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Ulysse

Publié le par la freniere

Au sud du bastingage

il n’y a plus rien jusqu’à la Terre Antarctique

Léviathans et sirènes labourent ces prés marins

ce portulan gaufré de vagues

où d’immenses pans de ciel

s’abattent en averses fourbues

sans que Dieu lui-même

en soit informé

 

Chaque soir tu regardes la timbale du soleil

plonger en hurlant dans la mer pommelée

clins d’œil des forts matous lovés dans les cordages

Les espadons bleus filent devant l’étrave

bande de bijoutiers en fuite

 

Voilà des mois que tu n’as pas reçu de lettres

tu es le dernier des parias à bord de ce navire

le cœur rendu, un torchon d’étoupe à la main

tout noir de souvenirs déjà

tu t’abolis dans le tremblement des hélices

tu écoutes le chant ancien du sang dans tes oreilles

 

Caillots ensoleillés de la mémoire

et dénombrement des merveilles

quand tu savais vivre de peu

ta vie t’accompagnait comme un essaim d’abeilles

et tu payais sans marchander

le prix exorbitant de la beauté

 

Praz-de-Fort, 1978

 

Nicolas Bouvier

Publié dans Poésie du monde

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La matière du monde vient de paraître

Publié le par la freniere

 

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Le temps me tire par le cou vers un bosquet de mots, les images perdues, une vision de veille, une forêt de sons. Les jours passent en quêteux. Les bêtes se relèvent dans l’orgueil du cri. La route autour du monde n’était qu’une chimère. La pluie dénoue ses doigts dans les sources taries. La seule ligne infinie est pointillée de mots. J’y cherche un peu d’espoir. Les fleurs gonflées d’orgueil ont bu toute la soif. Les rendez-vous d’amour ont dévoré les heures sans cracher les pépins. Ce n’est pas moi qui marche, c’est la route qui lève, la neige qui salue, le soleil qui pleure.

Publié dans Glanures

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L'esclavage moderne

Publié le par la freniere

 

 

Publié dans Glanures

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Aphorisme du jour

Publié le par la freniere

 

Ce qui ne tremble pas finira par tomber.

Publié dans Aphorisme du jour

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État de rêve

Publié le par la freniere

Pour Aymerick

 

Nul ne sait rien de la matière songeuse.

Des forêts comme givrées aux carreaux de l’enfance.
Du lait mêlé de sang ou de pois ou de lymphe ou de sève à l’intérieur des nuages. Des larmes. Des paupières humides et du ventre d’où suinte quelquefois la neige des étoiles.

Nul ne sait rien des algues.
Des mots à peine prononcés. Des lèvres effeuillées pétale après pétale.

*

C’est qu’il y a le ciel.

Ses plaies. Ses ecchymoses.

Des milliards d’oiseaux morts cloués aux volets de la nuit.
L’eau.
La pluie goutte à goutte, qui ruisselle puis dessine nervures et squelettes à même les trottoirs.

C’est qu’il y a des murs.
Des corps. Des mains. Tout au cœur du néant des floraisons inexplicables.

*

Des lieux aussi, perdus, enfouis dans la mémoire.

Des prairies ou des plateaux stratifiés d’ombre cartilagineuse.
Des collines.
Des montagnes abruptes en pleine solitude et, rugueux, filandreux çà et là, des fonds marins, des fleuves inquiets, des brumes, des marécages où grouillent des créatures toujours plus incertaines.

Des ronces. Des reptiles.

D’inidentifiables insectes armés de crocs et de griffes.
Des anémones qui gangrènent la chair.
Des herbes battues par le reflux des vagues.

*

Ce sont de hautes fougères, encore.

Un peu de vase. La lie blanchâtre d’une illusion peut-être. Ou des apparitions. Ce qui demeure d’un rêve quand l’aube se livre à l’équarrissage des ultimes chimères.

Il faut écrire alors.
Tracer des lignes. Peindre, marbrer, scarifier le sol jusqu’à l’instant promis où, sans doute est-ce façon d’espérance, on poussera la porte, s’offrant à la caresse lente du temps.

Il faut aimer.

Crier. Accepter, refuser l’échéance.

Oublier. Partir. S’inscrire, ainsi qu’Aymerick Ramilison ne cesse de le faire, au sein de l’infini naufrage, l’infinie naissance du monde.

N’être que cet arbre, là-bas.

Le bruit obsédant de l’averse. Quelques copeaux d’azur. La lumière sur les feuilles des saules, des bouleaux.

Le charnier radieux du silence.

 

Lionel Bourg

Publié dans Poésie du monde

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La chute d'un fruit

Publié le par la freniere

 

Aucune quête n’est inutile même si parfois elle pèse comme la neige sur la branche. Je cherche des mots qui soignent, des mots qui sentent frais, des mots qui disent vrai, des mots trempes à lavette pour nettoyer mon âme, des mots qui désinfectent, des noms d’oiseaux ou bien de plantes, des mots de miel, des mots de ciel pour effacer le fiel, des mots de source, des mots de souche, des vieux mots flambant neufs, des mots qui lèvent ceux qui tombent et redressent les arbres, des mots qui rafistolent et font des cerfs-volants, des mots aux ailes d’ange, des mots sans trop de bleus mais plutôt des caresses, des mots qui corrigent la route et réparent les hommes. Entre les bordées de neige, le froid inaugure un cristal. Le  ciel peut tenir dans la main d’un enfant. Même la chute d’un fruit prépare l’éternité.

Publié dans Poésie

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Emmuré parle...

Publié le par la freniere

 

ce sont des enfants seuls
attelés à leurs cris
qui avancent de face
sur des chemins possibles

ils nous jettent des mots
simples comme les pierres
leur royaume visible
est une route droite

ils entrent par effraction
dans nos yeux éboulés
et suivent des aurores
qui toujours se rassemblent

ils creusent leurs demeures
dans les charpentes mortes
pour apporter aux évidences
le démenti formel
d'un battement de cœur …

Tristan Cabral

Publié dans Tristan Cabral

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Jean-Pierre Spilmont

Publié le par la freniere

Jean-Pierre Spilmont vit en Savoie.
Il a été producteur d’émissions et auteur de dramatiques-radiophoniques sur France Culture et à la radio suisse Romande.
Il est l’auteur d’essais, de romans, de nouvelles et de théâtre.
Il a été lauréat de la Fondation de France, de Lettres Frontière et a reçu le prix du Livre d’Histoire de la Société des Gens de Lettres .
Il a résidé entre autres à La Chartreuse de Villeneuve les Avignon, à Loos en Gohelle, Scène Nationale 2004/2005 invité pour une résidence à la Villa Mont-Noir.
Il a publié à ce jour une vingtaine d’ouvrages

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poésie

  Lumière des mains suivi de L'incessant tourment d'espérances, cadex, 2005

  Retable, éd. Les déjeuners sur l'herbe, 2005

  Un instant de sable, calligraphies de Denise Lach,Terres d 'écritures, 2002

  Une Clarté de Passage, Cadex, 1996

  Lumières des mains, Cadex, (4°édition) traduction allemande deR Fisher, Verlag im Wald, 1995

  Dans le désert du sang, L’envol, 1994

  Les lamentations d’Asnatée, Le Verbe et l’Empreinte, 1989

  Cicatrices du Silence, Le verbe et l’Empreinte, 1985

  L’Autre Je, Fagne, 1975

  L’Orée, la déchirure, poèmes, Rougerie, 1971

  Moraine Absolue, poèmes, Rougerie, 1970

  Lisières, poèmes, Rougerie, 1969

Romans, essais

  Cinéma Muet, La Passe du vent, 2004
Chroniques de rêve, Comp’act, Photographies Lionel David, 2002

  Soleils Nomades, Flammarion, 1985, réédition 1998 et 2000 aux éditions la Passe du vent,

  Jours tranquilles à Vinsobres, chronique d’une résidence, La passe du vent, 2000

  La traversée des Terres Froides, Paroles d’Aube, Livre lauréat Lettres Frontières, 1999

  Jacques Balmat dit Mont Blanc, Albin Michel, Prix du livre d’Histoire de la SGDL , 1987, réédition en 2003 aux éditions Guérin

  La vallée des Merveilles, Attinger, 1985

Théâtre
Little Boy-Manatthan, La Main Multiple, 2005

  L’hiver nous descend lentement sur l’épaule, création au théâtre de Thiers, 2002
reprise à Mouscron, Belgique dans une mise en scène de François Vandorpe, 2004
reprise au théâtre de la Croix- Rousse, à Lyon, dans une mise en scène de Martine Van de Peene,2003

  Pinocchio e il filo del cuore, créé au théâtre Laudi à Florence, Cie Occupazione Farsesche, 1998

  Beatrice et Francesco, oratorio, musique de Giovana Marini, 1996, création Montpellier théâtre le Chai du Terral

  Les Lamentations d’Asnatée, texte pour une cantate, création à Lyon , chœurs et orchestre de l’IUFM, 1996

  Il fallait inventer la mer, en résidence à la Chatreuse de Villeneuve les Avignon créé au Festival d’Arrezzo 1996, 1995

 

 

 

Une part d’étincelles

 

Il faisait très froid sur le fleuve

Un cargo rouge

Avançait lentement.

La dérive des glaces était comme  un signal.

Ou comme une prière

 

J'ai perdu le chemin par où je suis venu

et vous avez disparu peu à peu

comme un très léger refrain

qui lentement s'efface

et finit par s'éteindre

sur les lèvres du passé.

 

La douce morsure des arbres montait avec l'hiver

et j'avais à nouveau perdu la mémoire de mon âge

en murmurant la longue litanie

des villages entrevus

J'ai entendu les heures se froisser une à une

avec  un soupir d'aile.

Un soleil  froid fondait doucement

dans la glace du fleuve, sur la rive duquel j'aurai aimé vous voir courir

quand vous étiez enfant.  

Puis,

ce fut comme s'il neigeait dans ma tête

en attendant que le jour se lève

et que le bruit que font les villes

nous réveille

enfin.

Pour quelques heures

Ou pour longtemps.

 

La neige vacillait comme une lumière de bougie, comme

un flamboiement de chandelle

pour éclairer le contour d'un visage.

 

Quelques uns s'étonnaient de nous voir dispersés

en quête

de  nous ne savions quelle aurore,

ne sachant ce qu'il adviendrait

quand le vent tomberait, ou

quand l'épinette blanche abandonnerait son ombre

aux mésanges.

 

Ne sachant ce qu'il adviendrait

quand les enfants d'ici n'attendraient

plus rien d'autre

que de sentir couler

sur leurs joues

des  fragments d'histoires oubliées

capables de réveiller le vieil hiver

à l'autre bout du  fleuve

ou de la mer.

 

Ne rien toucher.

 

Regarder seulement le ciel

ou ce qu'il en reste

et rejoindre la minuscule clarté d'un refuge, là,

où d'autres voyageurs, avant de s'éloigner,

 ont préparé  quelques bûches

à l'attention du nouveau venu

qui n'a jamais eu de visage

 

On se croise.

On se croisait depuis longtemps déjà.

Aux angles des rues fantômes qui

débordent de pluie et de nuit.

Pourtant,

 nous nous reconnaîtrons peut-être un jour.

 

Mais  ne répondez pas à mon appel si je vous fais le moindre signe

aujourd'hui.

Votre regard ne me serait rien d'autre  qu'un sursis et

vous ne reconnaîtriez qu'un

brouillard anonyme,

solitaire,

montant sans bruit au ras des heures

 

Lorsque je m’éveille, parfois,

Il ne reste rien sur  la page

qu’une fine couche de cire.

Un désespoir d’outre-ciel,

Un parfum  de bougie morte.

 

J’avais oublié le premier feu des hommes

J’avais oublié que seules les femmes

en étaient les gardiennes.

 

J’ai supplié qu’on me  garde

une part d’étincelle.

Une seule.

Pour le dernier convive.

 

Jean-Pierre Spilmont

 

Québec, L’Ile d’Orléans

Un matin de décembre 2005

Publié dans Les marcheurs de rêve

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Ils ont dit

Publié le par la freniere

 

L’historien fait son beurre des ruines et de la mort. Il marche entre des haies de cadavres comptabilisés et le long de rues calcinées où les cris de victoire se sont enfouis sous des tas de gravats. De loin en loin, il se penche, ramasse un bouton, l’essuie et le glisse dans sa poche. Quelquefois, il recueille les petits os des rois qu’il ramène à son chien dans un reste de drapeau.

 

René Pons

Publié dans Ils ont dit

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La ravine du monde

Publié le par la freniere

Avec

les stigmates de la pauvreté

comme livre d’étude

un trésor caché

de miettes de passé

méticuleusement conservées

l’amour des femmes

aux doigts de fées

plein le cœur

                                   Avec

ces moments de joie

qui sautent à l’âme

et le goût de vivre

dans la peau

il va de parla vie

rendre hommage

à ce qui sauve.

 

Michel Hezard

Publié dans Poésie du monde

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