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Ce qui compte

Publié le par la freniere

Ce qui compte le plus
ce n'est pas de vivre
avec des mots plein la bouche
et des comètes sous les pieds
mais de trouver parmi
tant de marcheurs épais
sa poussière blanche sa houille.

Ce qui compte le plus
ce n'est pas d'arracher
la croûte qui nouait le cri
mais de laisser la voix
suivre la pluie le bleu la rouille.

Ce qui compte le plus
ce n'est pas de parler
mais de laisser le nom
faire un nid dans les herbes.

Ce qui compte le plus
ce n'est pas de trouver
le sens ou la beauté
mais patient de laisser
le crapaud l'écrevisse
ou la cigale écrire
un bestiaire innocent
à l'orée de la cuisse.

Ce qui compte le plus
c'est de peupler le fruit
de ne pas attendre la pluie
de ne pas surprendre le fleuve
pour porter l'eau comme un fruit.

Ce qui compte le plus
c'est de serrer la preuve
dans ses muscles
et de regarder quand même
le soleil.

Jean Sénac

Publié dans Poésie du monde

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Le pêcheur d'eau

Publié le par la freniere

Le cœur est si fragile et le temps va si vite,

ne vous retournez pas sur ce passant qui passe.

 

il a déjà rejoint l'autre côté du monde

et, le chapeau tombé, galope dans la plaine

 

sur ce grand cheval bleu qui chasse les nuages

comme autrefois le fringant troupeau de voyelles

 

vers l'enclos d'un poème sans serrure ni porte

sinon ces deux yeux clairs, sinon ces mains plus longues

 

qu'un jour sans cavalier sur le plateau d'un roi.

 

Ne vous retournez pas, Supervielle est devant

sur la route sans ombre, qui sourit et répète : 

 

Allons, mettez-vous là au milieu du poème,

le paradis est l'affaire de quelques mots

 

qui chantent, chantent encore quand morte est la chanson.

 

Guy Goffette

Publié dans Poésie du monde

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Décès de Jean-Louis Roux

Publié le par la freniere

Je viens d'apprendre le décès de Jean-Louis Roux.
Cicatrice au visage, séquelles d'un duel, il m'a raconté l'histoire!.
J'ai aussi appris comment à l'époque il a quitté la Conférence canadienne des Arts et ensuite se joindre aux États généraux de la culture du Québec. J'ai pu grâce à lui assister à des moments de grâce de l'histoire du théâtre québécois allant de la création des Fées ont soif de Denise Boucher, au magnifique La charge de l'orignal épormyable de Claude Gauvreau monté par Jean-Pierre Ronfard, assisté à la Nef des Sorcières, voir les pièces de Tremblay, Loranger, Ducharme et combien d'autres. Nous étions une bande de jeunes travailleurs culturels (contre-culturels) issus des régions avec la ferme volonté de conquérir Montréal. Accueillis à l'Association des sculpteurs du Québec par Armand Vaillancourt, Jean-Gauguet Larouche, André Fournelle, Peter Gnass et plusieurs autres, nous sommes vite devenus animateurs de la Galerie Espace. La Galerie était installée dans l'ancien atelier de conception de costumes et décors du TNM sur la rue Sanguinet. Depuis quelques temps l'immeuble était en vente. Les pressions venaient de Successions dont c'était le dernier actif à liquider. Jean-Louis Roux faisait partie du collectif de comédiens (Groulx, Hoffmann, Gascon, etc) propriétaires de l'immeuble et responsable de sa liquidation. Plusieurs groupes s'intéressaient à l'immeuble et j'avais appris qu'une offre sérieuse d'un prestigieux studio de son venait d'être déposée. Mes premières rencontres avec Jean-Louis Roux ont été immédiatement chaleureuses et il a cru en la faisabilité de notre Bureau Central des Utopies! Le paiement devait s'effectuer dans l'année courante, il nous a supportés et attendus quatre ans durant. Des années plus tard, je l'ai invité à Vancouver pour un récital de poésie et une formation de comédien(e)s. Il a conclu le spectacle avec son poème préféré, Liberté de Paul Éluard.

 

Régis Painchaud

 

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Jean-Louis Roux avait fondé le TNM en 1951 avec Jean Gascon, Guy Hoffmann, Denise Pelletier et Georges Groulx, notamment. Acteur «élégant», formé à l'école française, il était plus à l'aise du côté de Tchekhov et Shakespeare que chez Tremblay ou même Dubé - quoiqu'il ait joué l'«intellectuel» Ovide dans les Plouffe de Lemelin à Radio-Canada dans les années 50. Néanmoins, à titre de directeur artistique du TNM, il a volontiers ouvert son théâtre à de nouveaux dramaturges très québécois tels Gauvreau et Ducharme. C'est aussi lui qui a mis courageusement à l'affiche en 1978 le brûlot féministe québécois Les Fées ont soif, de Denise Boucher.

Né à Montréal le 18 mai 1923, Jean-Louis Roux fait ses premiers pas sur les planches au Collège Sainte-Marie, avec son camarade de classe Jean Gascon. Et même en poursuivant plus tard des études en médecine, sur les traces de son père, le jeune Roux joue encore, maintenant chez les «Compagnons de Saint-Laurent» du père Legault au Gesù.

 

En 1946, l'actrice française Ludmilla Pitoëff, exilée en Amérique avec sa compagnie pendant la guerre, engage Roux et Gascon pour jouer auprès d'elle à Montréal. Elle encouragera ensuite ces deux jeunes doués à venir suivre de vrais cours professionnels en France, et les deux Canadiens abandonneront la faculté de médecine pour le théâtre.

 

Après trois ans d'études à Paris, Jean-Louis Roux revient à Montréal et fonde au Gesù en 1950, avec Éloi de Grandmont, le Théâtre d'essai, qui deviendra l'année suivante le TNM, dont la mission est de présenter «des oeuvres majeures du répertoire classique et contemporain». Ainsi, le 9 octobre 1951, Jean-Louis Roux est de la première production du TNM: L'Avare de Molière.

 

Commence alors pour l'acteur une brillante carrière de grands rôles au théâtre (Pygmalion, l'oncle Vanya, Freud, le snob dans L'Ouvre-Boîte avec Yvon Deschamps...) et de mises en scène - une quarantaine - à «son» TNM, où il est secrétaire général à partir de 1953, avec Gascon à la direction artistique.

Après une brouille aux commandes, il quitte le TNM en 1963, pour y revenir, à la direction artistique cette fois, en 1966, lorsque Gascon claque la porte, furieux de n'avoir pu obtenir en exclusivité la salle Port-Royal de la toute nouvelle Place des arts - le TNM était alors logé à l'Orpheum, un vieux théâtre (situé en face de l'ancien cinéma Parisien) qui devait être démoli.

 

Jean-Louis Roux sera donc pendant 16 ans, jusqu'en 1982, à la barre du théâtre, d'abord colocataire à la salle Port-Royal (aujourd'hui le Théâtre Jean-Duceppe), puis propriétaire à la Comédie canadienne, de Gratien Gélinas, que le TNM achète en 1972 et qui est toujours sa demeure, rue Sainte-Catherine.

 

Des classiques aux créations

 

Pendant ses 16 années à la direction artistique, Jean-Louis Roux poursuit le mandat de la maison en programmant les grands classiques de la dramaturgie. Mais il offre aussi la prestigieuse scène du TNM aux nombreuses créations qui surgissent du Québec foisonnant de la Révolution tranquille - HA ha!... de Ducharme, Les Oranges sont vertes de Gauvreau.

 

En 1981, considérant qu'il avait perdu le soutien du conseil d'administration du théâtre, il quitte son «bébé» - qui a maintenant 30 ans. Il deviendra alors, jusqu'en 1987, directeur de l'École nationale de théâtre du Canada, à Montréal, qui avait succédé en 1960 à l'«école du TNM», fondée en 1952.

D'abord et surtout homme de théâtre, l'acteur n'a pas été très présent au petit écran: on l'avait certes vu en tout début de carrière dans La Famille Plouffe puis dans La Côte de sable; on le revoit ensuite dans Septième Nord, Mont-Joye, Duplessis et Cormoran.

 

On ne l'a pas beaucoup vu non plus au cinéma - son accent, encore... -, si ce n'est, souvent, dans des petits rôles de bourgeois ou d'érudit: Cordélia de Jean Beaudin, Les Portes tournantes de Francis Mankiewicz, Salut Victor d'Anne Claire Poirier, et plus récemment, Nouvelle-France de Jean Beaudin, et C.R.A.Z.Y. de Jean-Marc Vallée - le curé à la messe de Minuit, sur un air des Stones.

 

En plus de faire sa marque comme comédien et metteur en scène, Jean-Louis Roux a occupé plusieurs fonctions dans l'industrie culturelle de même que sur la scène politique. Il a ainsi été président de la Société des auteurs (1953-1962), président du Centre canadien du théâtre (1959-1968) et vice-président du conseil d'administration de l'Office national du film (1974-1977).

 

auréat de nombreuses récompenses, Jean-Louis Roux a notamment reçu le prix Victor-Morin de la SSJBM en 1969, le prix Molson du Conseil des arts du Canada en 1976, le prix Denise-Pelletier du gouvernement du Québec en 1987 et le prix du Gouverneur général pour les arts de la scène en 2004. Il a également été nommé Compagnon de l'Ordre du Canada en 1987 et Chevalier de l'Ordre national du Québec en 1989.

Il a traduit de nombreuses pièces, dont plusieurs Shakespeare, et a publié des mémoires en 1997, Nous sommes tous des acteurs.

 

 

Publié dans Les marcheurs de rêve

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Claude Beausoleil, chronique de poésie

Publié le par la freniere

Publié dans Poésie à écouter

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Plus tard, peut-être

Publié le par la freniere

Voilà c’est fait, l’homme se mange lui-même. Les abeilles butinent le sucre des poubelles. Qui a caché le soleil dans la poche d’un imper ? Qui a sucré la terre montée en neige ? L’éventail d’une main remue le vent des gestes. Tout a le même passé, le même futur. Seul le présent diffère. Je compte les secondes sans référence au temps. Le cynisme des Européens ne vaut guère mieux que l’inconscience des Yankees. Je suis Américain sans être un Yankee. Chose certaine, je ne suis pas Canadien. Je ne crois pas qu’il y ait un seul véritable Canadien au Québec, même chez les fédéralistes et les anglophones. Notre sang déteint sur eux. Je suis Amériquois. Nous sommes pour la plupart issus d’une squaw et d’un repris de justice. Il y a toujours un métis qui rêve en nous, un Français qui réapprend à vivre, un Irlandais casseur de gueule mais au cœur en chiffon. Dans notre tête de pioche, la Nervalie se confond avec l’Ouest des coureurs des bois. Il y en a qui voyage pour oublier. Toute fuite est impossible. Quand on part, on s’emporte avec soi. Le «plus tard, peut-être», nous éloigne de l’instant.

 

«Maman est morte», ces mots, on ne les dit qu’une fois mais ils durent longtemps. Ils résonnent à chacun dans chacun de nos pas. Je marche avec trente ans par jambe, combien de mots par jour, combien de nœuds par caboche, de caresses par le cou, de rêves par la tête, combien d’images par seconde ? Le doigt sur la gâchette ou sur le clitoris, la main qui soigne, la main qui tue, la main qui saigne, la main qui aime, la main qui bat, la main qui aime, le bras de fer, le bras d’honneur, le bras qui lutte, le bras qui cède viennent-ils du même corps ? Le gel fait du givre avec l’humidité. Quand le soleil s’en mêle, l’espace cligne des yeux. Ma langue fourche dans les rails des lois. Ma langue est proche dans la distance. Ma langue caresse des cadavres pour y mettre la vie. On ne traverse pas le monde. On l’emporte avec soi. Il est aussi fragile que nous. L’ordre social n’a que faire de l’homme. Il lui tranche la tête, le matraque, l’emprisonne, quand il hausse le ton. Nous ne rêvons jamais en vain. C’est la réalité qui souvent manque de vie. L’essentiel se dérobe dans les choses. La pauvreté nous permet de choisir les moments les plus riches, les mots les plus féconds. Rien ne signifie jamais rien. La page blanche attend qu’on la remplisse. J’aime la poésie des arbres. Ils poussent où ils veulent. Quand ils se dressent tout croche, ils se confondent avec la volonté du vent. J’aime la terre et ses ruisseaux. La pluie lisse mon ombre, la rendant aussi légère que celle d’une fougère.

 

Plus jeune, j’étais enfant de chœur. On m’a forcé à manger Dieu et je n’avais pas faim. Depuis, je recrache ses os. Je sacre comme un ouvrier, le doigt coincé sous le marteau du boss. Dix chars de crisses, cinq par banc, avec un yable tenant le volant.  Trop de gens ne font même plus semblant de vivre, ils végètent. Aurons-nous bientôt droit à un Occupation double pour les vieux, une purée pour les loups, un placebo d’amour ? Que faire de ce trou dans la paume du passé, cette fêlure du temps dans le rétroviseur, tous ces pas oubliés qui fondent sous la neige ? Il m’arrive de plus en plus souvent de confondre les gestes automatiques, mettre une aspirine sur ma brosse à dents au lieu d’un dentifrice, mettre le beurre dans une poubelle et mes lunettes au frigidaire, mettre du sel dans mon café ou bien du sucre dans ma soupe, mettre les plantes à l’ombre et ma chemise à la poste, mettre mon chapeau avant de m’endormir. Je sors par en avant pour aussitôt entrer par en arrière. Je pars acheter une miche et je reviens sans une seule miette de pain. Qui a dit que la neige n’avait pas d’odeur ? Son parfum est si subtil qu’on peut le respirer deux jours avant qu’elle tombe.

 

Je me méfie des hommes dont le premier outil est la cravate, des femmes aux seins siliconées, celles fardées avec une précision mathématique, des enfants qu’on déguise en adultes. Ils traînent pour la frime des sacs de poudre aux yeux. On mise toujours sur le paraître pour cacher quelque chose. C’est comme la langue de bois qu’utilisent les politiciens. Ceux qui aiment s’habiller chic le font pour eux-mêmes, pas pour épater la galerie. Ceux qui portent un semblant d’uniforme m’horripilent, les cinéastes et leur casquette à l’envers, les skins et leurs bottines d’armée, le long foulard des poètes, la barbe des prophètes. L’homme politique le plus sincère du Québec fut René Lévesque. Il était pourtant mal attifé, un veston trop grand, des pantalons fripés, un bout de mégot scotché aux lèvres, un grand poil peigné de côté, la cravate mal nouée. La vérité de ses mots, l’eau claire de sa parole suffisaient pour l’aimer. Il faut de la passion même pour passer le balai. Les travaux ménagers demeurent la thérapie la plus utile. Tout ce qu’on vécu traverse nos paroles. Quand le silence se fait, il y a toujours en aparté quelque chose d’humain qui s’apprête à naître et nous prête à penser. Les personnages de roman, on les croise partout. Ceux de la rue n’existent pas dans les romans. C’est par la poésie qu’on peut toucher leur âme.

Publié dans Prose

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Les radis bleus

Publié le par la freniere

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Tenir le journal de bord de toute une année n'est pas chose facile quand le radeau de notre corps a plutôt tendance à s'échouer sous les cieux noirs, qu'à affronter mille aventures fabuleuses. C'est écrire sur rien, voire moins que ça. En 1990, Pierre Autin-Grenier faisait paraître au Dé bleu ces Radis bleus, carnet de solitude amère tenu pilepoil d'un 17 janvier au 16 de l'année suivante. Certes, le calendrier est troué, certaines dates (19 avril par exemple) manquent à l'appel.

 

N'empêche : le volume est conséquent pour quelqu'un qui trouve que la vie ne l'est pas beaucoup.

 

Hésitant entre la poésie, source de cette écriture, et l'aphorisme, qui en serait son horizon, Les Radis bleus égrène au fil du temps l'art d'accommoder le désespoir. Chez PAG, le plat est très épicé en humour, relevé parfois d'une pointe d'un fantastique surréaliste qui vient donner des couleurs au " vin noir " que l'on boit. On pense à un Cioran qui n'aurait pas dédaigné faire le Guignol : le nihilisme le plus lucide (" Savoir que la plus éclatante des réussites n'est jamais qu'une défaite un instant différée "), aime faire d'épatantes cabrioles (" Rien. Voilà le mot qui résume tout. "

Les Radis bleus reste le livre le plus intime de l'auteur de Toute une vie bien ratée. Son enfance entre placard et torgnoles y est évoquée en des aubes cafardeuses. Ce journal n'est pas le compte-rendu des menus faits : il est une manière de se tenir debout face à ce que la vie nous a légué.

 

C'est celui d'un moraliste et poète qui " bricole dans l'essentiel ". On y débusque de jolies trouvailles comme lorsqu'il est question des illusions qu'on laisse au fossé de la jeunesse : " un beau matin, il nous fallut faire ressemeler nos ambitions. " Et aussi, une autodérision : " J'ai passé huit jours dans le désert, il y avait vraiment beaucoup de sable " qui signe la plus élégante des politesses.

 

Thierry Guichard     in Le Matricule des anges

Publié dans Les marcheurs de rêve

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Poètes & co

Publié le par la freniere

Présentation d'une oeuvre

 

ile.jpgLes Rencontres de Poètes & Co.

proposent

samedi 30 novembre 2013, de 15h à 18h

Auberge de Jeunesse "Hôtel des Camélias", rue Spitalieri, 06 Nice 

 Présentation de l'oeuvre de la romancière-poète

ILE ENIGER

(Lectures de textes et débat)

Publié dans Ile Eniger

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À paraître bientôt

Publié le par la freniere

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Publié dans Glanures

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L'ordre animal des choses

Publié le par la freniere

Le cri rauque de la mouette, (...) ou la prosodie lancinante et aiguë de la chouette, ou la respiration bruissante du hibou, ou la mélodie ronde, hyperlittéraire du rossignol, ou le sifflement du merle, ou le babil de la grive, ou le gazouillis du rouge-gorge ont un rapport avec tout le corps de l’oiseau, non seulement avec les organes vocaux mais aussi avec la forme et la taille des ailes, la couleur du plumage, la position adoptée au moment du chant, la hauteur de cette position et peut-être même la nature de l’arbre et la forme de la branche sur laquelle se pose le chanteur. Ils ont à voir avec le rapport entre l’ombre et la lumière, la façon dont il évolue au cours de la journée, avec la légèreté et l’humidité de l’air, avec l’intensité du vent. C’est la variabilité de ces rapports qui, s’ajoutant aux caractéristiques vocales de chaque oiseau, définit tour à tour la nature du son. C’est pourquoi dire trille, ou cri, ou sifflement, ou gémissement, ou plainte, ou pépiement, ou bourdonnement ne signifie que proposer une abstraction, un allusion vaine, une approximation : chaque oiseau a son chant, mais chaque chant a ses variations, ses nuances, sa partition. En outre chaque voix singulière est en syntonie avec les autres voix, et dans cette syntonie le son prend son intensité, sa forme, son rythme. Il devient chœur mais sans se perdre en lui. Dans le timbre particulier que chaque oiseau apporte au chœur il y a la mémoire du vol, du vol qui, en débarrassant les corps de leur matière terrestre, les a remplis d’air, les a rendus solidaires de l’air, légers dans l’air. 
 

 

Si la langue terrestre appartient aux hommes, avec le poids du sens, c’est aux oiseaux qu’appartient la langue de l’air, avec la légèreté qui est au-delà de tout sens. C’est cet au-delà que nous appelons harmonie. Une harmonie non déchiffrable. Nous ne pouvons traduire aucun son de cette harmonie dans notre langue humaine : chaque traduction n’est qu’une demande de relation que l’homme adresse à la nature. Il s’y flatte de pouvoir accéder – à travers l’écoute et la traduction de la langue animale en langue humaine – à l’énigme de la nature, au moins à son seuil, à son apparence (. ..)

 

Antonio Prete

Publié dans Poésie du monde

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Graines de poèmes

Publié le par la freniere

«Bon dieu de bon dieu que j'ai envie d'écrire un petit poème

           Tiens en voilà un qui passe

Petit petit petit

           Viens ici que je t'enfile

        Sur le fil du collier de mes autres poèmes»

        Raymond Queneau

 

     Petit petit

Comme disait Raymond

appelant le poème inédit

Petit petit

Ma mère appelait ainsi

ses poules

égaillées dans les champs

près de la cabane de l'Aire

Avec dans sa boîte le blé

qu'elle jetait à la volée

Petit petit

Lui pour composer ses vers

allumait le caleu la calbombe

la chandelle poétique de Gaston Bachelard

Petit petit

Elles quittaient les champs

les balles de paille le perchoir

cou tendu gloussant gloussant

Petit petit

Il salivait la sergent major

Il humait l'encrier

Il ouvrait son petit sac de mots et de malices

Petit petit

Geste auguste de la semeuse

Pleins et déliés de l'instituteur de poésie

Petit petit

Et puis les poules rassasiées

reprenaient le chemin des chaumes

Raymond jetait un dernier œil sur sa page

que les lettres avaient noirci

Petit petit

On reviendrait demain

À l'heure où blanchit la campagne

dans la mélancolie des soleils couchants

Petit petit

    

Mais Raymond et ma mère

les vaches

depuis belle lurette

 ils ont fichu le camp !

 

Jean-Jacques Dorio

Publié dans Poésie du monde

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