Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Histoire d'oeuf

Publié le par la freniere

229421_10200915830087272_1049395042_n.jpg

 

Quelle meilleure façon de vous souhaiter à tous de joyeuses pâques, même de renarde et de renard, que de vous raconter une histoire... vraie.
J'ai une cane dans ma ménagerie qui a perdu son chum. L'envie de couver lui est venue; elle a pondu quelques oeufs et s'est mise dessus. Mais elle couvait pour rien, étant donné que ses oeufs n'avaient pas été fécondés. Je les lui ai donc enlevés et mis à leur place quelques oeufs de poule qui, eux, l'étaient, fécondés. La cane les a couvés durant 33 jours. Au matin de ce trente-troisième jour, un tout petit poussin est apparu de sous elle. La canne en a pris soin comme si c'était "son" vrai bebé. Assez amusant de voir le poussin la suivre partout. Assez fascinant de voir la cane lever l'une de ses ailes pour que bebé puisse se réfugier dessous. Le poussin a grandi. Moman et bebé étaient inséparables. Le soir, bebé se perchait sur le dos de Moman pour dormir. Aujourd'hui, bebé est une belle poule, mais elle se tient toujours avec Moman. Inséparables. Ce qui m'étonne le plus, c'est que toutes mes autres poules sont parfaitement blanches, de même que Popa coq. Mais bebé Poulette arbore un plumage du plus beau crème qui soit - en fait, son plumage a la même couleur que les coquilles des oeufs que pond Moman cane.

 

Victor-Levy Beaulieu 

Publié dans Glanures

Partager cet article

Repost 0

Martha Wainwright: Ayoye

Publié le par la freniere

 

 

Ayoye tu m´fais mal
A mon cœur d´animal
L´immigré de l´intérieur
Tu m´provoques des douleurs
Tu m´fais mal au cœur

Nous ne sommes pas pareils
Et pis pourtant on s´émerveille
Au même printemps
A la même lune
Aux mêmes coutumes
Nous retournerons ensemble
Comme cendres
Au même soleil

Si le vent frappe à ma porte
Pour m´annoncer le réveillon
Je partirai comme marmotte
Au soleil à ses premiers rayons

Parmi les roseaux
Cueillir l´oiseau du paradis
A goût de grelots
A son de whisky
Chanter la toune
Comme papillon qui tourne

Ayoye, tu m´fais mal
A mon cœur d´animal

 

 Paroles : André Saint-Denis
 Musique :  Gerry Boulet

Publié dans Poésie à écouter

Partager cet article

Repost 0

L'odorat des abeilles

Publié le par la freniere

Je ne reconnais plus les hommes. Trop de visages mentent. Le vent secoue des congères d’images. J’en cueille les métaphores sur le bout de la langue. J’ai toujours eu un faible pour les coccinelles, les tournevis, les mots. Écrire, c’est prendre note de rien, ces petits riens qui font la vie, la maladresse des sourires, le dédain des petits pois, le ridicule des nouveaux riches, l’humilité du pain, l’odorat des abeilles. À défaut de mots vrais, les oreilles s’appuient sur la musique, le son de l’invisible, le craquement des meubles. Le regard tire le paysage par les yeux et fait bouger les choses. La vie résiste malgré nous. J’écris avec la cendre et la rosée, la fraise et les épines, la sève et les échardes. La moindre plante est amoureuse. L’abeille vérifie le miracle des fleurs. Les arbres toussent en petits rires brefs. Chaque mot est une parcelle qui veut se faire entendre parmi le bruit du monde. Le temps se hisse sur les épaules d’une phrase. La lumière d’en haut rejoint celle d’en bas.

 

Ça va, ça vient. Ça bat, ça vit. Ça prend de tout pour faire un monde, un homme pour le détruire, des pattes d’insectes chaussant des bottes de sept lieues, des nains de jardin jouant les matamores, un briquet se prenant pour l’Etna, un habit noir assassinant le rouge, un homme se prenant pour un dieu. Je n’arrive jamais à tisser un texte qui soit tout à fait à ma taille. Soit que je flotte entre les mots ou que le sens serre aux épaules. Les métaphores se débraillent entre deux malappris. Les virgules esseulées cherchent la compagnie. Il arrive aussi qu’un gros mot ait l’air d’une personne comme il faut, très propre de son corps et bien sous tous rapports. Une consonne barbue fait tache au milieu des voyelles comme un clou de forge sur une pelote d’aiguilles. Des vêtements en loques tendent leurs manches rongés de souvenirs. Les phrases filent en queue de poisson. Des virgules se cotisent question de ralentir la vitesse de l’oubli. Les lettres minuscules se font des bras d’acier en soulevant des mots. Sur mon corps de papier, un peu de laine d’hier s’emmêle aux fils du présent. Il y a longtemps que le tissu s’effiloche, que les coudes sont usés, que les coutures éclatent. Mot à mot, les fils se défont. Il faut sans cesse raccommoder le cœur, tailler dans l’âme des semblants de rustines, repasser tous les plis. Les mots à figure humaine sourient ou pleurent comme des madones. Le violon du vent se joue sans main, sans archet, sans musique.

 

Les enfants tournent autour de moi mais ne m’approchent pas. Je suis un vieil arbre aux racines fragiles. Est-il déjà trop tard pour demain, trop tard pour l’amour ? L’homme est le pire ennemi de l’homme. Malgré tous ses orages, la nature est sa meilleure amie. Les boites de couleurs sont envahies de gris. L’âme de l’homme refoule dans les choses. Entre ma vie et sa doublure, je cause avec les morts. Mes nuits blanches sont ponctuées de phrases. Je m’agrippe à la terre avec des mains moussues, à l’écorce avec des pattes d’oiseaux, à la route avec des apostrophes, au ciel avec des majuscules. Je prends l’air au lasso avec mes cordes vocales. Même s’il me reste un peu de cette envie de plaire qu’ont les enfants perdus, les orphelins, les infirmes, les fous, je ne suis pas de ceux qui trichent, qui maquillent le vide avec des billets de banque, qui chantent la misère sans connaître la faim. Soucieux de ce qui est, je chante la douleur qui aspire au bonheur. Je ne suis pas de l’art moderne où il suffit de se moucher pour faire une œuvre d’art. Je ne dessine pas de larmes sur un moral en carton-pâte. Je ne suis pas les grelots de la mode. Je ne sais pas compter. Le temps, je le calcule en mots, en images, en musique. Je pense avec la moelle, l’ecchymose, la cendre, la bronchite, le spleen. Reniflant à la fois l’ordure et l’infini, j’écris avec la faim au ventre, trois sous de pain, un verre à moitié vide, un petit bout de crayon mâchouillé par le temps. Même les vies perdues laissent des cicatrices. Ce qui se passe nous dépasse. La chambre d’autrefois prête sa chaise au présent. À défaut d’espérance, je laisse les mots vivre ma vie. Le pain qu’on jette se transforme en oiseaux.

Publié dans Prose

Partager cet article

Repost 0

Thomas Hellman au Studio littéraire

Publié le par la freniere

 

Publié dans Poésie à écouter

Partager cet article

Repost 0

Depuis toujours

Publié le par la freniere

Je dors depuis toujours dans les mêmes poumons
de vieux silence chromatique
où s'engouffre la respiration des astres
je dors depuis toujours dans la même nuit d'hérédité
dans le grand lit de mère en fils
dans cette alcôve aux serrures de pain bleu
aux lourds tapis de loutres volontaires
Je dors depuis toujours dans le même rêve malléable
qui emprisonne la lumière
dans ses perles de sang magique
je dors les yeux ouverts
le corps ouvert
espoir et désespoir confondus
et le désir comme une épée au poing
et le visage défiguré
toujours plus semblable à moi-même
de moins en moins reconnaissable
plus atrocement beau
de tout ce qui corrode et qui est éternel

Achille Chavée

Publié dans Poésie du monde

Partager cet article

Repost 0

La Fanfare Pourpour au Mexique

Publié le par la freniere

 

Publié dans Glanures

Partager cet article

Repost 0

Il y a des chambres

Publié le par la freniere

Il y a des chambres pour femmes seules et des chambres familiales pour femmes avec enfants il y a des chambres à louer il y des chambres mortuaires où il fait si froid il y a des chambres meublées il y a des chambres à gaz pour les femmes et les enfants d’abord il y a des chambres des secrets enfouis six pieds sous terre il y a des chambres mystérieuses vertes ou jaunes bleues ou rouges noires ou si claires il y a la chambre de Vincent celle de Pierre Paul ou Jacques il y a des chambres avec vues sur l’éternité il y a les chambres où j’ai dormi il y a des chambres d’hôpital provincial il y a la chambre de Pierre Loti il y a la chambre de tous les amis il y a la chambre à coucher à rêver à cauchemarder où s’allonger se vautrer se laisser aller il y a des chambres à air vicié vicieux visitées il y a des chambres aux murs qui ont des oreilles il y a les chambres habitées et les chambres désertées il y a des chambres à plusieurs lits et des chambres sans lit Marie couche toi là il y a des chambres bleues noires de cauchemars il y a des chambres sans issue et des chambres ouvertes sur les mondes il y les chambres cylindriques il y a les chambres profanées pillées souillées il y a la chambre des noces il y a vingt et une chambres de femmes

 

Isabelle Grosse

Publié dans Poésie du monde

Partager cet article

Repost 0

Hivernale épitaphe

Publié le par la freniere

 

À la Résurrection

je ferai grève

 

–Jusqu’à la Fin

je serai mort–

 

Car je ne veux pas recommencer

tout ce que j’ai déjà raté

 

Sur mon cercueil inscrivez :

MORT POUR L’ETERNITE

 

–Mais si Demain vraiment recommence, écrivez :

COMBIEN LE BILLET DE RETOUR ?

 

Roland Nadaus

 

Publié dans Poésie du monde

Partager cet article

Repost 0

Aphorisme du jour

Publié le par la freniere

 

Je n’attends pas la fin du monde mais celle de l’immonde.

Publié dans Aphorisme du jour

Partager cet article

Repost 0

Un petit bol de larmes

Publié le par la freniere

Une main borde un clochard quand il rêve d’un lit. Il dort replié dans ses yeux pour protéger l’espoir. Un enfant quelque part réchauffe de ses doigts un petit bol de larmes. « Comment c’était déjà dans le ventre de maman ? » Le fruit retourne à ses racines mais l’homme continue. J’ai perdu tant de miettes sur la nappe du temps. Entre les yeux et les pensées quelque chose nous manque. La parole colmate les trous noirs du cœur.

On a caché des armes au ventre des berceaux. L’autre côté du monde s’approche dans la nuit et nous parle à voix basse. Les frontières disparaissent. Les oiseaux poussent et les arbres s’envolent. Toutes les choses nous appellent. Les fleurs insistent pour nous aimer. Le vent passe dans les mots comme un ver dans la pomme. Il arrive parfois qu’ils ressemblent à la vie. Entre les mots cassés et déformés quelques perles surnagent. Chacun traîne avec lui son piège et les mains pour l’ouvrir.

Ma blonde m’appelle à travers les branches, les oiseaux, les étoiles. Elle se balance dans la lune débordant de lumière. Elle tourne dans un cercle magique où je cherche mes pas. C’est d’elle que le jour a reçu sa lumière, que la neige a fleuri sur la barbe des arbres. J’apprends pétale par pétale la patience des graines.

Il arrive que l’éternité nous gagne entre deux portes, que l’ombre se déchausse et marche vers la mer, que le bonheur s’agite derrière le décor. Il arrive qu’une épine se laisse caresser, qu’un rire d’enfant squatte les chambres du silence, qu’une hirondelle s’échappe de la cage thoracique, qu’un nautonier sans rames unisse les deux rives. L’oiseau guide le fleuve qui a perdu sa route.

Quand la parole aura jaunie je lui donnerai le lait des rêves, la purée des étoiles, un hôtel d’oiseaux, la barque des fougères écopant la rosée, la grange des odeurs, un cassot d’espérance multipliant ses fraises. J’arracherai les épingles sur la pelote du cœur, les épics de captus sur le museau du loup, les échardes et les éclats de verre dans la chair tendre du silence. J’ajouterai des berceaux dans la pouponnière des cigognes, des wagons de landaus à la locomotive, du sexe aux feuilles de chou. Le printemps viendra avec son ventre plein de mûres et de oui. Des petits oui. Des oui sans non. Des oui d’épices et d’espérance. Des oui sans noyau sans pépins sans montre. Une tirelire de oui ouverte aux quatre vents. Il me faudra des mots pour cueillir la rosée, coucher avec l’herbe et la boue, embrasser la lumière avec la bouche ouverte.

Je tutoie les nuages. Je vouvoie la poussière. J’avance avec mon sac à mots sur l’épaule des routes. La terre donne à manger aux plus frêles oiseaux. Le ciel donne à boire. Le soleil donne à voir. Je n’ai que ma parole blanche. Je vous la donne pour poser vos couleurs. Il faut coucher les choses et réveiller les roses. Du clochard à l’enfant, les mêmes yeux de vanille distribuent les images. Je n’ai qu’une parole, la farine et le lait, le foin, le seringa, l’acacia, le hibou.
Faites-en des outils pour réparer la vie.

Publié dans Prose

Partager cet article

Repost 0

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 > >>