sauver ce qui reste, commençons par le dire. Je me sens moche quand les mots m’abandonnent. Ce que j’écris a parfois l’air d’un  moineau auquel manquent les plumes. J’apprends de l’herbe et de la pierre. Je respire avec le vent du monde le parfum sec des forêts. J’ai les poumons rempli d’azur. Je me tais pour écrire. Celui qui parle n’entend pas. Les nuages font des bleus dans la chair blême du ciel. Le vent dort debout dans le gris des érables. Des fleurs séchées s’accrochent aux griffes des rochers. Dans la neige fraîche du sous-bois, il est facile de trouver la trace des chevreuils. Je suis debout dans le ciel blanc qui tombe. Le monde s’invente en le vivant.

        

Cette vie qui nous porte, c’est nous qui la portons. De la rivière où je suis né, j’ai gardé le bruit de l’eau. Chaque ligne est une vague entre les rives de la marge. La parole s’abouche au froissement des choses. Chaque page est un marché aux puces, aux fleurs, aux légumes. Crieur d’alphabet à l’étal des mots, je donne ce que je suis. Ce ne sont pas les heures qui font le temps mais la chair des rides, la sève sous l’écorce. Quand on ferme les yeux, on change déjà de temps. Quelque chose nous dépasse toujours. Il faut s’y appuyer. Le froid rend les couleurs plus pâles, les sons plus fragiles, les parfums moins suaves, l’altérité plus vive. La neige noie les différences. J’écris au ras du sol, le verre des lunettes à même le papier, les oreilles aux aguets. J’écris avec la terre comme on laboure un champ. Je ne suis qu’un pas dans une forêt de marches. Je cherche la fenêtre où le regard est vrai.

 

Publié dans Prose

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Testament

Publié le par la freniere

1

Je lègue à mes enfants

cette aube sans couleur

le pain triste les rues

où je fus dédoublé

Je lègue les fontaines

qui m’ont parlé la nuit

les wagons solitaires

et les ormes coupés

Tous les recoins obscurs

et les hangars désert

Et mal interprétés

les rêves d’un bonheur

toujours décomposé

Je lègue avec les rails

la rouille des années

les trains sans voyageurs

la gare abandonnée

Je lègue après la joie

cette ville changée

Comme est changé celui

qui croyait tout aimer

À mes enfants je lègue

Mon infidélité

 

2

Je mourrai divisé

Mécontent Sans espoir

Je lègue à mes enfants

un immense devoir :

Reprendre pied Revivre

Achever chaque soir

la tâche du matin

Donner enfin aux autres

une eau plus douce à boire

Je lègue à mes enfants

un sinistre miroir

qu’en souvenir de moi

ils voudront bien briser

Afin que les morceaux

reforment cette étoile

qu’en naissant j’ai trahie

Et que ma mort doit rendre

à son éclat premier

Je lègue à mes enfants

un impérieux devoir :

Ne pas désespérer

 

Georges Haldas

Publié dans Poésie du monde

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Un cadastre d'enfance

Publié le par la freniere

"Un cadastre d'enfance (et quelques-unes de ses parcelles)" vient de paraître aux Editions Henry (collection de poche "La main aux poètes", 6€).

Je n'aurais sans doute pas écrit (en tout cas pas publié) ces textes sans la mort de ma mère. Mais quelques-uns avaient déjà paru dans des revues ou des anthologies (notamment sur le thème de l'Enfance).

Les plus graves ont été écrits depuis. J'en ai lu cinq ou six en public. Publié une dizaine récemment sur Facebook.

Mais il y en a que je ne puis "dire" autrement que dans ce petit livre noir (et blanc).

 

UN-CADASTRE-COUV001.jpg

 

L’âge le plus charmant de la vie 

 

Ô mon enfance à petit bras

quand l'eau chaude au robinet

n'existait pas

 

Quand nous dormions sous les tôles

entre parpaings et pigeons

— avec leurs fientes sur nos matelas—

 

Mon enfance de sang

quand se battaient père et mère

et que je courais dans la nuit

 

en criant

Môman !

Môman !

 

À tenter de dormir

nous étions cinq familles

séparées par du placoplâtre

 

et les enfants entendaient tout

halètements et petits cris

et les coups et les injures

 

 Et si très peu croyaient en Dieu

tous aimaient l'Abbé Pierre

c'était un peu après la guerre

 

on mourrait de froid dans les rues

mais parfois aussi sous les tôles

comme le Père Henry une nuit

 

laissant son cheval orphelin

et nous offrant  une couche de plus

—qui fut vite occupée—

 

Le cœur noir de mon père

le cœur rouge de ma mère

battaient de la même angoisse

 

J'ignorais alors

pourquoi certains me surnommaient

Jésus

 

Mais bien vite j'ai

tout deviné

ou presque :

 

le reste viendrait

plus tard

il serait encore plus terrible

 

 

Bataillonnaires 

 

« Sac à dos dans la poussière »

chantaient les bataillonnaires

en passant devant ma mal-maison

 

Je les guettais

assis sur le bord de la fenêtre

derrière la vitre en hiver

 

Leur sac à dos et leur fusil se balançaient

au rythme de leur triste chant de guerre

en marteau sur le bitume-enclume de la rue

 

Je me souviens qu'ils rabâchaient :

« C'est tous des gars qu'ont pas eu d’ veine

c'est nous les Bats d'Af nous voilà ! »

Et je me sentais leurs frère — désarmé—

 

Ils passaient ainsi deux ou trois fois

par semaine Je les guettais

du fond de mon cœur de trois ou quatre ans

 

Ils allaient en manœuvre au bois

de Saint-Cucufa où le bon roi Dagobert

selon la version de ma mère chassa

 

Et le refrain de ces frères soldats

traîne en moi à n'en jamais finir :

«Mais quéqu’ ça fout et on s’en fout la la la »

 

Heureusement il y avait presque chaque matin

les éboueurs — qu'on appelait boueux—

et qui vidaient nos poubelles où il n'y avait rien

 

J'admirais le conducteur le chauffeur le pilote

de la benne à ordures

à l'époque grande ouverte — et ma vocation c'était ça !—

 

Voilà comment peut-être sinon pourquoi

je me suis fait poète

au séminaire des mots sans loi.

 

 

Mais j’ai frères et soeurs 

 

Môman tu mangeais  l'herbe

des talus entre Achères et Paris

parce que j'étais dans ton ventre

et que tu avais peur de me perdre

n’ayant pas assez de lait dans tes seins de fillette

— toi qui pourtant n'avais pas désiré ma naissance—

 

Môman ton père t’avait chassée

parce que tu étais enceinte

Salope ! — mais de qui Môman ?

et je gigotais : le mot est terrible gigot

quand à l'époque on crevait de faim

 

Et donc  tu ne savais rien Môman

que mon futur prénom donné

un prénom posé comme une couronne de roi-mage

sur l'enfant de ton viol consenti par obéissance

 

Tout cela je ne l'ai su ou plutôt deviné

qu’après tous ces faux évangiles

dont les familles ont le secret

— ô Môman quel blues d'être né…—

 

 

Deux jardiniers en quatrains 

 

Le front de mon grand-père était ravagé de sillons.

Que j’admirais :

quand je serai grand je serai vieux

comme lui  savant et sage.

 

De ma grand-mère le front lisse et parfumé était

la mer  soir de bonace et d’étoile polaire:

oh je l’aimais cet astre

qui guide  le marin !

 

Mon grand-père était jardinier

de légumes –et de savantes choses -

Par ses mains et sa Parole

tout sillon me donnait naissance.

 

Dans le jardin de ma grand-mère

unijambiste

toutes les fleurs marchaient

vers l’Etoile de sa Tendresse – à elle seule constellation.

 

Mais la Mort n’est pas que faucheuse .

Elle est même d’abord labour :

mes deux amours à cheveux blancs

-d’un coup de bêche elle enterra -

 

Dans le jardin de mon enfance

chantent sillages et sillons

-prémonitions et visages- :

sur l’autre rive On m’attend.

 

A mon tour.

 

– si on m’attend –

 

Roland Nadaus

 

 

 

Publié dans Poésie du monde

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