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La mappemonde

Publié le par la freniere

Enfant je rêvais d'une mappemonde
j'enviais ceux de mes petits camarades
qui faisaient tourner la terre dans leur chambre
en voyageant assis sur leur chaise
à travers les mers et les continents
je n'en avais jamais parlé à personne
c'était un voeu que je voulais garder secret
pour ne pas rompre le charme du merveilleux
je me voulais marin contrebandier aventurier
j'imaginais des archipels à découvrir
où je rencontrerais la femme de ma vie
je savais que j'avais de vrais amis
qui ne me connaissaient pas mais qui m'attendaient
dans le désert, dans la savane dans la jungle
sur la banquise des Iles marquises jusqu'en Chine
Je me voyais arpenter les capitales du monde
aujourd'hui en allant faire quelques courses
je suis tombé en arrêt devant une mappemonde
qui trônait impériale dans la vitrine d'un papetier
j'ai eu envie de pleurer j'ai ravalé un sanglot
personne n'a jamais eu l'idée de m'en offrir une
et j'ai du voyager par mes propres moyens
en bus à dos d'âne à pieds rarement en avion
j'étais l'Ulysse du pauvre qui trimait trimait
pour pouvoir parcourir la mappemonde
je semais des poèmes le long de mon chemin
dans l'espoir peut-être qu'un jour ou l'autre
je tiendrais la terre dans mes bras
et lui réciterais en psalmodiant les noms fascinants
les noms magiques des pays et des lieux-dits
les noms des fleuves des montagnes des mers
les noms des îles d'un pôle à l'autre
je baiserais tendrement ses méridiens
je passerais du jour à la nuit et de la nuit au jour
j'enjamberais les tempêtes et lui soufflerais les vents
à coups d'index sur la ligne de l'équateur
je la ferais danser sur son axe comme une toupie
et j'entendrais vertigineusement battre son coeur.

 

André Chenet

Publié dans Poésie du monde

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GaithBoucher, un gars d'icitte

Publié le par la freniere

 

 

 

 

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Derrière chez nous

Publié le par la freniere

st-fer-3756.JPG

photo: Jacques Desmarais

 

 

derrière de par chez nous

il y a un étang

c'est vrai de vrai

en cambrousse...

il se tarit parfois l'été

quand ça chauffe trop

où donc les vives grenouilles

émigrent-elles dans ce temps là?

 

derrière chez là

où je vis en ville

il n'y a pas d'étang,

mais à quelques coups de pédales

en bordure du boulevard Gouin,

il y a une grande rivière brune,
bleutée quand il n'y a pas de nuages,

porteuse de rapides et de forts courants,

la Rivière-des-Prairies

 

comme je suis dans l'âme

encore un peu habitant

et pressens les semences

partout où j’y pense,

je n'ai aucun mal

à imaginer les prairies planes,

sans coteaux, à perte de vue

qui jouxtaient la berge 

alors sauvage et débordante

en témoigne encore de nos jours

le parc Nicolas-Viel

qui longe la rivière

et la terre qui reste à Montréal

elle est vraiment riche et bonne,

je le sais d'instinct

je l'ai souvent tamisée dans mes mains

de rouge-gorge

 

 la suite chez l’ami  Jacques Desmarais

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Ce que je peux dire

Publié le par la freniere

Ce que je peux dire
C’est que j’ai vécu sans rien comprendre
C’est que j’ai vécu sans rien chercher
Et ce qui m’a poussé jusqu’à l’extrême mesure
Jusqu’à l’extrême dénuement
C’est en moi je ne sais quelle force
Comme un rire qui transparaîtrait dans un visage tourmenté
Quand on a vu toutes les choses se perdre et mourir
Et quand on est mort comme elles de les avoir aimées
Le vent les feuilles la pluie le froid et l’amour qui leur donnait une mémoire
Je ne pourrai plus jamais sans doute me souvenir
Car je suis passé par toute la misère
Mon espoir fut criblé par toute la misère

 

Jacques Prével

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À partir du Transsibérien

Publié le par la freniere

Adolescent, je désirais tout sans rêver à rien, sauf au rien de Transsibérien, à commencer par-là. Chaque année, j’ajoutais au premier des trains une voiture, repeinte aux couleurs de ma lecture de Gogol, avec les yeux de Raspoutine. Mes instincts avaient leur convoi, ou bloqué dans les glaces, ou violent de vitesses. De Moscou à Vladivostok, je les étirais roulants, sifflants, noirs de la fumée échevelée des bûchers d’autrefois, réactualisés par mon rythme. Taïga m’était une sonorité chère, avec quelques autres, telle Novossibirsk. Je comptais les siècles qui me séparaient d’une fête avec les moujiks, dans un Baïkal de vodka. Je n’avais pas lu Cendrars, une lacune qui dura plus que de raison. Ce qui m’importait, c’était la démesure du mot : Transsibérien, plus fort que transatlantique ou que transsubstantiation. J’entrais en transes pour Sibérie, déesse froide, inhumaine, pourtant vertigineuse. C’était l’époque où Souvenirs de la maison des morts m’apprenait le bagne à domicile. L’irréchauffable enfer, plein de colosses brisés, à l’enseigne du Knout. J’étais frère en pages tragiques, en signes de souffrance slave, de l’immense Dostoïevski. J’avais de son sang dans mes neiges.

 

*

Depuis que nous parcourons le monde, mes mots et moi, nous n’avons jamais dérogé à cette loi : il faut payer d’inconfort la rage de découvrir comme l’amour de savoir. Le voyage est une chose trop sérieuse pour qu’on l’abandonne aux mauvaises habitudes de la commodité. J’ai plus appris dans des bus cabossés et bringuebalants, sur des routes cahoteuses, que dans les cars climatisés, en pays balisé. Je me souviens de mon plaisir à m’affaler sur un lit de misère, dans une chambre douteuse. Il me semblait que mon intelligence des choses vues, senties, frénétiquement appréhendées me venait de ma fatigue même, aggravée par mon détachement à l’égard des choses relevant de l’hygiène élémentaire. Ma sagacité s’accroissait des souffrances que me valait mon envie insensée d’étreindre, oui d’étreindre, toutes celles des «connaissances» que mes intuitions me ramenaient comme des butins sensoriels, forts en rutilations. Je voyageais comme j’écris, en dévorateur du visible et de l’invisible. Un voyage, une écriture, chez moi, c’est la conquête d’une vérité qui n’est pas toujours ni belle, ni chatoyante, ni rassurante. C’est aussi m’en aller à ses relents, ses sueurs, ses déjections, non pour m’y vautrer, mais pour mettre ma propre humilité à l’épreuve du courage qu’elle exige, pour la regarder en face et en accepter les conséquences. D’une telle confrontation, la curiosité sort gagnante, mais alors ce n’est plus la simple curiosité, c’est une passion, dans le sillage d’un paroxysme.

 

Marcel Moreau

Publié dans Poésie du monde

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Bertin à Calvi

Publié le par la freniere

 

 

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Joël Bastard

Publié le par la freniere

Joël Bastard est né en 1955 à Versailles. Poète, romancier et auteur dramatique, il réalise aussi de nombreux livres d'artiste avec Patrick Devreux, Joël Leick, Evelyn Gerbaud, Tony Soulié, Ricardo Mosner, Jean Anguera, Jean-Luc Parant, Jane Le Besque, Georges Badin, Koschmider, Alexandre Hollan, Marie L., Patricia Erbelding, Bernard Quesniaux, Christian Jaccard, Michel Julliard, Jephan de Villiers, Claude Viallat, Mylène Besson, CharlElie Couture... Il collabore avec des musiciens comme Érik Truffaz, Malcolm Braff, Christine Python…Il écrit depuis l’adolescence et après avoir exercé parallèlement de nombreux métiers comme facteur, quincaillier, peintre en bâtiment, camionneur, manœuvre, galeriste, ouvrier bijoutier… en 2000, il décide de se consacrer à plein temps à l’écriture. Il participe régulièrement à des lectures publiques et anime aussi des ateliers d’écriture : poésie et théâtre. Quand il ne voyage pas, il vit dans une ferme isolée des Monts Jura.

 bastard.jpg

 

Bibliographie 

Aux Éditions Gallimard

Beule, 2000
Se dessine déjà, 2002
Le sentiment du lièvre, 2005
Casaluna, 2007
Manière, 2009 ( roman )

Chez d'autres Editeurs

Bakofè, Al Manar, 2009
Bâton rouge, avec Tony Soulié, Virgile, 2010
Derrière le fleuve, Al Manar, 2010
Théâtre Blitz, Passage d'Encres, 2011
Sans revenir, avec Georges Badin, AEncrages, 2011
Sur cet air gracieux et léger, Cénomane, 2012
Ce soir Neil Armstrong marchera sur la lune, avec Patrick Devreux, Esperluète 2013
Journal foulé aux pieds, Isolato 2013
La clameur des lucioles, avec CharlElie Couture, Virgile 2013
Entre deux livres, Folle Avoine 2013

 

*

Les campagnes contiennent en leurs lumières pauvres des mots plus doux qu’une caresse. Aussi des hurlements de détresse adressés à personne. Reviendra t-il cette nuit hurler sous ma fenêtre, l’homme jaloux et ravagé d’imaginer sa femme écartée sous un autre. Les campagnes contiennent en leurs lumières pauvres des enfants nus qui bégayent devant un père qui passe, d’une pièce à l’autre, en guettant une proie sur laquelle fondre en larmes. Les campagnes contiennent des mains cassées aux doigts perdus dans les copeaux. Des jambes floues. Des outils posés contre les murs du nord. Des tiroirs trop grands et qui coincent, dans lesquels des espérances sèchent sans bruit. Parfois un craquement fait sursauter le chat que l’on calme d’une main douce. Les campagnes nous contiennent, à la vie, à la mort. Le ciel aura beau faire pour nous sortir de là avec ses fantaisies colorées, ses lumineuses trouvailles. Ses portes secrètes au couchant. Rien n’y fera. Nous resterons en nos murs emmiellés de crépuscule et, fermant la porte derrière nous à l’infini, nous donnerons notre cœur à ceux qui demeurent là. A l’intérieur de l’antre noir.

 

*

Je vais sortir. Je dois sortir. Marcher dans les rues, écouter la ville. Voir le pas des maisons. Voir les habitants entrer dans ces maisons et en sortir. Plus que tout, je dois aller voir le fleuve, le chemin qui marche, le Magtogoek des amérindiens, le fleuve aux grandes eaux. Le Saint Laurent. Mais peut-être ne sera-t-il plus là. Peut-être que le fleuve aura disparu au fond de la nuit dans le cerveau d’un  homme qui le rêvait. Peut-être que le fleuve et tous ses transports de pommes douces, de sel et de farine, coule pour toujours dans le crâne d’un inconnu disparu en forêt. Peut-être que le fleuve que nous voyons là est une illusion, le reflet de la pensée d’un homme étendu sous les branches et que le chemin qui marche le protège maintenant de son absence.

 

 Au soleil, le dos contre un mur blanc, en plein vent rue du port. Les yeux dans les reflets noirs d’un pick-up, j’écoute la carlingue refroidir en cliquetis venus d’ailleurs. Des drapeaux claquent sur le dos des motards visant l’extérieur de la ville. On se dit, pas étonnant que la poésie Beat ait battu le pavé des villes nord-américaines. On se dit, pas étonnant que l’amour devait se trouver dans une chambre de motel à l’autre bout du pays. Nous le traverserons en trois poèmes. On se dit, je veux être gardien de parking et boire des bières au bord du fleuve en compagnie de Kérouac. On se dit qu’il est trop tard pour cela mais que l’histoire est toujours bonne à prendre et que l’essentiel est toujours ailleurs.

 

*

On le sait, je m’attache au clou rouillé, il attire toute ma compassion. C’est un ami que je ne laisserai jamais tomber. Il y a la ficelle, la pince à linge en bois aux attaches rouillées elles aussi, et d’autres petits objets sans importance souvent par terre. Enfin, je m’attache à l’usure, je l’ai assez écrit. Mais depuis peu, je ne m’attache à rien. Tout ce que je suis s’épanouit là. Aussi dans ce rien s’épanouit ce que je suis. Ce n’est pas de l’écrire que je sauverai quoi que ce soit du désastre.

 

*

Les campagnes contiennent en leurs lumières pauvres des mots plus doux qu’une caresse. Aussi des hurlements de détresse adressés à personne. Reviendra t-il cette nuit hurler sous ma fenêtre, l’homme jaloux et ravagé d’imaginer sa femme écartée sous un autre. Les campagnes contiennent en leurs lumières pauvres des enfants nus qui bégayent devant un père qui passe, d’une pièce à l’autre, en guettant une proie sur laquelle fondre en larmes. Les campagnes contiennent des mains cassées aux doigts perdus dans les copeaux... Les campagnes nous contiennent, à la vie, à la mort. Le ciel aura beau faire pour nous sortir de là avec ses fantaisies colorées, ses lumineuses trouvailles. Ses portes secrètes au couchant. Rien n’y fera. Nous resterons en nos murs emmiellés de crépuscule et, fermant la porte derrière nous à l’infini, nous donnerons notre cœur à ceux qui demeurent là. À l’intérieur de l’antre noir.

 

*

 

Il nous faut construire des jardins pour convaincre les guerriers de déposer les armes au sol. Les roses et les glycines ne craignent pas la naïveté.

 

Donne-moi un baiser. Tu sais combien j’aime ta langue. La souplesse des mots que tu ne diras pas. Leur fraîcheur tournoyante, la douceur de leurs dents. Donne-moi un baiser que nous puissions en un flot de salive échanger nos silences, les yeux fermés.

 

Du côté de la mélancolie un homme et une femme ont ouvert le coffre de l’enfance, depuis ils se regardent à travers un nuage de fumée.

 

 

Joël Bastard

 

 

Publié dans Les marcheurs de rêve

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Ma voisine

Publié le par la freniere

Comment relire

Les pages oubliées

De l’histoire

Les vestiges sans larme

Des épopées charnelles de l’enfance

Quelques fleurs jaunies entre les pages d’un livre

Je les retrouverai peut-être quand ma mémoire fera défaut

Comme cette petite femme que je croise plusieurs fois par jour

Elle se rend à l’arrêt de bus qui n’existe plus depuis si longtemps

Pour y attendre son fiancé…

Plusieurs fois par jour, par tous les temps, de très tôt à très tard

Elle retourne inlassablement les pages du même livre

S’y retrouve à la même page, à la même ligne

Là où son fiancé la rejoignait

Il y a des dizaines d’années

Elle se maquille sommairement, se prépare à la rencontre

Et repart dix fois, vingt fois par jour

A la rencontre de son amour qui la rend si vivante

J’entends souvent qu’elle serait mieux dans une maison spécialisée

Mais j’aime croiser cette femme aux rides qui se déplissent

A chaque aller et venue vers la gare routière

Elle porte sur elle une histoire inachevée

Un petit gilet sans couleur précise

Et une démarche d’adolescente rejoignant son chéri

Elle porte en souriant une douleur terrible

Celle d’une mémoire qui impose la jeunesse, sa jeunesse

Alors que René est mort à la dernière guerre.

J’ai parfois envie de pleurer

Tellement ses trajets sont dérisoires

Vers cet amour qui est toujours sur elle, posé comme un papillon

Elle me rappelle à chaque passage

D’inscrire dans ma mémoire

Que l’on peut sauter les pages d’un livre

Mais de le garder précieusement sous son bras

Comme le bras de celui

Que l’on a tant aimé.

 

Jean-Luc Gastecelle

Publié dans Poésie du monde

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Ils ont dit

Publié le par la freniere

La première mémoire, contrairement à tout ce qu’on nous enseigne, je crois qu’elle est collective, qu’elle est d’ordre général, c’est la mémoire de tous. Vous savez, il y a cinquante enfants qui sont nés et qui ont été élevés à Auschwitz. Après, ils sont allés dans une sorte d’hôpital psychiatrique à Londres. Ils ne savaient pas l’emploi du «je», du pronom personnel, ils disaient wir. Ils étaient inguérissables. Ils n’arrivaient pas à avoir accès à eux-mêmes. Je suis sûre que dans le prolétariat en général, partout il y a un phénomène proche de ça, même s’il ne va pas jusqu’à cet emploi grammatical.

 

Marguerite Duras

Publié dans Ils ont dit

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Je me remplis de toi

Publié le par la freniere

J’accueille le vide pour le remplir de toi. Je veux que tu respires à côté de moi, que ça sente bon la vie, que tu parfumes l’encre de mes mots. Je te veux, mon amour. Je sens vibrer mon corps à prononcer ton nom. Je t’attends par les yeux, pas ici, pas ailleurs, partout. Je te prends avec les bras du vent. Quand le soleil t’embrasse, il imite mes lèvres. Tu me trouveras toujours là. Où que je sois, quoique je fasse, tu m’accompagnes toujours. Tu as beau être loin, je te vois de si près. Je t’écoute à l’intérieur de moi. Tu m’apprends ce que je ne sais pas être, à donner de l’amour, à devenir meilleur.

 

Peut-être que ta main fait partie de la mienne pour qu’on refasse le monde. Une seule peau suffit pour habiller nos corps. Je commence avec toi. Lorsque tu dors en forme de caresse, je voudrais y entrer, t’apporter ma chaleur. J’ai installé mon bras où ta tête s’appuie. Tu m’encourages à vivre. Tu as les yeux comme deux visages qui sourient, deux bras en forme de frissons, les deux mains pleines d’amour.

 

Né sans pays, ton corps est mon seul continent. Je m’aventure sur ta peau. Je te parcours tout entière. J’explore la tendresse. Tu entres dans mes rêves, mes mots, mes gestes. La nuit est notre maison. Partout, c’est notre maison. Nos portes communiquent. Je sors quand tu sors. Je rentre quand tu rentres. J’aime le sol où tu marches, l’air que tu respires, les choses que tu touches. J’aime tout ce que tu aimes.

 

Je te chante à l’oreille ce que dit le muet. Je t’envoie des mots pour que tu n’ais pas froid, des mots de petite laine, des caresses de lin, des baisers de coton. Je t’habille d’amour. Nous sommes en chacun. Nous marchons bouche à bouche. Tous les nuages ont ton visage, toutes les fleurs ton odeur. Tous les oiseaux chantent pour toi. Tu m’as laissé au cœur des taches de baiser, des traces de caresse, de grandes marges d’amour.

 

Nos regards bout à bout prolongent l’horizon. Penser à la mer, à la pluie qui cicatrise tout, penser à la terre, aux pommes du verger, penser à rien, penser à tout, penser à quoi que ce soit, c’est toujours penser à toi. Ta main remonte vers la mienne dans le sillage de nos corps. Elle accoste au quai de ma poitrine. Elle remonte sur ma peau comme un ruisseau d’eau pure. Elle soulève ma tête et caresse mon cou. Elle monte avec moi sur une échelle de frissons.

 

Je t’apporte mes mains, mes nœuds d’érable à sucre, mes petits poussins d’encre, mes arcs-en-ciel de mots. La lumière de tes yeux est plus grande que le jour. Pour éclairer mes nuits, j’esquisse de la main les courbes de ton corps. Je suis nu en toi comme tu es nue en moi. Nous sommes nus et nous sous la patine du temps. Nous nous aimons. J’aime ta pluie et ton soleil, tes orages et ta paix dans l’arc-en-ciel des sentiments. Le goût des mots transcende la distance. L’odeur des yeux traverse l’invisible. Tes caresse de papier touchent la peau du cœur et me donnent le frisson.

 

Je t’écris avec ma main gauche, celle qui caresse le mieux. L’amour donne au corps le prestige des mots. Dans la débâcle des syllabes, si je garde un seul verbe, ce sera celui-ci : t’aimer de près, t’aimer de loin, t’aimer comme je respire, t’aimer comme je le dis. Pouvoir te lire avec mon corps entier, j’ajouterais des caresses permanentes. J’ai soif. J’ai faim. Donne-moi ta chair, mon amour. Nous délierons ensemble les cordes de l’espace. Nous monterons plus haut dans la maison de l’air. Notre amour sans amarres se moquera des quais.

 

Quand je te prends tout contre moi, j’ai les deux mains pleines de lumière. Ton dernier appel a traversé mes ombres et décollé ma chair des échardes. Ton grand vent de fraîcheur ouvre ma solitude sur la beauté latente. Sur chacun de mes doigts, j’écris les lettres deje t’aime suivies de celles de ton prénom. Je te caresse avec la peau des mots. Je t’incruste dans ma main. Ton visage est celui de l’amour. Quand je ferme les yeux, je les ouvre sur toi.

 

Hautes sont les maisons, les arbres, les montagnes, mais notre amour nous mène beaucoup plus haut. Je t’ai aimée sans savoir pourquoi ni d’où. Ta voix dans le lointain me touche de plus près que le cri des huards. Tes baisers se propagent par le son. Quand tu arrives au centre de moi-même, tes caresses tranchent les nœuds qui me retiennent. J’ai découvert en toi mes racines profondes. Je déchire la nuit pour trouver ta lumière.

 

Ton nom me désaltère. Je le déguste comme un poème. Ton prénom m’emporte sur la mer. Depuis que tu es là, le monde vit de notre amour. Lorsque tu dors, ton image rêvée me réveille. Que tu sois loin ou prêt, ta pensée m’accompagne. C’est aujourd’hui que je t’aime. C’est hier et demain. Me voici devant toi soulevant la lumière qui nous mène plus haut.

Publié dans Prose

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