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C'est l'automne au Québec

Publié le par la freniere

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Publié dans Accessoires

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La souffrance des arbres

Publié le par la freniere

Le clocher se réveille avant moi. La ligne d’horizon continue de monter. Le bonjour des oiseaux s’envole d’un bosquet, défroissant la lumière. Le jardin rêve encore de fleurs inconnues. Les coups de feu, les épines et les clous sont remis à demain. En me levant, ce matin, j’ai un poème sur la table comme un dessin d’enfant complété par un autre. J’ai du me lever cette nuit et heurter du crayon la peau blanche du rêve. La terre du dehors et celle du dedans se confondent parfois selon ce qu’on y sème. Il n’y a pas d’événement unique. Tout arrive toujours. Tous se ressemblent quand ils tombent en poussière. J’apprends comme les chats curieux de tout, les ermites ne cherchant rien, les serrures trouvant la clef des champs, les enfants prenant goût aux voyelles. Je n’apprends rien du tout mais un peu tout de rien, la mer par le sable, les années par la peau, l’enfance par les larmes. J’apprends peut-être du comment, du substantif au substantiel. J’apprends à lire dans les mains, à perdre haleine, à perdre pied. J’apprends à boire dans les rivières taries, à voir dans les choses ce que les choses voient. J’apprends le nom des fleurs, le nom propre des vents, la sale vérité, le pluriel du seul, le singulier des autres, la souffrance des arbres.

        

Quittant les équivoques, je retourne la terre. Je ne reçois pas d’ordres. Je ne vis plus un coussin sur la tête. Je n’ai pas d’arme. Si on m’attaque, je sors un dictionnaire et je tire au hasard quelques définitions. Je tiens une fleur dans la main, une pierre dans l’autre. Je me déguise en loup, en dame de Manet, en tournesol aveugle, en arbre qui veut boire, en bateau qui gémit car le port est trop loin, en homme quelque fois. Je calque mes poèmes sur les traces des bêtes. Je m’enfonce dans l’épaisseur du monde, écorce par écorce. Avec le temps, mon Bic est devenu un doigt, celui de la main gauche que tous les autres tiennent. Mes bras émergent de la page. Mêmes les beaux jours mènent à la mort. Les mots ne  brisent pas le silence. Ils peuvent même l’amplifier. Dans la matière du monde, tout se perd avant de se refaire. Les heures se calculent en secondes incomplètes. On passe sa vie à remuer des clés sans trouver de serrure. On sème des cendres au lieu du blé. On marche, on marche, mais on n’arrive jamais. Entre le vide et le plein, les mots tracent une ligne, donnant un corps à l’invisible. Il est difficile d’imaginer que le néant soit vide. On s’accroche au rêve, à l’imagination. On réinvente le monde avec des bouts de bois, des pinceaux, des crayons. Tant qu’un peu d’amour se cache derrière les grimaces, l’espoir peut survivre.

Publié dans Prose

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Ils ont dit

Publié le par la freniere

Qu'est-ce que la vérité ?
La vérité, dit l'homme intelligent, c'est la plus grande
somme de notions exactes sur le plus grand nombre possible
de choses.
La vérité, dit le matérialiste, c'est ce que les choses sont,
en dehors de toute intervention ou arrangement de notre
intelligence.
La vérité, dit le savant, c'est la conformité de nos formules,
systèmes et mesures, avec les lois de la nature telles
que l'expérience nous les enseigne.
La vérité, dit l'idéaliste, c'est la cohérence de nos pensées
et leur conformité avec la loi de la pensée, car toutes les
« choses » se présentent à notre pensée comme des images,
c'est-à-dire des pensées, et tout report à un extérieur est
absurde et illusoire.
La vérité, dit le mystique, c'est le mystère, et le mystère,
c'est ce qu'on ne peut pas dire.
La vérité, dit le croyant, c'est Dieu, et Dieu seul connaît
Dieu.
La vérité, dit le démocrate totalitaire, c'est l'opinion du
plus grand nombre; et la vraie politique, c'est de faire en
sorte que le plus grand nombre opine pour ce qui convient.
La vérité, dit le sophiste , c'est ce qui se démontre avec
éclat, et je peux démontrer avec le même éclat le pour et
le contre, ce qui démontre que la vérité, c'est l'éclat de mon
intelligence.
La vérité, dit le sceptique, c'est que personne ne sait la
vérité. (…)

 

Lanza del Vasto

Publié dans Ils ont dit

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Couple aux oiseaux

Publié le par la freniere

La grande chambre blanche en souvenirs d’enfance

Pleine d’oiseaux de couleurs, qui vont, qui volent,

            qui chantent en mineur

Autrefois peintre en bâtiment, c’est l’homme à la

            casquette, il ne peint plus que des oiseaux

La grive, la tourterelle, ou le faisan jailli des couleurs

            de l’automne

Et la belle palombe qui chante jour et nuit,

Il voudrait la sculpter, il ne le fera pas, son temps

            est mesuré.

Il bricole un oiseau, aigrette rouge, corps noir, aile

            blanche effilée

Il l’accroche à la fenêtre devant le ciel immense

Que la fin de l’hiver ne cesse de moduler.

Pour cet oiseau de grand voyage, il faut un ciel en

            abîme profond.

Il prend une toile, ouvre un peu la fenêtre, la grive

            demeure sur le seuil,

A-t-elle peur maintenant de la vie sauvage ?

Les autres sont posés, les mâles sur la branche en

            parade amoureuse ne quittent pas les murs

C’est l’heure du dîner, il est très en retard,

Sa femme voit ce regard qu’elle aime, éperdu de

            lumière et bien près de s’éteindre

Il mange vite, il abandonne à demi son café, remonte

            l’escalier tant que le jour éclaire.

Il n’a pas dit un mot, ne la regarde pas. Elle téléphone

 à sa fille :

«Il ne me voit plus, il travaille seul, je veux divorcer.»

La fille répond : «À quatre-vingt-deux ans… !»

Le peintre à la casquette prend une grande toile

            et la prépare

Le lendemain, la grive et le faisan doré sont partis. Il

            a mal choisi le format, le tableau est mal

            équilibré.

Reste la place pour peindre une femme qui voit

            avec bonheur l’alouette s’élever dans les champs

            qui blondissent

La femme, qui n’est plus jeune, vêtue de grâce et

            de bonté se réjouit de la voir dans le ciel.

Il a travaillé tout le jour, il descend très tard

Sa femme est en train de boucler ses valises. Elle

            va partir, elle veut divorcer.

«Allons voir ce que je viens de peindre. »

Ils vont à l’atelier dans la lumière du Nord

Elle pense : «Un de ses plus beaux tableaux et moi,

            comme il me voit sans me le dire.

C’est un homme qui peint, pas un homme qui

            parle.»

 

Henry Bauchau

Publié dans Poésie du monde

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Dieu, le silence et moi

Publié le par la freniere

 

 

Jean-Michel Sananès sera sur le stand des Editions Chemins de Plume au Salon du Livre de Mouans-Sartoux (06), les 4, 5 et 6 octobre 2013 pour présenter son nouveau recueil de poésie : "Dieu, le silence et moi". Bâtiment A Littératureob_038eed_dieu-le-silence-et-moi-jm-sanane-s-edts-chemins-d.jpg

Publié dans Jean-Michel Sananès

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L'amour des fruits

Publié le par la freniere

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Publié dans Accessoires

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Les balcons du vingtième siècle

Publié le par la freniere

Avant les téléphones les balcons,
on sortait et on faisait savoir.
Ils étaient la soupape de la maison, les filles ne sortaient pas se promener
sauf pour l’office, le dimanche.
Mais elles étaient bien en vue sur leur balcon,
un jeune homme passait, une fleur plantée dans la boutonnière,
un regard au vol, une entente flashée,
télégramme expédié par les cils.
Au balcon au milieu des plantes la jeune fille dévidait la laine,
brodait sur un métier, feignait de se piquer avec son aiguille
pour libérer ses yeux baissés.
Ma grand-mère se fiança au balcon.
Et ma mère, en été, après la guerre,
sort avec d’autres amis sur le balcon pour l’air frais
et un homme, vingt-huit ans, assis tout près, lui demande de l’épouser.
Je viens de leur rencontre là dehors, à Mergellina,
avec le ciel jongleur du couchant.
Mais à un autre balcon s’était montré aussi le fier-à-bras
pour déclarer la guerre, en se penchant rapace et perroquet
sur la foule ivre d’elle-même.
Il aurait mieux valu qu’il se montre à la fenêtre
et mieux encore s’il l’avait laissée fermée, ainsi ne se serait pas gâtée
l’histoire des balcons et de l’Italie du vingtième siècle.

 

Erri de Luca

Traduction Danièle Valin

Publié dans Poésie du monde

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Ceux

Publié le par la freniere

Ceux qui veulent gagner ouvre les mains jusqu’à l’échec

ceux qui ont peur de la vie ne pensent qu’à la mort

ceux qui ont peur de tout s’enrôlent dans l’armée

ceux qui n’ont peur de rien s’arrangent pour tout détruire

ceux qui ont peur d’aimer se retrouvent à l’église

ceux qui ont peur d’être seul se perdent dans la foule

ceux qui ne croient pas en l’homme deviennent policiers

ceux qui ont peur d’eux-mêmes se cherchent des victimes

Publié dans Poésie

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Le raisin des ours

Publié le par la freniere

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Des coquelicots veillent les blés. L'été active ses cisailles. Les hommes en bras de chemise balancent les andains. Il y aura du pain. Sous l'aride du jour, la terre solide, vivante jusque dans sa soif, porte ses tonnes de semences. La table est mise.

 

Ile Eniger

 

 

Les vendredi 4, samedi 5 et dimanche 6 octobre 2013, elle dédicacera son nouveau recueil de textes poétiques : LE RAISIN DES OURS, sur le stand des Editions Chemins de Plume - Bâtiment A littérature au Festival du Livre de Mouans-Sartoux

Publié dans Ile Eniger

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Comme un phosphore éteint

Publié le par la freniere

Les nuages blessés descendent jusqu’aux larmes. Restent-ils encore des hommes parmi les hommes, des mots qui tapent du pied dans le ronron poétique, la voix d’un corps vivant sous les habits d’emprunt, un peu du bruit de l’âme dans les brumes cérébrales ? La vie passe trop vite comme un phosphore éteint, une luciole chargée d’ombre. Il y a d’un côté de l’homme, le bourreau, de l’autre, la victime. Il y aura toujours plus de clients que de vendeurs. L’économie prend le monde en otage. Des autos roulent en tous sens et leur tristesse m’indiffère. Pour un seul brin d’herbe, ça vaut la peine de vivre, une simple étincelle, une goutte de pluie sur le désert, une lettre d’amour au milieu des factures, l’éclair d’une femme entre les bras de l’ombre. Certains mots ont la valeur d’une plaie. Ils pleurent dans leurs mains. La page reste humide sous le pansement du jour. Étant né prolétaire, je ne connais pas le luxe d’avoir faim, mais sa nécessité. Mes phrases ont de la terre collée au bout, des lambeaux de chair vive.  Elles respirent par la peau. Il faut creuser derrière l’écriture, trouver la source et les racines.

 

Je fouaille dans les mots comme on travaille la terre, une bêche à l’épaule, une plume à la main. J’ai l’âme roulée en boule comme le corps d’un enfant au milieu des fantômes. Chaque seconde brûle. Le vent tisonne sans relâche des brindilles d’émotions. Quand les hommes ne sont plus que des chiffons articulés, même le réel devient chimère. J’y frôle des manteaux sans n’y trouver personne. La vie s’est fait la malle par les poches percées, les trous de bas, les mots qui manquent. L’amour s’est égaré dans les trous de balle, les trous de bombe et les tours à bureaux. Dans toutes les canalisations, un désespoir liquide s’écoule vers la mer. La mémoire est un plan où se perdent les routes. L’anatomie d’une phrase dépend de la justesse des mots. Je retrouve mon corps dans l’écriture physique du monde. En fixant mes yeux sur les blancs de ma vie, je cherche où les couleurs se délavent. Suis-je le corps ? Suis-je la langue ? Suis-je la mémoire d’origine ? La solitude ne finit pas avec la mort. Le feu se perpétue dans la mémoire des cendres. La face obscure du silence invente ses propres mots.

 

Les pieds nus sur la rive, je regarde le lac porter son écriture. J’observe l’eau sur l’eau. Elle se dessine elle-même à la façon du vent. Ses lignes sont des linges que l’on tord à l’excès. Elle garde pour elle-même l’histoire des noyés. Elle nous frappe à l’oreille comme la transparence des musiques. Les cailloux qui déboulent brisent la sphère du silence. Précis comme un couteau, le cri du huard tranche le pain de l’aube à l’autre bout du lac. Sa stridence efface d’un coup le bruit mortel des seadoos. Un canard claudique sur le côté. Il quête un bout de frite, mais on lui lance des mégots. C’est un canard boiteux qui n’hivernera pas. Je le réchaufferai entre les pages d’un cahier. J’en ferai un poème. J’écris avec ce qui m’entoure, de l’invisible aussi pour y mettre de l’âme. Le corps et l’esprit ne font qu’un. J’ai les poches pleines de stylographes chargés de rêve. Leur encre tache mes vêtements. Septembre apporte ses couleurs aux bras fourbus des arbres. Déjà le froid circule sous l’écorce. La chlorophylle fait la grève jusqu’au printemps prochain. Les dents jaunes de l’herbe ont un mauvais sourire. Les porteuses de légumes appréhendent la neige. L’été enterre ses os sous des amas de feuilles. Les troupeaux de l’automne regagnent les alpages. Les fourmis folles s’agglutinent sous le même éclat de verre. Les narcisses se fanent sur la langue terreuse des jardins. Les oiseaux de passage désertent les pommiers. Leurs ailes s’ouvrent dans ma tête.

 

J’écale des voyelles, des légumes, des mots. Je dépose mes sacs au marché du silence, mes ballots inutiles qui parlent à voix basse, mes tristes gerbes d’os. Les réponses enflamment la question dont il ne reste que les cendres. La transcendance étouffe sous une ceinture de peine. Toutes les mains sont pleines aux yeux du mendiant, mais elles restent fermées ou se transforment en poing. L’équilibre est aveugle. Il avance à tâtons et fausse les balances. Rien n’échappe au regard d’un enfant, les verres et les visages empourprés par le vin, les mains des ouvriers pleines d’échardes à la vie, les ailes désespérées des oiseaux de malheur, les eaux malades où les baleines se suicident, les yeux jaunes qui brillent dans le regard des fous, les décimales absurdes suintant des portefeuilles, les espoirs de fillettes dans la sollicitude des vieilles, leurs aiguilles décousant les ténèbres, recousant la lumière, reprisant les années jusqu’au coton des langes. Lassé de la tristesse, j’ajoute à chaque phrase des cuillerées de cœur, le cœur d’un acrobate, des épices lointaines et du sucre d’érable. J’ai commencé par ne plus être sans devenir un autre. Chaque matin, je recommence à vivre pour être qui je suis.

Publié dans Prose

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