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Décès d'Albert Jacquart

Publié le par la freniere

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Le chercheur et militant est décédé d'une leucémie à 87 ans, a annoncé son fils...

 

Le généticien et militant de gauche Albert Jacquard est décédé mercredi soir à son domicile parisien (6e arrondissement) à l'âge de 87 ans, a annoncé ce jeudi son fils à l'AFP. Ce polytechnicien, né le 23 décembre 1925, qui était président d'honneur de l'association Droit au logement (DAL), a été emporté par une forme de leucémie, a-t-il précisé.

 

Démonter les arguments des théories racistes

 

Issu d'une famille de la bonne société lyonnaise, Albert Jacquard est reçu à Polytechnique vingt ans plus tard et entre en 1951 à la Seita (société nationale qui fabrique tabac et allumettes) pour y travailler à la mise en place d'un des premiers systèmes informatiques. Après un bref passage au ministère de la Santé publique, il rejoint l'Institut national d'études démographiques (Ined) en 1962. Mais il approche de la quarantaine et «s'aperçoit qu'on n'est pas éternel et qu'on ne veut pas gâcher sa vie à des choses dérisoires».

 

Albert Jacquard part donc étudier la génétique des populations dans la prestigieuse université américaine de Stanford, puis revient à l'Ined et passe deux doctorats en génétique et biologie humaine dans la foulée. Parallèlement à l'enseignement et son travail d'expert à l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), il n'aura alors de cesse de démonter les arguments prétendument scientifiques des théories racistes et sera même témoin en 1987 au procès du nazi Klaus Barbie pour crimes contre l'humanité.

 

Au service des mal-logés

 

Ses premiers livres, comme Eloge de la différence: la génétique et l'homme (1978) rencontrent un grand succès qui ne se démentira pas, même quand il dérivera vers la philosophie, la vulgarisation scientifique ou l'humanisme anti-libéral. Car le Pr Jacquard n'aime pas le libéralisme et il sera d'ailleurs candidat aux législatives à Paris en 1986 sur une liste soutenue par divers mouvements de la gauche alternative, puis en 1999 sur la liste écologiste conduite par Daniel Cohn-Bendit (en 84e position).

 

Dans les années 1990, Albert Jacquard va mettre sa verve médiatique au service d'une autre cause: les mal-logés et les sans-papiers. Occupation d'un immeuble rue du Dragon en 1994, de l'Eglise Saint-Bernard en 1996... Son visage de vieux faune grec devient vite aussi familier que celui de l'Abbé Pierre, Mgr Gaillot ou Emmanuelle Béart, ses compagnons de lutte. L'âge aidant, le président d'honneur du DAL s'était fait plus discret tout en continuant à soutenir les démunis et à pousser des coups de gueule, comme dans sa chronique quotidienne sur France Culture de 2001 à 2010.

 

En mai dernier, l'AFP l'avait croisé à Cannes pour le «festival de silence», organisé en marge des cérémonies de la Croisette. «Ces moments nous rappellent la grande vertu du silence. Cela permet d'abord de prendre de la distance sur le côté artificiel d'un festival de cinéma. La réalité humaine se regarde mieux depuis l'île de Saint-Honorat que depuis la Croisette», avait lancé Albert Jacquard, à l'issue d'un déjeuner silencieux avec les moines de l'abbaye de Lérins.

 

AFP

 

 

 

Publié dans Les marcheurs de rêve

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La cervelle de l'air

Publié le par la freniere

Les hommes ont commencé par se lancer des pierres. De ces pierres, ils ont fait des murs, des prisons, des églises. Ils ont fait des martyrs avec les blessés, puis ont crée un dieu. C’est incroyable ce que les hommes inventent pour éviter d’aimer. La pauvreté tire parti de rien. La richesse appauvrit tout. Quand la seule chose qui compte reste l’économie, on s’en veut d’aimer. On n’ose plus prendre son temps. Toutes les minutes sont à vendre. Chaque seconde est comptée. L’horloge fait le trottoir. Dans l’esclavage du salaire, chaque geste est un effort de valet. J’ai pris ma retraite depuis longtemps. Je roule des pelles au vent du nord. Je caresse les arbres. J’embrasse le hasard après chaque détour. Je ne lis plus de canards. Je les regarde s’envoler à la une du lac. Du goût de la cannelle au parfum des lavandes, mille petits satoris viennent ponctuer les jours. J’ai bâti dans ma tête une maison de hobbits, un village de gnomes. La mer vient cogner sur les tympans d’oreille. Les jardins de Babylone embaument la cervelle de l’air. J’ai les neurones qui hoquètent, un peu de ciel dans les globes oculaires. Le monde tenu en équilibre sous la pointe d’un crayon finit par s’effondrer. Il faut changer les mots.

 

Sous la pluie, le paysage n’est plus qu’un fondu enchaîné. On tend la main vers l’invisible. C’est la fraîcheur qui apparaît comme une image humide. Elle colle sur la peau. Le vent soulève des haltères végétaux. Il joue l’hercule, le malabar, le lourdaud de service. Il est difficile de doser les uppercuts de l’air. Le visage des murs en porte les balafres. Devant l’insuffisance du monde, les mots tracent leurs labours sur la terre des pages. Les phrases montent en graines. La descendance pousse dans le ventre des femmes. Ceux qui dorment dans la laine remercient les moutons. Ceux qui rêvent dehors observent les étoiles en tisonnant la nuit. Des étincelles gravitent dans leurs yeux grands ouverts. J’attends l’averse dans la goutte. Je cherche autour des mots un lieu plus habitable. Chaque parole est un lieu. Chaque jour est une phrase qui envahit la vie. Chaque phrase est un geste et l’encre gesticule sur le plancher des pages. Chaque main tient la rampe d’un escalier branlant. Chaque bas cherche un haut. Chaque trou cherche un plein. Chaque mot cherche un sens. Je me noie dans les mots.

 

Autant j’avais la langue bien pendue, j’ai besoin de silence dans mes cahiers trop pleins. Dans mon jardin ouvert, j’ai des oiseaux secrets, une parole d’évangile et mes tics de langage. J’ai ma cachette d’écureuil dans tous les arbres morts, des cailloux dans les poches, des souvenirs au clou. J’ai de l’humus d’âme pour digérer le monde, des muscles d’homme saillant sur le papier, quelques flammes encore vives dans mes brouillons de cendre. Je ne dors qu’à moitié. Les rêves mangent mon sommeil. Des phrases m’éveillent dans la nuit, préparant le café et me sortant du lit. Elles forment une vallée dans la montagne du temps. Elles cherchent la matière composant la lumière. Le vent n’en finit pas de fuir. On le saisit parfois par les trous d’une flûte ou un envol d’ailes. Dans ses ombres glacées, le givre d’une vie reflète le soleil. L’homme, la main dans celle de sa misère, attend la main d’un ange.

Publié dans Prose

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Ils ont dit

Publié le par la freniere

 

Un enfant montre du doigt
ce que nous ne voyons pas
il voudrait bien savoir pourquoi
mais nous ne comprenons pas

André Chenet

Publié dans Ils ont dit

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Non pour les éoliennes en milieu habité

Publié le par la freniere

Québec solidaire (QS) affiche une position claire : le parti propose la nationalisation de la filière éolienne par la création d'Éole-Québec et réclame du gouvernement, par ailleurs, un moratoire sur l'implantation d'autres projets éoliens en milieu habité.

 

Le président et coporte-parole de Québec solidaire, Andrés Fontecilla, et la candidate de QS dans Arthabaska, Christine Letendre, ont visité aujourd'hui (mercredi) le parc éolien dans la MRC de L'Érable, un parc de 50 éoliennes, en plus de rencontrer des citoyens et des membres du Regroupement pour le développement durable des Appalaches (RDDA). Québec solidaire réitère d'ailleurs son appui à l'organisme. 

 

 

«Ce qui m'a frappé d'abord, c'est la division de la communauté, la polarisation entre les gens pour et les gens contre. Cela me paraît hautement déplorable. On peut soutenir ou non un développement, mais qu'il soit implanté de façon à diviser la communauté, je déplore beaucoup cette situation», a confié, au www.lanouvelle.net, Andrés Fontecilla, après une allocution devant une vingtaine de militants de QS réunis, mercredi, à l'occasion d'un 5 à 7 au Café Farniente à Victoriaville.

 

Le président et coporte-parole de QS dit également avoir constaté, par cette visite, que l'éolien, qui semblait au départ une énergie n'offrant que des avantages, présente aussi des inconvénients. «Des aspects négatifs existent, notamment des impacts locaux dans les communautés», a-t-il précisé.

 

«Nous pensons à Québec solidaire, a-t-il ajouté, que dans ce contexte où le gouvernement a entrepris une consultation pour définir notre politique énergétique, pour savoir où va le Québec, dans quelle filière on investit, il nous semble qu'on doive arrêter l'implantation de nouvelles éoliennes jusqu'à ce qu'on se fasse une idée d'ensemble sur cette filière.»

 

La candidate dans Arthabaska, Christine Letendre, estime que ces gens qui vivent avec les éoliennes doivent être considérés. «Ce sont les experts de leur situation. Ils ont une expertise qu'il faut écouter», a-t-elle souligné, tout en saluant leur détermination. «Ils font preuve d'une grande ténacité dans ce dossier. Ils sont très bien informés et ils n'abandonnent pas.»

 

Au cours de sa visite sur le terrain, Christine Letendre, dit avoir dressé un constat : «C'est que le milieu rural, agricole, s'est transformé en projet industriel.»

 

Un moratoire s'impose, a-t-elle insisté aussi, sur d'autres implantations d'éoliennes en zone habitée. «Il faut se donner le temps de réévaluer la situation, réaliser des études indépendantes sur les impacts et il faut en débattre», a-t-elle fait valoir.

 

Devant les membres réunis à Victo, la candidate a soutenu l'importance, selon elle, de respecter, de considérer les gens qui vivent l'impact des éoliennes. «Malheureusement, les gens ont peu de recours pour contester ces projets, alors que les entreprises possèdent beaucoup d'argent, ce qui leur procure accès à des ressources, des experts, des avocats», a-t-elle signalé.

 

Christine Letendre en a profité pour lancer une invitation à l'actuelle députée d'Arthabaska, Sylvie Roy. «Je l'invite à se pencher, à s'impliquer dans ce dossier-là, à l'amener à son caucus et à agir», a-t-elle conclu.

 

Claude Thibodeau     La Nouvelle Union

Publié dans Glanures

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Nuit bohème

Publié le par la freniere

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La Sûreté du Québec est une police politique

Publié le par la freniere

Depuis quatre ans, on devine les contours des systèmes qui ont permis à des entrepreneurs, des ingénieurs, des organisateurs politiques et parfois même des élus — au municipal comme au provincial — de faire rouler de sales combines lubrifiées avec l’argent des taxes.

Des gens ont été arrêtés et font face à la justice. D’autres n’ont pas été accusés, mais font face à une sorte de culpabilité morale. Vous savez qui ils sont.

Sauf qu’il y a un acteur qui s’en tire trop bien, dans cette thérapie collective anticollusion qui dure depuis quatre ans. Il a sa part de responsabilité dans le climat d’impunité qui a permis aux filous de s’enrichir sur le dos des Québécois.

Je parle, bien sûr, de la Sûreté du Québec.

 

***

La SQ est le seul corps de police au Québec autorisé à enquêter sur la corruption touchant la politique. La police de Montréal ne peut pas enquêter sur l’écosystème politique municipal ou provincial. Tout comme la police de Laval ne pouvait pas enquêter sur les saloperies lavalloises.

Seule la SQ possède le « niveau 6 » d’enquête qui permet d’enquêter sur la corruption politique.

Quand on sait le nombre de crosses à ciel ouvert qui se déroulaient au Québec, crosses révélées par les journalistes et par la commission Charbonneau, on se dit que des flics le moindrement ambitieux auraient pu pêcher au gros, dans ces étangs-là.

Mais non. Avant la création de l’escouade Marteau, c’était comme si la SQ ne voyait rien, n’entendait rien de ce qui se passait au ministère des Transports ou dans les villes de la couronne nord.

 

***

Je refuse de croire que c’est un hasard. Trop d’indices accumulés au fil des ans donnent à penser que quand les flics de la SQ, les enquêteurs de la base, souhaitaient se pencher sur ces histoires, la volonté de leurs boss était plutôt molle.

À tel point qu’il y a deux ans, j’ai écrit une chronique qui s’intitulait Bonjour la police… politique, pour illustrer qu’une des fonctions de la SQ est de s’assurer que ses maîtres politiques ne soient pas embarrassés.

Je me basais sur mes propres infos et sur un récent scoop de Fabrice de Pierrebourg, une lettre qu’il avait reçue d’officiers anonymes de la SQ. Puis, plus tard, l’équipe d’Enquête a aussi donné la parole à des flics provinciaux exaspérés de se faire mettre des bâtons dans les roues par des boss qui ne veulent pas faire de vagues qui vont se rendre jusqu’à l’Assemblée nationale.

Le Journal de Montréal a sorti une autre pièce à conviction dans le dossier « SQ, police politique », hier. La SQ a avisé le gouvernement Charest que Michel Arsenault, président de la FTQ, était au centre d’une enquête criminelle. C’est la SQ qui a pris l’initiative d’aviser l’État.

On croit rêver !

On ne croit plus, surtout, les mensonges de la SQ qui, au fil des années, jure qu’il y a un mur étanche entre ses enquêtes et le gouvernement en place. C’est faux.

 

***

Après la décision sidérante des patrons de la SQ d’aviser leurs maîtres politiques de l’enquête sur la FTQ, il s’est passé un truc troublant. Les cibles de l’enquête, qui faisaient l’objet d’écoute électronique par la SQ, se sont mises à parler du fait… qu’elles étaient visées par de l’écoute électronique.

L’enquête, Diligence II, a fait patate.

En écrivant ces lignes, j’apprends que la SQ a institué une enquête criminelle pour connaître les sources du Journal de Montréal. Une autre après celle qui a été lancée pour connaître les sources journalistiques dans l’affaire de la taupe de la police de Montréal, Ian Davidson.

Cette enquête est demandée par Stéphane Bergeron, ministre de la Sécurité publique. Autre preuve que la SQ est une police politique qui se fiche de la couleur du gouvernement.

Évidemment, n’attendez pas une enquête pour tenter d’arrêter les boss de la SQ qui ont trahi le secret d’une enquête sur la FTQ en alertant le gouvernement Charest.

Parce que des fuites aux journalistes, c’est mal. Mais une fuite aux maîtres politiques, c’est tout simplement dans la description de tâches d’une police politique.

Je me demande comment Bernard Drainville et Jean-François Lisée, deux journalistes qui ont exercé le métier au plus haut niveau, se sentent devant cette chasse aux sorcières. Ils savent, eux, que sans sources confidentielles, il n’y a pas de liberté de presse digne de ce nom.

 

***

En quoi le caractère politique de la SQ est-il tragique ?

Si la SQ avait agi dans les 25 ans avant 2009, si elle avait institué des enquêtes criminelles à Québec, à Montréal et à Laval, nous n’aurions jamais eu besoin de la commission Charbonneau. Les filous n’auraient jamais pu agir en toute impunité.

En cela, notre petite police provinciale mérite autant de mépris que les ingénieurs, que les constructeurs et autres brillants fleurons du politique pour le gâchis qui se déballe chez la juge Charbonneau au quotidien.

 

Patrick Lagacé   La Presse

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Ils ont dit

Publié le par la freniere

 

La poésie est le sel qui empêche le monde de pourrir.

 

Nikos Kazantsakis

Publié dans Ils ont dit

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Je t'attends

Publié le par la freniere

Je t’attends. Viens pour moi, pour toi, pour nous, mon amour. Chaque mot est un geste. Je te fais l’amour à chaque mot. Nous nous aimons depuis longtemps. Sans même nous connaître, nos regards se cherchaient. Quand il neige par ici, il neige aussi là-bas quelque part sur toi. Quand il pleut chez toi, il mouille dans mon cœur. Tu t’ébroues sous ma peau en gouttelettes de bonheur. Je viens à toi comme on vient à la source, à la parole, au monde. Je ne peux être qu’avec toi.

        

Sans toi, il n’y aurait pas de nuit dans la nuit, de jour dans le jour. Il n’y aurait pas d’âme en moi. Tu complètes ma vie. Les mots que je fabrique avec mes cordes vocales sont des caresses pour toi. Je leur ajoute des mains, des bras, un corps tout entier, palpable et sensuel. Sur nos premières photos, bien des années plus tard, je lis encore l’amour dans tes yeux. Tes mains quand elles écrivent sont les ailes d’un ange. Tout mon corps te le dit : j’ai envie de toi.

        

Tout l’air que je respire est rempli par toi. Je sais quel parfum s’exhale de ta peau. Mes mains sont pleines de toi. Mes yeux te voient partout. J’inventerais le monde pour que tu sois vivante. Ta peau retient son souffle sous mes doigts. J’ai préparé ta chambre dans ma tête. Le temps d’un rêve ou d’une caresse, je m’accroche à la vie, la branche d’un sourire où se posent tes lèvres.

        

         Depuis toi, je ne crains plus que mon désir d’aimer soit plus fort que l’amour. Je suis certain d’aimer et d’être aimé. Quand je parle aux étoiles, elles me parlent de toi. Tu es si belle. Merci que j’en sois le témoin. C’est beau de penser à toi, de t’aimer, de le dire. C’est beau ton corps sur le mien, mes mains sur tes épaules. C’est beau de nous aimer. C’est toi que je veux. Je porte dans les yeux ton image encore fraîche. Je t’aime comme on aime la vie.

        

Tes mains répondent aux miennes et continuent mon corps. Tes gestes me prolongent. Je dis ton nom avec mes veines. Je t’écris avec mon sang. Je te caresse avec des mots que tu transformes en chair. Les arbres, les nuages, les montagnes sont hautes. Notre amour est plus haut. Les fleurs, les pierres, les animaux sont beaux. Notre amour est plus beau. Je me suis mis à tes côtés pour aller plus loin. La terre ouvre ses bras pour accueillir nos pas. Nous marchons sur la mer. Nous volons. Nous embrassons l’été. Tu fais danser tes hanches et je bats la mesure. La pluie nous éclabousse de rires parfumés. Tes pieds laissent des lettres en marchant sur le sable et j’apprends l’alphabet, la langue des lumières, la parole de l’âme. Notre amour pétrit les mots d’un même souffle verbal. Les pas du jour vers la nuit s’allègent dans la danse.

        

J’abandonne le vent pour ta respiration, le soleil pour tes yeux, la mer pour ta peau, toutes les langues pour ta bouche, tous les chants des oiseaux pour t’entendre parler, tous les chemins du monde pour un seul de tes pas. J’ai retrouvé toutes les choses perdues, les êtres disparus, les âmes égarées, quand je t’ai rencontrée. J’habite ton oreiller. Je t’embrasse le cou. Je me faufile sous les draps. Je pénètre ta vie. Chacun de nous porte le visage de l’autre dans les yeux, son cœur dans son cœur. Je mets mon bras autour de toi dans la forme vraie de l’amour. Ta main sur mon épaule me redonne la vie.

        

Les érables, ici, frémissent encore de ton passage. Ils ont rougis à ton départ avant de se donner au vent. Petits suisses et mésanges te regardaient sans crainte. Le vent bleu des collines te caressait sans gêne. Tes mains volètent de chose en chose, de fleur en fleur, de caresse en caresse. Tes pas savent si bien nourrir la danse, tes yeux dire je t’aime. Laisse-moi le temps d’arriver à ta peau, le temps de vivre, le temps d’aimer. Laisse-moi seul avec toi pour être nous. Nos parties forment un tout.

        

J’aime que tu sois ma femme. J’ai rêvé toute la nuit à tes mains sur ma peau. Ma bouche a besoin de ta bouche, ma langue de ta langue. Comment ne pas être lié à toi ? Comment bouger la main sans qu’elle cherche la tienne ? C’est ta lumière qui éclaire la route que je prends. Tes petits gestes quotidiens agrandissent ma vie. Je ne suis pas ailleurs. Je ne suis pas sans toi. Je commence en toi pour aller vers toi. Je te donne ma vie, toute ma peau d’homme, ma force labourant la tienne.

 

Puisque tu es là, mon amour, le monde ne peut pas être tout à fait mort. Il y a de la bonté quelque part. Je viens chercher ma force à tes poignets d’enfant, mes pas à tes chevilles de fée, mes regards à tes yeux. Lorsque tu bouges, tout remue en moi, le corps et l’âme, le cœur sur les lèvres, le moindre poil de vie. Lorsque mes mains épousent ton visage, elles se mettent à voler. La vie de couple est immense. Je compte ta présence sur le bout de mes doigts. Le ciel si lointain devient proche par toi. Tes caresses fleurissent dans la mémoire de ma peau.

 

Le corps portant l’âme et l’âme portant l’amour, ils font le vrai avec la vie. Nous sommes bâtis ensemble du même amour qui tiendra dur jusqu’au bout. Il n’y a plus de dedans, de dehors, plus d’ici ni d’ailleurs. Il y a toi. Tant de promesses deviennent caresses. Je consens désormais à la pleine lumière. C’est par toi que j’accepte de vivre. Avec tes notes, j’écris une sonate pour un duo de chair, une cantate d’amour pour un orchestre de caresses. Aimer est notre maison. C’est ma maison partout où tu es. Même les courants d’air y laissent des baisers. J’aime le sol où tu marches, l’air que tu respires, les choses où tu poses tes doigts. Je vois le monde par tes yeux. J’arrose mes plantes avec ta voix.

 

Toutes les choses se font belles pour toi. Ici la vie se démaquille sans tes yeux pour la voir. Déjà qu’elle est laide si souvent. Il faut être deux pour corriger ses traits, mettre du rouge aux joues qui ne soit plus du sang. J’ai tant de mots pour toi, des mots qu’on dit pour avoir moins froid, des mots qu’on s’habille avec, des mots qu’on mange à deux, des mots qu’on ne goûte qu’à deux, des mots qui donnent au pain des battements de cœur. J’ai des baisers de menthe pour ta bouche, des bleus de Chagall pour tes yeux. Je n’époussette plus rien. Tes cheveux sur ma veste embellissent la laine. Prononcer âme, amour, infini ou bonheur suppose parler de toi.

 

Tu es un être unique. J’ai une façon unique de t’aimer, qui t’appartient qu’à nous. Ce sont les caresses qui rassemblent nos mains, nos pas qui font la danse. Je ne sais pas si l’amour existait avant nous. Je sais qu’il existe pour nous. La terre tourne pour nous rapprocher. Ma langue est faite pour t’aimer. Plus près de toi que jamais, je t’embrasse jusqu’à la lune. Je te caresse plus loin encore. Nous nous aimons plus toujours que toujours, plus loin que loin, plus nous que nous. Même le froid, nous en faisons du feu.

Publié dans Prose

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Tableau de chasse

Publié le par la freniere

Tableau de chasse
à Cornac MacCarty,
mon étranger américain,

le long du Rio Grande
derrière le barrage électrique
le chasseur d'hommes
qui sentent le whisky et la bière
tirent
à la Winchester
sur les Mexicains qui traversent le fleuve ;
Quand ils ont assez de morts
ils les chargent sur leur Dodge 4x4
et ils les portent jusqu'au poste frontière ;
personne ne les arrête !
"En voilà qui ne retraverseront pas" !
disent ces nouveaux cow-boys,
alors on rit...
de chaque côté du Rio Grande...

Laredo, Texas, Août 2011

 

Tristan Cabral

Publié dans Tristan Cabral

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Nostalgie récitant

Publié le par la freniere

nostalgie récitant
des pages
englouties

le jaune est la lumière
ou la
mémoire
qui se choisit

un endroit où s'asseoir
quand on a bien
marché
déjà

je vois ma mère
nous embrasser des yeux
- elle tenait le volant à deux mains -
d'un regard sombre ou gai, fixer la route, partir

ces deux arbres
solides
donnant cerises
l'été
et le jardin
en pente
jusqu'à la rivière - un ru
sans nom -
des champs à l'horizon
nos voisins, leur chien braillard
mon petit frère qui n'avait peur
de rien

la vie semblait si bien
réglée
qu'elle ne dépassait
jamais du cadre
autorisé

j'entends parfois mon père
rentrer sans bruit le soir
et des murmures
des voix presque
inaudibles

nostalgie récitant
la lune
d'un oeil borgne le vent sur les
volets
en bois mes peurs mon lit et devenir
quelqu'un c'était encore
si vague mais
j'y pensais on y pensait

c'était un autre temps
 un autre moi
nostalgie récitant

les puzzles dilatés
à l'intérieur
d'un soi
terrain trouble et brumeux
qui pose les questions
qui forme des
réponses
qui repousse à plus
tard

nostalgie récitant
des bribes
sans juger

cela se voit à
peine
ceci ne se voit
plus
quand on a bien marché
déjà

qu'on n'en peut plus
finalement
de vivre sans
se retourner

 

Thierry Roquet

Publié dans Poésie du monde

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