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André Chenet nous parle de C.A. Andersen

Publié le par la freniere

Hier vers 13 h, longue conversation téléphonique avec le poète belge Christian Erwin Andersen. Il ne peut pratiquement plus bougé, cloué par la maladie de Parkinson ... Je lui ai confirmé la parution prochaine de 6 différentes versions de son poème "Foutu tango" dans le prochain numéro de La Voix des Autres. 6 poèmes complètement différents pour aboutir à un véritable monument de poésie, avec son architecture rythmique, ses projections en perspectives visionnaires. Il m'a dit qu'il écrivait toujours une quinzaine de versions pour chacun de ses poèmes, jusqu'à ce qu'il entende la note juste. L'ultime version dédiée à un druide celtique ne figurera pas dans mon choix car elle a été publiée à compte d'auteur avec des illustrations originales d'un artiste dont je n'ai malheureusement plus le nom en mémoire. Tout à coup, Christian s'est mis à pleurer à chaudes larmes. Je dis bien à chaudes larmes, comme un enfant privé de liberté. Il m'a confié être maltraité dans l'institution où il se trouve et surtout que la nourriture est "dégueulasse et en quantité insuffisante". "Tu ne me reconnaîtrais pas, a-t-il ajouté, je suis devenu maigre, squelettique comme ces déportés que l'on nous montrait sur les photos représentant la libération du camp de concentration de Buchenwald..." Il avait un mal fou à garder en main le combiné téléphonique. Après un long moment de silence, je lui ai demandé : "Qu'est ce qui te ferait plaisir en ce moment, mon ami?" Sans hésiter, il s'est exclamé : "Une grande assiette de spaghetti bolognaises". J'ai avalé ma glotte pour ne pas éclater en sanglots. Tout de suite après, j'ai appelé mon ami Dom Corrieras qui vit depuis quelques mois près de Metz, c'est à dire pas trop loin de Charleroi, la ville natale de Christian, l'ange défenestré. J'ai demandé à Dom d'enfourcher dès que possible sa moto pour aller livrer un bon plat de spaghettis bolognaises à notre ami commun. Que Dieu m'entende donc, comme il se disait jadis.

 

11 août 2013

 

André Chenet

 

 


 

Publié dans Les marcheurs de rêve

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Ils ont dit

Publié le par la freniere

 

L'obscurité recèle toutes les questions

la lumière ne délivre qu'une unique réponse

 

Juan Martinez

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Le bras cassé du jour

Publié le par la freniere

Les travailleurs quittent le chantier. Les acrobates de l’acier ont rangé leur filet. Sous leurs talons, des larmes de cristal craquent. Ils ont dénaturé le visage des pierres. Les mats des éoliennes rongent le ciel comme une rangée de dents. La pelle d’un bulldozer est posée sur le sol comme le poing d’un homme assoupi sur la table. Le bras cassé du jour n’ose plus remué. Aucun oiseau ne vole entre les grues qui guettent la lumière. Les troncs d’arbres épars semblent chercher la vie. Elle court sous la gelée que ratissent les ombres. L’espoir s’est réfugié plus bas, dans les cosses des pois et les souliers d’enfant. Les vieux arbres détestent le bruit des tronçonneuses. Il n’y a plus de paix qu’à l’intérieur des écorces. On voudrait faire du paysage un ornement de foire alors que la vie même s’y blottit. Il n’y a plus un poil dans les ravages des chevreuils, plus de pommes aux pommiers, de petits fruits sauvages. Où sont passés les ratons laveurs, ces belles bêtes qui dorment leurs lunettes sur le nez, les gros nounours bruns, les caribous, les lynx ?  On a brisé jusqu’à la flûte des ruisseaux, le gazou des torrents, la harpe des cascades, le grelot des cigales. Je veux entendre encore le murmure des pins, les ouaouarons en rut, le passage des oies. Je veux passer la main sur l’écorce encore fraîche, goûter le vent du nord sans avaler d’essence, cueillir des framboises en m’écorchant les jambes, m’étendre sans raison sur un hamac d’herbes. On a tout remplacé par du gravier trop lisse, des verrues pathétiques sur du béton armé. Les bestioles s’enfuient comme l’aiguille des heures transformées en secondes. Quand tout le pays se délite, les mêmes mots ne veulent plus rien dire mais la musique reste. Même l’horreur a un style.

        

Survivrons-nous longtemps parmi des ruines ? Je me sens tout pesant sur le chantier, les bras comme des ailes difformes. Heureusement que plus bas les cigales cousent encore à la machine leurs longues stridulations. Sur le chemin du retour, quelques arbres m’interpellent. Les plantes auraient-elles des pensées ? Les pierres semblent songeuses.  De l’écorce à la table, la sève ne perd pas l’urgence de monter. Les fleurs courbaturées s’étirent pour vaincre la douleur. Comment équilibrer la souffrance et la joie sur la balance du monde ? Je prête l’oreille au vent. Là où la patte bleue du lac griffe les rives, j’entends crier du fond de l’eau des voix chargées d’essence et d’algues bleues. Je suis las des mots qui ne servent qu’à vendre mais n’ont pas de langage.  Je voudrais que les haut-parleurs diffusent du silence, que la radio syntonise les oiseaux, que le calendrier soit la tombée des feuilles sur l’humus du sol, qu’un papillon suffise à remorquer le temps. Les nuages entrent en moi par la porte de l’air. Je marche et je m’arrête. Je marche et je m’arrête. Je marche et je m’arrête. Je ne sais où je vais. Chaque pas trace la route. Je regarde le ciel qui me regarde aussi. En cherchant l’arc-en-ciel, mes yeux touchent par mégarde la ligne d’horizon. Le jour s’abîme vers le soir. La méduse lunaire s’arrondit pour la nuit. Les chauves-souris voltigent et cisaillent la brume. De gros nuages hennissent dans l’écurie du ciel. Les vagues sur le sable donnent sa forme au vent. Il m’arrive d’écrire à l’envers. J’enlève la façade. J’enlève l’écriture. J’enlève le visage. La page devient blanche. Je peux recommencer le monde. Préparant mon absence, je nomme ce qui m’entoure. Quittant les ruines futures, je marche vers un monde invisible. Je longe le long d’un mur mon double qui se tait.

Publié dans Prose

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Arrêtons le massacre

Publié le par la freniere

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Publié dans Glanures

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Ils ont dit

Publié le par la freniere

La poésie d'ici et de maintenant regarde à travers la fenêtre. Elle remarque la façon qu'a la lumière d'accrocher le fil d'une araignée ou la crasse d'une vitre pour en faire quelque chose de beau. Elle distingue la chaise longue qui patiente dehors, immobile, au seuil mouillé de l'ombre. La poésie d'ici et de maintenant écoute le léger souffle du vent bleu. Elle accorde le crédit nécessaire aux reflets et aux cris d'oiseaux. Elle sait que la nuit se rince les pieds dans les flaques. Elle sait aussi que la douleur n'a pas sommeil et que les traces blanches des larmes sont des sillons de laboureurs. ça n'empêche pas la poésie d'ici et de maintenant de goûter la rosée sur les poubelles. Elle a des papilles gustatives sur les yeux. La poésie d'ici et de maintenant cueille le regard perdu des enfants qui baillent. Confiante, elle sent dans les traces des femmes. La poésie d'ici et de maintenant marche à pieds, soufflant sur ses doigts. Sa nuque craque. Elle renifle l'haleine d'hier et d'aujourd'hui. Il arrive que la poésie d'ici et maintenant repense aux miaulements aigües de ce chat coincé en haut d'un arbre ou à cet homme sale qui buvait de la vodka. La poésie d'ici et de maintenant chante à voix haute en rangeant la cuisine. Elle prépare le thé pour tout le monde et jette des miettes de pain aux moineaux. Elle a encore des bouts de rêves accrochés aux coins des yeux lorsqu'elle s'apprête à boire un jus d'orange avant de lire un magazine idiot en faisant caca. La poésie d'ici et de maintenant hésite un moment entre ouvrir la porte et allumer la radio. Devinez ce qu'elle décide de faire...

 

Thomas Vinau

Publié dans Ils ont dit

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État de rêve

Publié le par la freniere

Pour Aymerick

 

Nul ne sait rien de la matière songeuse.

Des forêts comme givrées aux carreaux de l’enfance.
Du lait mêlé de sang ou de pois ou de lymphe ou de sève à l’intérieur des nuages. Des larmes. Des paupières humides et du ventre d’où suinte quelquefois la neige des étoiles.

Nul ne sait rien des algues.
Des mots à peine prononcés. Des lèvres effeuillées pétale après pétale.

*

C’est qu’il y a le ciel.

Ses plaies. Ses ecchymoses.

Des milliards d’oiseaux morts cloués aux volets de la nuit.
L’eau.
La pluie goutte à goutte, qui ruisselle puis dessine nervures et squelettes à même les trottoirs.

C’est qu’il y a des murs.
Des corps. Des mains. Tout au cœur du néant des floraisons inexplicables.

*

Des lieux aussi, perdus, enfouis dans la mémoire.

Des prairies ou des plateaux stratifiés d’ombre cartilagineuse.
Des collines.
Des montagnes abruptes en pleine solitude et, rugueux, filandreux çà et là, des fonds marins, des fleuves inquiets, des brumes, des marécages où grouillent des créatures toujours plus incertaines.

Des ronces. Des reptiles.

D’inidentifiables insectes armés de crocs et de griffes.
Des anémones qui gangrènent la chair.
Des herbes battues par le reflux des vagues.

*

Ce sont de hautes fougères, encore.

Un peu de vase. La lie blanchâtre d’une illusion peut-être. Ou des apparitions. Ce qui demeure d’un rêve quand l’aube se livre à l’équarrissage des ultimes chimères.

Il faut écrire alors.
Tracer des lignes. Peindre, marbrer, scarifier le sol jusqu’à l’instant promis où, sans doute est-ce façon d’espérance, on poussera la porte, s’offrant à la caresse lente du temps.

Il faut aimer.

Crier. Accepter, refuser l’échéance.

Oublier. Partir. S’inscrire, ainsi qu’Aymerick Ramilison ne cesse de le faire, au sein de l’infini naufrage, l’infinie naissance du monde.

N’être que cet arbre, là-bas.

Le bruit obsédant de l’averse. Quelques copeaux d’azur. La lumière sur les feuilles des saules, des bouleaux.

Le charnier radieux du silence.

 

Lionel Bourg

Publié dans Poésie du monde

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Miron et l'Hexagone

Publié le par la freniere

À l’occasion du soixantième anniversaire des Éditions de l’Hexagone, nous sommes heureux de vous convier au lancement de Deux sangs, fac-similé du tout premier ouvrage publié par la maison, en 1953, en présence d’Olivier Marchand.

 

Le lancement aura lieu le 12 septembre à 17 h 30 à la Médiathèque littéraire Gaëtan Dostie, située au 1214, rue de la Montagne, Montréal (métro Peel ou Lucien-L'Allier).

 

 Et l'inauguration de l'exposition: 

Gaston Miron et L'Hexagone, 1953-2013, 

Gaëtan Dostie, commissaire.

du 12 septembre 2013 au 1 juin 2014

présentée par la Médiathèque littéraire Gaëtan Dostie

au Musée des arts littéraires du Québec

1214 de la Montagne, Montréal

 

@mlgd.ca

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Slam et toc

Publié le par la freniere

 

 

Publié dans Poésie à écouter

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Dans la saveur des mots 3

Publié le par la freniere

Contrairement à ce que je laisse entendre, je ne pense pas qu’aux mots. Je pense d’abord à vivre et l’écriture suit. Même parallèle aux choses, je marche de travers. S’il est facile de comprendre le monde, il est plus difficile de comprendre les hommes. On n’est jamais sûr à qui s’adresse le sourire ni les pensées. Il y a des jours où l’on ne croit même plus la vie possible. Il est rare qu’un journal soit gai. L’encre des évènements noircit les idées claires. L’œil n’en finit pas d’enregistrer des points pour en faire une image. L’homme d’aujourd’hui ne se sert pas vraiment des choses. Il s’en sert pour se faire remarquer. Sa montre n’indique plus l’heure mais son statut social. L’homme disparaît lorsque l’habit fait le moine. Il y a longtemps que Dieu a fait le mur, nous laissant entre nous. Il serait temps de le comprendre et d’aimer pour de vrai, sans préjugé, sans faux semblant et sans garder pour soi le plus gros du paquet. On ne voit pas les anges. Ils entrent et sortent avec les sons, les couleurs, les larmes. Ils laissent sur les murs un peu d’humidité.

        

Les maisons haussent les épaules au passage des oies blanches mais les lacs frissonnent et retiennent leur souffle. Un clou dépasse toujours sur le plancher des jours. J’arpente le monde du bout des lèvres. Quand le silence veut se taire, il y a toujours un imbécile pour crier. On parle d’une voix blanche quand on a peur du noir. Je ne cherche pas comment. Je veux trouver un plus, un encore, un meilleur, quelque chose en nous qui nous fasse grandir.  Je cherche la justice dans une pelote de lois, une mince caresse sous une flopée de poings. Le capital donne à manger aux pierres ce qu’il refuse aux pauvres. Il pense tout acheter avec l’argent de Judas. Tout salaire dévalue les heures de travail. Ce que l’on doit payer nous arrache la peau. On se retrouve alors avec un masque dans la main cherchant sa propre chair.  Il est difficile d’insérer un mot dans les dix milles connexions d’un neurone. Chaque jour qui vient est une parenthèse. Il faut l’ouvrir pour arriver au soir, décacheter la lettre. On passe sa vie à se dévêtir de la mort pour finir tout habillé. Il ne sert à rien de museler la cendre, l’énergie du feu est suffisante. La grandeur de l’âme est trop lourde pour l’homme, et pourtant, il lui faut la porter dans le plus petit geste. Ce qui ne brise pas n’est pas solide. Ce qui ne pleure pas non plus. Ce n’est pas un but qu’il faut atteindre mais la musique en nous. Je pédale dans les cotes mais je n’ai pas de vélo comme un qui meurt noyé en apprenant la nage, un oiseau de basse-cour se prenant pour un aigle.

        

Il y a tant de mal, on ne voit plus le bien qui se cherche une route. Il y a tant de sang, de gravats, de victimes. Du train où vont les choses, il ne restera bientôt plus qu’une cuillerée d’eau pour affronter le désert. Le capital salit tant de tapis humains avec sa boue qui sent l’argent, la haine et la prébende.  Entre les têtes brûlées et les pieds mous, si tant est que je doive survivre aux tapis de prières, aux attentats suicides, aux tirelires enceintes, au commerce des armes, je boxe avec des mots, faute de musculature. Entre le rire du chien et la grimace du singe, entre la vague et le nuage, entre la corde et le pendu, il y a tant de choses que l’homme ne sait pas. Chaque nouvelle phrase agrandit l’ignorance. C’est en cherchant la route qu’on la creuse, pas à pas, mot à mot. Nul besoin de regarder le ciel. On ne commence pas un dessin par le haut. Nul besoin de regarder la terre. Elle porte sur la page les pas d’encre des mots, de la fourmi dans l’herbe jusqu’à l’ombre des pins. Un chevreuil écrit perd son poil sur la page écrite. Il cherche une source écrite dans une forêt écrite. Il trépigne du sabot sur une terre mal écrite. Il emprunte ses gestes à la réalité. Ce qui manque à l’image importe plus que ce qu’on voit. C’est comme un silence entre les notes, l’espace entre les lignes.

        

Pourquoi faut-il se battre pour parvenir à vivre ? Ce que l’on voudrait être ne doit pas étouffer ce qu’on est. Là où l’absence contamine la substance, le vide fait le plein. On traîne dans son ombre une brouette d’illusions. On n’engendre pas seul ce qui nous rend vivant. Les rumeurs de la vie souffrent d’inaptitude. La tristesse du chiendent ne se partage pas. Ma peau a beau se rétrécir, mon poème grandit et me jette hors de moi. Je fuis les rendez-vous où tout le monde fait la queue, les tribunaux où tout le monde fait la loi, les bureaux où tout le monde se vend, les routes où le trafic marque le pas. La rhétorique n’a rien à faire dans les mots. La métaphore ou la musique font l’affaire. Un oiseau parle seul dans un feuillage ému. Je l’écoute chanter et je deviens vivant. La peau du lac se tend. Je vis au bord de l’eau sans connaître la source. Ce que l’on voit d’un arbre n’est rien à côté des racines, tout ce tissu de nerfs, de radicelles, de collones terrestres. Ce que l’on voit d’un homme n’est jamais ce qu’il est. On tente de lire malgré tout sur le visage de l’autre ce qu’il pourrait écrire. Quand le langage marche au pas des marchands, il faut changer de voix. L’ombre dans laquelle on vit est très certainement plus importante que nous. Les visages fermés des livres attendent qu’on les ouvre. J’effleure de ma langue les lèvres du silence. Il faut lire entre les lignes, là où les phrases montrent les dents, les où les mots ouvrent les yeux. Dans mon carnet mouillé, une page boit de l’encre pour me rendre visible.

Publié dans Prose

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Madrigal

Publié le par la freniere

J’ai hérité d’une sombre forêt où je vais rarement. Mais un jour, les morts et les vivants changeront de place. Alors, la forêt se mettra en marche. Nous ne sommes pas sans espoir. Les plus grands crimes restent inexpliqués, malgré l’action de toutes les polices. Il y a également, quelque part dans notre vie, un immense amour qui reste inexpliqué. J’ai hérité d’une sombre forêt, mais je vais aujourd’hui dans une autre forêt toute baignée de lumière. Tout ce qui vit, chante, remue, rampe et frétille ! C’est le printemps et l’air est très fort. Je suis diplômé de l’université de l’oubli et j’ai les mains aussi vides qu’une chemise sur une corde à linge.

 

Tomas Tranströmer

traduit du suédois par Jacques Outin

Publié dans Poésie du monde

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