Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Ils ont dit

Publié le par la freniere

 

La désobéissance civile n’est pas un problème, quoi qu’en disent ceux qui prétendent qu’elle menace l’ordre social et conduit droit à l’anarchie. Le vrai danger, c’est l’obéissance civile, la soumission de la conscience individuelle à l’autorité gouvernementale.

Howard Zinn

Publié dans Ils ont dit

Partager cet article

Repost 0

À voix haute

Publié le par la freniere

Mon cœur tient par une épingle sur la toile du rêve. Un chagrin se mélange d’un rire, un silence d’une note, une phrase d’un crayon. J’avance comme une eau se battant contre elle-même, un ciel qui aurait le vertige, une route qui boite, un pied sur l’accotement, l’autre dans le fossé. Vivant, on peine à savoir vivre. Mort, saura-ton ce que c’est que mourir ? Il ne faut rien faire pour écouter Mozart. Ne rien faire est un don. Je refuse d’être un homme quand l’homme fait des affaires. Il n’est pas surprenant que je passe pour un anachorète, un anarchiste, un bum. Si j’étais un oiseau, je m’évaderais de la prison du ciel. D’ailleurs je m’évade de la cage d’un livre. Je récite à voix haute. Je sculpte le silence. Il faut un peu d’absence, un peu de solitude, pour supporter les hommes. Il faut un peu d’espoir pour affronter le pire. C’est toujours un miracle ouvrir les yeux, tendre la main, se gratter le nez. La vérité d’une main tient dans ses gestes, celle du cœur dans ses veines, celle de l’homme dans ses rêves. Seule la musique sait tutoyer le silence. Ils se confondent quelque fois. Dans la musique des mots, la césure est une forme de tacet, la virgule une pause. Les points de suspension sont les essieux du non-dit, du probable, du non-certain. Chaque chose fait sa propre musique. Il nous manque l’oreille pour l’entendre.

        

Il y a probablement plus d’histoires heureuses que de malheurs. Elles se cachent pour survivre. La société n’accepte pas le bonheur gratuit. L’économie doit vendre, des faireparts et des cartes de vœux, des armes et des bouquets de fleurs, des idées toute prêtes, des couches pour les vieux et le travail des enfants, des feuilles de musique et du papier à cul, même le sentiment, surtout le sentiment. En congédiant l’enfance, c’est l’homme que l’on vide. On l’évide de son âme. Je ne sais pas faire le beau. Je ne sais pas mentir. Je ne sais que répondre oui à la chaleur du soleil, à la fraîcheur de l’eau, au goût des pommes sures et même à la fatigue. Je suis comme une bête qui flaire l’eau du lac. Je suis un paresseux qui n’arrête pas d’écrire. La marche sous la pluie efface l’apparence. Les hommes sont égaux devant les ouragans. Où les châteaux s’écroulent, des nids d’oiseaux tiennent le coup. Je m’accommode fort bien de la simplicité. J’écris lorsque j’ai soif. Je lis lorsque j’ai faim. La vraie beauté ne se vend pas et la bonté se prête comme on prête l’oreille.

        

Je suis voisin du trèfle, cousin des marguerites, vieux mon oncle des herbes, grand-père de la pluie, petit-fils d’une île, d’une étoile, d’une comète. Je suis la terre entière par un seul de mes doigts, tout l’univers au bout d’un vieux crayon. Je suis comme une auberge hébergeant l’espérance sur le comptoir du zinc, un terrain qui déraille pour aller vers l’amour. On imagine mal les morts malheureux, pourtant, on trouve normal que les vivants le soient. L’intelligence de l’eau contournant un obstacle m’intéresse plus que celle de l’homme faisant la guerre avec des drones. Un mot, c’est toujours un peu plus. Il faut anticiper l’amour pour écrire, ouvrir les yeux plus grand, tendre les mains et respirer la vie. Ce qu’il y a à dire, tout le dit. Il suffit d’écouter. Il faut voir dans l’homme ce qui lui survivra, ce qui lui survit déjà dans le moindre des gestes. Ce qu’on aime dans la vie n’y est pas, et pourtant, c’est ce qui nous fait vivre. Ce qui nous fait aimer est sûrement plus grand que la vie elle-même.

Publié dans Prose

Partager cet article

Repost 0

Comme une feuille au vent

Publié le par la freniere

 

Il y en a qui vivent avec les yeux fermés à clef,

le cœur vidé de ses meubles,

les bras fermés aux autres,

les deux pieds dans les plats.

Mes souliers sont usés à tant chercher la route

et mes poches trouées par les clous des poèmes.

J’avance ligne à ligne au-devant du couchant.

Je n’entends plus qu’à peine les trilles de la vie.

Sa lumière s’amenuise en repliant ses ailes.

Je ne sais déjà plus contourner les tempêtes.

Mes yeux regardent à peine les îles des nuages.

Le jour hésite au ras des arbres.

Chaque seconde travaille à mourir un peu moins.

Si le temps s’arrêtait,

je tomberais de moi comme une feuille au vent.

 

Publié dans Poésie

Partager cet article

Repost 0

Faire du peu d'un jour

Publié le par la freniere

faire du peu d’un jour
une compote  de mots 
-certains   ah merde sont pourris dans les  cagettes-
new orleans  ça n’est  pas « chez toi » c’est loin
c’est dans le dernier roman de james lee burke
l’horreur  katrina
et  la voix  d’une vielle et chère amie
sa fille en hosto psy depuis 4 mois
anorexique
« elle a tout pour elle belle   a tout réussi  je comprends pas »
la quatre voix crisse faux sa contre basse
le soleil a fait son paon pour son coucher
et  bon dieu je n’ai pas encore trouvé
mes cadeaux de noel
gillian welch chante
« dark side of mind »
sur la sono

reste à  prendre
le « repas du soir »

l’air est frisquet dehors
l’hiver  pointe les poils
de son museau

 

Roger Lahu

Publié dans Poésie du monde

Partager cet article

Repost 0

Mutins de 1917

Publié le par la freniere

Cette chanson fut censurée pendant 30 ans.

 

 

 

Publié dans Poésie à écouter

Partager cet article

Repost 0

Ils ont dit

Publié le par la freniere

 

La poésie est faite de tout ce qui devrait s’imposer à l’attention.

 

Louis Scutenaire

Publié dans Ils ont dit

Partager cet article

Repost 0

L'échelle des valeurs

Publié le par la freniere

Les vraies caresses se perdent. Les mains ne touchent plus que du toc. Nous ne sommes plus en peau, mais en nylon, en silicone, en fortran. On passe au bistouri pour un oui, pour un non, question d’être à la mode comme une chair aux enchères. On passe au photoshop les sentiments intimes. En empruntant les traits de chacun, on perd son vrai visage. On ne montre que le pire. Comment peut-on à ce point enlaidir le sexe, faire de l’amour un commerce, de la vie un enfer ? On a mis de côté les sentiments qui ne sont pas rentables. On a fait des bonnes intentions une arme à deux tranchants. La peau bronze aux rayons-x. Elle a peur d’être nue. La beauté se dégonfle au moindre coup d’épingle. Les fillettes en baudruche ont leur propre make-up. L’espoir n’est plus qu’un design de mode. L’anorexie est une façon de vivre, un must de mannequins. On emprisonne le regard sous le fard à paupière. Peu importe le crime, l’argent mène toujours au tueur. Peu importe la faute, l’argent en est la cause. L’échelle des valeurs s’écroule sous les pas trop pesants. Elle ne monte plus, elle rampe. Je vis dans une région de sniffeux d’exhaust, de caoutchouc brûlé, des pneus qui crissent, de prêtres du moteur, d’ayatollahs de la boucane, de shiners de chrome, de crosseurs de shaft, de shifters de néant, d’amateurs de vide, de voyeurs de calendriers, de pimps de garage. Ils prennent le quart de mille pour une œuvre d’art, la vitesse pour un Dieu. On a divisé le monde entre les uns et les autres. On ne parle plus par lettres. On fait chacun son numéro avec nos vies numérotées, nos cartes d’affaires, nos permis, nos matricules, le rôle qu’on nous impose. Les soldats font des chemins de haine en marchant. Leur haie d’honneur aux officiers n’est qu’une haie de hargne. Il n’y a derrière eux qu’un peu de chair saignante accrochée aux ruines, des bouts de jambes, des mains sans doigts, des bras d’estropiés où glissent des fantômes.

 

Ce n’est pas le tocsin qui réveille les morts, ce ne sont pas les roues qui font tourner la terre, ce ne sont pas les idées qui font tourner la tête, ce ne sont pas les ânes qui font tourner bourrique, ce ne sont pas les revers qui font tourner casaque, ce ne sont pas les vaches qui font tourner le lait, ce ne sont pas les colombes qui empêchent la guerre, ce ne sont pas les prisons qui empêchent les crimes, ce ne sont pas les banquiers qui partagent le pain, ce ne sont pas les lois qui corrigent l’injustice, ce ne sont pas les juges qui font les innocents, ce ne sont pas les balles qui pressent la gâchette, ce ne sont pas les prières qui font voler les anges, ce ne sont pas les armes qui soignent les blessures, ce ne sont pas les vagues qui grossissent la mer, ce ne sont pas les morts qui encombrent les routes, ce ne sont pas les enfants que mangent les géants, ce ne sont pas les fées qui écrivent les contes, ce ne sont pas les couleurs qui effacent la nuit, ce ne sont pas les riches qui comprennent les pauvres. Ce ne sont pas les hommes qui protègent l’enfance, pourtant leurs mains savent caresser, leur cœur peut aimer, leurs mots bâtir le plus beau chant du monde, mettre le feu aux poudres et trouver une source, leurs yeux voir au-delà des étoiles.

 

Il est difficile d’être plus fort que la méchanceté des hommes, difficile d’être doux, difficile d’être bon dans un monde marchand. Sur les chemins de haine, il faut s’arc-bouter pour sauter les trous noirs. L’un d’eux finira par nous happer. Nous finirons en carte, en travailleur, en client, la chaîne d’un salaire au cou et l’âme mise au clou. Quand on accepte un rôle, il faut souvent ramper. L’habit remplace la peau. Le sourire devient faux. Le temps n’est plus qu’un ustensile plus ou moins périmé. La vie se perd dans la vie des choses. La montagne nous renie. La forêt nous rejette. Les bêtes se méfient. Les bras des arbres se protègent entre eux. Les faux prophètes n’arrêtent pas de parler, de se montrer partout sur des photos surexposées. L’homme qui faisait l’homme, depuis qu’il fait l’argent, il détruit l’homme pour ne plus faire que de l’argent. Dans une hémorragie de mémoire, sous des kilomètres d’archives, de paperasse, chacun cherche le noyau de sa vie. Les marchands voudraient qu’on n’existe pas, donc qu’on achète pour exister, qu’on ne croit pas en nous mais aux choses qu’on possède. Le nez collé sur les chiffres, le monde s’étouffe à calculer. Pourquoi toujours plus pour être moins ? Plus on possède moins on est.

 

La seule magie consiste à être là, vivant. Dans le silence des objets, le miracle est d’aimer. J’ose parler. Je prends la parole par la taille, la route par la main, le ciel par la terre. Le vrai s’efface à l’ouverture des écrans, ceux de Wall Street ou du néant, ceux du i-pad et du surfait. Comment vivre sans amour ? Comment mourir sans avoir été ? Comment dormir sans rêver ? Comment toucher le ciel sans connaître la terre ?  Je ne veux rien savoir, je veux aimer. La connaissance dissout la vie. Toutes les réponses tuent la question. Je ne veux pas savoir, je veux. Trois petits points, des milliers d’autres. Je ne veux pas de point final ni de virgule entre les lèvres. Je ne crois pas en Dieu. Quand un Dieu croit aux hommes, il en fait des soldats. Je crois aux femmes qui enfantent, à l’homme qui sème, à celui qui boulange, à ceux partagent le pain. Je crois à ceux qui s’aiment, qui sèment et ensemencent. Je crois à l’infini plus qu’aux choses qui meurent. Je crois aux mots plus qu’au papier, aux lèvres plus qu’aux livres, à l’âme plus qu’au temps. Je crois aux femmes plus qu’aux vieillards, aux enfants plus qu’à l’homme, à l’amour plus qu’à tout.

 

Le principe de réalité ne m’intéresse pas, sauf pour m’en prémunir. On ne doit pas croire ce que disent les poètes, le monde irait trop bien. Il n’y aurait plus rien à acheter ou à vendre. Que deviendrait le monde sans commerce, sans banque, sans armée, sans l’enfer des affaires, sans paradis fiscal. Un dard d’abeille peut sauver l’univers, une invention de l’homme le détruire.  La notion de puissance a remplacé la problématique de l’être. L’homme n’a plus de pertinence dans la nature qui l’entoure. Il n’est plus adéquat. Synchrone qu’avec l’économie de marché, il en est même nocif. Dans les reflux du capital, les enfants dorment à la lueur des mitraillettes. On affame les hommes pour nourrir les autos. On sacrifie la terre aux dogmes économiques. Finirons-nous en larmes radioactives sous les pluies nucléaires, en poussière de néant sous les champignons géants ? On trafique le blé au nom du progrès. L’épidémie, les pesticides, le choléra sont de nouvelles armes. Les esclaves se nourrissent d’une bouillie télévisée qu’un dieu social sert, le faux dieu des affaires, le vrai feu de l’enfer. Plus la technique s’affine, plus l’empathie régresse. Les enfants redeviennent des esclaves, du sexe ou du travail. On en fait même des soldats. Le travail en usine, c’est comme atteler un pur-sang à la charrue, mettre la bête à l’abattoir. On n’évalue même plus le prix d’un squelette mais l’habit qu’il portait. Mourir griffé importe plus que de vivre à peau nue.

 

Il y a longtemps qu’on a remisé l’échelle des valeurs. Une poignée de change suffit pour endormir la conscience. On ne voit plus les gens mais leurs photos. On photographie même les gâteaux avant de les manger. On numérise les baisers de peur de se mordre les lèvres. La musique n’est plus qu’une mise en valeur. La ligne d’horizon  est un panneau réclame. On n’éprouve plus rien sans consulter le marché. Combien vaut cet amour ? Cette main est-elle à vendre ? Ce jour est-il coté en bourse ? Ce nuage a-t-il bonne presse ? Tout est en place déjà pour l’instauration d’un régime fasciste. Un arbre ne choisit pas entre le haut et le bas. Il s’allonge vers le haut par les branches, vers le bas par les racines. Quand on se fout du sentiment des arbres, ils s’étiolent. Les abeilles ont le moral à terre et les baleines à bosse s’échouent sur des plages à pétrole. La terre est au plus mal, l’avenir au plus bas. On le cache par des images de synthèse. Quand l’homme détruit la nature, il se prive d’équilibre. Il doit marcher sur des prothèses, se contenter d’un moignon de bras pour faire l’accolade, d’un seul doigt pour caresser la vie, d’une molaire pour embrasser. Il y a longtemps qu’on dit n’importe quoi, mais on oublie de dire pourquoi. Il y a longtemps que la plupart meurent de faim, mais on oublie de dire pour qui. L’économie n’est qu’une arnaque.

Publié dans Prose

Partager cet article

Repost 0

Héritage de la stupeur

Publié le par la freniere

Il faut quelqu'un pour mourir. Et quelqu'un pour regarder mourir. Une fleur, un vase. Un baiser, une bouche. Un regard pour celui qui part, un regard pour celui qui veille. Ce don des larmes retenues, ce mouvement secret des sources au centre des pupilles, inachevé jusqu'à la mort et longtemps après, tissé du premier au dernier souffle entre la mère et l'enfant, laisse fléchir le monde doucement dans sa sagesse. Il s'agenouille devant le dieu de celui qui part. De celui qui s'éloigne sans se retourner. Sans revenir sur ses pas. Même si le dieu est absent dans la vie de celui qui part, l'effacement de la conscience reste une énigme dans le verre d'eau fragile de l'instant. Celui qui guette boit ce verre d'eau enfin. Celui qui part aussi. Ils boivent ensemble l'invisible fraîcheur. Mais dans leur bouche, l'un trouve la salive amère. Le pas à pas de l'absence jusqu'au dernier soupir. L'autre, la stupeur d'une présence ravivée.

 

Puis, celui qui meurt regarde celui qui guette comme un enfant. Avec les même yeux éblouis et blessés d'aurore. Le même cri muet. le même tremblement de faim sur les lèvres. Et le guetteur berce sa demande dans le silence craintif de ses yeux. Sous les cils d'une mère accueillant la vastitude retrouvée.  Tous deux remontent au premier lit. Au premier lien. Pour le défaire. Détisser toutes les brides enlacées qui nous apprennent à aimer. 

 

Celui qui meurt offre le feu de la stupeur à celui qui reste, l'énigme de sa vie ouverte pour l'éternité. Un feu que rien n'éteint jamais. Même quand on tremble de l'oublier. L'agitation qui les force l'un et l'autre au quotidien à ne pas penser à la mort fleurit en silence dans la position assise du guetteur, penché à tomber sur le lit du mourant. Et parfois il tombe, il meurt quelques secondes avec celui qui part. Jusqu'au moment de la séparation, où l'un se relève et l'autre se couche. mais elle fleurit aussi l'agitation dans l'allongement du corps de celui qui se donne à la grande et longue coulée, telle une brindille à la surface d'un étang dont la profondeur toujours recule.

 

Dans la chambre, les fenêtres se font plus douces, plus silencieuses. La lumière perle au front des deux initiés.

 

Dominique Sampiero

Publié dans Poésie du monde

Partager cet article

Repost 0

Lettre à Pierre Foglia

Publié le par la freniere

Parce qu’ici c’est comme ca!

 

Bonjour monsieur le journaliste,

 

Mon nom est Louis Longchamps. Je suis de Lac-Mégantic et j’ai pensé vous offrir cette histoire comme je vous aurais offert un panier de chanterelles cueillies dans un sous-bois du golf (sur le chemin de Woburn) un peu plus tôt cette semaine.

 

Pourquoi vous la donner à vous cette histoire? A cause de votre chum Bob. Vous me touchez beaucoup quand vous parlez de lui. Robert était l’oncle de mon amie Geneviève. Elle l’aimait beaucoup et je me souviens de sa peine lorsqu’il est mort. Je me souviens de la vôtre aussi. Nous aurons tous un ou plusieurs « Bob » avec cette tragédie.

J’ai été aussi très touché par la simplicité et la justesse de certains de vos textes au début de la tragédie. Votre texte, La veille dans lequel vous parlez de Rémi Tremblay qui  n’a pas joué « une game ». Il est un journaliste jusqu’au fond de lui-même. Il a fait son boulot, comme d’autres auraient dû le faire le soir du drame. Les faux se sont donnés pleins d’excuses pour ne rien faire. Certains ont le sens du devoir, d’autres pas.

 

Isidore, je vous embrasse a su en quelques lignes décrire l’ambiance de la région. Ces quelques lignes m’ont fait à la fois rire aux éclats et pleurer à chaudes larmes. Les choses changeront monsieur le journaliste. Notre fibre intérieur restera la même, mais il y a un morceau de nous qui a été arraché à froid, sans anesthésie.

 

Prenez une grande respiration, vous verrez, ca fera pas mal. Et Vlan!

 

La différence est que l’on ne nous a pas averti que ca arriverait et ca fait beaucoup plus mal qu’on le pensait.

 

Je suis né à Lac-Mégantic. J’ai quitté pour les études et le travail, mais j’y suis revenu. Je ne me voyais pas élever mes enfants ailleurs qu’ici. Je me disais que c’était la plus belle place au monde pour y fonder une famille. Je me disais aussi que c’était la place la plus « safe » au monde. Tout cela, c’était avant.

 

Je dormais à peine depuis quelques minutes quand ma blonde m’a réveillé en me disant,  »Viens voir, y’a un méga feu en ville. » J’habite une rue particulière. On y retrouve 4 pompiers, 1 ambulancier et un policier. Quand tout a sauté dans la nuit du 6, nous sommes tous sortis dehors en même temps. Tout se beau monde se dirigeait à vive allure vers cet enfer.

 

Savez-vous ce qui était frappant monsieur le journaliste? Le son! Je devrais dire que c’est l’absence de certains sons qui était hallucinant : aucune sirène. Il y avait un grondement sourd d’une puissante combustion (1000 BBQ en même temps), des crépitements, des explosions à répétition, des cris, mais aucun sirène.

Pendant que nous prenions connaissance de l’ampleur de ce qui se passait, une vague de gens remontaient à la course la rue Agnès en criant : « un train a explosé, sauvez-vous, la ville brûle. » Quelques secondes plus tard, Dominique, mon voisin immédiat, revenait en trombe du centre-ville pour nous donner l’ordre d’évacuer. C’est ce qu’on a fait le plus vite qu’on a pu. Nous sommes allés nous réfugier dans un petit chalet à Piopolis. Pendant les longues heures qui ont suivi et que les explosions se succédaient, je pensais aux pompiers, mais surtout à mon chum Dominique.

 

Il est de 8 ans mon cadet. Nous habitions sur la même rue quand nous étions plus jeune (la même qu’aujourd’hui d’ailleurs) et ses parents sont de bons amis des miens. Il aimait bien me suivre partout et faire tout ce que je faisais. J’étais son idole.

 

Aujourd’hui, c’est lui mon idole, comme tous les pompiers qui ont combattu cet infernal brasier. Plus les jours passent et plus nous voyons le travail de titan qui a été effectué pour sauver la balance du centre-ville et le reste de la ville. Ces hommes et femmes ont pris des décisions qui ont changé le sort de notre petite municipalité.

Le 6 juillet, mon voisin Dominique devait refaire sa toiture. Bien sûr, personne ne s’est présenté pour faire la job. Le grand Dom pendant la semaine, s’était même dit : « Bof on la fera à l’automne. » Et bien non, ici ce ne se passe pas comme ca.

 

Pendant la première semaine de la crise, plusieurs personne se sentaient impuissantes. On ne savait pas quoi faire pour aider. Dans notre quartier, on a décidé de s’occuper de nos héros. J’ai profité des absences prolongées de Dom, pour faire sa pelouse et organiser une corvée pour faire sa toiture.

 

Tout est tombé en place le samedi, une semaine après le drame. Sa famille a profité de sa seule journée de congé pour l’attirer loin de sa maison pendant qu’une armé de gens : amis, parents et voisins se sont affairés à faire la toiture de l’un de nos héros.

 

La question nous a été posée une dizaine de fois : « Pourquoi vous avez fait ca? » Parce que ici, c’est comme ca. On ne se laisse pas tomber. Mais surtout, et cela va peut-être vous sembler étrange, mais c’est parce que nous pouvions le faire. Sans l’intervention des pompiers cette nuit là, toute la ville aurait pu y passer. Nos maisons sont encore debout et témoignent du travail de nos héros. Puisque cette maison était encore là, c’était notre devoir de faire la toiture.

 

Je vous laisse donc, cette histoire monsieur le journaliste. Je vous l’offre comme mon panier de chanterelles parce que je sais que vous en abuserez pas. Vous les partagerez autour de votre table, en prenant bien soin d’en laisser pour tous, car maintenant vous connaissez l’essence de ce que nous sommes et ici c’est comme ca.

 

Louis Longchamps

Publié dans Glanures

Partager cet article

Repost 0

Lac Mégantic, ô douleur, ô misère

Publié le par la freniere

Lac-Mégantic. La mort d’un seul enfant innocent,

d’une seule femme innocente,

d’un seul homme innocent,

est la mort de toute l’humanité, a dit Albert Camus.

 

Lac-Mégantic. L’humanité y est morte

au moins cinquante fois

assassinée par des locomotives

devenues folles et déraillant

sur une voie ferrée désuète.

 

Lac-Mégantic. Derrière les locomotives,

des wagons-citernes non sécuritaires

transportant des centaines de milliers de litres

de combustible hautement inflammable.

 

Lac-Mégantic. Explosion, destructions,

corps carbonisés, souffrance et douleur.

 

Lac-Mégantic. Complicité meurtrière des gouvernements

qui dérogent à leurs propres lois

au nom d’un capitalisme sauvage

pour lequel les marchandises

passent avant le bien-être

des enfants, des femmes et des hommes.

 

Lac-Mégantic. Ce n’est pas seulement les drapeaux

du Québec et du Canada

qu’on aurait dû mettre en berne pour la semaine,

mais tous ces trains du capitalisme sauvage

embrasant le ciel – ô tragédie!

 

Lac-Mégantic. Que s’éveille enfin notre conscience!

Que notre compassion devienne solidarité et action.

Aimer, c’est agir vraiment, c’est agir maintenant.

 

La mort d’un seul enfant innocent,

d’un seul homme innocent,

d’une seule femme innocente,

est la mort de toute l’humanité.

 

Lac-Mégantic. Ô douleur, ô misère!

 

Victor-Lévy Beaulieu

 

image.jpg

 

à lire dans le Devoir

Publié dans Poésie du monde

Partager cet article

Repost 0

1 2 3 4 5 6 7 8 > >>