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Le temps et les mots

Publié le par la freniere

Le temps gruge des syllabes

Les mots cicatrisent

De moins en moins rapidement

Il hache les noms

Que je croyais solides

Il me montre un squelette

Dans un placard de peau

Au creux de l’estomac

Des  mots ravalés périssent

Dans l’acide

Mes dents tombent

Dans la soupe à l’alphabet de l’enfance

Est-ce ici qu’il faut se taire

Baiser le cul du silence

Et partir ?

 

Guy Marchamps

 

Publié dans Poésie du monde

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Sur les épaules du vent

Publié le par la freniere

Dans le grand verre des hommes, le monde se vide et se remplit. Je me désaltère à l’eau du paysage. Il manque toujours quelque chose pour faire un tout. À la longue, les trains de chaises que j’inventais enfant sont devenus des phrases. Nulle gare ne les attend si ce n’est celle du cœur. D’artère en artère, de passager en passager, de valise en valise, le réseau de l’enfance continue de grandir. Une multitude de points remplace la durée puisque rien ne s’arrête vraiment ni le départ ni l’arrivée. Chaque monde est aussi l’autre monde. Je suis en train d’écrire. L’imaginaire déplie ses rails comme de l’encre sur la page ou le soleil pompant la sève. Il arrive que le train se perde en pleine campagne. J’en profite pour respirer des yeux à même les nuages. J’accroche ma pensée à l’émotion des arbres. Je sens en moi la joie des cerisiers qui se couvrent de fleurs. J’essaie de lire le paysage. Je crois voir des u, des h, des w, en minuscule ou majuscule, des virgules posées sur la paille des nids. Dans la prose de campagne, il est difficile de rimer.  La voix monte vers le ciel sur les épaules du vent. Quelques épinettes se cramponnent aux collines pour ne pas déraper. Pour certaines plantes, la chlorophylle sert de pensée. Lorsque j’agite mon crayon, de petits faons gambadent sur la page. Chaussé de lunettes, je n’ai pas froid aux yeux. Je vois la mort en face comme je vois la vie.

 

        

On n’écoute plus les bruits de la vie. On écoute les marchands. Tout ce qui nous unit à l’essentiel se perd. S’il n’y avait pas beaucoup de larmes dans mes pages, j’aurais honte. Celles qu’on ne verse pas ou qu’on verse pour les mauvaises raisons nous déméritent d’aimer. S’il n’y avait pas la révolte où serait la justice ? Certains jours, je n’ose plus marcher. Le ravin des années s’ouvre devant moi et je n’ai plus mes ailes. Les images que nous habitons ne cessent pas de grandir ou de rétrécir. Le temps est élastique. Le plus petit objet secoue les apparences. Le silence de la nuit enfile ses chaussettes. J’aime ce silence uniquement strié par le violon d’une mouche, ce silence où l’air n’a plus d’écho, où le vent se fait sourd. J’aime les pommes gonflées de jus par un excès de bonheur, celles qui coulent dans la bouche et le rebord des lèvres.  Je me laisse porter par le souffle du temps, les rires doux du vent qui détachent les phrases. Je ne veux pas des fleurs coupées de leur mémoire. Je les veux bien plantées dans la terre, sensibles au passage des abeilles. Je ne veux pas des phrases trop guindées. Je les veux semblables au mercure d’un thermomètre qui monte ou qui descend.

Publié dans Prose

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L'éblouissement

Publié le par la freniere

(...)

 

C’est ici le pays de ma chaise. Entre les murs d’une patience qui cherche doucement. J’y vais comme à une source intarissable, secrète, accroupie dans le creux de l’instant et que mes mains explorent en écartant la bruyère des pages blanches.

 

C’est ici qu’on recommence mot à mot tous les murmures de bêtes et de ciel mêlés aux rêves des hommes, en suppliant le silence de s’incliner dans les hautes herbes.

 

C’est ici la jouissance sans corps dilatant les pupilles et le souffle.

 

Rester assis, des heures, devant la table en châtaignier, et perdre la notion du temps, de l’espace, comme devant une porte à moitié ouverte et qu’on n’ose pas franchir, deviner la chaleur du rai de lumière de l’autre côté et la danse des particules, là où je ne sais plus rien ni du visible ni de l’invisible, ni même du sens de ma présence ici, parler à voix haute sans desserrer les lèvres, là où les pensées résonnent dans le silence plus fort que les bavardages du monde, attendre la petite mort éblouie du premier mot, du premier trait, la syncope des gestes pour qu’enfin un peu de regard me revienne, et surtout ne rien faire qu’attendre, attendre encore jusqu’à ce qu’advienne quelque chose dont je ne décide rien.

 

Arrive tôt ou tard l’instant où je suis aveugle. Où ce que je regarde ne me traverse plus mais stagne dans mon corps, inerte. Dans le cercle de mes pupilles, j’invite, depuis la fenêtre qui me scrute, toutes les ombres de ma façade : le toit ardoise de la ferme d’en face, les poubelles alignées comme des saintes devant le monastère de la route, le chien noir et le chien blanc, le fils du fermier et son quad, le triangle jaune, noir et rouge « Attention Travaux » posé devant le mur de sa ferme, la haie desséchée par l’hiver, les deux coqs roux et le coq gris au cul de la poule blanche, l’ombre de ma maison sur la pelouse indifférente, un peu de vent sur tout ça juste pour dire que ça bouge. Convoquant une à une ces présences, je me reconnais vivant une fois de plus.

 

C’est peut-être tout cela écrire, se réconcilier, accueillir et le verbe est trop étroit pour une action aussi pleine. L’écriture est la salive de l’éternité ; cette phrase laconique je l’ai rêvée, convaincue qu’elle devait m’emporter plus loin quelque part. Mais où ? C’est ici le pays, une promenade à l’envers dans la promenade.

 

(...)

 

Dominique Sampierro

 

Publié dans Poésie du monde

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La porcelaine à Irlande

Publié le par la freniere

La porcelaine à l'honneur cet été à Irlande. Présenté par Verte Irlande.

Les amateurs d’art et d’artisanat auront la chance de découvrir les travaux du talentueux céramiste Renaud Sauvé cet été au Site patrimonial Holy Trinity à Irlande. Jusqu’au 31 août, il sera possible de se familiariser avec différentes techniques de poterie et de voir l’artisan en action sur son tour du jeudi au dimanche, en plus de visiter l’église gratuitement.

Renaud Sauvé réside à Irlande et se spécialise surtout dans la porcelaine, un des types de céramique les plus exigeants en raison de la finesse du matériel et sa faible résistance aux imperfections. Ses pièces sont exposées et distribuées principalement à Montréal et à Toronto.

Le potier a établi un atelier temporaire dans l’église Holy Trinity, un site patrimonial d’une grande beauté. Pour Renaud Sauvé, le site est idéal pour son travail : « Ce site patrimonial, dans toute sa simplicité, sa sobriété et ses matériaux (le bois et les vitraux), est un lieu unique et inspirant pour un artisan: le travail que j'y ferai ne pourra faire autrement que d'en profiter et de s'en imprégner! ».

Plus d'info à: www.verteirlande.ca

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Publié dans Les marcheurs de rêve

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L'impossible devenir

Publié le par la freniere

Première le 2 août à 19h30 à la cabane du criard

du phare de Sainte-Madeleine-de-la-Rivière-Madeleine (Haute-Gaspésie)

 

L’impossible devenir fleuve c’est l’interprétation de deux grands poèmes, Le visage humain d'un fleuve sans estuaire de Pierre Perrault et Ode au St-Laurent de Gatien Lapointe, traversés par le désir de vivre et prendre parole « avec » le fleuve et ses milieux. Un défi sans mesure avec un fleuve qui comporte ses zones d’ombres et ses flous… ses inconnus et de nombreux patrimoines souvent négligés… ses infinis et ses inachèvements. Un défi incommensurable à « l’homme » et plus que nécessaire pour l’avenir de la culture dont il est depuis toujours « et jusqu’au grand jamais » un lieu central.

 

L’historienne Russel-Aurore Bouchard soulignait que la mise de côté des mondes de la navigation entre les villages et villes du St-Laurent au 20ième équivaut à la destruction des troupeaux de bisons pour les Métis de l’ouest. Néanmoins, encore aujourd’hui, le fleuve nous berce et nous démâte. Il nous mène et nous démène. Il est source et horizon. Il est grand et humble. Il est nourricier et meurtrier. Il nous lie et nous sépare. Il est régulier, mais surprenant. Il est commun, mais singularités. Il est monde et chemins. 

 

Lieu d’émergence et de conservation, de voyagement et d’habitation, de rencontres et de solitudes, de retours et de dépassements : aborder le fleuve c’est ainsi aborder un lieu de passage. Ici et maintenant, de quoi avons-nous été (?), sommes-nous (?) et serons-nous avec lui les passeurs ? Quels mondes devront advenir aux sourches vitales d’un fleuve par ailleurs magané par l’histoire ? Pour trouver réponses, Le visage humain d’un fleuve sans estuaire de Pierre Perrault et L’Ode au St-Laurent de Gatien Lapointe ouvriront la voie lors de cette performance.

 

Affichette et extraits en pièces jointes.

 

Bienvenue !

 

Pour informations,

demandez Arlette Fortin

au (418) 393-2114 ou

melisole@globetrotter.net

 

 

 

Publié dans Glanures

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Aphorisme du jour

Publié le par la freniere

 

Sur une ligne de montage, quand un travailleur s'arrête, on aperçoit un homme.

Publié dans Aphorisme du jour

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Ils ont dit

Publié le par la freniere

Deux chambres dans notre vie, toutes deux très lointaines, inaccessibles. La chambre de l’enfance, la chambre de la mort. L’une où l’on ne reste guère, oubliée dans notre dos, l’autre d’où l’on ne revient pas, trop sombre, beaucoup trop sombre à notre goût. Elles sont toutes deux contiguës dans le ravin de la mémoire. L’une a des parfums d’été, des beaux soleils malgré le ciel noir de l’enfance. L’autre est un abîme, un destin inavouable. Elles sont une fenêtre sur l’horizon, une vitre sur laquelle l’enfant a dessiné son destin.

 

Joël Vernet

 

Publié dans Ils ont dit

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Coltrane

Publié le par la freniere

coltrane.jpg

 

Qu'est-ce que tu dis?
Les yeux de la mer
les tripes de l'homme
la misère la merveille?
Qu'est-ce que tu chantes?
Un désordre l'impossible
ou une raison secrète
comme un grand lactaire roux dans les buissons d'une aube
o Dieu se moque o Dieu n'est pas
o l'homme chaque fois se trouve un peu plus pauvre
un peu plus déchiré
mais un peu plus lui-même de continuer quand même
Dis que chantes-tu?
sinon cette monnaie au plus profond du sang
qui nous paye passage au jour que nous vivons
ce grand soleil nocturne o les mains se dégantent
cette femme éblouie qui n'est jamais la même
cette commune marche en le tunnel des âges
Dis, John, que chantes-tu, sinon ton chant, le mien?

 

Guy Chambelland

 

Publié dans Les marcheurs de rêve

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Pays natal

Publié le par la freniere

Cette ville m'assomme

avec son petit maire

sa petite grandeur

ses petites misères

ses rats des ondes


cette ville me blesse

j'y mourrai sans doute

perclus d'arthrose sociale

ballotté en trottoirs glauques

en conversations creuses


cette ville me tue

tant de turpitudes

érigées en monuments

tant de m'as-tu-vus

sur fond de pays inexistant.


J'aime cette ville!



Jean Coulombe (c) 2013

 

Publié dans Poésie du monde

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Au jardin

Publié le par la freniere

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À Sonia Mondor et Pierre Séguin

 

Même en plein soleil, un orage cogne dans ma tête. Il voyage des neurones jusqu’au fin bout des doigts, ceux de la main avec laquelle j’écris. En panne d’espérance, en manque de mots, je me retire de l’idiotie des jours. Je parcours un immense jardin. J’ouvre la fenêtre des yeux pour accueillir les sons, les images, les fées. Un petit vent se lève et les arbres sourient sous la caresse des feuilles. La pensée s’accroche à la beauté des fleurs, l’intelligence des racines, le miracle d’être là, tous les sens aux aguets. J’avance vers la lumière, de la rosée sur les chevilles, la barbe pleine de temps, les oreilles grandes ouvertes dans le chant des cigales. Sur le blanc d’un carnet, j’accueille des insectes, les ailes des odeurs, les petits pas de l’herbe, le toussotement des grives, toute une vie souterraine. Sous l’arche végétale, un restant d’ombre se traîne sur une patte. Des gnomes se balancent sur une échelle de corde. Deux silhouettes de femme s’étreignent dans le vent. Elles dansent au bord de l’invisible. Les mots s’ébrouent près d’une vieille brouette. Les parenthèses se mêlent aux outils de jardin. Entre deux ombres où fleurissent les heures, le soleil bondit sur la poitrine du jour. Je parcours les sentiers sur la pointe d’un crayon. J’apprends à lire des phrases dans les feuilles géantes, à déchiffrer le monde, à déchirer la nuit, à respirer la vie. Sous la peau de la terre, des veines courent partout, portant la sève de l’âme jusqu’à la chlorophylle. C’est une communion. Deux jardiniers grattent la terre, la nettoient, l’embellissent. C’est comme laver la vie. La beauté luit dans les couleurs de l’herbe, les odeurs de l’arbre, les saveurs de l’eau. C’est au jardin qu’on empoigne le monde, qu’on embrasse la vie. Le moindre insecte nous fait la courte échelle. Le jardin est un monde où survit l'espérance. Pourquoi chercher ailleurs ? La nature tient toujours ses promesses.

 

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Publié dans Prose

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