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Avec le café et les croissants

Publié le par la freniere

500 morts. Femmes et enfants. Quelque part en Afrique. Un tsunami humain. Servi au petit-déjeuner avec le café et les croissants. Un fleuve de sang traverse la cuisine. Vous emporte dans un cortège de vierges et d’enfants abusés, sacrifiés, de femmes tondues ou voilées, de places pavées de chair mutilée et pourrissante. Vous faites partie des victimes et quelquefois, par le silence ou le bâillon, des bourreaux.

 

Vous vous demandez s’il y a une consolation, une résistance possible à l’énormité de l’outrage. Vous vous asseyez au milieu du carnage sans pus savoir qui et où vous êtes. Surtout pourquoi et pour qui. Vous ne pouvez maintenir la conscience de l’assaut, de l’agression. Vous échapper vraiment de cette cuisine, de cette table où vous vous accrochez. La tête ailleurs. La tasse oubliée. L’assiette. Et vous-même, échappée à vous-même.

 

Une voix vous rejoint, qui dit doucement, si doucement : Avez-vous vu un oiseau pleurer ?

 

Monique Laforce

Publié dans Poésie du monde

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Chant du royaume des langues coupées

Publié le par la freniere

A D. S.

 

Pauvre enfant sans père
qui n’a pas demandé à naître.
Enfant né d’un ventre loué comme une poubelle.
Enfant du vacarme et de la folie.
Enfant conçu dans la ruse et la cruauté  abyssale
Enfant martyre fêté  sous les pleurs diluviennes
des déités du ciel irrité.

Otage de trois jours
baptisé dans la boue, le stupre et la vodka.
 
Enfant du mensonge et de la haine d’autrui.
Enfant de la sorcellerie d’une caricature de chamane.
Enfant de l’asphyxiante fumée qui le fait tousser,
dans le lupanar  monotone.
Enfant de la jalousie, de la violence et de la pourriture
qui galope en silence sous son berceau.
Enfant de Satan nourri au lait de vipère
et au luxe obscène blanchi par la cocaïne.
Eternelle présence des choses tues.

Puissent tes stigmates te rendre
l’innocence de l’azur.

Je chante, dents serrées, pour demeurer en vie.
Sous le sourire, il y a une langue coupée.

 

Tatiana Théodorescu

traduit  du  roumain  par  Leonora  Campbel

Publié dans Poésie du monde

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On nous ment

Publié le par la freniere

Abandonnées par les facteurs, les boites à malle s’ennuient. On nous ment sur la vie, sur le monde, sur tout. Le béton, le bitume, le verre, le plastique nous tuent. Nous courons vers le gouffre les bras chargés d’emplettes. Nos achats laissent des morts, des ventres vides, des seringues éventrées, des traces de sang, des douilles et des déchets radioactifs. Les puits de pétrole crachent des morceaux d’hommes. On transporte la mort dans les attachés-cases. Vivre n’est plus qu’un commerce. On y bétonne la culture à coups de 1%. Une sculpture de Vaillancourt devant le Palais de Justice ne rend pas la justice plus juste. Quand les multinationales commanditent les universités, on favorise l’ignorance. Il ne faut plus penser. Il ne faut plus chanter sans permission, ça rend l’art public. Il n’est pas surprenant de perdre sa langue dans un décor de panneaux-réclames. Dans le domaine du savoir-vivre, les méthodes de calcul ont remplacé le cœur et dans celui du savoir-faire la qualité s’efface devant la quantité. On s’invente des salades en plastique pour justifier le pétrole, des valentins au cœur en chocolat, des marges de crédit pour les assis de la breloque. Lorsque les cotes d’écoute servent d’oreille, on n’entend plus chanter la source. On complique la vie des joueurs d’harmonica. On sert du caviar aux joueurs de poker.        

 

Ceux qui gèrent nos biens ne nous laissent que les dettes et s’engraissent du reste. Parler de guerre à un homme d’affaires, un intégriste, un soldat est un pléonasme. Parler de droits sociaux à un policier, un sénateur, un banquier est une contradiction. On rase les boisés. On assèche les marais pour construire des condos inaccessibles à la majorité. On laisse pour les jardins communs une terre contaminée. Pour les dirigeants de la planète, on n’est pas loin de la perfection quand tout le monde se hait. Ça fait de l’argent pour les soldats, de la chair à canon, une maille de plus à la chaîne de montage. On ne distingue plus le vendeur du voleur, le holding du hold-up, le truand du policier. On complète le bras du Seigneur avec un revolver, celui d’Allah par un détonateur. Avec leurs fonds de retraite, le troupeau des épargnants passe à la caisse comme une vache d’abattoir. Le capitalisme est simple à comprendre : plus on achète, plus on doit travailler, le minimum de salaire engendre le maximum de profit, les petits paniers rapetissent et les grosses poches engraissent. Entre l’avoir en trop et le manque à gagner, le paradis fiscal et l’enfer des dettes, la banque passe la gratte.

 

L’eau se terre comme une bête pour échapper aux barrages de béton. Elle se bat pour rester nue. Une vie de fer-blanc n’a que la rouille pour espoir. Il faut trouver la fente, la faille, la fêlure. La terre survivra-t-elle à force de racines ? Le corps parle une langue que nous n’entendons plus. Nous faudra-t-il réinventer la vie ? L’inimaginable bat du cœur sous la poitrine de l’aube. Le muet qui m’habite à repris la parole. Ses gestes sont des sons, des syllabes, des phrases en accolade, des tatouages d’air. Ses mains disent le cœur. Il vient à vous par les couleurs. Un gramme d’herbe sous la langue se dresse dans ses mots. La toiture est légère dans la demeure d’un verger. Un vol d’oiseau suffit pour accueillir le ciel. Il faut vivre comme on se jette à l’eau. Les réponses apparaissent au-delà des questions. Ce qui dépasse l’entendement mène plus loin que la technologie. La vie n’a pas de sens. Le sens est en chacun. On ne peut pas vivre sans respirer et c’est nous qui soufflons. Je ne connais pas le petit a, le petit b, le petit c, à peine les majuscules. Dans un mot, chaque minuscule est un géant sur le chemin des phrases. Les syllabes forment une main transportant tout le poids des images. 

Publié dans Prose

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Aphorisme du jour

Publié le par la freniere

 

Quand les prothèses sont à la mode, les snobs se coupent un bras pour être sûr d’être vus.

Publié dans Aphorisme du jour

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L'épopée Rose

Publié le par la freniere

Le terrorisme économique est sans limites.
Ses tentacules herculéens tripotent et maculent de bave gluante
la moindre parcelle d’authenticité
Une banque ça bande avec de l’argent, ben d’l’argent.
Jamais assez d’argent.
Alors on écrase, on lessive, on épuise, on et on ment
et pour mentir en gros, parce que mentir en gros
c’est imposer des vérités,
on s’achète des journaux,
des radios, des câbles vidéos,
des chaînes de télé avec des centaines de canaux.
Avec leur argent sale, ils se paient les meilleurs terroristes du coin : les Pratte, les Dubuc, les Lagacé.

15 mars 2013

Patrick Lagacé dans le journal pour lequel il travaille commence son texte par ceci :

‘’C'est une chronique sur Paul Rose, l'assassin felquiste de Pierre Laporte, qui vient de mourir à 69 ans.’’

Encore du grand journalisme!

C’est connu. Archiconnu. Paul Rose n’était pas dans la maison de St-Hubert
quand Laporte est mort. Il ne peut pas être l’assassin Patrick!
Tu les as pris où tes cours de journalisme?
Avec Ti-Claude ‘’10/4’’ Poirier?

Le terroriste Lagacé fait la job de bras qu’on lui a dit de faire.
‘’Écris n’importe quoi, mais écris qu’on lui dit.
Répète aux gens qu’on est en démocratie
pis qu’on a des belles lois, des beaux ponts pis du divertissement en veux-tu en v’là.
On s’en occupe. Occupe-les!
Rentre-leur dans la tête qu’on fait tout ça pour leur bien.
Répète Lagacé, répète : Paul Rose, c’est un criminel, Paul Rose c’est un criminel…
Enfonce-le dans leurs cervelles de BS : Paul Rose c’est un criminel
Il voulait nous empêcher de faire de l’argent comme on veut, il voulait
Empêcher le progrès, il voulait plus de justice alors qu’il a violé NOS LOIS, NOS LOIS Lagacé !
Comprends-tu? NOS LOIS! Nos lois, c’est comme nos filles, c’est la prunelle de nos yeux, la base de notre belle démocratie. Il voulait violer nos lois Lagacé!
Répète Lagacé, répète : Paul Rose est un criminel, Paul Rose est un criminel…’’

Mais Paul Rose s’en fout de Lagacé, Paul Rose est aux portes du ciel.
En bon syndicaliste qui pense solidarité, il est en train de négocier la sortie de St-Pierre.
qui sera remplacé par le frère André. Lui il connaît ça les portes. Après cinq minutes
St-Pierre en larmes embrasse Paul Rose et Paul fait son entrée au paradis.

La première personne qu’il veut voir, c’est sa mère : Rose Rose. Un p’tit bout d’femme.
qui a connu la misère et qui a appris très vite que c’était en étant solidaire
qu’on passait à travers les hivers. Elle a appris à ses enfants à se tenir debout, à partager le peu qu’ils avaient,
à ne jamais baisser l’échine devant celui qui essaie de vous humilier, fût-ce même un premier ministre.
Paul serre sa mère dans ses bras et elle luit dit : ‘’Va fils, va. Ta route n’est pas terminée’’.

Paul Rose voit au loin de gros nuages, il s’approche. Ça boucane fort dans ce coin là.
Il entend des exclamations, des rires, un mélange de paroles de Léo Ferré et d’Elvis Gratton. Mais oui! C’est Yves Boisvert, le poète et Pierre Falardeau qui fument comme des cheminées et qui se relancent à qui mieux mieux autour d’une table remplie de drafts. Les deux tartes s’exclament en riant et se mettent tous les deux par terre pour faire des salamalecs au grand Paul Rose qui vient de faire son entrée au chic ‘’Paradise’’.

Mais les rires tout à coup se transforment en larmes, en larmes de joie, car Falardeau et Boisvert sont trop heureux de donner l’accolade à Paul Rose. Derrière, ça boucane toujours, de plus en plus fort, et on entend : ‘’Ah ben tarbarnak, dis-moi
pas qu’au paradis on va enfin voir la vie en Rose. Te v’là mon homme’’. Et Michel Chartrand s’amène avec son gros cigare Monte Cristo de Cuba et serre Paul Rose dans ses bras. Et c’est au tour de Paul Rose de pleurer comme un enfant, car s’il y a un homme qu’il a admiré dans sa vie c’est bien Michel Chartrand, un rare homme, un monument, un père, un poète. Et Paul Rose,
déterminé comme jamais demande à ses amis de patienter un peu. Il a encore des gens à rencontrer. Un peu plus loin, toujours dans un épais nuage, il arrive près d’un endroit où est attablé René Lévesque. Ils se toisent en silence. Un long silence. Paul s’avance et serre la main de René Lévesque et celui-ci enlève la cigarette de sa bouche et lui dit : ‘’Sans rancune’’. ‘’Ça va aller, monsieur Lévesque. Chacun sa manière’’ répond Paul. Paul Rose laisse Lévesque à sa table où Ti-Poil tente d’écrire un roman de science-fiction. Paul Rose est pressé de continuer, même si, comme on dit, il a toute l’éternité devant lui.

Paul Rose marche, marche, avance, va droit devant, il ne lâche pas. Il avance, il envoie des baisers à Pauline Julien et à Gérald Godin, à Pierre Vadeboncoeur et à Pierre Perreault. Il envoie la main à Félix Leclerc, André d’Allemagne et Pierre Bourgault sans oublier la flamboyante Hélène Pedneault et le non moins flamboyant Gaston Miron. Il continue d’avancer, de marcher et lentement une drôle d’odeur lui monte au nez, il sait qu’il n’est pas loin. Il entend une musique lancinante et envoûtante, ça sent l’encens de plus en plus, les épices. Au loin là bas, il voit un rouet, un tout petit rouet et derrière le rouet, lui, le petit homme maigrichon, laid, avec des lunettes trop grandes pour lui. C’est bien lui, Gandhi. Le Mahatma Gandhi, celui qui a botté le derrière aux Anglais, celui qui a reconquis son pays, celui qui, entêté et patient a su désobéir à l’envahisseur. Et pendant des heures Paul Rose parle avec Gandhi d’indépendance, de désobéissance civile, d’entraide, de bonté, d’amour et de liberté. Il est si bien qu’il n’a pas envie de partir, mais c’est plus fort que lui, il reprend la route, car il veut serrer dans ses bras celui s’est battu jusqu’à la mort pour la liberté des siens : Louis Riel.
Et Paul Rose marche, marche, ne se décourage pas, il continue, il avance et il finit par voir Louis Riel qui s’avance vers lui avec un large sourire et sans un mot comme deux frères ils poursuivent le chemin qui longe ce fleuve magnifique qu’est le St-Laurent et après un long moment ils s’arrêtent devant un mur. Ils gardent silence et se recueillent. Ce mur est celui de la prison Au Pied du Courant à Montréal et ils entendent soudainement, un roulement de tambour puis des ordres qui sont gueulés en anglais, puis un grand cri qui vient du fond des tripes : VIVE LA LIBERTÉ, VIVE L’INDÉPENDANCE. Un bruit sec, celui de la trappe qui s’ouvre. Ils savent, tous les deux, ils savent que de l’autre côté du mur où il est écrit au-dessus de la porte Au pied du Courant, tous les deux savent que François-Marie-Thomas Chevalier de Lorimier, chef des Patriotes, vient d’être pendu.

Paul Rose voit soudainement Chevalier de Lorimier s’avancer vers lui. Paul Rose pleure toutes les larmes de son corps et lui demande pardon. ‘’Pourquoi? dit Chevalier de Lorimier’’. ‘’Parce qu’après tout ce temps, nous n’avons pas encore réussi à devenir un pays libre. Nous sommes plusieurs à y avoir consacré notre vie’’ dit Paul. ‘’Je sais, je sais dit Chevalier de Lorimier. Mais il ne faut pas désespérer. Ne t’inquiète pas, car comme l’a si bien dit notre Gaston Miron : CELA NE POURRA PAS TOUJOURS NE PAS ARRIVER’’.

Et bras dessus bras dessous Lorimier, Louis Riel et Paul Rose s’en vont rejoindre les autres pour fêter l’arrivée de Paul et toute la nuit ils riront et boiront de nombreuses drafts en n’oubliant pas d’aller pisser au-dessus de la maison de Patrick Lagacé.

 

Guy Marchamps

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Aphorisme du jour

Publié le par la freniere

 

Ce que l'on n'est pas nous cache ce que l'on est.

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À l'origine de l'accident

Publié le par la freniere

Dans un texte paru dans Le Devoir le 3 janvier 2014, les membres du Regroupement citoyen le Moulin à paroles pose une question qui se nie elle-même : Sommes-nous un peuple? Une lecture attentive de la définition même du mot peuple leur aurait fourni une réponse rapide : le peuple n'a pas à douter de son existence, et surtout pas au nom d'une idéologie nationale en manque de visibilité, qui s'appuie sur une faute originelle héritée de la mentalité catholique qui renie l'invention de la liberté pour la transformer en une libération de l'Autre. Car si la liberté n'a plus droit de cité, comme les auteurs de ce texte l'affirment, c'est moins en raison d'une tragédie historique que de cette théologie de la chute qui nous projette encore et toujours vers un passé raté dont on accuse l'Autre d'avoir profité.

Rien n'est plus nocif à la liberté que le retour à l'essence qui caractérise ce genre de discours apitoyés sur le sort prédestiné d'un peuple qui aurait à se libérer d'un ennemi ancestral pour pouvoir être libre lui-même. C'est aux chaînes de mon peuple lui-même que je dois mon aliénation permanente, et non à un Autre. Ces chaînes ont été posées sur mes yeux, en travers de mes mains, autour de mes pieds, par son incapacité à formuler, à inventer cette liberté dans ses actes même ; dans ses paroles brouillées par la pollution des idéologies, des raccourcis sémantiques dont tant de pseudo-penseurs se servent pour abuser la foule de leurs obsessions.

Vous dites que la pensée républicaine s'est éteinte pour un siècle après la rébellion des Patriotes de 1837? Le révisionnisme historique ne vous étouffe donc pas! À elles seules, les figures de Joseph Guibord, d'Arthur Buies et de Jules Fournier suffisent à vous donner tort. Au-delà de cette amnésie, ce que je subodore dans cette manière de présenter la réalité, c'est d'insuffler à ceux qui vous lisent une révolte alimentée par le ressentiment et le reniement du passé. De passer outre aux Lumières du Canada français qui, si elles ne sont en rien comparables à celles de l'Europe du XVIIIe siècle, arrivaient quelquefois à allumer une lanterne au cœur de cette obscurité. Vous connaissez la chanson. Si on est dans son lit sans lumière, la meilleure manière d'y voir plus clair est de demander l'aide d'un ami. Ici, on a tendance à accuser la nuit de sa noirceur, l'Autre de sa différence. On se découvre des plaies et on accuse l'Autre d'avoir inventé la douleur.

Le dieu Janus, chez les Romains, présidait à tous les passages, à tous les commencements. Un de ses visages était tourné vers le passé, l'autre vers l'avenir. Il est parvenu jusqu'à nous sous l'appellation de Janvier dans le calendrier julien. On doit son origine au Chaos initial de la mythologique grecque, à cet ensemble d'éléments disparates qui précèdent le commencement de tout. Au lieu de chercher l'origine de cet accident initial qui nous priverait du droit à l'auto-détermination, de cette tare originelle qui nierait notre liberté, ne devrions-nous pas saisir le commencement de cette année nouvelle pour prendre la parole et exhorter notre peuple à cesser de faire porter l'odieux à l'Autre pour notre propre manque de vision politique?

 

Maxime Catellier

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Nouveaux Délits 48

Publié le par la freniere

Éclosion presque tardive pour ce numéro de printemps,  pour cause de grand remue-ménage. C’est la vie comme on dit, avec ses accidents, ses dégringolades, mais on ne peut qu’aller de l’avant vu que la marche arrière n’existe pas… Et tant mieux, notre temps est trop court, même si « le temps des hommes est de l’éternité pliée » (Cocteau). Pas grand-chose à dire du coup, mais des mots vous en avez plein la revue déjà et l’Amour demeure, quoiqu’il arrive, tel le ciel derrière les nuages.   

 

Cathy Garcia

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Chacun contient en lui des galaxies de rêves et de fantasmes, des élans inassouvis de «

désirs et d'amours, des abîmes de malheur, des immensités d'indifférence glacée, des embrasements d'astre en feu, des déferlements de haine, des égarements débiles, des éclairs de lucidité, des orages déments....
Edgar Morin  

 in Les sept savoirs nécessaires à l'éducation du futur

 

 

 

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AU SOMMAIRE

 

 

 

 

Délit de poésie : Élisa Parre, Cécile Coulon, Hamid Tibouchi, Rodrigue Lavallé

 

 

Délit de vagabondage : Sylvère Moulanier (Québec)

 

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http://larevuenouveauxdelits.hautetfort.com/

 

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Rouge ben Red

Publié le par la freniere

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Les gens de peu

Publié le par la freniere

Je suis comme ce chien suivant la voie imprévisible des odeurs. Je flâne sur la route sans connaître le bout. Je rôde sur la page sans connaître le but. Tout est là sans raison. Je suis un homme sans histoire, un mendiant d’images, un piéton anonyme. Un seul pas à la fois suffit pour avancer. Les gens de peu se méfient des importants. Le budget du printemps ne tient pas compte du froid. La vie tutoie la mort. Les choses philosophent aux carrefours des doigts. Il a neigé cette nuit. Les mots zigzaguent sur la glace des pages. Mon crayon prend le bord comme un pied qui dérape et les mots font des chutes. Les i tombent de côté et les a sur la tête. Les circonflexes en perdent leur chapeau. Mes textes n’ont plus de blancs de mémoire mais des bancs de neige tachés d’encre. Une pèlerine blanche couvre le dos de l’air. Il suffit qu’on prononce quelques mots pour que les nuages se mettent à galoper, que la brindille de chaume ait la force d’un arbre, qu’un lièvre apparaisse sur la tablette du haut, que la pointe d’un couteau incise la mémoire. On peut voir un vélo entre deux parenthèses, des fleurs dans la marge, des virgules en bourgeons, des points monter en graines, des anges dans les arbres. L’hiver se met en boule et le printemps s’étire jusqu’à toucher le ciel. Une sauterelle danse entre les lignes. Tout le système solaire vient frapper à la porte. Les livres autour de moi sont des êtres vivants.

 

Mes doigts tournent en rond entre les pages de l’air. Ils suivent de trop loin l’écriture des feuilles, le passage des vents, le pèlerinage des oiseaux. La main qui rédige l’hiver n’en n’oublie pas l’été. Le jour avance sur le fleuve avec des jambes en feu. Quand rien ne vaut rien, l’importance importe peu. Je sais lire et écrire. Pour le reste, je ne suis sûr de rien. C’est bien assez pour aller vers la mort. Malgré la fonte des neiges, le regel bâillonne les oiseaux. Le printemps a du mal à se dire. Les bourgeons se lisent à peine entre les lignes. Du rendez-vous des herbes à la croisée des routes, il faut les souligner avec un stylobille. Il n’y a plus de rêve dans le sommeil public. Il n’y a que du toc. Ma pensée fuit entre deux nuages, deux vagues, deux syllabes. N’ayant aucune ambition sociale, je me contente d’écrire, au jour le jour, mot à mot, d’une vertèbre à l’autre. Je tiens debout entre deux lignes. Je ne veux pas d’une vie de métal, passer du chromosome au chrome, du filament au fil de fer. Il faut d’abord marcher pour raconter la marche, goûter avant de dire la pomme. Qu’ais-je fait d’autre que convoquer les mots, déplacer le silence ? Ouvrir les yeux rapetisse le paysage mais permet de regarder plus loin. Nous sommes venus pour apprendre à voir et dire quelque chose. Quand je me penche pour écrire, le monde pèse sur moi, laissant son ombre sur la page. Le vent me tape sur l’épaule en signe d’amitié. Je ramasse du crayon la neige qui claudique avant de s’affaler, de faire le dos rond, de blanchir les toits. Ses chemins de laine s’accrochent aux orties. De longs poils de pin prolongent l’ossature rocheuse des collines. Les murmures de papier s’imprègnent d’émotion. Ceux qui ne savent pas aimer deviennent ce qu’ils haïssent. Les mots qu’on a blessés laissent perler du sang, les mots amour ou camarade, les mots d’enfant prenant de l’âge.

 

Il est moins désolant de se savoir mortel que de ne pas en profiter pour vivre. Il ne vaut pas la peine d’abandonner ses rêves. On perd trop de temps à se faire un nom, à faire du cash, à se faire avoir. La neige a commencé à replier ses ailes. Les poteaux de clôture ont enlevé leur tuque et les petits arbustes se dégagent la tête. Dans la maison de l’écriture, je fabrique les meubles avec des mots. À chaque jour, mon stylo me sert de marteau. Le bruit des allumettes ne remplace pas le soleil. Les clous des virgules n’ont pas la force des racines. Je passe sur la route le chiffon de mes pas. Je bricole un oiseau avec des mots en forme d’aile. Je me fabrique un ciel avec un bout de crayon et la marge d’un livre. Les phrases sont des jardins. Les mots s’assemblent comme des plantes. Tout est germe ou fragment. Tout est sacré, même le profane. Le jour se lève. Le monde existe. Je ne possède presque rien, mais j’ai le courage du bonheur. Je mets le ciel dans ma poche et mes couilles sur la table.

Publié dans Prose

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