Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Je monte

Publié le par la freniere

Je monte, il n’y a plus de langue,
le sublime dans ma voix vide.

Il neige des nuits je perds la vie,
je suis aux mots de la fin,
une femme est mon sexe attristé,
je trouve des squelettes dans la brise,
je suis fait comme une fille.

Comment prévoir la tête des humains,
les tours s’écroulent, j’en suis là.

Je brûle sous le corps,
boire le sang faire une croix,
il n’y a que mon trou dans l’impossible,
ma bouche cousue mortelle.

Maman papa où sont vos fantômes,
nous de même, mon aphasie,
nous sommes à ne pas, nous sommes à ne pas.

Je suis un esprit comme une poupée,
d’entre mes cuisses, quelqu’un et l’improbable.

La beauté parle de l’état zéro,
la beauté est un tumulte,
mes animaux sont disparus dans une tempête personnelle,
ma chair politique tombe dans le petit orifice du monde,
janvier octobre janvier la mort fait l’immuable.

C’est momie le double des êtres,
comprendre quoi savoir qui,
personne n’est à ses blessures,
tout crache son cœur je sais,
les souvenirs et leurs mains automatiques.

 

Jean-Marc Desgent

Publié dans Poésie du monde

Partager cet article

Repost 0

Ils ont dit

Publié le par la freniere

Quelle serait votre définition personnelle de la poésie ?

 

Une passerelle entre le quotidien et l’éternité. L’homme n’a pas de sens, il est signifié par la poésie. Elle ne nous propose  pas de nous consoler de la mort, mais de nous faire entrevoir que la vie et le trépas sont inséparables : ils sont la totalité. Écrire des poèmes est une manière de ne pas mourir entier.

 

Pourquoi privilégiez-vous cette forme d’écriture ?

 

Il y a quelque chose de plus triste que de rater ses idéaux : c’est de les avoir réalisés. En ceci consistent la puissance et la tranquillité de la poésie : à savoir que nous sommes impuissants. La poésie reste à l’ordre de la nuit. Elle se venge par la durée sous le triple signe de l’urgence, de la fragmentation et du caprice.

 

Quelle serait votre perception de la situation actuelle de la poésie en France ?

 

Déplorable, douloureuse, dispersée, dilettante, décharnée, décourageante, désenchantée, difforme, dissuasive, dupe, doctorale. Dommage.

 

Comment entrevoyez-vous l’avenir de cette activité dans votre pays ?

 

Furtivement, à croupetons, par le trou de la serrure, un soir de brume. L’avenir de la poésie devrait sans doute me permettre de réaliser ce que je voulais être plus tard : un petit garçon.

 

Patrice Delbourg

Publié dans Ils ont dit

Partager cet article

Repost 0

J'écris 7

Publié le par la freniere

J’écris avec des mots
qui se cognent aux murs,
des ecchymoses d’amour,
des bleus au cœur,
des blancs de mémoire,
des vis qui dépassent
et des copeaux d’érable.

  J’écris avec les morts
qui continuent leur chant,
les vivants qui se taisent,
les enfants qui s’aiment
et ceux qui les protègent.

 

J’écris sur la pointe des pieds
comme on sort du lit.
J’écris avec la route
qui ne sait où elle va.

  Je donne mon regard
aux fantômes des rues
et je prête l’oreille
au mutisme des murs.

  Je prête un peu de doigts
aux gestes malhabiles,
des orteils aux trottoirs
qui marchent de guingois.

  Je prête un peu de marches
aux escaliers branlants,
le regard des vaches
aux passagers broutant
les rails de l’ennui.

 

J’écris avec la mer
qui nous montre ses dents,

la blancheur de l’hiver
qui découpe les ombres.

  J’écris avec une encre
qui dessine les mots,
avec des couleurs
qui portent la parole.

 

J’écris à la jointure
d’hier et d’aujourd’hui
avec le bruit du temps.

  J’écris avec les fruits
prolongeant les racines,
les ailes des insectes,
les avoines cassées
et les yeux d’un aveugle
qui cherche le soleil.

 

J’écris comme je respire
avec les mots qui passent
mal sapés sur la page.

  J’écris pour la bonté
et la beauté du geste,
le trognon des pommes
enceintes d’un verger,
la fleur entrebâillée
laissant lire à l’abeille
son pollen sémantique.

  J’écris avec la pluie
qui dort dans la neige
et s’éveille au printemps.

 

J’écris avec le bois
Dont on fait les violons,
Les fleurs dans les champs
Qui meurent sans pourrir.

  J'écris des mots
Qui touchent à la folie
Avec les mains d'une mère.

  J’écris avec les poings
Qui s’ouvrent à l’amour,
Avec les lignes de vie
Qui croisent l’aventure.


 

Publié dans Poésie

Partager cet article

Repost 0

Une ligne invisible

Publié le par la freniere

Quelques gouttes d’oiseaux viennent colorer le ciel. Ce n’est plus le temps mais une ligne invisible qui m’attend. Il faudrait trouver un sens à la vie pour pouvoir s’y accrocher. Tout n’est pas noir ou blanc. Il est des choses plus difficiles à dire qu’à faire. S’il est facile d’adorer le soleil, il est plus difficile d’aimer l’homme. Pour un alcoolique, être saoul c’est comme être chez soi, retrouver quelque chose à laquelle on tient. Le vide a quelque chose de rassurant pour qui veut le remplir. La poésie n’a pas à revendiquer sa place mais à la prendre comme une mauvaise herbe assaillant le béton. L’esprit nomade ne vient pas uniquement de la route. Il y en a qui voyage dans leur tête bien au-delà des mers. Il ne s’agit pas d’opposer la jambe à l’avion, la brouette au TGV, les paquebots de paresse aux vélos maigrelets, l’automobile  obèse aux coudes encaustiquant les tables de lecture, le poseur de bombes au Christ en équilibre sur sa croix. Le voyage n’est pas une affaire de kilomètres mais une façon d’être. Je suis de ceux qui partent sans connaître de port. On rêve tous d’un pas plus grand que les pas déjà faits, d’un coq de village indiquant l’infini, d’une âme indifférente aux contingences matérielles, d’un présent différent, d’un ange en filigrane sous la peau, d’une boussole du cœur ayant perdu la mort.

 

Dans la quête du sens, il y a loin du garçon de course au fouineur génial. Des aisselles en sueurs à la colère de l’herbe, du parfum de santal au qui-vive olfactif, du délire des polypiers à la logique de la glace, je cherche les atomes crochus, la part manquante du monde, un soupçon d’absolu. Les blancs de la carte se remplissent de mots. Une mer s’invite au milieu du désert. Des mots tombent de mon carnet comme des abeilles mortes. Sur la rivière de l’enfance, une larme suffit pour provoquer l’embâcle. Je dérape dans les gravats des phrases, la garnotte et la sloche. Pour manger à la vie, je me sers plus souvent d’un coupe-papier que d’un couteau à pain. J’aime les livres encore frais qu’il faut déshabiller, leur odeur d’encre à peine sortie du four, le friselis des pages qu’on caresse du doigt. Chaque langue a sa musique, ses odeurs, ses tics. Il faut changer de lunettes à chaque fois qu’on lit. Il y a des mots myopes, des images presbytes, des paragraphes de béton et d’autres de cristal, des métaphores trop nues pour l’iris des yeux, des lignes en sémaphores, des apocopes de la couleur du foutre, des voyelles fluo aux accents de forains. Des exvotos de chapelle aux rames de métro, des grottes de Lascaux à l’homme-sandwich, des chambres pleines de livres aux granges pleines de foin, des coffres-forts pleins aux phrases vides de sens, c’est la même route qu’on poursuit.

 

Parfois je suis un arbre, consommateur de vent, parfois un homme, consommateur de rien. Si le poème tient debout, j’y vacille quand même. J’ai besoin d’utopie, de rêve, de poésie pour cracher le morceau, d’un chiffon dans la voix pour effacer l’horreur. L’adhésion au monde implique aussi un refus de ce qui le rend injuste. La fenêtre d’un livre absorbe l’horizon. Je me suis fait un nid, tout à côté des mots, tout à côté des hommes, du côté déchiré du monde. J’ai invité les bêtes à partager mon pain. Il y a toujours des restes dans les mots, des marges dans les pages, des trous dans le regard. La lumière souvent n’est que le cri des ombres. Ce qu’elle éclaire prend la forme du temps. Les couleurs glissent sur l’horizon comme des luges visuelles. Pour écouter la terre faut-il être dessous ? Il y a trop de pays où les enfants rêvent de mourir. Ils ne jouent pas à la guerre mais la font. À quoi sert-il de voter pour des lois qui ne sont que des chaînes ? Elles protègent l’avoir au détriment de l’être. Il faudrait naître nulle part pour être de partout, parler avec les mains si les hommes sont sourds, écrire avec les pieds si les routes savent lire. Ce que je laisse de moi figé sur du papier, c’est pourtant ce qui vit.

 

Passant du chaud au froid, je tourne autour du monde comme une goutte de mercure. Le temps ne change pas pour être ce qu’on veut. Il passe comme le vent, rapide comme le feu courant d’une mèche à l’autre, un rush de coke dans la ruche boursière, le saut d’un chat sur un oiseau, une maille qui file sur un tricot usé, une chienne qui s’ébroue et mouille le plancher, une balle qui traverse le cœur. Il passe comme le vent, gossant comme le bec d’un corbac dans un nid d’hirondelle, l’entêtement d’un pic bois sur une toiture en tôle, un nœud d’érable sous la hache. Il passe comme le vent, lent comme un cadavre dans une file d’attente, l’ababouinage d’un voilier sur la mer des sarcasmes, le vent du Wyoming laissant dormir le sable. Toujours les riches et pas les pauvres, toujours le non jamais le oui, un trou dans la pensée mais rarement un poème, tout pour le faux rien pour le vrai, tout pour la banque rien pour le troc, tout pour le toc rien pour le pain, tout pour le cul rien pour le cœur. Un peu derrière moins devant, survivant au néant,  j’écris le tout pour le tout. Pour surprendre la mort, je raconte ma vie, ma foi de barreau de chaise, ma soif d’absolu. J’ajoute quelques mots à la prière des athées.

 

Lorsque je paie mes dettes avec un livre, on me rend mes poèmes tout barbouillés de chiffres. L’impôt n’accepte pas la vérité des mots. La justice n’est jamais du bord des innocents. L’économie pèse plus dans la balance que la douleur des hommes. La prose des notaires tache de pattes de mouche tous les dessins d’enfant. Les corbeaux viennent ronger les pommes des poèmes et le crédit rogner les fins de mois du rêve. Les choses bonnes avec nous, les banques finissent par les avoir. Il reste les arêtes, si peu de chair autour. Nous veillons sur le seuil, en retard d’une vie, en avance d’un rêve, l’amour à découvert, une maison de poussière attendant le balai. L’amour n’a plus que ses frissons. Un peu de sang persiste dans le cerveau du cœur, un peu de voix, un espoir d’asthmatique, un souffle de colère dans le lobe rose des poumons.

Publié dans Prose

Partager cet article

Repost 0

Le soleil c'est la fête

Publié le par la freniere

 

 

Publié dans Poésie à écouter

Partager cet article

Repost 0

Sur le terrorisme

Publié le par la freniere

Je me suis endormi au pied de cette grosse épinette noire qu’il y a tout juste à côté du mausolée où reposent les ossements de mes ancêtres. Je ne sais pas pendant combien de temps je suis resté endormi. Quand je suis remonté des couches profondes du rêve, me retrouvant pour ainsi dire la tête hors des eaux de la mer Océane, il m’a semblé qu’il y avait fort longtemps que je n’avais entendu le moindre son, vu la plus pâle des couleurs, senti la plus infime des odeurs.

Pourtant, sous les couches profondes du rêve, l’eau et le vin s’étaient transformés en ce sang coagulé, granuleux comme les sables du désert, et ce sang-là ne cessait pas de hurler, pire que le plus déchaîné des vents, et ce sang-là ne cessait pas de passer du rouge vif au noir le plus aveuglé, ne cessait pas de rendre l’air de plus en plus pestilentiel, et ce sang-là ne cessait pas de former dans la couche la plus profonde du rêve ces deux aigles qui, à les bien regarder, formaient pour l’un les mots Bonne conscience et pour l’autre les mots Mauvaise conscience.

Et moi qui ne cessais de nager dans ce sang putride, j’étais tantôt heurté par l’aigle de la Bonne conscience et tantôt par l’aigle de la Mauvaise conscience. Il me semblait qu’ils étaient tous les deux identiques, mais leur insistance à me frapper me faisait savoir que ce n’était pas le cas. Aussi la question a-t-elle surgi de la couche la plus profonde du rêve : « Qu’est-ce qui différencie fondamentalement la Bonne conscience de la Mauvaise conscience? Pourquoi, devant certains actes, l’humanité se sent-elle en état de Bonne conscience et que, devant certains autres actes, en éprouve-t-elle cette Mauvaise conscience que le passage des générations n’arrive pas à rejeter dans l’oubli ? »

J’ai vu dans mon rêve la croix gammée – du noir le plus profond sur du rouge le plus vif, j’ai vu Adolph Hitler et sa haine des Juifs, si absolue qu’elle ne pouvait qu’aboutir à cet holocauste dont six millions de Juifs sont morts, et j’ai vu apparaître cette Mauvaise conscience qui a marqué depuis tout l’Occident et qui la marquera sans doute tant que durera l’humanité. Pas une seule journée ne se passe sans que quelqu’un n’exprime cette Mauvaise conscience, ce qui rend tout critique véritable du peuple d’Israël, peu importe que ses actions soient bonnes ou mauvaises, comme nulle et non fondée.

J’ai vu ensuite dans mon rêve Little Boy (Petit Homme), la monstrueuse première bombe atomique que le président des États-Unis, Harry Truman, a ordonné de faire exploser au-dessus d’Hiroshima, j’ai vu Fat Man (Gros Homme), la deuxième et plus monstrueuse bombe atomique larguée sur Nagasaki trois jours plus tard. Ces deux bombes firent des centaines de milliers de morts et autant de blessés qui moururent, parfois de longues années plus tard, des suites d’avoir été irradiés. Little Boy et Fat Boy resteront à jamais le symbole de l’utilisation d’une arme de destruction massive visant une population civile. Selon les règles établies par les conventions internationales, il s’agissait là d’un crime contre l’humanité, au même titre que l’holocauste des Juifs par les nazis. Les nazis, à bon droit, furent traduits en justice une fois la guerre terminée. Mais pas les États-Unis d’Amérique qui invoquèrent le fait que la destruction d’Hiroshima et de Nagasaki avait permis de mettre fin au conflit et de sauver de la mort des centaines de milliers de soldats, en majorité américains, comme il se doit. Le peuple étatsunien n’éprouva pas cette Mauvaise conscience qui marqua tout l’Occident à la suite de l’Holocauste. Il en éprouva plutôt une Bonne conscience, et c’est sur cette Bonne conscience que le véritable empire américain s’est créé.

Depuis la deuxième Grande Guerre, les États-Unis d’Amérique, dans le seul but d’assurer leur hégémonie sur le monde, ont participé à tous les conflits qui ont secoué et secouent toujours la Terre. La Corée, le Vietnam, l’Irak, l’Afghanistan, pour ne nommer que les plus importants, et cela c’est sans considérer toutes les guerres qu’ils ont soutenues partout – au Chili, par exemple – afin d’éliminer toute résistance à leur sentiment de Bonne conscience qui en fait l’empire du Bien contre les forces du Mal. Et ce Bien, pour s’établir, a seul le droit de mentir, de tricher, de tromper. Le plus bel exemple qu’on puisse en donner, ce sont les raisons invoquées par le chef d’état-major des armées américaines pour entrer en guerre contre l’Irak de Saddam Hussein. Devant le Conseil de Sécurité de l’Organisation des Nations-Unis, assemblée qui fut diffusée dans le monde entier, ce qui constitue déjà une exception, Colin Powell argua, en s’appuyant sur des cartes aériennes et des informations truquées, que l’Irak possédait hors de tout doute des armes de destruction massive de type biologique et qu’elle était en train de produire des armes nucléaires. C’est ainsi que les États-Unis reçurent de l’ONU le droit d’entrer en guerre contre l’Irak, cet axe principal du Mal aux mains des terroristes. Deux ans plus tôt, après l’attentat terroriste qui fit s’effondrer les deux tours du Word Center, les États-Unis avaient attaqué l’Afghanistan, refuge d’Al-Qaïda et des Talibans, Talibans qu’ils avaient eux-mêmes armés et financés pour qu’ils prennent le pouvoir. Pour rendre plus crédible leur attaque contre l’Irak, on fit diffuser à la télévision un court métrage d’une jeune fille afghane tombée aux mains des Talibans, soumise à la torture et au viol collectif. La jeune Afghane en question était en fait la fille de l’ambassadeur de l’Irak aux États-Unis, et le court métrage avait été tourné dans un studio de Hollywood.

Le monde entier mit beaucoup d’espoir dans l’élection de Barak Obama. Le discours qu’il fit au Caire fut interprété comme un changement de cap de la politique internationale des États-Unis. Aux États-Unis même, les esprits libéraux croyaient que les pouvoirs d’exception, accordés au président Georges W. Bush dans la foulée de l’attentat terroriste du 11 septembre 2001, seraient levés, à tout le moins ceux qui brimaient les droits et les libertés des citoyens eux-mêmes. Ce n’est pas ce qui se passa. Bush n’était qu’un salaud, Obama est un salopard. Il se fait photographier avec sa femme et ses enfants devant la Maison Blanche en père de famille parfait, mais dès qu’il entre dans le bureau Ovale, il autorise l’assassinat ciblé de tous ceux, qui dans le monde, ne croient pas à la démocratie à l’américaine. Nul besoin de les arrêter, de les traduire devant les tribunaux comme l’exige pourtant le droit international. Nulle condamnation non plus de l’usage massif de ces drones qui tuent plus d’innocents que de véritables terroristes. L’objectif est d’entretenir la terreur, toujours au nom de la Bonne conscience qu’on a d’être les seuls à être du côté du Bien, d’où cette phrase de Georges W. Bush : « Vous êtes avec nous ou vous êtes contre nous. »

Cette politique de l’empire américain ne date pas que du 11 septembre 2001. Depuis la fin du deuxième Conflit mondial, les États-Unis ont été en guerre, ici et là dans le monde, pas moins de quarante ans sur ces soixante-huit qui sont venus après la capitulation du Japon le 2 septembre 1945. Quarante ans durant lesquels, faisant toujours fi du droit international, ils ont expérimenté des armes de plus en plus meurtrières contre les populations civiles, comme le Napalm au Vietnam, les mines anti personnelles, les bombes à fragmentation, et quoi d’autre encore à venir? Rien de moins que la modification du climat au-dessus d’un pays ennemi, soit pour l’inonder, soit pour que la sécheresse le rende semblable au désert !

Depuis la guerre de Corée, les États-Unis et leurs alliés occidentaux ont fait plus de quinze millions de victimes dans le monde, soit au moins autant que pour la première Guerre mondiale. Les pays les plus frappés sont évidemment ceux de majorité musulmane, ces barbares voués aux forces du Mal. Pourtant, les soldats occidentaux ont fait la démonstration, partout où ils sont passés, que de tous les barbares, ils sont ceux qui ont mené la cruauté à son extrême limite : tortures, mutilations, viols, civils innocents tués « pour le plaisir », emprisonnements prolongés d’hommes et de femmes traités comme des bêtes. Rien à envier à l’empire romain qui a au moins laissé derrière lui des routes, des ponts, des aqueducs et des monuments.

L’argent englouti dans toutes ces guerres est de l’ordre de sept cent mille milliards de dollars, de quoi faire de la planète un paradis au lieu de cet enfer dont la terreur, pour les choses proches et lointaines, est devenue la seule réalité.

La faille de l’empire américaine est évidemment sa Bonne conscience. Aucun empire avant celui des États-Unis, même pas celui de Rome, n’a montré une telle Bonne conscience par-devers lui-même et ses actes. Quand on en est là dans la Bonne conscience, on ne peut pas comprendre le ressentiment et la haine que l’Autre, qu’on a terrorisé pendant des décennies, est en droit de vous témoigner. On ne peut pas comprendre non plus que l’Autre n’a pas et ne doit pas assumer la Mauvaise conscience qu’on essaie toujours de lui entrer dans la tête à coups de marteau. Nietzsche nous avait d’ailleurs prévenus du danger que représenterait la démocratie faite avec les débris de l’aristocratie et les forces montantes du grand capital. L’alliance des deux ne pourrait être que néfaste pour l’humanité. Nietzsche appréhendait des catastrophes comme jamais on n’en avait connu dans l’histoire – à un point tel, disait-il, qu’il fallait envisager la possibilité de la fin brutale de l’humanité, non pas par un désastre cosmique comme ce fut le cas pour les dinosaures qui régnèrent sur la Terre durant près de deux cent millions d’années. Quand on pense que l’espèce humaine ne remonte qu’à une dizaine de milliers d’années, qu’elle compte aujourd’hui plus de sept milliards d’individus, que sept pour cent de la population (en aigles insatiables de la prédation), a le contrôle absolu sur les richesses et que quatre-vingt-treize pour cent de l’humanité est à sa merci parce que n’étant plus considérée qu’à titre de marchandise comme n’importe quel autre produit fabriqué sur lequel on doit faire son profit, on comprend la décimation exponentielle des ressources et l’état de mendicité auquel est contraint de plus en plus chaque jour un nombre de plus en plus grand des habitants de la Terre. Quant aux scientifiques, dont Nietzsche a dit qu’en dehors du domaine particulier de leur science, ils étaient les plus ignares des hommes et des femmes, leur Bonne conscience est telle qu’ils ne voient aucun mal à être les serviteurs des grands prédateurs, comme ça l’était déjà à l’époque de Gengis Khan, roi des mongols. S’il rasait tout sur son passage, il n’épargnait que les scientifiques et les scribes, les premiers pour qu’ils lui fabriquent des engins de guerre de plus en plus meurtriers, les deuxièmes pour qu’ils fassent l’éloge de son génie. Les scribes sont devenus aujourd’hui les cinéastes – et ceux d’Hollywood, par l’invention de Superman, d’Indiana Jones, de Wall-E, de HellBoy, d’Iron Man, de Terminator et de Rocky, pour ne mentionner que ceux-là, ne visent qu’à démontrer la suprématie étatsunienne grâce, notamment, à la supériorité de son armement, symbole du pouvoir de terroriser.

Le président Obama, pas davantage que ses prédécesseurs, ne peut rien changer à cette roue qu’actionnent de plus en plus violemment les prédateurs qui contrôlent l’empire. Les conséquences d’un tel état de fait sont faciles à déterminer : pour les populations qui ne veulent pas devenir à son image, le terrorisme est non seulement un devoir, mais une nécessité. Et cette nécessité est fort inventive comme peut en témoigner le passé. L’empire ottoman et l’empire romain y ont succombé. Seul l’empire britannique a compris qu’il y succomberait aussi s’il ne se démantelait pas – cette intelligence de la licorne a donné naissance au Commonwealth qui, comme le mot le dit, est le partage des ressources. Mais au-delà de ce partage des ressources, le Commonwealth, constitué de pays de races différentes et de religions différentes, a permis d’éviter plusieurs guerres et de mettre fin, entre autres, à l’Apartheid en Afrique du sud, fin à laquelle le Canada a beaucoup contribué, grâce notamment à l’intransigeance de Pierre Elliott Trudeau. Le Canada a changé du tout au tout depuis, est devenu si collé à l’empire étatsunien que pour le monde opprimé, il en est désormais une composante tout à fait intégrée. Tôt ou tard, il fera donc face lui aussi au terrorisme sur son territoire.

Voilà ce qui m’est arrivé quand je me suis endormi au pied de cette grosse épinette noire qu’il y a juste à côté du mausolée où reposent les ossements de mes ancêtres. Je ne sais pas pendant combien de temps je suis resté endormi. Quand je suis remonté des couches profondes du rêve, me retrouvant pour ainsi dire la tête hors des eaux de la mer Océane, il m’a semblé qu’il y avait fort longtemps que je n’avais entendu le moindre son, vu la plus pâle des couleurs, senti la plus infime des odeurs. Pourtant, sous les couches profondes du rêve, l’eau et le vin s’étaient transformés en ce sang coagulé, granuleux comme les sables du désert, et ce sang-là ne cessait pas de hurler, pire que le plus déchaîné des vents, et ce sang-là ne cessait pas de rendre l’air de plus en plus pestilentiel, et ce sang-là ne cessait pas de former dans sa couche la plus profonde du rêve ces deux aigles qui, à bien les regarder, formaient pour l’un les mots Bonne conscience et pour l’autre les mots Mauvaise conscience.

 

Victor-Lévy Beaulieu

 

Publié dans Glanures

Partager cet article

Repost 0

Rina Lasnier lue par Éric Roger

Publié le par la freniere

 

 

Il est accompagné par Dominique Huot.

Publié dans Poésie à écouter

Partager cet article

Repost 0

Gilbert Langevin par Serge Otis

Publié le par la freniere

Gilbert_Langevin_.jpg

                                                                          peint sur un dessus de table

Publié dans Glanures

Partager cet article

Repost 0

Un prix pour une Ortie blanche de Ile Eniger

Publié le par la freniere

img088-copie-2.jpg

Publié dans Ile Eniger

Partager cet article

Repost 0

Il y a des ombres

Publié le par la freniere

Il y a des ombres qui parlent mieux que des soupières

Des ombres qui se promènent tout le jour des poissons

              sous les bras

Il y a des hommes qui pensent à ce qu'ils feront demain

Leur tête ressemble à une horloge bègue

Leurs mains chaque doigt est un porc qui a une bague

              à chaque patte

Il y a des hommes qui pensent ce qui a été écrit la veille

Il y en a qui écrivent ce qui n'a jamais été pensé

Il y a des femmes de coquillages top lourdes pour qu'on

              les porte

Trop brillantes pour qu'on les oublie même si on les habille

              de plumes

Il y a des femmes d'ombre qui passent leurs nuits à

              dessiner un homme

Et déchirent leurs jours à l'effacer et l'homme recommence

Il y a des cloches qui passent leur temps sur l'eau les jupes

              relevées

Il y a des fenêtres pour dormir des fenêtres pour parler

              des fenêtres

Pour voir venir un nain qui grandit à mesure qu'il arrive

Des fenêtres pour se souvenir d'un seul visage et de cent

              autres fenêtres


Jehan Mayoux

Publié dans Poésie du monde

Partager cet article

Repost 0

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 > >>